365 rendez-vous avec Marcia
Juin
1er juin
Une plume
Quand je trouve une plume, ça me fait tripper,
Et parfois même presque pleurer.
Je ne vous parle pas d’une plume d’oreiller,
Ou de celles des poules dans le poulailler.
Non, je parle d’une plume déposée là,
À cet endroit, juste pour moi.
C’est toujours quand je viens de demander
Un signe concret pour continuer
Que la vie place sur mon chemin
Une plume qui vient de loin. Je ne sais d’où exactement,
Mais je me penche et je la prends.
Elle me dit: «Tout va bien aller,
Tu n’as pas à t’inquiéter.»
Je la crois tout simplement,
Je sais qu’elle dit la vérité.
C’est comme si elle m’offrait une CLÉ
Capable d’ouvrir toutes les portes fermées!
Ça arrive quand je suis découragée
Au point de vouloir tout abandonner
Un ange arrache alors une plume de ses ailes
Et me la lance du haut du ciel.
2 juin
On a tellement le tour
Je sais que c’est rare, je sais que plusieurs m’envient, je sais que j’en parle peut-être souvent, mais je sais aussi que vous aimez ça. Je vous parle de ce qu’on réussit le mieux au monde, ma famille et moi (mes parents et mes trois sœurs): faire des happenings familiaux plusieurs fois par semaine. Je n’ai jamais rencontré une famille comme la nôtre. La seule qui lui ressemble (et elle est fictive), c’est la famille de la série Brothers and Sisters qui, à la fin de chaque épisode, vit un RFS (rassemblement familial spontané). On a tellement le tour d’organiser des rencontres familiales nourrissantes. Vous comprendrez que, lorsque je dis nourrissantes, je ne fais nullement référence à la bouffe et je crois que l’une des CLÉS qui rend nos rencontres si fantastiques, c’est justement le fait que rien ne tourne autour de la nourriture. Souvent, chacun apporte ce qu’il veut manger ou met sur la table un plat à partager. J’ai remarqué que, dans la plupart des familles, à chaque rencontre on attache beaucoup trop d’importance aux accords mets-vin et qu’il y a toujours une personne debout dans la cuisine qui s’affaire à préparer la nourriture. Chez nous, l’accent est mis sur l’accord tout court, et on est tous assis en même temps autour de la table. L’important est que tout le monde reparte avec un gros plus tatoué sur le cœur. Plus de rires, plus de joie, plus de bonheur, plus de tendresse. Nos rencontres sont des moments où tout le monde recharge ses batteries. Quel est donc notre secret? Qu’est-ce qui fait qu’on a le tour de réussir tous nos rassemblements? Cela tient à trois facteurs, les trois «S»: sobriété, simplicité, spontanéité. Il n’y a jamais rien de compliqué, rien de trop organisé, c’est à la bonne franquette, comme on dit, très sobre, tant en ce qui a trait à la décoration qu’à ce qui se trouve dans notre assiette. Si une possibilité de complication se pointe le bout du nez, nous lui montrons la porte de sortie. Spontanéité: à part lors d’anniversaires importants, comme
le 50e de mes parents, le 80e de mon papa ou le temps des Fêtes, nous ne planifions rien à l’avance. L’idée d’un rassemblement est lancée la veille ou le matin même, et les personnes qui en ont envie arrivent. Aussi, il n’y a aucune obligation. Tu as envie d’y être, tu viens; tu as un autre engagement, tu ne viens pas. Personne n’insistera ou ne fera des reproches. Je suis si fière d’appartenir à ce clan. Je sais aussi la chance que j’ai et je ne pourrai jamais regretter de ne pas en avoir assez profité!
3 juin
Jouer
Jouer est ce que je fais le mieux, et je le fais souvent avec un enfant. Si vous avez le moral dans les talons, courez (ça ira peut-être moins vite parce que vous avez quelque chose de lourd dans vos talons) trouver un enfant. Que ce soit avec votre petit-fils, votre petite-fille, votre neveu ou nièce, le petit voisin ou les enfants de vos amis, assoyez-vous par terre, oubliez tout et JOUEZ. J’ai la chance de vivre à cinq minutes de chez mon petit-fils Gustave et je le vois tous les jours. Qu’est-ce que vous pensez que je fais lorsque je me retrouve avec lui? Je joue. J’ai un gros coffre dans mon salon qui regorge de jeux dont nous raffolons tous les deux: des petites voitures, des Schtroumpfs et plusieurs autres objets qu’on trouve ici et là dans la maison. Un bol à salade devient une piscine, ou il suffit d’un balai et d’un porte-poussière pour que Gustave devienne une grosse poussière que je pousse avec mon balai. Nous adorons jouer aux marionnettes, cachés derrière le comptoir, avec des bas dans les mains ou des pommes de terre qui deviennent des personnages. Sans compter les dessins, les histoires, la cache-cache et les cabanes que nous installons dans la cuisine en utilisant de vieux draps et des pinces à linge. Jouer m’assure de pouvoir ouvrir mon cœur d’enfant en tout temps. Voici les quatre critères à retenir si vous voulez mettre le jeu au cœur de votre vie:
– Il ne faut pas avoir peur du ridicule.
– N’attendez pas d’avoir terminé tout ce que vous avez à faire pour vous
accorder une pause jeu, car vous ne jouerez jamais. Au contraire, c’est
grâce à cette pause que vous serez plus efficace par la suite.
– Déployez votre créativité. Ne dépensez pas un sou pour acheter des
jeux. Utilisez ce que vous avez sous la main. Les enfants adorent
convertir les objets familiers, ils ont un imaginaire fabuleux et on a
beaucoup à apprendre d’eux.
– Sachez que les enfants avec qui vous allez jouer se souviendront de
vous toute leur vie, car ils se seront sentis importants. Un adulte qui
arrête de faire tout ce qu’il est en train de faire pour se mettre à quatre
pattes dans la cuisine avec un bol à salade sur la tête, c’est wow!
Avoir joué avec mes nièces, mes neveux, les amies de mes filles et les
filles de mes amies maintenant devenues adultes, et être émue de retrouver cette complicité, même avec ceux et celles que je ne vois pas souvent. Alice, Clara, Francis, Henri, Elsa, Alice, Clémence, Thomas, William, Angela, Charles, Juliette, Amélie, Camille, Geneviève, Simone et Gustave, merci de m’avoir permis de ne jamais perdre la CLÉ de mon cœur d’enfant.
P.-S. – Je possède plusieurs jeux de cartes dans lesquels je pige une
pensée du jour, et celui de l’Oracle des Anges de Doreen Virtue comporte une carte qui a pour titre JOUER. Voici ce qu’on peut y lire:
«Cher bien-aimé(e), il est temps de mettre de côté votre travail pour l’instant. N’ayez crainte,
nous veillons sur vos responsabilités. La joie, le jeu et le rire sont vos alliés. Cela vous
redonnera l’énergie nécessaire pour reprendre le travail ensuite et voir les choses d’un nouvel
œil.»
Chaque fois que je la pige, je lâche tout et je vais jouer.
4 juin
Des millions de rayons
Depuis hier, je suis seule dans ma maison et ce sera le cas jusqu’à lundi. J’ai demandé à mon chum de partir au chalet, j’ai besoin de quatre journées, enfermée dans ma maison pour écrire. Tout à l’heure, après avoir été deux heures devant mon ordi, je suis allée me chercher un bagel en dansant dans la cuisine. Oui, en dansant, car j’étais si légère, si heureuse. Ne rien avoir d’autre, pendant quatre jours, que des rendez-vous avec vous. Mettre sur papier (sur ordi), par le billet de ces CLÉS, tout ce que je veux vous dire, tout ce que je veux partager avec vous. Ce n’est pas 365 textes que j’ai envie de vous offrir, mais bien des millions, tant qu’il y aura des journées. Je n’ai même pas mis mon bagel dans le grille-pain, car, habitée par ces pensées de partage et cette émotion de fierté d’être avec vous, je suis remontée dans mon bureau pour vous parler. Il fallait absolument que je vous le dise, je sais que vous le savez, mais j’avais besoin que vous l’entendiez encore. Je suis reconnaissante de la belle grande place que vous m’accordez dans votre vie. J’aime savoir qu’on travaille ensemble main dans la main à se bâtir des vies comme on les aime. J’aime savoir qu’on est là les unes pour les autres. C’est vraiment spécial notre relation, j’en serai émue jusqu’à la fin de mes jours. Vous m’aimez et je vous aime. C’est aussi simple que cela. Savoir que vous existez me donne des ailes, savoir que mon travail consiste à vous parler, à vous écrire, à partager mes trouvailles avec vous, à vous aimer, à me laisser aimer, me pousse à être tous les jours une meilleure personne. Une personne qui rayonne. Je sais que plus je rayonnerai, plus je pourrai vous toucher et vous réchauffer. De bons rayons chauds qui s’infiltrent doucement dans votre demeure pour éclairer et réchauffer, c’est ce que vous me donnez tous les jours vous aussi sans le savoir. Vous me tendez une clé pour que mon magasin à rayons soit toujours ouvert pour moi, pour vous. Et aujourd’hui, je veux vous dire merci d’ensoleiller mes journées. Sur ce, je retourne déjeuner.
5 juin
Sorties estivales
Je pense que vous commencez à le savoir, je n’aime pas l’été, mais je réussis tout de même à y trouver mon compte en me créant, entre autres, des sorties comme je les aime. Voici quelques CLÉS à placer dans votre trousseau si vous êtes comme moi:
– Qu’il s’agisse d’un terrain de camping, d’un resto ou de n’importe
quelle activité, je ne réserve jamais à l’avance. Cela laisse place à
l’improvisation et souvent à de merveilleuses rencontres. J’adore partir
sur un nowhere et j’ai su transmettre cette philosophie à mes filles.
– Dans le coffre de ma voiture, je prends soin de toujours avoir une
valise qui contient des maillots de bain, des serviettes et une bouteille
de vin. Un cours d’eau attirant ou une invitation spontanée sont si vite
arrivés. Ces moments comptent parmi mes plus beaux souvenirs d’été.
– Peu importe où je me trouve (Île-du-Prince-Édouard, Maine, Estrie,
Laurentides ou Abitibi), je joue toujours au même jeu avec les enfants:
on se magasine une maison. On fait comme si nous devions nous
installer dans cette région pour les années à venir. On se concocte un
rallye-maison et on parcourt les villages en identifiant celles qui sont à
vendre, puis nous devons nous entendre finalement sur celle qu’on
choisirait si nous devions y vivre.
