Amor

Dominique Forma · Chapitre 5 sur 6 · partie 3/3

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Amor

L’amour à la plage

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.

— On ne peut pas l’emmener ce soir.

— Et pourquoi ? s’offusqua Camille.

— Si Yvan est présent, il va devenir le centre d’intérêt et parasiter toutes les conversations. Delgado a encore des choses à me raconter. Prenons une baby-sitter.

— Impossible de trouver quelqu’un en une après-midi. Et je ne laisserai pas notre fils sous la garde de n’importe qui.

Maximilien grimaça mais était d’accord avec sa femme. Viviane cessa de jouer avec Yvan et s’approcha du couple.

— Je peux vous aider.

— Pardon ?

— Je n’ai pas écouté, mais je vous ai entendus discuter de ce soir. Je peux rester pour m’occuper d’Yvan.

Maximilien resta silencieux, il hésitait. Camille trouva l’idée excellente.

— Vous pouvez me faire confiance.

— Demandons son avis à Yvan, suggéra Camille.

Yvan leva les bras au ciel et entama une danse de joie. Maximilien se plia au choix majoritaire et ajouta :

— Ne croyez pas que je doute de vous, c’est juste que je suis…

— Affaire réglée, merci Viviane, trancha Camille.

Les deux femmes se prirent dans les bras l’une de l’autre et s’embrassèrent sur les joues. Camilla invita ensuite son mari à faire de même. Il trouva que Viviane mettait un parfum trop citronné, un truc qu’elle devait acheter à Monoprix.

Yvan et Viviane faisaient un concours de bombes à eau. Lorsque Yvan criait trop fort, Viviane lui demandait de se calmer et l’enfant obéissait.

Maximilien avait reçu les infos pour rejoindre le restaurant. Il décida de partir quinze minutes plus tôt, au cas où la route serait embouteillée.

Camille s’agenouilla au bord de la piscine pour annoncer leur départ.

— Maximilien est parfois inquiet, ce qui le rend prudent, expliqua-t-elle à la baby-sitter d’un soir.

— Tu ne l’as jamais appelé Max ?

— Max ? Pas même au lit, avoua-t-elle en riant. Elle ajouta, je crois qu’il tient à cette sorte de parenté de nom avec Robespierre.

— Qui ?

— Le révolutionnaire.

— Ah oui…

Viviane n’avait pas lu de Que sais-je ? le concernant.

Camille l’aida à sortir de l’eau. Viviane portait son maillot deux pièces rouge. L’élastique de sa culotte était baissé et le large tatouage de quatre lettres attira son regard à nouveau. Elle la questionna :

— Amor ?

— Je suis espagnole par mon grand-père. Je l’aimais beaucoup. C’est un joli mot, non ?

— Amor. C’est un souhait en attente d’être exaucé ?

— Qui sait ?

Que devait penser son amant lorsqu’il la prenait en levrette ? Camille garda sa réflexion pour elle. Le tatouage disparut sous le tissu de la culotte.

Viviane n’avait pas envie de raconter, ni de s’étendre sur ses anciens amours. C’était un petit mensonge. Pas pour manipuler, juste un mensonge pour éviter de raviver le passé.

*

* *

Yvan était ravi que ses parents soient sortis, cela donnait un air de nouveauté à la soirée, un air de vacances au milieu des vacances.

Viviane reçut un sms de Camille. Elle en plaisanta avec Yvan.

— Je suis sûr que c’est papa qui a demandé à maman d’envoyer un texto.

Viviane ne se souvenait pas d’une fois où son père s’était inquiété à son sujet.

Pendant qu’Yvan regardait un film à la télévision, dans le salon, Viviane se glissa dans la salle de bains et prit une douche rapide. Elle avait demandé l’autorisation à Camille.

Le dîner avait été préparé durant l’après-midi : du poisson et des pâtes à la tomate, un gâteau au chocolat. Il faisait bon, Yvan était ravi de dîner plus tard que d’habitude. Viviane proposa de manger sur la terrasse, l’enfant expliqua que normalement le repas se déroulait dans la cuisine.

— On y va qu’après les repas.

— Ce sera notre secret, okay ?

— Génial.

Une seule voiture, remontant le chemin, dérangea leur quiétude. Les pâtes furent englouties, deux parts de gâteau furent dévorées. Yvan mangeait en parlant de ses copains et de l’école. Il décrivit leurs routines et leurs disputes, par le détail. Elle le reprit deux fois, lorsqu’il s’emballait et parlait fort.

Chaque fois, Yvan lui obéit. Il lui répéta qu’elle était géniale. Il était rare qu’on la complimente, c’était agréable, même de la part d’un gamin de six ans. Le gâteau terminé, Yvan lui expliqua en détail un jeu vidéo qu’il adorait. Sans attendre sa réponse, il quitta la table et courut à l’intérieur de la maison.

Le silence absolu du début de la nuit enroba Viviane. Elle avait un peu froid, c’était délicieux. Elle posa les pieds sur le carrelage et frissonna.

En se redressant sur sa chaise, elle apercevait les arbres, en dessous d’elle, et devinait plus qu’elle ne voyait le muret, tout en bas, qui délimitait le jardin. Elle, qui était habituée au spectacle du plafond de sa camionnette, s’offrait une nuit sans nuage dans l’arrière pays cannois. Elle entendit Yvan et écouta sa voix qui l’appelait. Viviane n’aurait jamais d’enfant, elle en était persuadée. Elle n’avait pas assez d’argent pour vivre, encore moins pour s’occuper d’un bambin.

Yvan passa la tête par la porte coulissante de la cuisine.

— Tu viens ?

Il l’emmena dans la chambre de ses parents. Seule leur télé était compatible avec sa console de jeux. Il lui colla une manette entre les mains, ils s’assirent côte à côte sur l’extrémité du lit. Il lui expliqua les règles tout en jouant.

À vingt-deux heures, Yvan retrouva sa chambre et son lit.

Elle l’aida à enfiler son pyjama, il se glissa sous les draps, l’attrapa par le cou et l’embrassa. Viviane éteignit la lampe de chevet. Elle n’avait pas quitté sa chambre que l’enfant dormait. Elle laissa la porte entrouverte, afin d’entendre s’il se réveillait.

Le calme de la nuit régnait sur la maison. À l’exception du jeu vidéo qu’Yvan avait oublié d’éteindre. Elle retourna dans la chambre parentale, le débrancha puis éteignit la télévision.

