52 façons de marcher

Annabel Streets · Chapitre 5 sur 57

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52 façons de marcher

Semaine 3. Marcher, sourire, saluer, recommencer

– SEMAINE 3 –

 

 

Marcher, sourire, saluer, recommencer

 

En 2005, le Dr Cliff Arnall, un psychologue britannique, décréta que le troisième lundi de janvier était le jour le plus triste de l’année. Un cocktail de mauvais temps, de nuits noires, de renoncement aux bonnes résolutions de début d’année et de dettes d’après Noël atteignait son paroxysme, constituant – à l’en croire – une journée de dépression universelle et collective : « le Blue Monday », le lundi le plus déprimant de l’année.

Arnall nous conseillait vivement de penser aux futures vacances d’été, mais je crois qu’une marche à deux pas de chez soi serait bien plus bénéfique. Marcher, c’est l’occasion de rencontrer d’autres personnes. Les saluer en leur souriant, qu’il s’agisse de voisins ou d’inconnus, nous fait du bien, physiquement et moralement, et on rentrera chez soi non pas hargneux mais de bonne humeur, gracieux plutôt que grincheux. Inutile d’échanger des paroles – un sourire suffit.

Pendant des années, les psychologues ont constaté que le seul fait de sourire avait le don de nous remonter le moral, même s’ils ne voyaient pas très bien comment et pourquoi. Ils se contentaient de dire : « Faites comme si jusqu’à ce que ça devienne vrai », nous rappelant que même un sourire niais et contraint pouvait nous empêcher de broyer du noir.

En 2020, une étude de l’université d’Australie-Méridionale a fait le même constat : sourire (même en se forçant) pouvait mettre l’esprit

sur la voie de l’optimisme 1. On demandait aux participants de tenir un stylo entre leurs dents, ce qui invitait leurs muscles faciaux à singer un sourire. Apparemment, quand on se contraint à sourire, le cerveau est amené à stimuler des neurotransmetteurs qui nous font positiver, et c’est exactement ce qui s’est passé pour les participants à cette étude, qui ont confié avoir meilleur moral mais aussi avoir perçu leur environnement – y compris les gens qui les entouraient – comme plus réjouissant. Leur sourire forcé leur avait bel et bien fait voir la vie en rose.

Quand je pense à cet exercice, j’aime me dire qu’il consiste non pas à feindre ou forcer un sourire mais plutôt à l’activer. Quand on active un sourire, il se produit une réaction neurologique qui améliore l’humeur et fait que tout paraît moins anxiogène. Même si un sourire provoqué peut sembler un peu artificiel au début, mon expérience personnelle prouve qu’on ne met pas longtemps à avoir l’impression qu’il devient complètement naturel. Échanger des sourires avec des passants est l’un des moyens les plus efficaces de passer d’un sourire activé à un sourire authentique. Et ces échanges humains à leur tour nous aident à améliorer d’un cran notre humeur. Le psychologue Eric Wesselmann a démontré que ces brefs moments de connexion sont extrêmement importants car ils nous aident à sentir que nous faisons partie d’un tout. Dans ses études, les participants qui se voyaient reconnus par les autres (par un sourire, un signe de tête ou même un simple contact visuel) éprouvaient une

plus grande estime d’eux-mêmes que ceux qui étaient ignorés 2.

D’autres études ont montré que les personnes qui avaient été saluées se sentaient plus encouragées à sourire et à saluer les autres, une sorte d’effet en cascade qui pourrait aider beaucoup d’entre nous à commencer la journée avec plus d’entrain et d’espoir.

Sourire ou, si vous n’y arrivez pas, marcher avec un stylo entre les dents, n’est pas la seule façon d’arrêter de ruminer ou de chasser des idées noires. D’après d’autres études, des participants qui s’étaient contentés de se redresser ou d’adopter une nouvelle gestuelle avaient repris confiance en eux et retrouvé une forme de résolution. Une étude de 2009 conduite par l’université d’État de l’Ohio a montré que ceux qui amélioraient leur posture se voyaient plus enclins à croire en

leur potentiel 3. Une autre, en 2018, menée par l’université d’État de San Francisco a découvert que les étudiants qui se tenaient bien droits étaient meilleurs en maths que ceux qui marchaient tête

baissée et le dos rond 4.

Marcher, dire bonjour et sourire, autant d’actions qui nous remontent le moral, mais ce n’est pas tout. Comme l’explique Antonia Malchik dans son livre phare, A Walking Life (« Une vie de marche »), faire attention aux autres et les saluer quand on se promène est l’un des moyens grâce auxquels les êtres humains ont historiquement bâti un capital social. Échanger quand on est debout sur ses deux pieds fait partie des liens riches qui cimentent une communauté. Et étude

après étude 5, on a la confirmation de l’importance de la communauté pour notre bien-être – Blue Monday ou pas.

 

Petits trucs en plus

Veillez toujours à votre sécurité avant toute chose. Ne saluez ou ne souriez à des étrangers que lorsque vous êtes sûr que cela ne peut pas être mal interprété. Les marcheurs qui promènent leur chien de bon matin sont réputés pour être sympathiques (et souvent sans danger).

Un jour où vous vous sentez en forme, relevez les commissures de vos lèvres, sortez, saluez les passants avec un large sourire – et tournez le dos à la mauvaise humeur, au doute, à la déception, à l’échec…

Les techniques de marche de la « Semaine 2 » (« Améliorez votre démarche ») vous donneront la confiance de sourire aux autres et de les saluer. Carrez les épaules, redressez-vous, relevez le menton, balancez les bras : notre corps a le don de faire marcher notre cerveau et de l’inciter à libérer des neurotransmetteurs qui nous remontent le moral.

 

1. « When you’re smiling, the whole world really does smile with you », University of South

Australia, 12 août 2020 (https://www.unisa.edu.au/Media-Centre/Releases/2020/when-

youre-smiling-the-whole-world-really-does-smile-with-you/).

2. Eric D. Wesselmann, Florencia D. Cardoso et al., « To be looked at as though air : civil attention matters », o Association for Psychological Science , vol. 23, n 2, 2012.

3. « Body posture affects confidence in your own thoughts, study finds », Science Daily,

5 octobre 2009 (https://www.sciencedaily.com/releases/2009/10/091005111627.htm).

4. Erik Peper, Richard Harvey et al., « Do better in math : how your body posture may change stereotype threat response », o NeuroRegulation , vol. 5, n 2, 2018.

5. Voir par exemple « Mental health statistics : relationships and community », Mental

Health Foundation (https://www.mentalhealth.org.uk/statistics/mental-health-statistics-

relationships-and-community).

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