– J’organise des escapades/sorties de 24 heures en camping. On plante
notre tente dans des endroits inusités: dans la cour d’une résidence
pour personne âgées, sur une plage, dans un champ, sur une réserve
amérindienne… Il n’y a rien de plus agréable que de se réveiller dans
un endroit différent et surtout de vivre une expérience inoubliable dans
une communauté différente.
– Je revendique une garde partagée du volant. J’aime conduire et chez
nous, on ne tient pas pour acquis – comme dans la majorité des
couples – que chaque fois qu’on part en voiture en famille, c’est
l’homme qui prend le volant. Je suis toujours étonnée de constater que,
sur la route des vacances, les femmes sont encore trop peu nombreuses
à se prévaloir de leur droit de conduire. Si vous saviez, les femmes,
comme c’est exaltant d’être le pilote plutôt que le copilote (et je sais de
quoi je parle!).
– Je fais souvent des road trips. Je roule sans trop savoir où je vais et je
me laisse conduire par la vie.
Mon souhait estival: que toutes les sorties que nous serons appelées à
prendre sur l’autoroute de la vie (même si elles semblent nous faire faire un détour et bousculer notre itinéraire de départ) puissent nous conduire là où nous devons vraiment ÊTRE, sur le bon chemin, notre chemin, à la bonne place, au bon moment et avec les bonnes personnes.
La plus belle sortie au monde est sans contredit celle qui nous permet de
rentrer en soi.
6 juin
Maillot de bain
Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi la plupart des filles consacrent plusieurs heures et tellement d’énergie à un évènement qui peut être pourtant si simple: l’achat d’un maillot de bain. En janvier 2017, ma tante Renée m’a invitée au Mexique pour passer quelques jours avec elle dans la petite villa qu’elle louait. J’avais besoin d’un maillot de bain et quand je l’ai trouvé, j’ai fait une petite vidéo sur Facebook qui a été visionnée des milliers de fois. Comment ça s’est passé? Premièrement, je ne me trouvais pas dans un magasin dans le but de m’acheter ce vêtement. Je gardais bébé Gus et c’était notre point de rencontre avec ma fille pour lui remettre son bébé. Elle avait besoin de s’acheter des souliers. Assise sur un petit pouf tout en surveillant Gus qui jouait avec les paires de souliers, c’est à ce moment que j’ai aperçu à ma droite un rack à maillots de bain. Quelques secondes plus tard, une amie de ma fille est arrivée, j’ai jasé avec elle et pendant qu’elle surveillait le petit, je suis allée chercher un maillot, je l’ai enfilé par-dessus mes vêtements et je lui demandé s’il me faisait bien.
– Wow! Il est parfait, imagine quand tu n’auras pas de vêtements en
dessous.
Puis elle a ajouté:
– Je n’ai jamais vu une femme s’acheter un maillot aussi rapidement.
Et c’est à ce moment que je me suis souvenue de tous les récits de mes
amies pour qui cette tâche relevait de l’horreur. Cabine trop étroite avec trois miroirs qui nous présentent notre corps sous des angles pas très glorieux, éclairage au néon qui jette sur le corps une lumière peu flatteuse, pas assez de recul pour avoir une vue d’ensemble acceptable afin d’admirer l’oeuvre de pied en cap. Ma technique spontanée m’a épargné ce supplice et ne m’a apporté que de la joie. Pas d’attente pour la cabine d’essayage (j’ai fait ça en plein dans l’allée des souliers), pas obligée de subir le spectacle de mon corps mal éclairé dans un espace restreint (j’ai gardé mes vêtements et je me suis regardée dans le grand miroir à ma droite, pouvant ainsi jouir d’autant d’espace que je le désirais puisqu’il n’y avait presque personne dans le magasin à grande surface). Après avoir réalisé que je venais de vivre une situation unique, j’ai décidé de reconstituer fidèlement la scène et j’ai demandé à Karine de me filmer, ce qu’elle a fait, et j’ai publié cette vidéo sur ma page Facebook. Plusieurs mois plus tard, j’en entends encore parler! Plusieurs femmes m’ont dit qu’elles allaient essayer ma technique ou, à tout le moins, ne plus s’imposer ce supplice, année après année! En ce qui me concerne, c’est l’une des CLÉS d’une relation saine avec mon corps.
7 juin
La clé du bonheur
Quand on annonce aux gens de notre entourage qu’on va être grand-mère pour la première fois, on se fait toujours dire: «Tu vas capoter! Ce sera le plus beau rôle de ta vie.»
Il y a deux ans, mon cher Gustave, avant de te connaître, j’entendais
cette phrase et je me disais intérieurement: Oui, je vais tripper, c’est certain, mais je ne virerai pas folle! Moi qui n’ai jamais été dépendante affective, je me disais que j’allais t’aimer passionnément, mais pas au point d’en rêver la nuit. Eh bien, j’avais tout faux. Je peux dire que depuis deux ans, ma vie n’est plus la même. Qu’est-ce qui a changé? Rien dans les faits, mais tout dans mon cœur. Tu es venu me dire que j’avais bien fait mon travail de mère, que je pouvais maintenant accrocher mon chandail et passer le flambeau à la tienne, ta mère, ma fille. Tu es venu me dire que j’allais découvrir pour la première fois de ma vie l’amour inconditionnel en continu. Je n’avais jamais connu ce degré d’amour, même avec mes filles. Tu es venu me dire que tout ce que je sais, tout ce que j’aime avec les enfants, toute ma créativité, tous ces petits moments à rire, à jouer à la cachette, à faire des p’tites folies comme on dit, eh bien avec toi, ça n’allait être que ça. Tu es venu me dire que dans mes trente années de vie de mère, mon expérience allait nous servir de terrain de jeu, qu’on n’allait faire que ça, jouer. Qu’on en aurait le temps, car lorsque nous serions ensemble, il n’y aurait pas de vaisselle à faire, pas d’épicerie ni de ménage, juste se cacher dans notre cabane faite avec des draps, jouer aux petites autos et manger de la rhubarbe en faisant des grimaces et aussi, j’oubliais, courir dehors dès qu’il pleut pour pouvoir jouer dans les flaques d’eau en chantant et revenir se faire couler un bon bain chaud. Je suis privilégiée d’habiter à quelques rues de chez toi, de pouvoir te voir tous les jours. Quand j’arrive et que tu cries mère-grand en courant et en me sautant dans les bras, il n’y a rien qui m’apporte autant de joie. Rien. J’en ai connu des moments excitants: tapis rouge, plateaux de tournage, shooting photo, glamour, jet-set, mais toi qui s’exclames quand tu me vois arriver, rien ne pourra jamais accoter ça. Suis-je dépendante affective? Peut-être et c’est tant mieux. Notre lien unique et qui ne ressemble à rien de ce que j’ai pu connaître avant est venu ajouter une CLÉ à mon trousseau déjà bien garni. Tu sais de quelle clé il s’agit, Gustave? De la clé du bonheur.
8 juin
Toujours un projet
Le jour où je n’aurai plus de projets sera le jour où je fermerai les yeux à jamais. La raison pour laquelle je suis heureuse de me lever le matin est que j’ai toujours un projet en chantier. Il peut s’agir d’une nouvelle recette à essayer, d’un livre que je suis en train d’écrire, d’une conférence que je m’apprête à préparer ou d’un projet qui est né d’une idée. Quand j’étais plus jeune, j’avais des idées aux deux minutes. Une fois devenue adulte, ma faculté d’imagination s’est accrue et j’ai une idée aux trente minutes: une grande, une moyenne ou une petite (à vrai dire, il n’y a pas de petites ou de moyennes idées, comme il n’y en a pas de mauvaises). Il n’y a que cette énergie créatrice qui circule et qu’on appelle des idées, mais qui est en fait une joie de vivre canalisée dans un projet. Avez-vous remarqué que la plupart des personnes agréables à côtoyer sont celles qui ont toujours mille et un projets? Pour moi, c’est la CLÉ d’une vie excitante. Pas dans le sens de trépidante, mais plutôt enthousiasmante. Me lever le matin et que tout de suite au réveil, mes pensées se dirigent vers la continuation du projet que je suis en train de mener à terme. Savoir laisser la vie me montrer la prochaine étape, mettre sur mon chemin les bonnes personnes et les ressources qui pourront m’aider à le faire avancer. Lâcher prise complètement, c’est-à-dire faire ce qu’il y a à faire, mais sans stress, sans forcer, en étant à l’écoute de ce qu’il a besoin que je fasse pour qu’il puisse se concrétiser. Marcel Leboeuf présentait il y a quelques années une conférence qui avait pour titre La passion selon Marcel. Il racontait que ce sont les êtres passionnés qui réussissent à rendre leur vie passionnante. En ce qui me concerne, je ne parlerais pas du mot passion, mais bien d’un engagement envers la réalisation des projets qui nous tiennent à cœur. Quand cet engagement est ferme, c’est alors que tout s’ouvre devant soi et que notre idée passe rapidement de l’état de projet à celui de réalité. Wow! J’ai réussi, je viens d’accomplir ceci! Ce n’est pas l’exploit que nous venons de réussir qui nous rend fières, mais bien le fait que nous nous soyons autorisées à aller jusqu’au bout.
9 juin
Merci, Richard
J’adore Richard Desjardins. Je suis en amour avec ses mots, sa voix, sa poésie, son engagement social, sa façon de dire les choses. Je connais toutes ses chansons par cœur. J’aime la diversité de son œuvre. Ses chansons tantôt humoristiques qui me font mourir de rire(Buck, D’la grand visite, les Bonriens), tantôt si touchantes qu’elles me font pleurer chaque fois que je les écoute(Jenny, Lomer, moi Elsie, Tu m’aimes-tu).
Je te fais une confidence, Richard Desjardins: tes chansons m’ont aidée à
vivre. Une petite phrase ici et là que je garde dans mon cœur pour les jours de déprime, un petit conseil poétique, une évidence qui me fait rire. Par exemple, dans la chanson D’la grande visite, tu chantes:
Quand j’te dis NON N-O-N NON, tu pognes les lettres à l’envers à l’endrette, one more time,
pis ça fait toujours non!!!
Tu vas rire, Richard, mais chaque fois que je m’affirme et que je dis non
à une proposition et que la personne devant moi insiste, j’ai envie de lui chanter cette chanson: qu’est-ce que tu ne comprends pas dans le non que je viens de te dire? Je viens de te dire que c’est non! Pogne les lettres à l’envers à l’endrette et ce sera toujours non!
