Amor
La politique de nos sexes
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 5 parties.
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Cette partie de Saint-Fargeau-Ponthierry était un petit coin de paradis, les riverains étaient des privilégiés. L’endroit était peu fréquenté, hormis les dimanches après-midi lorsque les familles venaient se promener en regardant le fil de l’eau. La rue, baptisée chemin de halage, serpentait en suivant le tracé de la Seine.
Les différentes propriétés s’étiraient en longueur, coincées entre la voie de chemin de fer derrière et la Seine devant leurs fenêtres. Les maisons étaient ainsi confortablement espacées les unes des autres, leurs jardins s’étalant de part et d’autre. Des arbres ou d’épais bosquets infranchissables les mettaient à l’abri de la curiosité des passants. Chaque riverain possédait son ponton personnel. Il suffisait de traverser le chemin de halage pour y accéder.
Par chance, le vent soufflait la plupart du temps dans la bonne direction, repoussant au loin les bruits mécaniques des trains qui rejoignaient la gare de Saint-Fargeau.
Sur l’autre rive, du côté de Seine-Port, après le bois de Saint-Assise, une île faisait directement face à la maison des Rommet. Elle était inhabitée. Presque sauvage, presque abandonnée. Elle avait été inondée durant des crues importantes, des années auparavant. Quant aux rares maisons qui s’éparpillaient plus haut, avant l’ile, elles restaient invisibles, discrètement posées dans la végétation du bord de Seine. Seine-Port était aisée, bien plus que Saint-Fargeau-Ponthierry.
Pour Camille et Maximilien, le spectacle de cette autre rive était idéal, offrant par sa nature sauvage calme et sérénité et par l’aisance des gens qui y vivaient un environnement rassurant pour élever leur enfant.
Le couple avait acheté la plus petite des maisons du chemin de halage. Leur ponton était aussi, par les matériaux utilisés et par sa superficie, le plus modeste. Camille et Maximilien étaient d’ailleurs les seuls riverains à ne pas posséder une barque arrimée à ce dernier. C’était un de leurs projets, cela viendrait, bientôt, plus tard.
Leur épargne avait été investie dans l’achat de ce logement de trois pièces. Le peu d’économies qu’il leur restait avait permis la construction d’une extension en début d’année. Cette nouvelle pièce deviendrait à terme la chambre parentale. Pour le moment elle servait de bureau à Maximilien, de rangement à Camille et de salle de jeux à Yvan.
Sur la façade et le côté de la maison courait une terrasse couverte où ils aimaient finir leurs soirées. Elle surplombait un petit jardin rectangulaire de cinq mètres sur six. C’était le domaine d’Yvan, il y jouait des après-midi entiers.
Lorsque la journée avait été particulièrement chaude, tous trois enfilaient leurs maillots de bain et installaient leurs transats sur le ponton. Camille, la moins frileuse de la famille, n’hésitait pas à plonger dans la Seine. Lorsque des bateaux remontaient le fleuve, leurs occupants saluaient la téméraire d’un double coup de sirène.
*
* *
Le mois d’août avait des airs de province à Saint-Fargeau-Ponthierry. Les RER reliant Paris à Melun, les activités sportives ou culturelles proposées par la mairie, les promenades organisées en forêt de Fontainebleau, tout tournait au ralenti jusqu’au 17 août puis tout redémarrait, à mesure que septembre se rapprochait. La piscine municipale ne rouvrirait ses portes qu’à la fin du mois.
La plupart des copains d’Yvan avaient quitté la région parisienne le jour où il l’avait regagnée. Il passait le plus clair de ses après-midi dans le jardin de la maison. Entre prison verte et forêt vierge fabuleuse, Yvan avait une imagination débordante : jamais ce gamin ne s’ennuyait.
Camille reprit son travail aux affaires culturelles à la mairie avec enthousiasme. Au printemps, elle s’était battue pour contrôler le budget du salon du livre jeunesse de la ville. Elle ambitionnait de transformer ce salon en un événement culturel important de la région. Elle allait mettre à profit ces prochaines semaines pour préparer son plan d’attaque.
Depuis qu’elle travaillait avec le maire, suivant le conseil de Maximilien, elle avait pris soin de ne jamais s’occuper des dossiers à caractère politique. N’étant un danger pour personne, elle n’avait pas d’ennemi et se flattait d’avoir une excellente réputation.
Briller. Briller par son intelligence, par l’audace de ses propositions. Surtout obtenir la reconnaissance de ses pairs. Être spécialiste parmi les spécialistes de la problématique économique. Il avait promis un second livre à Estelle Darieux, son éditrice chez Découvertes. Il avait pris du retard, plus de six mois. Les Crises, une chance pour l’économie française, son livre précédent, avait reçu un bon accueil de la critique spécialisée. Les ventes étaient restées modestes.