Il n’y avait qu’un oreiller sur le lit, un oreiller carré, large et ferme. Lequel des deux dormait la tête à même le matelas ? Viviane regarda par la fenêtre, tira le rideau, toujours cette sale obsession d’être observée, de devoir se cacher des menaces extérieures.

La chambre était banale, mais Viviane lui trouvait un air de cocon protecteur. Une douceur aux antipodes du duvet à l’arrière de sa camionnette. Elle glissa la main sous la housse de couette, le drap était frais.

Ils s’étaient comportés comme de vrais amis, alors qu’ils ne se connaissaient pas. Ils l’avaient accueillie, hébergée sans la moindre restriction.

Qui étaient donc monsieur et madame Rommet ? On ne connaît véritablement les gens qu’en couchant avec eux. Ou en fouillant dans leurs armoires.

Viviane hésita. Était-ce trahir ? était-ce malhonnête ? ou une façon cavalière de mieux les connaître ?

Elle tendit l’oreille pour s’assurer qu’Yvan ne s’était pas réveillé.

Les chemisiers et les sous-vêtements de Camille occupaient trois des quatre rayons centraux de l’armoire. Viviane les renifla. Elle se dit qu’elle agissait comme un bon chien cherchant un indice. Les culottes sentaient bon. Comme Camille. Les armatures de ses soutiens-gorge étaient de délicates architectures. Bonnet C. Elle avait la poitrine que Viviane n’avait pas.

Fouiller n’était agréable que si l’on découvrait des merveilles. Camille possédait sept soutiens-gorge de chez Mise en Cage, une marque de haute couture de lingerie, chacun accompagné de sa culotte. Viviane n’aurait jamais les moyens de se les offrir.

Quand donc Camille pouvait-elle porter ces pièces de lingerie ? La nuit, pour son mari, elle défilait peut-être devant le lit, s’exhibait pour lui.

Viviane regarda ensuite dans les tiroirs des tables de chevet. Des médicaments contre les maux de tête, des romans à la mode, des revues économiques en anglais.

Camille dormait à droite, son tiroir contenait un petit livre noir qui ressemblait à un journal intime. Pouvait-elle lire ses pensées intimes ? Viviane n’aimerait pas qu’on fouille dans ses affaires. Cette réflexion plomba son excitation. Elle ouvrit tout de même le carnet noir. Il n’y avait rien d’écrit.

Dans la salle de bains un jean et des tee-shirts sales traînaient sur le carrelage. Les flacons de parfum étaient alignés à la suite des tubes de crème pour hydrater le corps et d’autres pour les soins du visage. Viviane utilisait les mêmes produits.

Lorsque le bip de son téléphone lui annonça l’arrivée d’un nouveau sms, Viviane sortit précipitamment de la salle de bains. Comme si une caméra cachée venait de la flasher.

Yvan dormait profondément, elle retourna sur la terrasse avant de lire le sms. Camille lui annonçait que le dîner était terminé, qu’ils arrivaient bientôt, la circulation était fluide.

Un second sms arriva : Comment s’est comporté Yvan ?

Comme un ange, renvoya l’apprentie nounou.

Elle emprunta un châle dans le vestibule et se réinstalla sur la terrasse. Une fraîcheur piquante dehors, une douce chaleur sous le tissu, Viviane replia ses jambes comme un chat, et les glissa sous ses fesses.

Sans bouger, sans penser, sans attendre, rien d’autre que le bonheur du néant.

Les phares de la voiture abîmèrent l’instant.

Viviane avait pris soin d’ouvrir le portail, la voiture glissa à côté de la piscine pour se garer derrière sa camionnette.

Elle abandonna son siège et traversa le salon quand Maximilien ouvrit la porte. Elle lui murmura à l’oreille, comme un secret, qu’Yvan dormait comme un petit prince. Il la remercia. Derrière, tout près, Camille la regardait. Son sourire était une invitation à la gentillesse.

Ils étaient ravis de leur soirée, tout s’était merveilleusement bien passé. La femme de Delgado – ils étaient incapables de se souvenir de son prénom – travaillait dans une société de conseil en image. Une ravissante orgueilleuse qui était bien mariée, conclut Camille.

Le trio glissa jusqu’à la terrasse, pour prendre un dernier verre. Il ne restait qu’une bouteille de vin blanc. Maximilien remplit les verres, Camille frissonnait et demanda à Viviane si elle pouvait se glisser sous le châle avec elle. Les deux femmes se blottirent l’une contre l’autre.

Ils burent en silence. Tranquillement.

Maximilien était replié sur lui-même, perdu dans ses pensées, il revivait des moments choisis du dîner. Il se repassait ses commentaires, analysait les réponses de Delgado.

Viviane murmura à l’oreille de Camille :

— J’ai un truc à te dire.

— Un truc ? Un secret ?

Viviane ne savait de quelle manière elle devait répondre.

— Je suis entrée dans votre chambre pendant que vous étiez au restaurant.

— Oui, bon, et alors ?

Maximilien ne leur prêta pas attention.

— J’ai fouillé dans votre armoire.

— Pourquoi as-tu fait ça ? murmura Camille.

— Sais pas.

— Ce n’est pas bien grave, nous n’avons rien à cacher, plaisanta Camille.

— C’est moche.

— Qu’as-tu découvert de si moche ?

— Qu’on ne peut pas me faire confiance.

Elle embrassa Camille sur la joue d’un baiser d’enfant fâché et disparut dans la maison. Camille la regarda s’éloigner, Maximilien n’avait rien capté.

Viviane voulait partir. Elle se trouvait misérable. Plier ses trois affaires et foutre le camp, tout de suite. Les mots les plus simples restaient les plus compliqués à prononcer. Elle les trouvait formidables, elle avait envie de connaître leur vie, de découvrir leurs habitudes, de les entendre parler de leurs projets. Elle avait fouillé parce qu’elle était curieuse. Pas par vice. C’est cela qu’elle aurait dû dire à Camille.

— Ma pauv’ fille… répéta-t-elle en se jaugeant dans le miroir de l’armoire.

Camille et Maximilien prirent une douche ensemble. Ils regagnèrent leur chambre et s’allongèrent sur le lit. Tout en s’essuyant, elle lui raconta la confession de Viviane.

— Qu’est-ce qu’il lui a pris ?

— C’est une petite fille curieuse, ça la change de sa camionnette.

— Elle a fouillé dans nos affaires ? Elle cherchait quoi ?

— Rien, je ne cherchais rien.

Maximilien et Camille sursautèrent. Viviane, dans l’embrasure de la porte, les observait.

— Tu nous espionnes ? demanda Camille.