Tu m’as aidée aussi à accepter d’être aimée. Oui, oui! Au début de ma
relation avec mon chum, j’écoutais Jenny en boucle, et je pensais: Wow! Un homme qui dit ça de sa blonde, j’en veux un moi aussi. Et plus le temps avançait, plus je me rendais compte que mon vœu était exaucé.
Nos seules vacances, c’était quand on allait s’coucher, mais laisse-moi te dire: ta peau, c’est
mieux qu’une plage…
Et que dire la fabuleuse Tu m’aimes-tu?
Ton dos parfait comme un désert quand la tempête a passé sur mon corps…
Si je te disais que plusieurs fois après que la tempête a passé sur mon
corps, j’ai contemplé le dos parfait de mon amoureux en fredonnant Tu m’aimes-tu? même si mon cœur et mon corps connaissaient déjà la réponse.
Et quand je veux me connecter à la puissance de la vie, je chante Les
Yankees:
Tell me my friend,
Qui est le chef ici?
Et qu’il se lève!
Et le soleil se leva.
Tu as su entrer au plus profond de mon être. Je ne sais pas qui t’a donné
la CLÉ, mais si tu ne l’avais pas trouvée, je te l’aurais offerte comme on offre son cœur à l’être aimé. Avec toi, mon cœur est un oiseau en liberté. Je t’aime, Richard.
Et moi aussi, quand j’aime une fois, j’aime pour toujours. C’est ce qui
est arrivé avec toi, la première fois où j’ai entendu tes chansons, avant même que tu sois connu, je t’ai aimé. Pour toujours.
10 juin
Mon show d’amour
J’ai un grand rêve depuis des années. Il est tellement grand que je n’ai jamais trop osé le croire possible. Depuis quelque temps pourtant, (depuis que j’ai réalisé que je vieillis et que je ne voudrais donc pas passer à côté) je sais qu’il deviendra réalité. Il y a mon amie Anne-Marie aussi qui y est pour beaucoup. Avant de mourir, elle m’avait demandé de le faire, elle m’en avait même presque suppliée. Mon rêve est de faire une tournée de belles grandes salles du Québec et d’être sur scène pour ce que j’appelle un «show d’amour». Ce ne sera pas un show d’humour, ce ne sera pas une conférence, mais un happening où vous et moi passerons quelques heures ensemble. J’irai vous visiter partout en région dans vos plus belles salles, vous vous souviendrez toute votre vie de cette soirée, je vous le promets. On rira, on pleurera, on sera émues, vous en ressortirez énergisée et confiante en la vie. Je me vois, je sais que ça va arriver. Tout est prêt, mes textes, mes moments clés, mon visuel. Tout est prêt dans ma tête et moi aussi je suis prête. Pas juste dans ma tête, mais dans mon corps, dans mon âme et dans mon cœur. Je sais que ça va arriver. Il y a longtemps j’étais allée voir un spectacle de Marie-Lise Pilote au Club Soda. Quand je suis revenue chez moi, j’ai pris le billet et j’ai mis du liquide correcteur sur les dernières lettres de son prénom: je les ai remplacées par les dernières du mien. Sur le billet, MARIE-LISE PILOTE est devenu MARCIA PILOTE. Je me suis dit: un jour les gens achèteront des billets pour venir me voir dans les plus grandes salles. On se fera une belle soirée «intime». Un immense tête-à-tête.
Si je vous écris ce texte c’est parce que je tiens à vous dire que, parfois,
lorsque nous portons un désir ou un rêve, il faut être patiente et déterminée. Il ne faut jamais se décourager. Récemment j’ai écouté un cd audio de Robin Sharma et un passage m’a beaucoup interpellée. Il parle des échecs, il dit ceci:
(Tradution libre): si vous ne vivez pas au moins un échec par semaine, c’est parce que vous
avez joué petit. Plus une personne joue grand plus elle aura des revers.
Wow! Je dois jouer grand en titi, parce que des revers, des déceptions,
des moments de découragements, j’en ai eu des centaines. Mais vous savez quoi, je n’ai jamais arrêté d’y croire.
Mon dernier moment assez intense est arrivé il y a quelques semaines.
Pour mon show d’amour, je me disais qu’il fallait que je rencontre une personne, (producteur de spectacles ou gérant). J’ai demandé à la vie de mettre la personne parfaite sur ma route. Cela a pris deux ans, et les synchronicités majeures, (je vous épargne les détails), m’ont conduite à rencontrer Steeve Godbout, le gérant de P.A. Méthot. J’ai pris rendez-vous avec lui et c’est à Québec, dans ses bureaux, que la rencontre s’est déroulée. Je lui ai parlé de mon projet, nous avons eu un échange formidable, je flottais. Tout de suite après j’ai filé en Gaspésie pour la semaine et j’étais enchantée. Ma fille Adèle, que j’allais rejoindre, m’a dit qu’elle m’avait rarement vue comme ça. Il était convenu avec Steeve qu’on se reparle après mes vacances. Une semaine plus tard il m’a écrit un texto pour me dire qu’il avait repensé à tout cela et qu’il n’avait pas le temps de bien s’occuper de mes projets, qu’il préférait ne pas commencer quelque chose à laquelle il ne pourrait consacrer tout le temps qu’il voudrait.
J’ai été déçue mais pas dévastée. J’ai tout de même appelé Anouk, ma
partenaire Master Mind, pour lui poser une question. Je voulais qu’elle soit franche avec moi. Je lui ai dit: «Je veux que tu me dises la vérité, sois franche. Est-ce que je m’en fais accroire? Dis-le-moi franchement, ma fille, ça ne me dérangera pas pantoute de tout lâcher ce projet.»
Il s’est passé alors quelque chose de formidable, de réparateur, de
guérissant. Anouk s’est mise à pleurer et m’a dit: «Oh non, faut pas que tu lâches. Si toi tu lâches… je ne croirai plus en rien…»
Et je me suis mise à pleurer pendant longtemps, une bonne heure.
Pleurer de joie, de tristesse, de compassion envers moi, de reconnaissance d’y avoir toujours cru.
Je vous parle de tout ça pour vous dire que vous avez le droit, vous aussi,
de continuer à croire possible ce qui vous tient à cœur depuis des décennies. C’est vous seule qui savez ce que vous désirez au plus profond de votre cœur. Il ne faut laisser personne vous faire croire que vous devrez abandonner, verrouiller votre projet pour le reste de vos jours et lancer la CLÉ le plus loin possible pour être certaine de ne jamais la retrouver. Je ne perdrai jamais cette précieuse clé. Plus que jamais, je la tiens solidement dans mes mains et surveillez bien, car prochainement nous pourrons passer la soirée ensemble dans une salle de spectacle près de chez vous. Je conserverai précieusement mon billet, mon nom y sera écrit en entier, sans liquide correcteur, et vous et moi saurons tout le travail que cela a impliqué de me rendre jusqu’à vous. Ce soir-là, nous dirons enfin et nous saurons que TOUT EST POSSIBLE!
11 juin
Bonnes nouvelles
J’ai tellement de bonnes nouvelles à vous annoncer. Depuis des années, je fais du porte-à-porte pour vous dire personnellement ce que je sais. Mes livres, mes conférences, ma plate-forme Marcia comme je l’aime existent pour une seule raison: vous livrer ces bonnes nouvelles. Qu’est-ce que je sais et que vous avez besoin de vous faire dire? Je ne sais rien que vous ne sachiez déjà, seulement, vous l’avez oublié. Moi, c’est ma mission de vous le rappeler. Ce que j’ai à vous dire, c’est que vous avez le droit de vivre votre vie comme vous en avez envie. Non seulement vous en avez le droit mais le devoir. On ne vient pas sur la terre pour travailler toute notre vie, être prises dans le tourbillon, puis la première chose qu’on sait, c’est qu’on est rendues à se bercer dans un centre pour personnes âgées. Vous le savez ça, mais peut-être pas au point d’apporter des changements dans votre vie. Celles qui ont eu peur de mourir et qui ont vu de près l’écriteau avec le mot fin ont eu le courage de faire les changements qui s’imposaient pour vivre une vie en toute conformité avec leur vision.
Ne me dites pas que vous n’avez pas de vision de ce que vous voudriez
vivre et être. Ne me dites pas non plus que vous n’avez pas le choix. On a toujours le choix de ce qu’on fait avec notre vie. Je n’ai pas dit qu’on avait le loisir de tout décider, ça non. On n’a pas le choix de nos épreuves, de nos revers, mais on a vraiment le libre arbitre en ce qui a trait à la façon dont on va réagir aux situations. Je défendrai ce point jusqu’à ma mort. On a voulu, dès notre plus jeune âge, nous imposer l’idée qu’il n’y avait qu’un seul chemin qui était acceptable. Nos parents nous ont bien averties, nos professeurs aussi et nous y avons cru. On a toutefois oublié de nous dire que si on suit notre chemin, si on écoute ce que notre petite voix nous indique de faire, on ne se trompera jamais. C’est une des bonnes nouvelles que je veux vous livrer. Je le sais, je l’ai toujours su et jamais personne n’a réussi à me faire croire le contraire. Je suis née avec cette certitude et j’ai grandi avec, malgré le fait qu’on ait voulu me changer, malgré le fait qu’on ait voulu me faire croire parfois que j’étais anormale. Je ne l’ai pas cru, car j’étais persuadée du contraire. C’est ça, mon métier à moi, il n’a pas de nom. Mon métier est de vous rappeler cela: qu’on a le droit de vivre notre vie exactement comme on voudrait la vivre. Je porte un énorme sac de CLÉS, et j’ai la mission de vous en donner une, la plus importante, celle qui déverrouillera la serrure qui vous permettra d’entrer en vous. C’est la première étape d’une belle aventure qui ne cessera de vous émerveiller. C’est la première bonne nouvelle. J’en ai plein d’autres pour vous, et puisque mon métier de marchande de clés consiste à vous en parler, vous n’avez pas fini de m’entendre!