Ils attendraient septembre pour se payer les services d’une baby-sitter. Maximilien transporta son ordinateur sur la terrasse. Installé à une table de camping, il conservait un œil sur son fils et l’autre sur sa célébrité à venir.
Les après-midi, il écrivait. Le matin, il se corrigeait. Son crâne était sous pression. Il réadaptait ce qu’il avait énoncé au fil de ses billets d’humeur sur son blog.
Lorsque le soir Camille rentrait, elle le saluait, se précipitait vers Yvan pour l’embrasser. Maximilien refermait son ordinateur. C’était aussi propre qu’un téléfilm sur France 3 en milieu de journée.
Août glissait, à mesure que les jours diminuaient, dans une sorte d’excellence à laquelle répondait le résultat des journées de travail de Maximilien.
Un léger tracas apparut. Une petite interrogation.
Pourquoi Alain Delgado ne l’avait-il pas contacté depuis leur retour de vacances ?
Un mail ou un simple sms aurait suffi. Maximilien décida de lui téléphoner.
— Pour lui dire quoi ? Que tu t’inquiètes de son silence ?
— Non, bien sûr.
— Pourtant tu t’inquiètes ? insista Camille en se lavant les dents.
— Ce n’est pas de l’inquiétude, mais de l’agacement.
— Ce ne sont pas mes dents que je brosse, c’est l’intérieur de ma bouche que je nettoie !
Touché. Camille avait raison, il se mentait à lui-même, en jouant sur les mots.
— Trois semaines sans nouvelles, quand même.
— Tu parles comme un amant délaissé ! se moqua Camille.
— Je dois attendre à ton avis ?
— Pourquoi te téléphonerait-il ? Pour vérifier que tu travailles bien ? Comme un bon élève ? Tu te crois au lycée ? Il veut que tu travailles pour lui, il aime tes idées, il te donne le temps de les mettre sur le papier.
— Tu as raison.
Camille rinça le lavabo et ramassa une statue de Ganesh qui trônait sur le panier de linge sale.
— Tu te souviens ?
— On lui avait acheté une babiole ? demanda-t-il en la suivant jusqu’à leur chambre.
Elle jeta sur le lit le dieu indien qui se figea, la trompe tournée vers le plafond. Maximilien se glissa sous le duvet. Camille referma la porte, se débarrassa de son tee-shirt avant de rejoindre son mari dans le lit. Du bout de l’index, elle jouait avec la trompe du petit dieu bleu. Maximilien restait préoccupé.
— Et si…
Camille attrapa la statue et la plaça devant son visage. Le dieu éléphant répondit à Maximilien :
— Et si quoi ? À quoi penses-tu chéri ?… Qu’est-ce qui te ferait plaisir ?
— Et si Delgado ne me contacte pas en septembre ? Je continue à écrire des notes en espérant qu’il me téléphone en octobre ?
Elle avait des envies, il avait des soucis.
Elle jeta la statue au pied du lit :
— Il a besoin de toi, il sait tout ce que tu peux lui apporter. Delgado va te contacter.
C’était simple. Quelques mots prononcés par sa femme suffisaient à balayer ses craintes. Il savait que Camille était plus robuste que lui.
Excellent travail ! Ai finalement trouvé le temps de lire vos papiers. Mille pardons pour le retard. L’avenir, radieux, nous appartient. On se parle à mon retour. D.
D, comme Delgado.
Camille possédait l’art de la prémonition qu’on n’étudiait pas en classes prépa.
Pourquoi s’était-il affolé ? Pourquoi avait-il douté ? De lui. De Delgado. De son talent. De ses idées. Parce qu’il avait : la situation plus qu’il ne la contrôlait.
Les étudiants dont il avait la charge n’avaient plus d’importance. Leurs egos d’ânes bien nourris, leur suffisance de fils de bonne famille, leur arrogance ne l’affecteraient plus. Ces futurs représentants de la classe dirigeante n’étaient que miasme périphérique. Seules les promesses que recelait le sms de Delgado avaient de l’importance.
Maximilien reprit de la hauteur.
Il redoubla d’énergie et de courage les jours suivants. Chaque soir, après le dîner, il travaillait sur ses articles. Le week-end, il faisait l’amour à sa femme avec la fougue d’un adolescent et la précipitation d’un taulard.
Camille trouvait savoureuse cette rudesse sexuelle. Elle partageait son enthousiasme. Le futur succès de son mari était le sien, par procuration.