— Non, je suis venue vous expliquer, mais vous êtes sortis de la salle de bains, je me suis arrêtée.

Maximilien eut un geste de pudeur qui fit sourire sa femme. Il attrapa le duvet et le tira vers lui pour couvrir son pénis recroquevillé.

Viviane avança, sortant de l’ombre du couloir pour entrer dans leur chambre.

— Je suis désolée, répéta-t-elle.

Sa jambe tremblait, son pied ne parvenait pas à se poser sur le carrelage. Elle reprit :

— Je vous trouve superbes. Je voulais mieux vous connaître, alors j’ai regardé dans vos tiroirs, c’est tout.

— Et tu viens nous mater quand on sort de la douche ?

— Non.

— Non quoi ?

— Je ne suis pas là pour reluquer, ce n’est pas vrai.

Disant cela, Viviane ferma la porte de la chambre derrière elle.

— Faudrait pas réveiller Yvan, dit-elle.

Maximilien remonta son oreiller pour se caler, tout en tenant fermement son drap protège-sexe.

Camille restait immobile.

Viviane sentit son cœur battre plus fort. Ses yeux allaient de l’un à l’autre.

La pénombre cachait le visage de Maximilien. Elle remarqua qu’il avait le torse poilu. Il pourrait faire un peu de sport. Il était moins impressionnant maintenant qu’il était nu.

Le silence étirait le temps, l’espace de la chambre rétrécissait.

— Mieux se connaître, répéta Viviane pour elle-même.

— Quoi ?

— Qu’est-ce qu’elle dit ? demanda Maximilien à sa femme.

Viviane inspira tout l’air que ses poumons pouvaient recevoir. Elle allait sauter dans le vide. Elle ôta son tee-shirt et dégrafa son soutien-gorge. Elle frotta ses seins plus qu’elle ne les caressa, comme pour vérifier s’ils n’avaient pas grossi. Un moyen d’éviter un commentaire qui la mettrait mal à l’aise.

La main de Maximilien se contracta imperceptiblement sur le tissu.

Camille était envieuse de l’audace de cette fille. Tous les petits scénarios de fausse nympho en balade qu’elle imaginait n’arrivaient pas à la cheville de ce simple geste : Viviane se déshabillait devant eux.

Camille glissa hors du lit.

Viviane était incertaine. Devait-elle se mettre complètement nue ?

— Continue.

Maintenant debout, Camille exposait, elle aussi, sa nudité.

Viviane baissa son pantalon de jogging sans hésiter. En pliant la jambe, elle trébucha. Personne n’eut envie de rire. Elle tira un coup sec sur son pantalon, elle était nue. Elle se tenait droite, raide, les jambes serrées. Le jogging gisait au sol.

Par deux fois, Viviane avait expérimenté le sexe en trio. La première fois, pour fêter ses seize ans. Les deux garçons avaient trop bu, ils restèrent flasques, rien ne s’était passé. La seconde expérience remontait à l’année précédente, à l’époque où Viviane ne supportait plus sa solitude. Elle fut contactée par un couple via un site. Ils échangèrent des mails, se parlèrent ensuite sur Skype. Ils étaient beaux, sympathiques, plus âgés qu’elle ce qui la rassurait. Elle accepta leur invitation après trois semaines d’échanges sur Internet. Ils habitaient dans le Val d’Oise, derrière Pontoise. Le trio passa une nuit agréable. Viviane les quitta avant le petit déjeuner, elle craignait de les déranger. Le couple ne l’avait jamais recontactée.

Devrait-elle leur raconter ces deux aventures ? Avaient-ils déjà couché avec une fille ? L’échange d’informations sur leurs habitudes sexuelles réciproques pouvait attendre.

De la main, Camille l’invita à les rejoindre. Elle fit trois pas vers le lit, les cuisses serrées, presque enfantine.

Resté dans son coin, Maximilien se massait le sexe aussi discrètement que possible. Viviane pensa qu’elle aimerait bien le regarder faire. Mais le lui dire était trop embarrassant. Le silence était chargé d’intentions que personne n’osait exprimer.

Les hésitations du couple rassurèrent la jeune femme. Ils n’étaient pas plus des habitués de l’échangisme qu’elle.

Viviane avança.

Son genou toucha le bord du lit.

Camille lui embrassa l’épaule avant de repousser la couette. Maximilien arrêta de se branler. Les deux femmes ne s’intéressaient pas encore à son pénis.

Viviane se mit à trembler. Ils ne comprenaient pas ce qu’elle disait. Des deux mains, elle se couvrit le visage et se mit à sangloter.

De honte ? D’embarras ? Ou d’émotion ?

Camille se précipita à la salle de bains et revint avec un verre d’eau. Maximilien ne savait que faire. Il était debout, les bras ballants, il bandait ferme et fier mais ce n’était pas encore nécessaire.

Viviane but son verre d’eau.

— Merci, suis désolée, sais pas ce qui m’a pris.

Camille lui caressa le visage. Avec la paume de sa main, elle essuya les larmes des joues de la jeune femme. Elle la rassura :

— C’est l’émotion ou la crainte de la première fois.

— Non…

— Tu n’es pas inquiète ?

Viviane les regarda, lui puis elle. Son pénis de taille moyenne puis cette poitrine plus généreuse que la sienne. Elle les trouva beaux. Surtout, elle était persuadée qu’ils étaient honnêtes. Pourquoi sinon s’intéresseraient-ils à une fille comme elle ? Elle avait pleuré car elle leur devait la vérité, une partie de sa vérité au moins.

— Non, ce n’est pas la première fois avec un couple. Mais je vous trouve tellement… Faut me croire.

D’une main, elle agrippa le membre de Maximilien et le tira vers elle, de l’autre elle fouilla le sexe de Camille.

— Embrassez-vous.

Le couple s’exécuta.

Viviane les trouva étincelants. Le couple idéal.

Elle s’agenouilla devant eux, posa ses lèvres sur la verge de Maximilien puis sur le sexe de Camille. Agrippant leurs fesses, elle les rapprocha jusqu’à ce qu’ils se touchent par la hanche. Jusqu’à ce que sa bouche puisse glisser de l’un à l’autre.

Camille abandonna son mari et aida Viviane à se relever. Elle allongea la jeune femme sur le lit. Les bras en croix, Viviane laissa la main et le regard de Camille la commander.

Camille bougeait lentement, prenait son temps. Ce lent tempo rassura la jeune femme. Une dernière larme fut léchée par Camille. Un sourire échangé de petites filles complices.