12 juin
Tout est négociable tout le temps
Avez-vous déjà entendu cette fameuse phrase: «Donner c’est donner, reprendre c’est voler»? On la disait quand nous étions enfants, lorsqu’une de nos amies voulait reprendre un jouet qu’elle nous avait offert dans un élan de générosité et qu’elle le regrettait. Nous avons donc grandi avec cette idée que lorsqu’on donne, que ce soit un objet, notre accord, une permission, notre amitié, notre cœur, on n’a plus le choix de changer d’idée par la suite et il faut vivre avec les conséquences de notre geste. On a dit oui, on ne peut plus reculer, c’était à nous d’y penser avant. Justement, s’il y a une chose qui est difficilement évaluable à moyen et long termes, c’est bien un engagement. Qu’arrive-t-il si, en cours de route, la donne change et que l’entente ne fait plus mon affaire pour une raison ou pour une autre? J’ai dit oui, donc je dois subir une situation qui ne me convient plus et me donne du fil à retordre? Par exemple (cas vécu), vous avez donné votre accord pour que l’ado de votre chum vienne vivre à temps plein avec vous, et ce, dès son secondaire 1. Mais voilà que trois années plus tard, cela ne vous convient plus pour des raisons qu’il serait trop long d’élaborer ici. Pour son secondaire 4 et 5, vous ne pouvez pas entrevoir de continuer de cette façon, car ce n’est plus vivable à la maison et vous êtes réellement perdante après avoir tout essayé. Difficile de reculer, me direz-vous? Pas si chaque fois que vous prenez une décision ou un engagement, vous établissez très clairement avec vous-même et les autres que TOUT EST RENÉGOCIABLE EN TOUT TEMPS. Vous dites OUI aujourd’hui avec ces données-là dans ce contexte-là, mais si la situation se transforme, vous avez le droit de changer d’idée. Je vous le concède, c’est très difficile à appliquer, car on a peur de passer pour une lâcheuse, une fille qui n’a pas de parole, une girouette qui change d’idée comme elle change de robe. Mais sachez que ce n’est pas le cas. Vous avez droit à votre paix de l’esprit, vous avez droit à vos préférences, vous avez le droit de changer d’idée, de renégocier. Et si une personne tente de vous faire des reproches parce qu’elle est déçue ou frustrée, rappelez-lui votre entente du début: tout est renégociable en tout temps. Cette façon de faire que j’applique à la lettre chaque fois, et je dis bien chaque fois, que je prends un engagement, par exemple un rendez-vous, un contrat, une promesse, une relation, me permet d’être libre et de toujours donner l’heure juste aux autres. Est-ce que ça veut dire qu’on ne peut pas se fier sur moi? Non, au contraire, je ne laisserai jamais personne dans le trouble, mais je ne laisserai jamais personne m’envahir si en cours de route les données changent. C’est la CLÉ pour des relations authentiques où la frustration n’est jamais au rendez-vous.
13 juin
Le courage d’être soi
Je n’ai même pas vérifié si le thème du jour, le courage d’être soi, était un titre de livre. Je n’en serais pas surprise et si un livre qui parle de ce sujet n’existe pas, il faudra que quelqu’un l’écrive. Tout le courage que requiert le fait d’être soi ou, à tout le moins, de vouloir être soi, c’est le travail d’une vie. Quand, lors de la parution de mes premiers tomes de ma série La vie comme je l’aime, les journalistes me demandaient quelle était ma définition d’une vie comme je l’aime, je répondais (et c’est encore la même chose aujourd’hui) ceci: «Une vie comme je l’aime, c’est une vie où je m’autorise à être qui je suis un peu plus chaque jour.»
Pour se donner cette permission, qui est la CLÉ qui ouvre la porte
d’entrée, il faut en premier lieu savoir qui on est et, par la suite, quand on en a une bonne idée, il faut avoir le courage d’être soi. Pourquoi accoler le mot courage à quelque chose qui devrait pourtant être si naturel: être? Tout simplement parce qu’il nous faut désapprendre. Il nous faut détricoter le faux habit dont nous sommes vêtues et recommencer le tricot, complètement. Il faut du courage pour sortir des rangs (et je ne parle pas ici des rangs de tricot), pour en faire à sa tête, en faire à son cœur. Il faut de la foi pour que nos doutes ne prennent pas toute la place, il faut du courage pour garder notre foi haute. Foi en la vie, foi en soi. Foi tout court. Être soi, c’est une aventure palpitante qui nous empêche d’aller voir ailleurs si on y est, tout simplement parce qu’on sait toujours où on est, qui on est. Être soi, c’est avoir le désir profond de se connaître et surtout de s’aimer, telle quelle, avec nos défauts et nos qualités. Être soi, c’est se coucher tous les soirs en se disant merci pour la bonne journée. Et demain, j’accepterai encore une fois la proposition de la vie: me laisser transporter avec douceur au centre de mon être.
14 juin
Je ne peux plus m’en passer
Je n’ai jamais lu une bande dessinée de ma vie. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Les Tintin, les Astérix, les Schtroumpfs et les Gaston Lagaffe de ce monde m’ennuyaient terriblement. Mes cousins et mes amis adoraient les bandes dessinées, mais ils ne se rendaient pas compte qu’ils faisaient déjà partie d’un club sélect duquel les petites filles étaient exclues. Rien dans les Tintin ou les Astérix ne pouvait attirer la fillette que j’étais. Aucun personnage d’aventurière qui aurait pu toucher ma fibre féminine ne m’était présenté. Comme si l’aventure ce n’était pas pour les petites filles. À part la Castafiore et la Schtroumpfette, je n’avais aucun modèle à me mettre sous les yeux. Je peux même dire que j’avais une dent contre les BD. Je crois que c’est à ce moment que j’ai compris que le sexisme existait.
Quel ne fut pas mon étonnement, quarante années plus tard, de découvrir
les romans graphiques et d’en devenir dépendante! J’aimerais tant que vous goûtiez à cela, le plaisir que procure la lecture de ce type de livres. Qu’est-ce qu’un roman graphique? C’est une histoire racontée dans un livre avec des dessins. Ce n’est pas une bande dessinée ni un roman, mais un mélange des deux. Je pourrais vous en parler longuement, mais je préfère plutôt vous faire une suggestion de cinq romans graphiques qui m’ont bouleversée, tant par leurs propos que par leurs illustrations. Vous en jugerez par vous-même. Vous aurez le privilège d’entrer dans l’intimité de personnes qui deviendront vos ami(e)s intimes. Vous ne les oublierez jamais: Lulu, Juliette, Brice, David et Caroline.
Ces livres illustrés me permettent de savoir que les autres personnes ont
aussi des questionnements, de la souffrance, une quête de sens et, surtout, un désir de trouver leur place, d’exister. Ces personnages m’invitent à tout arrêter, l’espace de quelques pages, et à poser mon regard sur une humanité qu’on n’a pas souvent la chance de côtoyer. J’ouvre un roman graphique, j’ouvre les portes d’un univers qui me fait du bien. La CLÉ m’est offerte par les auteur(e)s qui me partagent le plus intime de leur vie par le biais de leurs mots et de leurs dessins.
Si vous avez envie de vous plonger dans ces univers, vous ne vous
tromperez pas en commençant par ces cinq ouvrages:
– Lulu femme nue, Étienne Davodeau, éd. Futuropolis, 2008.
C’est l’histoire d’une femme qui a une vie tout à fait normale, mari et
enfants, qui décide de faire une fugue. Cette femme, ce pourrait être vous. On a vraiment l’impression d’être avec elle, dans son sac à dos, dans ses pensées, et on vit à la fois cette aventure du point de vue de son mari et de ses enfants qui la cherchent. Humain, sensible, tendre et bouleversant.
– Juliette – Les fantômes reviennent au printemps, Camille Jourdy, éd.
Actes Sud BD, 2016.
Avec Juliette, on a droit à une chronique de la vie familiale des temps
modernes, avec ses petits bonheurs et ses petits fiascos. Juliette, une femme dans la quarantaine, retourne sur les lieux de son enfance et revisite son passé. Il y a des personnages si réalistes qu’on a l’impression de faire partie de la famille. C’est l’histoire d’une jeune femme hypocondriaque qui quitte sa vie parisienne pour venir se ressourcer dans la maison familiale. Elle erre dans les ruelles de son enfance avec sa sensibilité et ses crises de panique. Vous vous en souviendrez toute votre vie.
– L’accablante apathie des dimanches à rosbif, Gilles Larher, éd.
Futuropolis, 2008.
C’est l’histoire d’un humoriste, Brice Fourrastier, dont la vie va basculer
d’une façon imprévue. Un cancer le ronge. Il n’a plus que quelques mois à vivre. L’heure est venue pour lui de faire ses adieux. Artiste iconoclaste, il décide d’en faire son dernier spectacle… Je vous mets au défi de ne pas pleurer en lisant ce livre.
– David, les femmes et la mort, Judith Vanistendael, éd. Le Lombard,
2012.
Au moment où naît sa petite-fille Louise, David apprend qu’il a un
cancer. Mais la parole n’a jamais été son fort, et il préfère taire la maladie, la douleur et la fin qui se profile. Au grand dam des femmes de sa vie: sa femme Paula, ses filles Miriam et Tamar. Impuissantes. Vous aurez l’impression de regarder un film. Quels magnifiques personnages féminins. Quel cadeau que celui de pouvoir entrer dans l’univers d’un homme en fin de vie. Un bijou.
– Chute libre, carnets du gouffre, Mademoiselle Caroline, éd.
Delcourt/Mirages, 2013.
Caroline plonge dans la dépression après la naissance de son premier
enfant. Elle est happée par cette maladie qui s’invite à trois reprises dans sa vie. Du protocole médicamenteux à la rechute, elle apporte un témoignage pour déculpabiliser celles qui sont tombées dedans et donne des clés de compréhension à l’entourage. Certains dessins ont été réalisés sur le vif à l’époque de sa maladie. (Le fait que ce soit elle qui signe les dessins rajoute une couche de vérité à ce récit). Troublant.
Je n’ai jamais connu la dépression, mais ce livre m’a permis non
seulement de comprendre de quoi il en retournait, mais de vivre de l’intérieur les sentiments et l’état des femmes qui connaissent cette réalité. Toutes les femmes devraient lire ce livre.
Sur le même sujet, je vous suggère aussi:
– 12 mois sans intérêt, Journal d’une dépression, Catherine Lepage, éd.
Mécanique générale, 2007.
J’espère vraiment vous avoir donné envie de lire ce type d’ouvrages. Si
oui, ne vous surprenez pas si vous devenez dépendantes. C’est mon cas, je ne peux plus m’en passer.
15 juin
Chaque fois que je dis mon nom «Il y a un merci dans ton nom.» On me dit souvent ça. Je le sais et j’en suis fière. J’aime mon prénom. Mon adresse courriel est une adresse de
gratitude: marcialavie@videotron.ca
Marcia la vie. Merci à la vie. Merci d’être en vie. Merci tout court.