*
* *
C’était une folie. Pourquoi ne pas les avoir prévenus ?
Prenant la direction de l’école dont Yvan lui avait donné le nom, Viviane était aussi enthousiaste que peu raisonnable. Elle n’avait couché avec personne depuis leur départ et tenait à le leur dire. Elle pensait à eux trois si souvent.
Ses sentiments avaient dicté son comportement. Maintenant, près du but, elle doutait. Si elle dérangeait ? Si Camille refusait de la saluer ou l’avait effacée de sa mémoire ?
En l’apercevant au coin de la rue, marcher dans sa direction, Viviane fut prise d’une terrible incertitude. Il serait sage de tourner les talons et de filer. Viviane doutait d’elle, depuis toujours, plus encore aujourd’hui. Camille la dépassa, l’oreille collée au portable, sans la remarquer, puis s’arrêta devant l’entrée principale de l’école, attendant la sortie des classes pour récupérer Yvan.
Camille était de trois quarts, à moins de cinq mètres. Viviane planta son regard dans sa direction, espérant qu’elle la remarque enfin. Une bouffée de chaleur lui rougit le cou puis les joues. L’idée qu’ils baisaient une fille de passage chaque année pendant les vacances la frappa. Et si… Viviane arrêta de réfléchir.
Trois, puis cinq minutes s’écoulèrent. Yvan jaillit de l’école au milieu des autres gamins. Sa mère s’accroupit, l’enfant se rua vers elle. Camille le couvrit de baisers. Dans quelques années il ne se laisserait plus embrasser de la sorte devant ses copains, elle en profitait pour le temps qui lui restait. Mais Yvan repoussa sa mère.
— Viv ! Regarde, m’man, c’est Viv !
Camille se retourna.
Viviane portait un tee-shirt et un jean beige trop amples lui donnant une allure pataude. Camille se dit qu’elle ressemblait à une petite lesbienne de quartier défavorisé cachant ses complexes sous des airs de camionneuse ratée.
Yvan rejoignit sa copine en criant sa joie. Viviane s’accroupit pour l’accueillir entre ses bras.
Camille grimaça. Des images de cette bouche allant du sexe de son mari au sien lui revinrent à l’esprit. Cette moue précédait un énorme désir.
Yvan et Viviane échangèrent quelques mots à voix basse, partageant un code secret, puis l’enfant lui prit la main et la guida jusqu’à sa mère.
— J’voulais faire une surprise, lâcha Viviane, avec une mine scélérate.
Camille jaugea le trottoir d’un regard. Tous les parents avaient récupéré leurs enfants et s’étaient éloignés, le portail de l’école était refermé. Camille se pencha vers Viviane : elle portait le même parfum que durant les vacances.
— Je ne pensais pas te revoir.
Camille embrassa Viviane sur la joue, deux longues secondes, puis sa bouche glissa jusqu’à son oreille :
— Mais j’en rêvais.
Camille conduisait, Viviane était assise à ses côtés. Yvan, à l’arrière, parlait à son ami imaginaire. Les deux femmes ne disaient rien, elles s’étaient retrouvées, partageant la même satisfaction.
En sortant de la voiture garée près de la maison, Viviane trouva que la Seine prenait des reflets vert émeraude.
— Je ne l’avais jamais remarqué. Comme quoi, on ne fait pas assez attention à ce que l’on a près de soi, lui glissa Camille.
La cuisine était ouverte sur la pièce à vivre, véritable capharnaüm de vêtements, de jouets et de revues en attente d’être rangés. Les murs étaient gris souris. Des livres d’économie aux titres savants encadrant un vieux fauteuil définissaient l’espace que Maximilien se préservait. Sa manière de lui faire l’amour, de se tenir en elle, reflétait aussi son besoin de posséder. Viviane adorait la façon dont il la prenait.
Jamais elle ne s’était permis de partager ses impressions avec Camille.
Jamais au réveil, ou durant le petit déjeuner, Viviane n’avait commenté les combinaisons sexuelles de la veille. Elle avait pris l’initiative pour mieux se soumettre à leurs envies durant la nuit.
Ce qui se passait dans le lit devait y rester. Au banal « c’était bien ? » que posait Maximilien, elle sifflait un petit « oui » et secouait la tête, pour s’assurer que ses deux amoureux avaient compris sa réponse.
— Je sais à quoi tu penses, déclara Camille.
De la main, la maîtresse de maison l’invita à constater le désordre ambiant :
— Il me faudrait une femme de ménage.
— Je n’aimerais pas qu’une inconnue vienne chez moi, même pour y remettre de l’ordre.