Camille se glissa contre son amoureuse. La première depuis des expériences lycéennes sans importance.

En retrait, Maximilien se demanda si sa femme avait déjà participé à une soirée échangiste. À peine s’était-il posé cette question qu’il l’avait oubliée, il la regardait embrasser et lécher une autre femme.

Tous les hommes avant lui, depuis l’époque des cavernes, avant même ces temps, avant l’abandon des arbres et des forêts pour les steppes, en avaient rêvé.

Il entendit Viviane confesser à sa femme :

— Je voulais mieux vous connaître.

La bouche de Viviane se glissa sous le bras de Camille, tandis que ses jambes se frottaient l’une contre l’autre pour s’ouvrir ensuite. Elle avait le pubis glabre. Camille regretta de ne pas s’être épilée.

Au plaisir de les regarder, à la fierté de son sexe tendu s’opposait une angoisse sourde. Une peur paralysante qu’il n’était pas le premier homme non plus à ressentir. Maximilien devina d’instinct qu’il ne fallait pas se poser de questions, que le doute était le pire ennemi de la verge. Mais comment être sûr de soi ? Comment parvenir à satisfaire deux femmes en même temps ? Il ne pouvait rester le badaud de leurs plaisirs lesbiens.

Il était attendu par elles. Il devait se rapprocher. Le fallait-il ? Voulaient-elles de lui ? Sa queue lui racontait-elle des histoires ? Personne ne lui répondrait.

Prendre exemple sur Camille et ne pas s’affoler. Il regretta d’avoir bu au dîner. L’alcool altérait les capacités sexuelles. S’il débandait ? S’il parvenait à garder la forme, devait-il pénétrer Viviane en premier ? Elle était l’invitée. Qui allait jouir le plus ? Seraient-elles dans une sorte de compétition sonore ? Les questions s’accumulaient, sans qu’il n’agisse.

Viviane était heureuse de sentir les bras de Camille la serrer, sa langue la manger. Elle ne s’était pas trompée, cette femme était douce, franche. Elle n’utilisait pas le corps de Viviane comme un jouet dont elle se débarrasserait une fois l’orgasme retombé. Viviane comprit que Maximilien hésitait. Camille ne pouvait pas avoir épousé un scélérat. Il était juste timide, gêné par sa propre nudité.

Viviane murmura à l’oreille de Camille qui répondit par un beau sourire. D’un même mouvement, comme un ballet, elles se glissèrent vers l’homme de la soirée et se partagèrent chacune un côté de sa verge. Ces deux visages félicitant de part et d’autre son sexe lui firent l’effet d’une bombe à retardement. Maximilien implosa en trouvant le bonheur intérieur : comme tous les hommes, il recevait deux fois plus de plaisir qu’il n’en donnerait.

Il hésita, était-ce autorisé dans ces situations, puis mordilla l’intérieur de la cuisse de Viviane. Ronde comme celle d’une enfant. La texture de sa peau était différente de celle de sa femme. Sa main palpa puis glissa plus haut, en évitant son sexe. Il sentit les doigts de Camille vrillés à ceux de Viviane. Il chercha sa femme du regard, trouva celui de leur jeune amante, des yeux d’enfant, apaisés, remplis d’affection. Camille était aveuglée, le visage enfoui entre les fesses de leur invitée.

Quoi qu’il arrive, dorénavant, Maximilien ferait partie d’un groupe restreint d’hommes privilégiés. La seule société secrète qui en vaille la peine.

Viviane leur dit qu’elle voulait les faire jouir ensemble, car elle considérait qu’ils le méritaient.

Le couple se laissa faire.

Cette fille ne demandait qu’à servir.

C’était aussi invraisemblable qu’agréable. La réalité des pirouettes sexuelles dans un lit ne ressemblait jamais à ce que les images des films pornographiques proposaient. Camille souriait, Maximilien était heureux, Viviane les regardait, aux anges de les voir satisfaits.

Les gestes s’enchaînaient, les plaintes répondaient aux râles. Tout était nouveau et semblait pourtant orchestré. Viviane se redressa, elle voulait le formuler à haute voix, Maximilien lui attrapa la tête et la poussa sur son pénis. Camille était excitée et fière de voir son mari se comporter en mâle.

Le couple s’embrassa, Viviane félicita leurs sexes. Le trio avait trouvé son tempo.

La jeune femme considéra les lèvres et le clitoris de son amante aussi agréables à regarder qu’à goûter. Elle évita de le lui dire, craignant de passer pour une traînée, puis elle regretta de n’avoir rien dit.

Camille trouvait sa poitrine enfantine troublante.

Maximilien était fier de sa verge qui avait pu répondre aux demandes de ses deux femmes d’une nuit.

Maximilien se réveilla avec le soleil, coincé entre Viviane et Camille. Il avait peu dormi. La nuit de plaisir n’avait pas duré jusqu’au matin. Tous trois s’étaient endormis vers quatre heures. Maximilien s’était levé pour vérifier qu’Yvan dormait paisiblement. À son retour dans la chambre, il n’avait eu d’autre choix que de se glisser entre les deux femmes, chacune s’était endormie à un bord du lit. À peine avait-il trouvé une place que les femmes roulèrent sur elles-mêmes et se collèrent contre lui. La chaleur de ces corps exhalant sueur et fatigue était désagréable. Il ne pouvait se retourner ou bouger comme il le souhaitait. Il comprit que les films pornographiques et les comédies adolescentes mentaient. Il n’y avait rien d’agréable à dormir puis à se réveiller allongés les uns à côté des autres.

Fourbu et vaguement inquiet, il se demanda si l’embarras dominerait le réveil des femmes. Ses femmes pour encore un moment.

Le visage de Viviane, posé sur l’oreiller, était tourné vers le sien. Cette fille au corps d’adolescente ronflait. Cette inconnue les avait embrassés. Il l’avait pénétrée, puis sodomisée, guidé par la main de sa femme.

Il était donc fourbu et vaguement inquiet, une vilaine culpabilité, reliquat de l’éducation d’une mère féministe de salon. Peut-être pour se rassurer, il passa sa main sur la croupe de Viviane. Elle bougea, se tourna, il se dit qu’il risquait de la réveiller. Mauvaise idée. Il se tourna vers Camille, son cul, moins affirmé, était tout aussi agréable.

Elle ouvrit les yeux. Une seconde de cruciale importance, Camille lui sourit. Il rapprocha son visage du sien :

— T’as vu l’heure ?

— Je m’en fous. Embrasse-moi.

Il s’exécuta.