Marcia. Mercia. Merci à.
Chaque fois que je dis mon prénom, je dis merci à quelque chose. Quand
je suis venue au monde, j’ai dû dire merci aussi, même si, à ce moment-là, je ne savais pas encore comment j’allais m’appeler. La première personne que j’ai vue était ma maman et j’ai sûrement dû la remercier de m’avoir portée, de m’avoir transportée, de m’avoir donné la vie.
Je m’appelle Marcia et il y a un merci dans mon nom, mais savez-vous
que c’est aussi le cas pour vous? Que vous vous appeliez Sylvie, Karine, Hélène, Julie, Rachel, Martine, Isabelle, Solange, Mélanie, Diane, Linda ou Janine, il y a aussi un merci dans le vôtre. Qu’est-ce qui me permet d’affirmer cela? Parce que je vois la vie dans vos yeux, même s’ils sont cernés ou bouffis parce que vous venez de pleurer, même s’ils sont fatigués, il y a toujours un petit bout de votre regard qui dit merci. Merci d’être vivante malgré la vie parfois difficile, malgré les défis, les revers et les épreuves. Il y a toujours un merci dans votre nom. Peut-être qu’il ne s’entend pas, mais vous l’incarnez. Le simple fait que vous soyez en vie en est la preuve.
Je connais l’importance de la gratitude. J’ai mon petit cahier depuis des
années et j’aime y écrire mes remerciements de fin de journée. Selon moi, c’est la CLÉ qui me permet de savourer, d’apprécier et de me retrouver souvent dans cet état. Mais quand, de surcroît, la gratitude porte notre nom, on ne peut faire autrement que de l’honorer.
16 juin
Ça pourrait être si simple Avez-vous déjà entendu l’expression: pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué? Certaines personnes pourraient donner un cours qui aurait pour titre: l’art de se compliquer la vie!
Je crois que j’ai été vaccinée à ma naissance contre ce virus de la
complication. Je pourrais donner le cours opposé: l’art de se simplifier la vie. Je dis que je pourrais donner le cours, mais je crois que je le donne depuis longtemps par mes choix de vie, par la façon dont je gère et je mène ma vie de tous les jours. Je suis une GERMAINE ZEN et j’en suis fière. J’aime gérer et mener, mais en étant dans une perspective de zen et de lâcher-prise. Je ne veux pas contrôler. Tout ce que je fais, je le fais dans l’optique de la simplicité. Je ne me demande jamais comment je pourrais faire telle chose, mais plutôt comment je pourrais la simplifier. Avec l’expérience, je ne me pose même plus la question, je le fais, tout simplement. J’ai même un radar pour détecter à cent kilomètres à la ronde et plusieurs semaines à l’avance les situations compliquées. Quand je les flaire, vous m’entendrez dire à voix haute: «Oh! je n’embarque pas là-dedans!» Je vous avertis d’entrée de jeu, si vous avez envie de vous simplifier la vie, ne commencez pas en affirmant cette phrase, car elle provoquera la hargne chez les personnes qui vous proposent cette activité. Commencez plutôt par une phrase plus discrète du genre: «Sais-tu, je préfère m’abstenir…»
Vous remarquerez que dans notre entourage se trouvent, et ce dans tous
les domaines, des CDV (compliqueurs/euses de vie). Ces personnes voient grand, ne tiennent pas en place, vous embarquent toujours dans mille et un projets. La première chose que vous savez est que vous êtes inscrite à une campagne de levée de fonds, vous avez fait un chèque et vous vous trouvez à 7 h du matin, un chandail de bénévole sur le dos, à mettre des cadeaux surprises dans des sacs. Vous n’aurez pas le temps de diner, car vous devrez conduire la navette pour les dignitaires qui visiteront le site, alors que tout ce que vous vouliez, c’était de vous reposer en fin de semaine.
Ou, encore, votre belle-sœur CDV (compliqueuse de vie) a organisé un
rallye pour le 60e anniversaire de mariage de vos parents qui, depuis qu’ils ont un déambulateur, se déplacent difficilement. Mais votre belle-sœur est si sportive et enthousiaste qu’elle a oublié que personne n’aime les rallyes et que vos parents avaient demandé de garder ça simple. Vous voilà toutes et tous debout sur le haut d’une montagne avec des ballons et des flûtes.
Ou bien un souper d’amis pourrait être si simple, mais Alain et Francine
ont décidé que chaque couple cuisinerait devant les autres une entrée provenant d’un pays différent. Il y a de la farine partout, on ne trouve pas les accessoires de cuisine, les couples se chicanent sur la façon de faire et en plus, ce n’est pas mangeable.
Je pourrais écrire un livre au complet avec des exemples de situations
compliquées et je suis convaincue que vous pourriez m’aider à l’alimenter, car toutes les semaines, elles font partie de votre réalité. Quelle est la CLÉ qui pourra vous permettre de vivre plus simplement? Je vous en parle demain! Je vous souhaite une belle journée remplie de simplicité!
17 juin
Ça pourrait être si simple (suite)
Je pourrais vous dire que pour avoir une vie simplifiée, il faut savoir apprécier les petits bonheurs de la vie, vivre le moment présent, privilégier l’être plutôt que le faire, prendre soin de soi, savoir déléguer et demander de l’aide, et vous seriez sûrement d’accord avec moi. Mais il n’en demeurerait pas moins que vous auriez envie de me dire: «Oui, j’veux bien, mais comment on fait ça?»
Puisque je suis une femme qui adore les choses concrètes, j’ai décidé de
vous donner mes meilleures clés pour une vie simplifiée et allégée:
– Chaque fois que quelqu’un vous propose quelque chose et que ça ne
vous allume pas du tout, que vous vous dites que ce sera compliqué,
ÉCOUTEZ-VOUS, car ce sera compliqué! Vous avez amplement le
droit de ne pas accepter. Comment on fait ça? On dit tout simplement
la vérité: Je n’aime pas les brunchs, ou Je ne veux pas me booker les – J’ai déjà eu une femme de ménage mais plus maintenant, car j’ai
fins de semaine, ou Je préfère remettre ça à plus tard, ou Allez-y si
vous le désirez, mais moi, je vais passer mon tour.
Si vous dites oui à tout par peur d’être jugées, il faut absolument que
vous soyez capables de régler cela, car autrement, vous n’arriverez pas à atteindre vos objectifs de simplicité.
– Ne vous comparez JAMAIS. Si vous fonctionnez par comparaison,
vous ouvrez la porte aux complications. Vous voudrez que vos
cupcakes soient aussi réussis que ceux de votre cousine, vous voudrez
avoir une maison aussi rangée que votre voisine, vous voudrez que
vous enfants soient aussi polis que ceux de votre amie, c’est sans fin.
– Quand vous organisez un événement, sachez que les gens au final
retiendront ce qu’ils y ont vécu et non pas ce qu’ils y ont mangé ou bu.
J’organise tous mes événements et réceptions dans cette optique. Pas
de fla-flas, que de beaux moments axés sur l’humain.
– Ne dites jamais OUI spontanément à une invitation. Je laisse toujours
un délai de quarante-huit heures avant de donner ma réponse. Je me
laisse ainsi le temps de mesurer de quelle façon cela s’inscrit à
l’agenda. Je dois vous avouer que la réponse est souvent non, mais je
suis toujours fière de moi d’avoir pris le temps d’évaluer le tout. Je me
sens en pleine possession de mes moyens et vous ne m’entendrez
jamais dire: «On ne m’y prendra plus.».
– Les vêtements: pour me simplifier la vie concernant les vêtements, j’ai
fait un choix il y a longtemps: je ne porte pas d’accessoires ni de
bijoux, et que du noir. Je ne me casse jamais la tête pour agencer des
ensembles ou pour faire disparaître une tache. Je ne fais que deux
brassées par mois. Deux brassées de noir, merci, bonsoir.
– Les tâches ménagères sont l’affaire de tout le monde dans la maison.
Je ne dis jamais que mon chum ou mes enfants sont gentils parce qu’ils
m’aident. Dire qu’ils m’aident sous-entend que la tâche me revient. Je
dis plutôt que chacun fait sa part et que c’est tout à fait normal. À ce
titre, dès l’âge de cinq ans, chaque enfant est responsable de son
lavage.
remarqué qu’en sachant que chaque semaine la maison était entre les
mains de cette précieuse aide, tout le monde se déresponsabilisait de
ses tâches. Ma devise maintenant: tout le monde salit, tout le monde
torche!
– Je dis au fur et à mesure ce que j’ai à dire, ce que j’ai sur le cœur. Si
vous saviez comme cela me simplifie la vie. Quand je ne suis pas
capable de le dire, je l’écris.
– J’ai une règle concernant mes loisirs: aucune obligation. Je considère
qu’il y a tellement de choses dans la vie pour lesquelles on n’a tout
simplement pas le choix: travailler, payer ses comptes, faire le ménage,
se laver, nourrir ses enfants, alors pour ce qui est des loisirs, je
revendique le droit de choisir mes horaires selon mon rythme et mes
préférences. Depuis que j’ai établi cette règle, ma vie est beaucoup
plus simple et mes loisirs sont ressourçants.
– Je n’essaie jamais de faire l’unanimité. Je sais très bien que quoi que je
fasse, je déplairai à 50% des gens. J’aime mieux déplaire en ayant le
bonheur d’avoir fait ce que je voulais vraiment. C’est plus simple
comme ça.
– Je pratique avec fierté la procrastination positive. Je comprends
parfaitement l’idée que parfois, il faut remettre au lendemain pour se
simplifier la vie. On fera la tâche en deux fois moins de temps plus
tard.
Je vous ai présenté quelques-unes de mes CLÉS de base pour une vie
simplifiée. J’espère que je vous ai inspirée à trouver les vôtres. Vous n’aurez pas à chercher trop loin, elles sont quelque part au fond de votre sac à main!