— Je ne suis pas le genre à tenir un aspirateur, affirma Camille.
— Moi, si.
Les deux femmes clignèrent des yeux, complices d’imagination, partageant la même scène. Yvan brisa leur bulle érotique :
— J’te fais le tour de la maison, Viv.
La banalité de la décoration, l’absence de raffinement ne correspondait pas à l’idée que s’était faite Viviane de leur demeure. Après leur départ de la Côte d’Azur, lorsque les nuits se traînaient, elle imaginait leur maison, elle était l’architecte d’un palais délicat et décadent. La maison qu’elle visitait était quelconque.
Dans la chambre parentale, le lit était étroit. Au milieu du linge sale empilé au pied de l’armoire, elle reconnut les pièces de lingerie que portait Camille durant leur seconde nuit.
Tout le monde se retrouva sur la terrasse, Camille apporta des boissons. D’où elle était assise, Viviane aperçut la Seine et les arbres sombres longeant l’autre rive. Le son du RER, comme un chuintement, filant derrière la maison, ne la dérangea pas. Elle se sentait bien, elle se sentait chez elle, parmi les siens. Yvan expliqua, sans que les femmes ne s’y intéressent, ce qu’il faisait en classe.
Maximilien arriva plus tard que d’habitude. Les deux femmes avaient préparé la table. Viviane retrouvait tout ce qu’elle aimait dans cette relation : la routine rassurante des petits gestes quotidiens.
Une nappe blanche, un pichet de vin de Provence, le jus d’oranges pressées versé dans des verres hexagonaux, une salade de tomates et de mozzarella, tout rappelait les vacances.
Maximilien était un excellent acteur qui s’ignorait.
La table, les mets, son fils et ces deux femmes : ce spectacle, carte postale banale, comportait un code secret de lecture, quelque chose d’inconvenant, qui plut à Maximilien.
Son ventre se serra de surprise, son sexe se réveilla de bonheur, mais son visage s’éclaira d’un simple sourire de cadre commercial.
Il embrassa son fils, sa femme puis Viviane. Il se demanda s’il n’aurait pas dû conclure les embrassades par Camille. Le protocole et surtout la susceptibilité féminine avaient des règles qu’il ne voulait pas enfreindre.
Elles partageaient le même parfum. Elles avaient pris une douche ensemble, pensa-t-il, son pénis frotta contre le tissu de son pantalon. Il s’absenta, le temps de se rafraîchir.
Camille se promit de ne plus la laisser partir. Viviane était pour eux, à eux.
Maximilien se dit que Viviane était une fille sans attache : elle ne trompait ni mari, ni amant. Elle ne trimbalait aucun problème psychologique ou n’exhibait pas de fêlure mentale : solide, les pieds sur terre, elle ne deviendrait pas un poids mort pour leur couple, elle qui avait changé ses plans, oublié l’Inde et décidé de renouer avec eux. C’était Viviane qui leur demandait de l’accueillir. Ils pouvaient la satisfaire et la garder.
Pour eux.
Durant le dîner, la conversation tourna autour de la qualité de vie dans cette confortable banlieue, de l’achat de la maison et des charmes liés à la Seine coulant à dix mètres de chez eux. Camille aimait comment son mari frottait sa jambe contre la sienne, quand il répondait à leur invitée.
Lorsque vint l’heure de se coucher, Yvan proposa à Viviane de partager sa chambre.
— Tu dors dans ta chambre et Viv va se reposer dans la sienne.
Camille avait ouvert et préparé le divan dans le bureau de Maximilien, mais Viviane déclina la proposition et demanda qu’ils la déposent à la gare.
— Tu veux nous quitter ?
— Je suis tellement contente de vous avoir retrouvés, mais je ne veux pas vous déranger.
— Tu sais pourquoi tu vas rester ? dit Camille.
Viviane baissa la tête, elle aimait sentir leurs regards sur elle. Elle aimait quand ils lui parlaient ainsi. Elle n’avait pas besoin de répliquer, ils avaient la réponse.
— Il n’y a plus de train pour Paris jusqu’à demain matin, enchaîna Camille.
Chacun observa les deux autres et resta figé à sa place. Un soupçon de désir pétrifia les volontés. Finalement Viviane se dirigea vers le divan proposé :
— Je suis contente. Merci… à demain matin.
Qu’ils ne lui fassent pas l’amour était sans importance. L’essentiel était de les avoir retrouvés. Viviane se déshabilla en regardant les photos de famille qui trônaient sur le bureau. Elle s’arrêta sur une image prise le jour de leur mariage ; Camille et Maximilien s’embrassaient devant les jets d’eau d’une fontaine. Il était plus mince, elle avait les cheveux courts.