— C’était bien.

C’était sa façon de lui dire qu’elle l’aimait autant ce matin qu’hier.

— Oui, oui, c’était bien, répéta-t-il.

— Et si on recommençait ?

— Oui-oui… Mais, je ne voudrais pas qu’Yvan se réveille et vienne nous faire la surprise de nous rejoindre au lit.

— C’est pas faux.

— Tu la réveilles ? Il faut qu’elle retourne dans sa chambre avant qu’Yvan se lève.

Camille rigola avant de lui répondre :

— Qu’est-ce qui t’empêche de lui dire toi-même ? Le manque d’intimité ?

Camille continua de rire. Il crut qu’elle lui faisait déjà des reproches. Camille le rassura :

— C’est de l’humour. Juste de l’humour. Détends-toi chéri.

Maximilien se sentait coupable d’avoir pris du plaisir. Que sa femme ait été une active participante n’était pas suffisant pour le rassurer.

Il caressa le sein de Camille du revers de la main.

— J’étais comment ? demanda-t-il regrettant aussitôt sa question.

— Je sais pas, t’étais où ?

— Hein ?

— De l’humour mon chéri.

Le visage de Viviane apparut derrière l’épaule de Maximilien. Camille se pencha vers elle, les deux femmes échangèrent un petit baiser matinal. Puis Viviane embrassa Maximilien dans le cou. Il resta de marbre, les yeux braqués sur sa femme qui bâillait. Viviane ajouta :

— Salut Max. Tu viens d’arriver ?

Camilla explosa de rire, Viviane eut un petit rire saccadé. Maximilien leur dit de se taire.

Dans le fond, il était aux anges. Mince, il avait couché avec deux femmes.

Les autres en parlent, lui l’avait fait.

Viviane se vautra sur Maximilien pour embrasser Camille, puis elle embrassa Maximilien en caressant leurs deux sexes en même temps. Elle se leva d’un bond, vérifia que la voie était dégagée et retourna dans sa chambre.

— Cette fille n’a aucune gêne.

Camille s’étira comme un chat :

— Après ce qu’on a fait cette nuit, tu ne vas pas jouer les curés…

— Cette nuit était exceptionnelle. Une baise d’un soir… tu veux qu’on en discute ?

— C’était mieux que sur le parking. Mieux que dans les films. Chéri ?

— Oui ?

— Cette fille est super, avoua-t-elle.

— Tu dis cela avec tristesse.

— Parce que… je voudrais recommencer.

Maximilien n’était pas un théoricien des choses de l’amour, mais il avait un certain talent pour ramasser les problèmes en une question.

— Juste un coup ou plein d’autres ?

— Il nous reste une semaine de vacances…

— D’accord chérie, vive les vacances.

Vers neuf heures, Yvan se leva tout seul, ses parents s’étaient rendormis.

Plutôt que de les rejoindre, il traversa le salon, les volets étaient fermés, la pièce était plongée dans l’obscurité. Dehors le soleil commençait à mordre les marches de la terrasse.

Yvan frappa à la porte de la chambre d’amis. Viviane, qui avait enfilé un long tee-shirt, lui ouvrit.

— Salut.

Le gamin répondit de la même façon. Cette fille était géniale. Un jour il en épouserait une, exactement comme elle.

— T’as faim ? Moi j’ai une de ces dalles.

— Ouais, répondit le gamin qui l’aurait suivie en enfer.

Elle prépara un petit déjeuner rabelaisien, sous la direction d’Yvan. Elle le faisait rire en cassant les œufs, elle le faisait encore plus rire en goûtant l’omelette qu’elle avait ratée.

— La poubelle ?

— Tu ne vas pas jeter de la nourriture ?

— Tu préfères qu’on empoisonne tes parents avec une omelette ratée ?

Elle grilla les tartines, Yvan les beurra. La cafetière remplie, les pots de confiture ouverts, elle prépara la table de la terrasse.

— Tu les réveilles ?

Yvan disparut.

Il revint cinq minutes plus tard suivi par son père. Viviane était assise, jambes croisées, caressées par les rayons du soleil, une tasse de café entre les deux mains. Camille apparut ensuite.

Le trio joua la comédie et se fit la bise du matin pour un Yvan qui s’en foutait, il avait mieux à faire en contemplant le résultat de ses efforts de chef cuisinier.

On s’installa autour de la table, Viviane versa le café à chacun.

— Viv’ et moi on a tout préparé, déclara Yvan.

Avant que ses parents ne le reprennent, la jeune femme expliqua qu’on l’appelait souvent Viv.

— Bien dormi ? demanda-t-elle.

— Pas assez, répondit Maximilien sur un ton plat, en attrapant un pot de confiture.

Camille était épatée. On aurait dit que son mari avait fait cela toute sa vie, qu’il savait donner le change. Camille considéra le petit déjeuner comme le prolongement de la nuit : un ravissement secret qui n’en finissait pas de durer.

Elle prit son fils dans ses bras et l’embrassa.

Une manière maternelle de l’inclure dans ce moment de bonheur.

Yvan râla, il n’aimait pas qu’on l’embrasse sur l’oreille, ça faisait trop de bruit.

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Notre espèce tendrait vers l’harmonie. Ou l’anéantissement.

Il n’y a plus de révolution dans nos pays, ni dans nos maisons, ni dans nos couples. Juste une lente évolution. Un simple tassement des habitudes journalières.

Il faudrait une caméra filmant 3 000 images par seconde, en permanence, pendant 365 jours, pour s’apercevoir de ces changements.

Cette théorie matinale que Maximilien venait de concevoir en utilisant comme cobayes sa famille et comme cadre d’analyse les caresses, pénétrations et doubles fellations de la nuit passée était exacte.

Et complètement fausse.

Car rien dans les rouages de la famille Rommet n’avait été modifié.

L’amour que Camille et Maximilien partageaient était intact. Puissant comme le premier jour, aussi pur qu’avant la nuit dernière. Yvan était un fils adorable, discipliné. Il demeurait l’orgueil de ses parents.

Loin des théories alambiquées qu’il concevait et qu’il égrenait sur son blog, Maximilien craignait le changement car il redoutait la perte de contrôle.

Affirmer sa volonté de modifier le présent et redouter les incertitudes du futur. La fragilité de Maximilien tenait dans cette contradiction.