18 juin
Entre 23 heures et 1 heure
Quand je n’ai rien à mon horaire tôt le lendemain et quand je le peux, (c’est-à-dire souvent), je m’offre le luxe d’un deux heures sur le shift de nuit. Deux heures dans ma journée où tout le monde est couché, où le téléphone ne sonne pas, où je peux travailler, dessiner, créer, ne rien faire, bref, deux heures où je n’ai de comptes à rendre à personne, où je ne suis ni la blonde de, ni la mère de, ni la belle-mère de, ni l’amie ou la sœur de, mais juste moi, Marcia. Si, du jour au lendemain, on m’interdisait de vivre ces moments, je crois que j’aurais un entretien avec la responsable en chef de la gestion universelle du temps et je lui dirais ceci: Écoutez bien: moi, je suis prête à faire ce que je dois faire, je suis travaillante, je fais à manger, je fais les commissions, je retourne mes courriels. Parfois j’ai 1000 contrats en même temps, je me pointe à l’heure à mes réunions, je suis productive, créative, j’opère, comme on dit; mais savez-vous que si vous m’enlevez ces heures-là, je ne serai plus fonctionnelle? Vous allez me perdre, je ne serai plus la même. La Marcia que vous connaissez, celle qui pétille, qui rayonne, qui est attentive et à l’écoute des autres, ne sera plus la même si vous ne lui permettez pas de recharger ses batteries de 23 h à 1 h. Elle fera signer une pétition, elle se roulera en boule, elle fera la grève jusqu’à ce que vous lui assuriez qu’elle pourra toujours disposer de ce temps de ressourcement. Elle n’a pas trouvé d’autre façon et elle doit beaucoup à ces 120 minutes qui la conduisent au cœur d’elle-même.»
Tous les jours, j’ai hâte que 23 h sonnent. J’ai un amoureux qui se
couche tôt et quand il se met au lit vers 21 h, je sais que mon heure s’en vient… et j’ai hâte. J’ai toujours eu besoin de cette plage horaire à la fin de ma journée. J’aime la terminer de cette façon en basculant sur la prochaine. Je prends toujours un thé vers 18 h pour être certaine de me donner le petit boost pour me rendre jusque-là. On pourrait croire que je suis fatiguée à cette heure tardive, mais au contraire, le simple fait de savoir que ce cadeau m’attend tous les jours me remplit d’énergie. C’est la CLÉ qui ouvre la porte de ma vie intime, où je suis la seule autorisée à entrer!
19 juin
Oui, je le veux
Je dois être une des rares personnes qui a le privilège de vivre cela. Avoir toute une communauté derrière elle, à côté d’elle, vivre une relation absolument unique avec des femmes, être soutenue par elles, entendue, aimée. C’est rare et je le sais. La plupart des artistes vous diront J’aime mon public, et quand ils et elles reçoivent un prix, les premières personnes à être remerciées sont les membres de leur famille et de leur équipe: «Je remercie mes parents, mon producteur, ma femme, mon mari, mes enfants.» À la toute fin (et parfois même personne n’en fait mention), on offrira un merci spécial au public. Moi, si jamais je gagne un prix un jour, je commencerai par vous remercier, vous les femmes, qui depuis des années font de moi qui je suis. Je terminerai en remerciant mes parents parce qu’ils m’ont mis au monde et c’est tout. Pas mes filles, ni mon chum, ni mes sœurs. Si je monte chercher un prix, ce sera grâce à vous et si je le pouvais, je vous inviterais toutes à monter sur la scène avec moi et je vous dirais que c’est notre trophée à nous toutes.
Je le découperais en milliers de morceaux pour que vous puissiez en
placer un petit bout dans votre sac à main afin que toujours vous vous rappeliez que c’est ensemble que nous sommes les plus fortes, que c’est en nous sachant là que nous pouvons avancer. C’est ce que vous m’avez permis de faire dans ma vie professionnelle et personnelle: avancer. Pourquoi? Parce que je vous savais là. Toutes. Toutes là. Je vous voyais, je vous sentais, j’étais connectée à vous et je le suis encore. Vous tenez ce livre entre vos mains et je veux que vous sachiez que chaque ligne que j’ai écrite l’a été en pensant à l’une ou plusieurs d’entre vous. Je vous voyais même en train de lire dans un autobus, dans la salle de bain, dans la cuisine en prenant votre café, au chalet la fin de semaine, dans votre nouvel appartement, au resto en attendant vos amies, au gym en marchant sur le tapis roulant.
Ces mots sont les miens mais aussi les vôtres, car ils sont inspirés par
vous, vos histoires, votre vie, votre présence dans la mienne. Je l’ai su quand vous m’avez dit OUI, pas oui, je le veux, mais OUI, on en veut. Il y a quelques années, j’ai su que je ne serais plus jamais seule, et je crois que vous l’avez su aussi. Nous avons fait un pacte d’amitié tacite, solide, et aujourd’hui, je vous réitère ma promesse: jusqu’à la fin de mes jours, vous serez les personnes les plus importantes de ma vie. Nous serons ensemble, fortes, belles et lumineuses. Nous serons une seule et même, et plusieurs à la fois avec notre joie, nos blessures, nos épreuves et nos défis. Je sais qu’ensemble, TOUT est possible, surtout la vie, la vie comme on l’aime. Savoir cela est la CLÉ qui nous permettra d’être fortes; et quand on est fortes, on peut gagner tous les trophées du monde!
20 juin
On se dit souvent
On se dit souvent:
– quand j’aurai réglé telle chose, je pourrai passer à telle autre;
– quand les rénos de la maison seront terminée je pourrai m’installer;
– quand j’aurai plus de temps, je pourrai commencer à penser à moi.
J’aurais aimé savoir qu’il n’y a jamais vraiment de quand. Le quand
«fout le camp» lorsque vient le temps de le vivre. Quand c’est réglé, les rénos, le tourbillon et telle chose, et qu’on arrive à ce qu’on avait imaginé, d’autres «quand» remplacent les anciens. C’est sans fin, comme si on était perpétuellement empêchées d’arriver à goûter à ce que nous désirons vraiment. Comme si toute notre vie nous cuisinions un gâteau qu’on ne pourrait jamais manger.
Comment fait-on alors pour venir à bout de ce cercle vicieux qui nous
garde emprisonnées dans l’espérance d’un futur meilleur? Ma CLÉ qui fonctionne à tout coup, est d’ouvrir la porte du moment présent. Revenir à ce qui est. Ne pas entretenir la croyance que quand ceci ou cela sera chose faite on pourra commencer à vivre les situations comme on voudrait les vivre. Exerçons-nous dans un premier temps à surveiller ce qu’on dit à propos de ce que l’on vit. Lorsque vous vous entendrez dire des phrases telles que:
– j’ai hâte que Éric travaille moins, on va pouvoir commencer à vivre,
– j’ai hâte que les rénos soient terminées, on va pouvoir profiter de la
maison,
– j’ai hâte que l’été soit fini et que les enfants entrent à l’école,
tâchez de remplacer vos «j’ai hâte» par de réels désirs et non des
plaintes. Les désirs/actions vous propulsent dans une énergie de joie alors que les souhaits formulés sous forme de plainte vous tirent vers le bas.
– Eric et moi on a décidé de prendre tous nos mercredis en tête-à-tête.
On fait venir une gardienne et on va au resto.
– Je me suis fait un petit coin dans ma maison, loin des rénos, de cette
façon je peux me être dans ma bulle.
– On fait un échange, ma voisine et moi. Je prends ses enfants une fois
par semaine et elle prend les miens. De cette façon j’ai du temps pour
moi et tout le monde est heureux!
On se dit souvent que notre vie changera quand telle chose sera
terminée. Le problème c’est que ce n’est jamais terminé, il y a toujours quelque chose qui commence. La seule chose qui sera réellement terminée est notre vie à l’heure de notre mort. Et encore…
21 juin
Aimer l’été
Je n’aime pas l’été mais, curieusement, c’est l’été où j’aime le plus. L’été possède les CLÉS de mon cœur et l’ouvre largement dès le 21 juin.
C’est à la campagne que j’aime le plus mon chum. Je l’aime toute
l’année, mais l’été, mon amour pour lui s’épanouit comme la si belle nature dont nous sommes entourés. Ses petits mots d’amour écrits sur des écorces de bouleaux, nos virées en canot et les arrêts fréquents pour s’étendre sur la mousse, faire la sieste en plein après-midi, manger des fraises pour souper, prendre un bain de minuit, discuter jusqu’à tard dans la nuit assis sur la galerie au chalet. Pas d’Internet, pas de téléphone, pas de cellulaire, pas de télévision, seulement les flammes du feu de notre amour qui éclairent la vie. Mon chum, mon homme. Vous avez sûrement remarqué vous aussi à quel point, l’été, on devient possessif. Les «mon, ma, mes» se font aller sans même qu’on s’en rende compte. Plus on aime, plus on veut signifier à la terre entière que l’objet de notre amour fait intimement partie de notre vie. On ne dira pas cet homme mais mon chum, pas cette femme mais ma blonde, il en va de même pour ce qui nous rend l’été si agréable. On dira mon lac, mes castors, mon jardin, mes quenouilles, mon hamac. Rarement, j’ai entendu dire mes moufettes, mes belettes, mes maringouins. On qualifiera un voisin gentil de mon voisin, alors que s’il ne l’est pas, on se contentera d’un le.
C’est en camping que j’aime le plus mes filles, je les trouve belles,
naturelles, frisées, détendues. On jase en faisant la vaisselle, on se raconte nos vies, je leur raconte la leur quand elles étaient petites. Chanter des chansons en roulant, se raconter des histoires, régler le sort du monde arrêter pique-niquer sur le bord de la route. Rire, pleurer, s’aimer au grand air.
Aimer nos parents encore plus aussi parce qu’on sait que c’est
probablement l’un des derniers étés où on peut ramasser des coquillages sur la plage avec eux. En nous penchant, nous relevons un souvenir de notre enfance, de quand nous étions les enfants et que c’étaient eux qui creusaient les tunnels dans le sable pour nous construire des châteaux. Maintenant, c’est à nous de le faire pour ceux que nous avons mis au monde.
Aimer ses sœurs intensément tous les ans au chalet pour le traditionnel
«48 heures de sœurs» et voir tous les enfants de notre vie rire, jouer, bronzer. Ouvrir le champagne pour célébrer la vie, nos liens, et poursuivre la belle œuvre d’art que nous sommes en train de tisser serrée.
Aimer ses amies, si belles, si grandes, si inspirantes malgré la maladie,
malgré les revers de la vie, malgré tout ce qui peut faire ombrage au bonheur, mais jamais à l’amitié. Profiter de l’été pour le leur dire, pour les faire se sentir les plus hot, comme le soleil qui brille, parce qu’elles sont toujours là, été après été, depuis la maternelle. Nous faire la promesse que
notre peau toute ridée saura encore brûler d’amitié à notre 90e été.
Même si je n’aime pas l’été, j’aime que l’été m’aime.