L’image était banale.
Tout couple marié en blanc et célébrant cette journée par un repas coûteux dans un cadre idyllique possédait une photo identique. L’œil réjoui, le bouquet de fleurs à la main, la pose figée, les sourires et les plaisanteries salaces des invités hors cadre, la peau brillante des mariés qui, émus et engoncés dans des vêtements de fonction, transpiraient plus que d’usage.
Viviane trouvait que cette photo était l’incarnation absolue du bonheur. Le bonheur de ses amoureux devenait le sien par procuration.
Le bureau était envahi de revues économiques et d’articles de journaux furieusement surlignés. En frôlant le clavier, elle réveilla l’écran de l’ordinateur qui lui dévoila un texte en cours d’écriture. À quoi bon le lire ? Elle n’y comprendrait rien. L’économie que son amant mettait en théorèmes ne lui permettait pas d’éviter les ennuis sur une plage. Lui avait-il jamais posé une question sur les contraintes de son travail ?
En se glissant sous les draps, elle eut un soupir de bonheur, elle se sentait bien car tout et chacun était à sa place. Ses yeux s’habituèrent à la pénombre. Ces quatre murs, ce bureau étaient une chambre agréable. Une chambre laissée à sa disposition, sa chambre.
Elle pensa à Yvan ; ce gamin la considérait comme le mélange d’une grande sœur et d’une tante adoptive. La porte s’entrouvrit, la tête de Maximilien apparut.
Il se glissa jusqu’au divan.
— Camille m’envoie.
Il aurait préféré que Camille vienne la chercher. Viviane lui caressa la joue. Maximilien se détendit, elle reprit :
— Je suis heureuse quand vous avez besoin de moi…
— C’est Camille qui m’envoie, répéta-t-il.
— Pas toi ?
Elle l’encouragea en baissant le drap et lui prit la main pour qu’il lui caresse les seins.
— Tu viens, dit-il.
— Pour quoi faire ?
— Heu…
La timidité du professeur d’économie flattait Viviane tout en l’amusant. Il la respectait tout en la désirant.
Viviane se glissa hors du lit :
— Content que je sois venue ?
— C’est une sacrée surprise…
— C’était l’idée. Vous surprendre, répondit-elle en gamine triomphante.
Elle se glissa dans le couloir. Maximilien s’arrêta au niveau de la chambre de son fils et vérifia qu’il dormait avant de rejoindre les femmes. SES femmes.
Ce trio tenait du miracle.
Le résultat de nuits saupoudrées d’audace sexuelle repose sur une équation sans inconnue. Le premier s’ennuie, le second se vexe d’être négligé, le dernier a le sentiment d’être exploité.
Dans un trio, chacun tente de porter beau, le temps d’une nuit.
L’homme raconte n’importe quoi pour obtenir la docilité féminine, il couvre ses partenaires de compliments éculés.
Les femmes ne prêtent jamais attention à ces flatteries. Tout en se léchant et s’embrassant, elles s’observent, se jugent, se jaugent. Le regard scanne l’arrondi des fesses, la fermeté des mamelles, l’état du ventre, flétri ou pas, et compte le nombre de vergetures que la copine trimbale. L’autre femelle reste une adversaire. Certaines jouissent bruyamment, démonstratives, d’autres ajoutent des tressaillements spasmodiques au vacarme sonore. Les mises en scène de leurs orgasmes n’ont de dramatique que la médiocrité de leur passion.
Les garçons, obsédés par la fermeté de leur érection, accélèrent leurs coups de reins. Ils ne comprennent pas que les vociférations de leurs partenaires ne répondent pas à leur va-et-vient, mais sont destinées à impressionner l’autre participante. Jusque dans le choix de la tessiture, les femmes conservent une mentalité de rivales.
La combinaison de Camille, Viviane et Maximilien était une réussite aussi improbable que scandaleuse.
Ils n’étaient pas des experts sexuels. Ils ne brisaient aucun tabou et ne cherchaient pas à battre des records. Jamais l’idée de compétition ne leur traversait l’esprit. Camille et Viviane n’étaient pas exceptionnellement belles, le pénis de Maximilien était d’un calibre très quelconque. Mais ensemble, ils étaient idéaux, l’un pour les autres, emboîtés, en connivence, à se humer, à se lécher, à se mordiller, à se faire rire. À jouir.