Il s’était posé des questions concernant les motivations de Viviane. Son coup de téléphone paniqué au milieu de la nuit, son apparition à la grille du jardin, sa venue dans leur chambre comme un don de soi. C’était agréable, il en avait bien profité. Mais pourquoi ? Pourquoi cette fille s’était-elle invitée dans leur lit ? Tout cela était… inhabituel. Son corps, qu’il avait eu le temps d’étudier centimètre carré après centimètre carré, ne portait pas de trace de coup, pas le moindre bleu. Ses assaillants ne l’avaient pas malmenée, pas au point de la blesser en tout cas. Ils l’avaient secouée peut-être, ils avaient crié… à la réflexion, même ses audaces au lit l’alarmaient. Pouvait-on ainsi glisser d’un sexe à l’autre avec une telle voracité ? Pouvait-on ramper, crier, lécher, s’ouvrir les fesses de la sorte sans rien espérer en retour ?

En attendant d’obtenir une réponse, il avait caressé son pénis, pour le féliciter du travail bien accompli.

Oui, la nouveauté l’inquiétait, mais Viviane faisait déjà partie du passé, de ces souvenirs qu’on évoque en se donnant le meilleur rôle. Après le déjeuner, elle n’existerait plus, elle serait repartie vers sa vie économiquement anémiée et ses combats de survie.

Le café avalé, les tartines mangées, Viviane avait proposé de faire la vaisselle, mais Yvan voulait lui montrer un trésor caché au fond de sa chambre. Maximilien avait rappelé que la camionnette avait des problèmes de batterie dont il fallait s’occuper.

Une façon de lui dire qu’il fallait partir. Viviane n’avait pas l’intention de s’incruster dans cette maison, de déranger cette famille. Elle n’osa pas reprendre de café, hésita à ramasser les assiettes et tasses, pour finalement les laisser sur la table.

Maximilien s’était fait prêter des pinces par un voisin, il relia la batterie de leur voiture de location à celle de la camionnette. Viviane mit le contact. La vieille mécanique redémarra.

— Faut le laisser tourner un peu, le temps que la batterie se recharge.

Il regagna la terrasse. Avec un temps de retard, Viviane le suivit : elle n’allait pas rester plantée comme un piquet entre les deux voitures à regarder sa batterie se recharger.

Camille, dans la salle de bains, aidait Yvan à passer son maillot de bain.

Viviane et Maximilien se rassirent, face à face, sur les sièges qu’ils avaient occupés, chacun à la même place. Viviane lâcha un soupir mi-étonné, mi-amusé :

— La vitesse à laquelle on attrape des habitudes, j’ai déjà ma chaise.

Elle réalisa que sa remarque pouvait être mal interprétée.

Maximilien se redressa sur son siège et ramassa des miettes de croissant du bout de son index mouillé. Elle le regardait faire, il arrêta. Ils se sourirent, comme deux inconnus dans un couloir de métro. Viviane n’aimait ni le silence, ni le vide :

— C’est drôle.

— Quoi donc ?

— On est là, à ne pas savoir quoi dire, ni comment se comporter alors que la nuit dernière, il n’y avait aucun problème.

Elle se tut. Maximilien ne savait pas comment lui répondre.

Pouvait-il complimenter, hors de la présence de son épouse, une femme qui l’avait fait jouir ? Complimenter, c’était flirter. Flirter, c’était trahir Camille. Il resta silencieux.

— Oh là là, vous avez l’air bien sage. À vous voir, on ne croirait pas…

Camille ne termina pas sa phrase. Yvan jaillit sur la terrasse, derrière elle.

Tout le monde se leva et s’embrassa à nouveau. On promit de se revoir, sans préciser quand. Yvan aida sa mère à ouvrir la grille d’entrée. Le cul de la camionnette disparut à l’angle du chemin, plus bas.

Camille resta près de la piscine avec Yvan. Elle se passionnait pour un livre traitant du tourisme sexuel en Thaïlande.

Maximilien retourna dans son bureau et reprit l’écriture de son blog. Il voulait recontacter Delgado, une invitation à dîner en retour de la sienne serait un bon prétexte. Il fallait de nouvelles idées pour l’épater au prochain repas.

En arrivant au parking, derrière la gare de Nice, Viviane hésita à éteindre le moteur. S’il ne repartait pas, c’était toute sa journée qui serait gâchée.

Juste le temps de faire un réassort de Ganesh, puis elle filerait à Mandelieu. Avec quelques bons clients, elle pouvait se refaire une santé financière.

Rien n’avait changé.

Le soleil cognait après déjeuner, Yvan préféra rester dans sa chambre pour regarder la télévision.

— Je vais prendre une douche.

— À cette heure ?

Camille ne répondit pas. Maximilien comprit qu’il était invité à la rejoindre.

Chacun fit mousser l’autre. Les corps sont plus beaux sous la crème d’un savon parfumé. Ils s’embrassèrent, se touchèrent en rigolant comme deux lycéens.

Maximilien laissa le choix de la conversation à sa femme :

— Delgado ou la petite ?

— Elle est bien cette fille. Elle est douce. Content ?

— Oui, toi aussi ?

Baisers léchés.

Camille se tourna pour qu’il lui lave le dos. Il aimait bien lui mordre les triceps. Elle cria, feignant la surprise. Il se colla contre ses fesses et lui plaqua le visage contre le carrelage. Elle lui attrapa la tête par-dessus l’épaule, il se pencha.

— Je veux que tu la rappelles. Dis-lui de revenir ce soir.

— Tu es sûre ?

— Autant que toi, chéri.

Elle se tourna pour lui faire face, le pommeau de la douche l’aspergeait, comme dans un film érotique des années soixante.

Ils firent l’amour debout. Une fois la queue de son mari en elle, Camille le dirigea en commentant des moments choisis de la nuit précédente. Elle ajoutait des suites sulfureuses, infatigable scénariste libertine. Leur rencontre derrière les poubelles d’un supermarché semblait étriquée et ridicule. Maximilien jouit rapidement.

Viviane écouta ses messages en fin d’après-midi. Son portable était à plat : une autre histoire de batterie.

Elle rappela chez les Rommet à 19 heures. Maximilien décrocha. La journée de travail avait été moyenne, mais sa voix était enjouée. Elle ne cacha pas sa surprise qu’ils l’aient recontactée. Elle était ravie de l’invitation mais :

— J’ai un truc ce soir.

— Un truc ?

— Ouais, je ne peux pas annuler. C’est trop tard.

— Je comprends.

Craignait-elle un soupçon de jalousie dans la sobre réponse de Maximilien ?

— C’est juste pour mon business, que du travail.

— Le travail passe avant tout, pontifia le professeur.

— Une autre fois ?

— Absolument.