22 juin
Conférences privées
Aujourd’hui, je vous offre une CLÉ très facile à ajouter à votre trousseau. Toutes les personnes à qui j’ai parlé de ce passe-temps, qui me comble de joie à tout coup en plus d’être gratuit et de me donner des ailes, ont été enchantées par cette idée et l’ont adoptée. Imaginez que plusieurs fois par mois, (pour vous accompagner dans votre voiture pendant que vous roulez vers le travail, dans votre cuisine pendant que vous faites les lunchs, lors de votre séance de sport ou pendant que vous attendez pour un rendez-vous), chaque fois que vous avez des heures creuses, vous puissiez les meubler en passant du temps avec une psychologue, un psychanalyste, un philosophe, un spécialiste ou une coach de vie qui vous lirait un livre inspirant qui vous aiderait à mieux vivre, qui vous expliquerait des concepts, des techniques ou qui vous parlerait de façon inspirante de son parcours de vie. Cela est possible par le biais des livres audio. Allez à la bibliothèque de votre ville et empruntez-en quelques-uns; vous verrez, vous ne pourrez plus vous en passer. Il n’y a rien de plus déprimant que d’écouter la radio quand on doit rouler de longues heures (ce qui m’arrive souvent). Les bulletins de nouvelles sont toujours les mêmes, la musique n’est jamais bonne et les pauses publicitaires sont trop longues. J’ai réglé mon problème avec les coffrets audio. Parfois même, je pars rouler en voiture juste pour m’offrir cette petite gâterie: voir du paysage en apprenant sur la vie, en réfléchissant et en embellissant mon paysage intérieur. Me faire lire ces ouvrages parfois par les auteur(e)s mêmes, parfois par des narrateurs ou narratrices, comme si j’étais en tête-à-tête avec ces personnes, me procure un plaisir sans nom. Je suis parfois obligée de m’arrêter dans une halte routière pour prendre des notes tellement je trippe. Entendre les mots me fait un effet encore plus puissant que les lire. Ils résonnent au plus profond de mon être et touchent ainsi directement mon âme. Chose certaine, après une ballade/conférence, je sors de ma voiture et je suis une meilleure personne.
Je vous offre la liste de mes meilleurs livres/conférences audio.
J’en ai fait du millage avec:
– Les journaux intimes, Hélène Berr
– Derniers fragments d’un long voyage, Christine Singer
– Tout est parfait, Sylvie Boucher
– Foutez-vous la paix et commencez à vivre, Fabrice Midal
– Le chemin pour se retrouver, Thierry Gaubert
– L’apprentissage de l’imperfection, Tai Ben-Shabar
– Écoute ton corps, Lise Bourbeau
– Les 7 habitudes des gens efficaces, Stephen R. Covey
– Pensouillard le hamster, Dr Serge Marquis
– Les coachings de Sophie, Sophie Magenta
– Les autres et moi, Isabelle Filliozat
– Comment renoncer à nos autosabotages, Jacques Salomé
– How to create a world class day, Robin Sharma – Le pouvoir du moment présent, Eckart Tolle
23 juin
Peine d’amie
Tu n’existes plus. Ça fait drôle en mausus de dire ça, mais c’est la réalité. Chaque fois que j’y pense, chaque fois que je le réalise, je me rends compte que ça ne me rentre pas dans la tête ni dans le cœur. Tu n’es plus là… du tout. Je ne peux plus t’appeler, je ne peux plus t’écrire. Je n’entends plus ton rire. Je regarde des photos, je vois bien que je ne suis pas folle. Je ne t’ai pas inventée, tu as bel et bien existé. Tu as marché, tu as pensé, tu as travaillé, tu as fait des enfants, tu as voyagé, tu as payé tes comptes, tu as réfléchi, tu as grandi, tu as pleuré, tu as chanté, tu as pleuré, tu as vécu sur cette terre pendant cinquante-trois ans. Tu as existé et maintenant tu n’es plus là. On peut bien se dire que tu es là autrement et tout le tralala, c’est vrai, mais c’est moi qui te fais exister autrement parce que j’en ressens le besoin. Il y a des photos de toi sur mon frigo, un petit coin dans mon bureau où se trouvent tes écrits, ta tasse C’est la vie, un Schtroumpf avec des ailes et la si belle carte que m’a remise ton mari le jour de tes funérailles. Tu as pris le temps d’écrire un mot à tes proches. Je le relis toutes les semaines, c’est un si beau message qui me dit de continuer d’exister. Tu me parles de ma mission, tu me compares à un feu d’artifice:
… te dire combien je t’admire, mon espèce de feu d’artifice aux mille couleurs qui explosent
dans tous les ciels de l’Univers et qui jamais ne cessent de briller pour éclairer les êtres et les
amener à reconnaître leur beauté et leur grandeur. Tu es si belle dans ton travail d’éclaireuse
d’âmes. Tu es si belle dans ta démarche intérieure, constante, profonde, vraie…
J’aime savoir que peu de temps avant ton départ définitif, tu as pris un
moment pour penser à moi, me dire en quelques lignes ce qui t’as pris toute une vie à découvrir. Dans cette carte où tu me parles de qui je suis, sans le savoir tu m’as offert la plus belle CLÉ qui soit, celle qui me donne le droit d’exister pleinement. Merci.
24 juin
Une fleur de lys tatouée dans les oreilles
La fête officielle que je préfère dans l’année est sans contredit la Saint-Jean-Baptiste. Pourquoi? Pour une seule raison: la musique! Tous les 23 et 24 juin, j’allume la radio, dans mon salon ou dans ma voiture, car il y a toujours la diffusion (toute la soirée du 23 et la journée du 24) de chansons québécoises qu’on ne peut entendre à nul autre moment de l’année. À part les classiques Gilles Vigneault, Louise Forestier, Félix Leclerc et Paul Piché, il y a aussi des chansons de Daniel Boucher, de la Bottine souriante, de Marie-Jo Thério, de Pierre Lapointe, et j’en passe. Il m’arrive souvent d’enregistrer sur cassette audio, à partir de mon appareil radiocassette, ces chansons que je réécoute parfois à d’autres moments dans l’année.
Je suis convaincue que vous avez «votre toune québécoise», celle que
vous attendez toute la journée, celle qui vous fait vibrer depuis longtemps et que vous ne chanterez qu’une seule fois dans l’année, et c’est aujourd’hui que ça se passe. S’il arrive que vous ne l’entendiez pas, il vous manque quelque chose, et vous vous surprendrez à la fredonner, peut-être même à la chanter à vos enfants, autour d’un feu de camp, une guimauve au bout d’une branche. Moment de pur bonheur. Derrière toute chanson il y a une CLÉ qui ouvre des mots, et derrière tous mots il y a l’émotion, celle que procurent les mots chantés, offerts pendant la journée de la Fête nationale. Il se rendent jusqu’à mon âme, transportés par la musique et me rendent fière d’habiter cette contrée et un jour, je l’espère, ce pays!
25 juin
Ma prochaine vie d’homme Voici un autre monologue des Germaine où Martine a besoin d’hyperventiler à propos de son mari. Qui sait, peut-être vous offrira-t-elle la CLÉ de votre prochaine vie!
Ça fait trois heures qu’y est enfermé dans le garage. Peux-tu me dire quessé qu’y peut ben être
en train de bizouner ? J’pense que je vais faire installer une caméra cachée pour percer le
secret de ce lieu mystérieux. Y’est sûrement sur un gros projet comme placer ses vis par ordre
de grandeur ou astiquer sa scie sauteuse.
En tout cas, j’entends pas de bruit, y’a pas l’air à avoir trop de broue dans le toupet. Si la
réincarnation existe, c’est décidé… J’comprends même pas pourquoi j’y avais pas pensé avant:
j’me réincarne en homme.
En homme, comme ceux qu’on connaît: nos maris, nos beaux-frères, nos voisins! J’aimerais
ça essayer un LA-Z-BOY assez longtemps pour qu’il prenne la forme de mon corps.
– Avoir le contrôle de la télécommande. T’as juste à siffler, pis elle
t’obéit.
– Savoir ce que c’est, une grippe d’homme.
– Me faire pousser des belles poignées d’amour.
– Me faire offrir la place dans la file à l’épicerie parce que j’ai un
enfant dans le panier.
– Me faire préparer des petits plats congelés par ma douce moitié
quand elle part pour deux jours.
– Porter avec fierté mes vieux t-shirts de Kiss.
– Être de plus en plus sexy en vieillissant.
– Manger à même le chaudron.
– Lire le Sélection en allant à la toilette à l’heure de la vaisselle.
– Ne pas passer les entractes des spectacles debout à attendre en
ligne pour les toilettes.
– Fusionner avec ma pelouse.
– Pas de SPM.
– Ne pas me faire regarder avec des gros yeux quand il faut que je
parte du bureau à trois heures parce que j’ai un enfant malade à la garderie.
– Me faire respecter quand tu sacres un coup de poing sur la table
pendant une réunion.
– Porter des souliers confortables.
– Que tout le monde me trouve cute parce que je change une
couche.
– Ou que je cuisine un grilled cheese.
Mais, par exemple, les hommes ont un plus haut taux de suicide que nous. Ils sont obligés
d’aider leurs beaux-frères à déménager des électroménagers le 1er juillet.
Ils ont l’angoisse de la performance au lit. Leur espérance de vie est beaucoup plus courte
que la nôtre. Ouin… mais je veux quand même être sur la liste, la liste d’attente pour les
prochaines réincarnations en homme.
Mais pauvre moi, y’a pu de place avant 100 ans, j’suis pas la seule à avoir eu cette idée-là…
26 juin
Fragile
Si vous recevez un colis par la poste sur lequel on a pris soin de placer un ruban marqué fragile, comment allez-vous le manipuler? Avec grand soin, n’est-ce pas? Cette évidence m’a fait faire un parallèle avec notre état de fragilité. Quand on se lève le matin et qu’on se sent plus fragiles ou vulnérables, pourquoi se croit-on obligées de revêtir l’habit de la femme forte qui est capable d’en prendre? Pourquoi veut-on à tout prix faire croire le contraire aux gens de notre entourage? Quand on se sent fragiles et qu’on agit de façon contraire à ce qu’on ressent véritablement, vous remarquerez que les gens nous traitent plus durement. Notre attitude suscite des réactions opposées à celles dont nous aurions réellement besoin. C’était vrai en ce qui me concerne en tout cas. J’ai remarqué que chaque fois que j’aurais eu besoin qu’on me fasse un câlin, qu’on me donne un break, qu’on soit doux et indulgent avec moi, c’était toujours le scénario inverse qui se produisait. Comme je trouvais cela très étrange, j’ai voulu comprendre ce phénomène et, surtout, trouver une solution pour y remédier. Voulez-vous savoir à quelles conclusions j’en suis arrivée et quelle est ma CLÉ pour que cette situation ne se reproduise plus?