Plus que complices, Camille et Viviane étaient sœurs de lit. Leurs ébats dégageaient une sérénité transformant la participation de Maximilien de devoir en plaisir. Il n’avait qu’à se laisser aller. Il se sentait bien entre leurs deux corps, entre leurs quatre seins, manipulé par leurs quatre mains, le nez entre leurs deux sexes.
Il aurait fallu que toutes les télévisions du monde soient présentes, que les plus grands sexologues étudient le déroulé de leurs nuits pour comprendre combien Camille, Maximilien et Viviane atteignaient, ensemble, la note sexuelle parfaite.
C’était invraisemblable et très simple : trois corps, trois cerveaux s’accordant à merveille. Ils savaient déjà tout sans l’avoir pratiqué. Les codes gérant le sexe en mode impair s’inscrivaient au fur et à mesure des gestes et des caresses de l’un ou de l’une, puis des deux autres.
Il aurait fallu pouvoir offrir au monde la preuve de leur bonheur. Cette chance que personne ne mérite.
Le plaisir avait duré, le repos fut bref.
Viviane avait le sommeil léger, trop de nuits passées à l’arrière de sa camionnette à protéger sa marchandise.
Une jambe en dehors des draps que s’étaient accaparés ses amants dans leur sommeil, Viviane vérifia l’heure sur son portable, elle jugea prudent de rejoindre le bureau où elle était censée avoir passé la nuit.
Dans le couloir, Yvan ouvrit la porte de sa chambre, le visage ensommeillé, et lui demanda :
— Où tu vas ?
— … Préparer le petit déjeuner.
De l’index, il indiqua l’autre extrémité du couloir.
— Dans l’autre sens.
— Merci. Qu’est-ce que tu fais debout ?
— J’ai entendu du bruit.
Elle le recoucha, promit de venir le chercher lorsque le déjeuner serait prêt, l’embrassa et évita de se demander comment il réagirait s’il la découvrait entre ses deux parents.
La cuisine méritait d’être nettoyée et rangée, mais le bruit les aurait dérangés, Viviane se concentra sur la préparation du café et du pain grillé. Elle se versa une première tasse, solitaire. Elle avait passé un tee-shirt appartenant à Maximilien qu’elle avait ramassé dans la chambre à coucher. Heureusement, Yvan n’avait pas remarqué.
Il faisait encore frais, l’humidité remontant de la Seine s’accrochait au jardin. Elle longea la terrasse, puis sortit de la propriété. Les pieds nus, piqués par les graviers du chemin de halage, elle rejoignit le ponton et s’y assit, les jambes repliées sous les fesses.
L’endroit était paisible, les gens habitant ce quartier ne faisaient pas partie des salariés qui se lèvent tôt pour rejoindre leur lieu de travail à Paris.
Aucun bateau sur la Seine. Le ciel donnait des couleurs sales au fleuve.
Elle trempa le pied. Un pincement glacé grimpa le long de sa jambe et cogna dans son ventre.
Le sous-bois sur l’autre rive l’intriguait. L’endroit semblait inhabité, de cette tranquillité inquiétante des terres inexplorées. Une terra incognita, sans lois, ni pression, échappant aux règles et si proche.
Viviane finit sa tasse en se jurant qu’une nuit, elle traverserait la Seine à la nage et explorerait l’autre rive.
Camille et son fils s’étaient installés dans la cuisine. Yvan lui fit remarquer qu’elle avait l’air fatigué.
Yvan était la fierté de ses parents. Il était intelligent, bien élevé, mais renfermé. De voir son amante et son fils s’amuser en partageant des secrets de télé rassurait sa mère : cette fille avait un effet positif sur toute la famille.
Sous la toile cirée recouvrant la table, Camille caressa la cuisse de la jeune femme qui resta aussi souriante que discrète. Camille lui souffla à l’oreille quelle aimerait passer la matinée au lit, à ses côtés, à écouter des chansons d’Al Green.
— De la soul, baby…
Camille appréciait la voix de ce fils de métayer qui chantait gospel et amours terrestres avec la même délicatesse. Al Green ? Puisque Camille le mentionnait, Viviane se promit de le découvrir et de l’écouter. Yvan rigolait en regardant une fille avec des nattes dressées sur la tête gifler un monstre bleu.
Viviane se dit qu’elle ne connaissait rien à rien. Il fallait se hisser au niveau de la famille, et leur rendre au centuple l’affection qu’ils lui prodiguaient.
Maximilien jaillit du couloir, précédé d’un parfum élégant. Les hommes que Viviane avait connus s’aspergeaient d’eau de Cologne citronnée. L’odeur boisée de Maximilien incarnait l’opulence des magasins luxueux de l’avenue Montaigne. Viviane aimait bien la descendre jusqu’au pont de l’Alma en regardant les vitrines et les touristes sortir des palaces.