Ils se saluèrent, il raccrocha en premier. Viviane se demanda s’il était vexé, il avait coupé la conversation brusquement.

— Elle ne veut pas venir, expliqua-t-il.

— Elle ne veut plus venir ?

— Va savoir.

Maximilien était rassuré par ce refus. Il ne se sentait pas la puissance physique de recommencer deux soirs de suite des acrobaties babyloniennes. Camille resta silencieuse, elle était désappointée.

Viviane prit une douche sur la plage puis conduisit sa camionnette dans l’arrière-pays, au-dessus de Nice, à Tourette-Levens. Les nuits d’été y étaient plus fraîches qu’en ville.

Dans une supérette, elle acheta un yaourt, des sandwiches anglais et une bouteille d’orange sanguine. Elle dîna assise derrière sa camionnette, en regardant une partie de pétanque entre retraités sur la place principale.

Viviane n’avait aucun rendez-vous, pas de « truc » à faire ce soir, ni aucun autre soir depuis son arrivée sur la Côte d’Azur. Elle n’avait pas réfléchi. Le mensonge était sorti tout seul. Maintenant elle regrettait de ne pas dîner avec eux, sur leur terrasse.

Vers 21 heures, les joueurs de pétanque furent remplacés par une horde d’ados qui frimaient en moto, faisant des tours acrobatiques et se jetant des défis de petits cons.

Viviane opta pour la discrétion et grimpa dans sa camionnette. Elle se demanda pourquoi il avait été si facile de coucher avec eux. Elle n’avait pas de réponse, juste une démangeaison. Elle s’endormit, pétrie de regrets.

— T’es trop conne ma fille.

*

* *

Maximilien s’était levé d’un bond, bourré d’énergie. Travailler dès le réveil, après un café. Les idées étaient plus nettes, plus intéressantes, durant les premières heures. Il fallait éviter toutes les tentations, qui n’étaient qu’autant de pollutions.

Ne pas ouvrir le journal, éviter d’allumer la télévision pour être informé des drames de la nuit, ne pas rêvasser, rester concentré.

Le travail ne pouvait être qu’austère.

Il voulait mettre en forme des idées concernant la ré-industrialisation et le chômage des jeunes. Écrire un petit paragraphe par idée et envoyer le tout par mail à Delgado avant de le revoir. Histoire de le rassurer, de lui montrer combien il était motivé.

Camille ne voulait rien faire. Le temps était anormalement frais et le ciel couvert. Yvan jouait sur la terrasse. Elle colla l’oreille contre la porte du bureau ; le cliquetis des doigts de Maximilien sur le clavier de son portable indiquait qu’il ne fallait pas le déranger.

— J’ai envie. Elle se racla la gorge et reprit : J’ai envie de l’appeler, dit-elle au travers de la porte.

Les doigts s’arrêtèrent de taper.

— Quoi ?…

— Qu’elle vienne ce soir…

Camille n’en dit pas plus, certaine qu’il avait compris.

— Pourquoi pas chérie.

Maximilien se remit à taper sur son clavier.

Viviane n’aimait guère Saint-Raphaël. En arrivant en ville, elle avait choisi la brasserie qui proposait un croque-madame à bas prix. Elle n’avait pas travaillé le matin. Juste envie de se cacher dans un trou et de n’en plus sortir.

Elle reconnut le numéro de téléphone sur l’écran de son portable.

Bien sûr quelle était heureuse de lui parler. Non, Camille ne la dérangeait pas. Comment allait Maximilien ? Et cet amour d’Yvan ?

Viviane voulut expliquer son mensonge de la veille, mais Camille ne lui en laissa pas le temps, elle lui proposa de les rejoindre.

— Oui.

— Tu as envie de venir ?

— Beaucoup.

— Tu es un ange. Tu nous sors du pétrin. Nous avons rendez-vous à vingt heures trente. Il faudrait que tu viennes ce soir à vingt heures, pour dîner avec Yvan.

— Ah…

La déception ne dura qu’un instant. Viviane adorait ce gamin, elle trouvait flatteur que ses parents lui fassent une telle confiance. L’instant d’avant, elle pensait partager leur lit, maintenant elle veillait sur leur fils.

— Absolument. Yv’ est génial.

*

* *

L’enfant avait dîné, il était assis sur le divan. Une tête d’ange. Il avait les yeux de son père et des expressions qui rappelaient sa mère. Viviane sortit son portable et le visa.

— Ne bouge pas.

L’enfant se redressa.

— Non, reste naturel.

Il sourit à l’écran devenu obturateur. Viviane prit plusieurs photos. Des souvenirs. Déjà. Les images étaient floues, baignant dans une lumière rougeâtre. Viviane les effaça.

— Parle-moi de tes voyages, demanda l’enfant.

Viviane raconta une fois encore Pondichéry et Goa. Les plages, les petits villages qui s’étaient développés, l’arrivée saisonnière des touristes occidentaux. Elle lui décrivit la beauté des levers de soleil. Elle inventa la gentillesse des autochtones et la fraternité liant les voyageurs. Elle lui raconta ce que tout le monde voulait entendre. Une carte postale d’encens.

— Il faudra que tu visites l’Inde. Dans quelques années.

— Je t’accompagnerai.

— OK.

— Deal ?

Yvan tendit la main. Viviane la lui serra.

— Deal.

— Viv’ et Yv’, ensemble à Goa.

Yvan avait adopté sa manie de raccourcir les prénoms.

En le quittant, Delgado expliqua à Maximilien avoir besoin d’une étude sur l’assouplissement des règles de travail dans l’entreprise de moins de cinquante salariés.

— Pour quand en avez-vous besoin ?

Delgado lui tapota l’avant-bras.

— Pas ce soir, ni demain, je vous rassure. Vous remontez à Paris vendredi ? On en reparlera la semaine prochaine.

Camille conduisait puisqu’elle était sobre.

Durant le trajet, ils analysèrent la soirée, décryptèrent les remarques de Delgado, cherchèrent à le comprendre :

— Il est habitué aux bonnes choses. Il est à l’aise. Trop à l’aise, jugea Camille.

— C’est un joueur d’échecs. Il pense avec trois coups d’avance.

— Plutôt beau mec.

— T’as vu sa montre ? Au moins 10 000 euros.

— Tu lui fais confiance ?

— S’il est venu me chercher, c’est qu’il a besoin de moi.

La voiture rejoignit la route de Draguignan pour finalement grimper le chemin les menant à la maison.

À la sortie du dernier virage, ils aperçurent la lumière de la terrasse, puis la silhouette de leur nouvelle nounou se levant de son siège.