J’en ai conclu que chaque fois que je me sentais triste, fragile,
vulnérable, j’avais tellement peur de craquer, de m’effondrer, de pleurer devant les autres qu’il fallait que je porte une armure, un masque pour me protéger de ce qui me faisait tant peur. Mais avec ce masque et cette armure venait aussi une attitude qui créait immanquablement une distance et une froideur entre moi et les autres. Alors que j’avais besoin d’un rapprochement et de chaleur humaine, je provoquais le contraire. Après avoir réalisé ceci, j’ai décidé d’agir autrement. Pourquoi ne pas être authentique et dire comment je me sens, et ce, aussi bien en réunion dans un bureau au centre-ville que dans un rassemblement familial? J’ai même trouvé un accessoire qui m’aide à afficher mon état et dont je ne peux plus me passer: une roulette de ruban adhésif blanc avec le mot fragile écrit en grosses lettres rouges. Savez-vous de quelle façon je l’utilise? Je le colle sur mon chandail en l’enroulant sur plusieurs tours. Ça fonctionne à tout coup. J’arrive à un endroit et je dis: «Imaginez que je suis un colis fragile aujourd’hui, j’ai besoin que vous me manipuliez avec soin!» Voici d’ailleurs une suggestion de lecture en lien avec le propos de ce texte:
– Du bonheur d’être fragile, Jean-Claude Liaudet, éd. Albin Michel,
2007.
À partir de maintenant, ayez toujours dans votre sac à main une roulette
fragile à portée de main, cela vous aidera à passer à travers les moments les plus difficiles!
27 juin
5 à 7
Je découvre le bonheur des 5 à 7! Pas ceux dans les bars avec un drink et de la musique techno, parce que cela ne m’a jamais attirée, mais ceux dans ma maison. Ma maison n’a JAMAIS été silencieuse entre 17 h et 19 h. Jamais. Pour une mère de famille, c’est l’heure de pointe. Le bruit, la préparation du souper, la télévision, le chat qui miaule, le chien qui jappe. On s’habille en mou et on commence le deuxième shift. Depuis un mois seulement, je n’ai plus d’enfants qui vivent chez moi et, dans ce même mois, mon amoureux est parti quelques soirs au chalet pour me laisser écrire. Je n’en reviens tout simplement pas. Écrire dans ma maison silencieuse un vendredi soir et manger dans mon bureau une pointe de pizza froide en buvant un bon thé. Le bonheur total. Redécouvrir mon rythme, ma maison, mes silences et, bonus de la vie, m’entendre respirer. Non seulement je ne me souvenais plus du bruit de ma respiration, mais je ne savais même pas qu’elle en avait un… Comme la mer a un bruit de vagues, une mère a aussi un bruit de respiration, mais elle ne peut jamais l’entendre, et quand elle le pourrait, elle dort. Si vous saviez l’effet que ça me fait, j’en pleurerais de joie. Je n’écris pas cela pour tourner le fer dans votre plaie, loin de là. Si vous vivez en famille, vos 5 à 7 ne ressemblent pas à celui que je suis en train de vivre en écrivant ce texte, mais sachez qu’un jour, vous comprendrez ce que je veux dire, et ce jour arrivera rapidement. Si vous croyez que vous ne verrez jamais la fin de ce tourbillon infernal où la trame de fond est une heure de pointe sans fin, sachez que dans quelques années, vous vous trouverez devant une porte majestueuse qui sera toute grande ouverte, et vous n’aurez pas besoin de CLÉ pour y entrer. Vous n’aurez qu’à la pousser et soudainement, vous vous entendrez respirer!
28 juin
Ma voisine qui jardine Elle aura 80 ans le printemps prochain. C’est ma voisine Marie-Ange. Elle passe beaucoup de temps sur son terrain, à l’avant comme à l’arrière. Quand j’arrive chez moi en voiture, je la vois penchée sur ses plates-bandes, comme une mère aimante qui berce son enfant. Elle a de beaux ongles rouge vif, des mains magnifiques. Elle porte des gants quand elle joue dans la terre pour ne pas les abîmer. Quand je reviens chez moi, je lui envoie la main rapidement, car il est rare que j’aie le temps d’aller jaser. Quand je vais la voir, je ne veux pas être pressée parce que j’aime qu’elle me raconte sa vie. Elle me confie ses secrets, comme elle le fait peut-être lorsqu’elle parle à ses plantes et ses fleurs. Hier, quand je suis arrivée, elle était là à genoux, près de ses plates-bandes, recueillie comme quelqu’un qui prie. Ma voisine semble détenir la CLÉ du bonheur quand elle fait pousser ses fleurs. J’aime les gens qui peuvent m’en donner, des clés et du bonheur. Je n’avais pas le temps d’arrêter, j’avais plein de choses à terminer, mais j’ai traversé et je ne l’ai pas regretté. Nous avons pris le temps de jaser. Une jasette entre voisines. Des femmes avec trente années d’écart, mais qui, pourtant, pourraient être des sœurs. Et c’est en te regardant jouer dans la terre, Marie-Ange, que j’ai compris que moi aussi, un jour, j’aurai 80 ans et que, tout comme toi, je serai fière de mon jardin. Je serai émue de ce que j’aurai fait pousser. Dans mon cas, ce ne sera pas des plantes ni des fleurs, car je déteste jardiner, mais tu m’auras appris que tant qu’on est en vie, on est toujours un peu en train de jardiner quelque chose.
29 juin
Délinquance alimentaire
J’aime beaucoup avoir entre les mains un livre de développement personnel qui me propose de faire des exercices qui me donnent envie d’en connaître davantage sur moi-même. Ça vient juste de m’arriver. En lisant le livre Ces petits riens qui changent la vie, éd. Albin Michel, je suis tombée sur un chapitre où il était question de se fixer un objectif précis concernant un désir que nous avions. L’auteure, Anne-Marie Filliozat, propose de s’appuyer sur un exemple concret pour nous montrer comment faire l’exercice. Le problème qu’elle choisit est le surpoids. Je n’ai pas encore eu le temps de faire l’exercice au complet et de répondre aux questions, mais je sais qu’elles ont commencé à dégager des pistes de réflexion en moi.
Voici quelques questions qu’elle propose:
– D’après mon ressenti, suis-je dans le juste, le moins, le trop, quant à la
quantité et la qualité des aliments et boissons que je consomme?
– Ai-je idée de ce dont j’ai vraiment besoin?
– Ai-je des informations concernant mes premières expériences de
nourrisson? Lesquelles?
– Quelles ont été les empreintes laissées par les gens importants de notre
enfance concernant la nourriture? Quels ont été les premiers
conditionnements qui nous ont pris d’assaut? Par exemple, est-ce que
votre mère, quand elle vous nourrissait, vous disait: «Une bouchée
pour papa, une bouchée pour maman»?
– Quelles idées rattachées à la nourriture étaient véhiculées dans votre
famille?
Après avoir lu ce petit texte, j’ai déposé le livre et je me suis mise à
penser à mon excédent de poids. Entendons-nous bien, j’aime mon corps et je ne suis pas malheureuse. Je ne tiens pas à maigrir, mais mon souhait serait de ne pas avoir de surplus abdominal. En lisant ce passage, j’ai allumé sur deux aspects importants qui ont marqué mon rapport à la nourriture. J’ai été élevée par une mère très informée et soucieuse de tout faire pour que ses filles aient accès à la meilleure alimentation possible. Du pain brun, des graines de lin, aucun colorant artificiel, pas de produits transformés. Il y a quarante ans, c’était très rare. Aujourd’hui, je lui en suis reconnaissante, mais je sais aussi que j’ai développé un réflexe inconscient de rébellion qui consiste, et même encore plusieurs années plus tard, à manger des choses que je sais néfastes pour ma santé. Manger des chips au ketchup, m’acheter des sandwichs à la crème glacée ou des réglisses au dépanneur représentaient pour moi des moments de liberté où je me soustrayais aux règles de santé de ma mère et, par cette délinquance, j’avais l’impression d’être libre d’être qui je suis. C’est en amorçant ma réflexion, qui en est encore qu’à ses premiers balbutiements, que j’ai compris que la CLÉ qui va m’aider à me débarrasser de mon surplus abdominal, sans même faire de régime, sera de remplacer ce qui me donne ce sentiment de liberté (chips au ketchup, réglisse) par quelque chose qui me procurera la même sensation de douce délinquance, à la différence près qu’il n’y aura aucune calorie en jeu! Il me reste maintenant à trouver de quoi il s’agira… En attendant, ne dites pas à ma mère que je mange des biscuits au chocolat en cachette!
30 juin
On va se dire les vraies affaires
Je ne sais pas si c’est la même chose pour vous, mais moi, quand j’entends une personne placer dans la conversation «On va se dire les vraies affaires», cela me fait l’effet suivant: j’ai toujours l’impression qu’on me tend une CLÉ qui déverrouillera une boite à secrets et que je m’apprête à vivre un moment mémorable. J’ai le réflexe de penser: O.K., tu m’annonces que tu vas me dire les vraies affaires dans quelques secondes, tu me fais un préambule pour me préparer. Je m’attends donc toujours à:
a) recevoir une confidence;
b) entendre une révélation;
c) me faire lancer mes quatre vérités en plein visage;
d) entendre une déclaration choc qui va changer ma vie.
Je me crispe, je me prépare psychologiquement, je commence à avoir
des points de tension dans le dos, je m’attends à tout. Tu as pris la peine de m’annoncer que tu allais me dire les vraies affaires. Vas-y, je suis prête, je sens que ma vie ne sera plus jamais la même.
Rien. Ce que tu me dis est aussi banal qu’une poignée de porte ou un
linge à vaisselle plié dans un tiroir. Si c’est ça, tes vraies affaires, je ne suis pas certaine que je veuille entendre tes fausses! Je te demande une chose: pourrais-tu réserver tes statements, tes annonces officielles, tes communiqués de presse pour annoncer quelque chose qui en vaille vraiment la peine? Je te dis ça d’même parce que la prochaine fois, tu n’auras tout simplement plus mon attention.
Si, aujourd’hui, quelqu’un vous annonce qu’il va vous dire les vraies
affaires, je vous mets au défi de ne pas penser à moi et, surtout, de ne pas partir à rire!
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