Maximilien embrassa son fils, puis sa femme et se tourna vers Viviane :
— Bien reposée ?
Une phrase insignifiante, chargée d’un sous-entendu sensuel, qui avait le goût d’un bonbon acidulé.
— Comme un ange tombé du ciel.
— C’est notre petit ange, ajouta Camille.
— Si tu tombes, je te ramasserai ! cria Yvan sans quitter la télé du regard.
Le bonheur. Des mots simples liaient Viviane à sa famille d’adoption.
Dorénavant, elle voulait que sa vie ressemble à ce petit déjeuner tout en gentillesse et câlineries discrètes.
Maximilien devait filer. Il oublia de saluer Viviane. Elle lui avait aussitôt pardonné.
Deux rues plus loin, il était englué dans un embouteillage. Il arriverait en retard mais garderait le sourire. Le pare-brise de sa voiture était un écran imaginaire sur lequel il se repassait les meilleurs moments de la nuit précédente.
Lui qui prenait son travail à cœur, ce matin se foutait qu’on l’écoute ou qu’on le comprenne. Il avait le visage des vainqueurs.
Tous les hommes en rêvaient.
Les plus jeunes, les plus vieux, ses élèves aussi y pensaient. Tous le fantasmaient.
Le sourire de vainqueur qu’exhibait Maximilien marquait sa différence avec les autres hommes.
Maximilien faisait partie des élus.
Posséder deux femmes. Toute une nuit et de toutes les manières que son énergie lui avait permises.
Merci. Merci infiniment. Merci chérie. Merci Viviane.
Repu et heureux, il en oublia une question importante : qu’était-elle venue chercher à Saint-Fargeau ?
Camille n’avait pas vu l’heure filer. Il fallait maintenant se presser pour déposer Yvan à l’école. Elle prépara les affaires de son fils tandis que Viviane mettait la vaisselle sale dans l’évier.
— J’ai une réunion importante à la mairie. Si je fais un détour par la gare, avec la circulation, je serai en retard, expliqua-t-elle.
— Je vais marcher, ne t’inquiète pas.
Camille vérifia que la maison était fermée. Viviane embrassa l’enfant et sa mère quand ils montèrent dans la voiture. Camille lui fit un petit geste de la tête entre salut et excuse, puis démarra. Yvan descendit la vitre arrière et glissa son bras à l’extérieur pour saluer Viviane. Elle suivit la voiture du regard jusqu’au tournant, lorsque le chemin bifurque pour rejoindre la rue longeant les voies de chemin de fer.
Elle aurait voulu les accompagner jusqu’à l’école et puis marcher jusqu’à la gare. Ou elle aurait pu rester faire le ménage chez ses amants. Chez ses amis. Ses amis ou ses amants ? Les deux ? Une définition n’était pas exclusive de l’autre.
Les choses de sa vie devaient être harmonieuses ; lorsqu’elles se compliquaient, Viviane ne trouvait pas de réponses.
Elle remonta la petite rue de Seine menant à la gare RER. Son pull était imprégné du parfum de Camille. Pourquoi quitter cette banlieue, elle voulait être avec eux, se partager entre eux, leur offrir ses jours et ses nuits, son temps, son attention.
Pressée par le temps, Camille avait oublié de la réinviter. Maximilien était parti trop vite pour lui parler.
Peut-être leur semblait-il évident qu’elle était une invitée permanente ? C’était une explication plausible. Mais alors, pourquoi ne lui avaient-ils pas donné un double de la clé de la porte d’entrée ? Un autre oubli dû à la précipitation du matin. Sans doute.
Viviane traversa le hall d’accueil de la gare. Un quai était désert, l’autre bondé. Tout le monde se rendait à Paris pour travailler.
Avec l’arrivée imminente du train, les gens se tassèrent plus encore les uns contre les autres, chacun essayant d’améliorer ses chances de se trouver en face d’une porte. Viviane se laissa guider par le flot humain, stupéfaite que ces gens aillent travailler, stupéfaite que tous aient un travail.
Chaque voyageur avait sa routine pour supporter les désagréments du trajet.
Foncer vers les strapontins qu’il faudrait abandonner deux ou trois stations plus tard. Opter pour une place côté vitre, rester le nez plongé dans un journal gratuit pour oublier les autres, leur bruit, leur présence, leur odeur et ce train. D’autres écoutaient de la musique digitalisée, emmagasinée dans leur téléphone, portant sur la tête d’énormes casques dont la marque claquait comme un étendard. Le plus grand nombre voulaient étirer leur nuit et continuaient de dormir, par intermittence, entre deux stations, entre deux sonneries scélérates de portable.