— Alors ? interrogea Maximilien.

— Quoi ?

— Qu’est-ce qu’on fait ?

— J’ai envie si tu as envie.

Les époux se sourirent. Plus que de la complicité coquine, c’était une forme d’harmonie sexuelle qui les unissait.

Cette fille, Viviane, n’était pas une épreuve, mais une récompense qu’ils s’offraient.

Camille se dit qu’il serait prudent de bloquer la porte de leur chambre avec une chaise, si Yvan venait à se réveiller au milieu de la nuit.

Maximilien avait oublié ses craintes et questions du matin. Il était excité, voulait se laver les dents.

Viviane avait laissé la grille ouverte. La voiture grimpa silencieusement jusqu’à la porte du garage. Les volets de la chambre d’Yvan étaient fermés. Il dormait.

Viviane les salua, les bras dans le dos. Elle avait l’air embarrassé. Sa gêne était liée à la situation présente. La fois précédente, le sexe était venu par surprise. Ce soir, il était attendu.

Elle prépara un thé, Maximilien s’absenta pour se brosser les dents. Elle versa une tasse à Camille qui embrassa son bras au passage.

— Le petit dort.

C’était le sésame à une nuit de plaisir. Elle serait bien restée sur la terrasse à discuter, à les écouter surtout. Maximilien revint, précédé d’une odeur buccale mentholée. Il était pieds nus, avait ôté son pantalon et son caleçon, mais avait gardé sa chemise. Les deux boutons du bas étaient ouverts, les pans de sa chemise bâillaient légèrement, laissant apparaître son pénis en demi-érection. Il ne s’était pas que lavé les dents.

Les deux femmes l’imaginèrent tenant dans une main sa brosse à dents et se frottant les gencives, et de l’autre se malaxant le pénis pour lui donner une vigueur de guerrier.

Elles eurent l’extrême gentillesse féminine de ne pas rire. Un regard complice. Viviane prit la main de Camille qui la suivit jusqu’à son mari.

La nuit de plaisir fut courte.

Le trio fit l’amour sans grande énergie, tout le monde était fatigué, tout le monde avait envie de dormir.

Personne ne semblait embarrassé par le manque de passion de ces quarante-cinq minutes de carambolage mollasson.

Cette fatigue physique donnait à leur ménage-à-trois un sens plus sain qu’une turpitude d’échangistes patentés.

Vers cinq heures, Viviane se leva et retourna dans la chambre d’amis. Avant de se glisser sous les draps, elle colla son oreille contre le mur mitoyen qui la séparait de ses amants. Ils dormaient, l’un d’eux, sûrement Maximilien, ronflait.

Viviane était heureuse.

*

* *

Les quatre derniers jours de vacances n’étaient plus des vacances.

Maximilien travaillait et écrivait la journée durant ses notes pour Delgado. Il fallait le séduire sans avoir le temps de soigner ses effets. Il devait improviser et rester brillant.

Maximilien, que Camille appelait Max’ depuis la dernière nuit avec Viviane, consacrait ses soirées à sa famille. Il jouait avec son fils, se promenait avec Camille à la lueur de la lune, le long du canal en contrebas de leur maison de location. Son esprit restait concentré sur ses notes, sur son travail.

Camille voulait imaginer un scénario pour finir les vacances sur une note salée. Mais l’imagination l’avait désertée depuis leur rencontre avec Viviane.

Elles s’étaient parlé au téléphone, avaient échangé des banalités comme il est agréable de le faire quand on a de la tendresse pour son interlocuteur. Des mots simples, des mots anémiés, partagés pour le plaisir de converser. Viviane ne mentionna pas son travail, mais tout allait mieux depuis qu’elle ne croisait plus Moussa.

— On te voit avant que nous remontions sur Paris ? avait demandé Camille.

— Bien sûr.

— Un dîner. Un beau dîner. Avec Yvan, tous les quatre, ensemble.

— Ensemble, oui. Tu sais que j’adore ton fils.

— Lui te vénère, il parle de toi tous les jours.

— Je pense à vous aussi, à tous les trois.

— Je vois avec Maximilien pour choisir le restaurant. Bise, beauté.

Une table dans un restaurant sur les hauteurs de Cannes fut retenue pour leur dernière soirée de vacances, mais Viviane téléphona en fin de matinée pour annuler. Ils étaient dans la piscine, personne n’entendit le téléphone sonner. Viviane ne donna pas d’explication précise, leur demandant de l’excuser. Elle pensait très fort à eux, elle embrassait tout particulièrement Yv’, son petit chéri. Ils tentèrent de la rappeler plusieurs fois durant l’après-midi, sans résultat. Ils dînèrent à trois. Le lieu et la carte du restaurant étaient superbes, Yvan se régala avec un gâteau au chocolat.

Personne, pas même l’enfant, n’évoqua l’absence de Viviane.

Camille et Maximilien firent l’amour en silence, sans la mentionner.

Rendre la voiture de location prit plus de temps que prévu. Maximilien envoya un sms à Delgado pour confirmer un rendez-vous de la fin de semaine suivante.

Maximilien ne supportant pas de devoir se presser, la famille arriva en avance à la gare de Nice. Une fois installés dans leur wagon, Maximilien eut le temps de redescendre acheter la presse. En revenant du kiosque, il vit Viviane le dépasser, courant sur le quai, longeant leur train. Elle ressemblait à ces héroïnes interchangeables de films romantiques qu’il détestait. Elle regardait par les vitres sans savoir où vraiment regarder. Camille et Yvan l’aperçurent et crièrent pour attirer son attention. Elle essuya une larme en riant. Comme dans ces films à la con, pensa Maximilien.

— J’suis pas venue hier soir, j’avais trop le cafard.

Camille et Yvan descendirent sur le quai.

— Non, non, le train part dans moins de cinq minutes, leur signifia Maximilien.

Ils restèrent sur la plus haute marche. Viviane s’approcha et embrassa Yvan.

— Salut Yv’, Travaille bien.

Elle fit la bise à Camille puis se tourna vers Maximilien pour l’embrasser à son tour.

Un haut-parleur annonça que les portes du train allaient se refermer. Maximilien grimpa les trois marches.

— Fin août, je repars à Goa, c’est décidé.

Les portes se refermèrent. Le train se mit en marche.

Elle envoya un baiser avec la main à la famille Rommet. Ils imitèrent son geste.

Viviane regarda le train filer, elle se dit que l’instant était émouvant, comme dans les films romantiques qu’elle adorait.

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