Viviane n’avait ni intérêt, ni mépris pour ces banlieusards qu’elle regardait sans les voir. Elle laissait son cerveau dériver, rien ne pouvait altérer la douceur de ce petit déjeuner partagé ce matin, en famille.
Un jeune type, coincé entre une grosse dame africaine enturbannée et sa poussette, essaya de croiser son regard. Mauvais comédien, il feignait une pensée profonde, les yeux dérivant du plafond aux vitres du train, pour venir plonger en piqué vers Viviane, espérant capter son attention et obtenir un signe d’encouragement.
Pas la moindre chance, elle appartenait à d’autres.
Lassée de se sentir scrutée, Viviane fit comme tous les voyageurs importunés, elle ferma les yeux. Il lui revint à l’esprit une phrase de Maximilien en amorce d’une page traînant sur le parquet, au pied du bureau. La formule était inhabituelle, selon les critères de la jeune femme, mais résonnait comme une superbe gifle. Elle se la répéta : « Que vienne la tempête, la morale s’effacera. »
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* *
Le jour de son retour à Paris, elle avait contacté Duff. Elle ne connaissait personne d’autre qui accepterait de l’héberger.
La porte de l’appartement n’étant pas fermée à clé, son entrée le prit par surprise. Il se pencha vers l’écran de son ordinateur, pour en cacher la vue à son invitée.
— Hey-hey, dit-il bêtement sans la regarder.
Duff avait vieilli, il avait grossi. Son visage s’était épaissi. Une sérieuse calvitie régnait maintenant sur le haut de son crâne.
Elle le connaissait depuis l’adolescence, il l’avait embrassée après un concert d’électro mais n’avait jamais couché avec elle. Ils étaient restés sans nouvelles l’un de l’autre pendant sept ans, il n’avait pas changé et passait ses après-midi à traquer des images pornographiques sur internet. Il fallait prétendre ne rien remarquer pour ne pas l’embarrasser.
Viviane attendit qu’il referme son ordinateur pour lui parler :
— Désolée pour hier soir.
— Hein ?
— Je pouvais pas t’avertir, mon portable était à plat.
Un petit mensonge plus efficace qu’une part de vérité. S’excuser sans avoir à raconter où elle était cette nuit, ni avec qui. Duff appartenait à son passé, il n’avait pas à connaître son présent.
Duff répondit avec un sourire de gros ours. Il ne s’était pas inquiété.
Il ne s’était même pas demandé pourquoi elle était revenue en France, pourquoi à Saint-Ouen, pourquoi chez lui.
Il était ravi de pouvoir l’héberger. L’avant, l’après, tout cela l’indifférait.
— Tu te sens d’attaque ?
Duff travaillait aux Puces de Saint-Ouen, au marché Malik. Il occupait un périmètre de cinq mètres de long sur un et demi de large, couvert d’un toit en tôle ondulée. Son univers, son gagne-pain. Un demi-stand situé à vingt mètres du boulevard périphérique, en dessous de la rue Jean-Henri Fabre.
Depuis quinze ans il sous-louait cet emplacement contre 2 000 euros, toujours en liquide, versés à l’une des familles régnant sur le Malik depuis les années cinquante. La mairie, disait-on, entretenait un flou dont elle tirait des avantages.
Demain, samedi, était le premier des trois jours par semaine durant lesquels il vendait des cartes postales. Sa clientèle se composait de touristes étrangers. Les Puces de Saint-Ouen se visitaient autant que le Louvre ou le Sacré-Cœur. Ils achetaient des cartes postales ou des posters célébrant la Ville lumière et son élégance impertinente.
La réalité était plus médiocre, mais lorsqu’on a traversé un océan pour faire communion avec la plus belle ville du monde, on achète de petits mensonges sur papier glacé, on évite de regarder le sordide d’une capitale asphyxiée.
Pour les touristes plus jeunes, contraints d’accompagner leurs parents, qui rêvaient de Berlin, de New York ou de Shanghai, Duff proposait un choix exhaustif d’images des chanteurs et groupes du moment. La carte postale de la tour Eiffel habillée de lumière la nuit répondait alors à celle de feu Tupak Shapour encadré de croupes aussi afro-américaines que tendues.
Son stand était un sympathique fourre-tout permettant à Duff de survivre.
En observant la foule traverser le marché des voleurs qui longe le boulevard périphérique avant de s’atomiser dans le Malik, Viviane était persuadée d’avoir eu une excellente idée. Aux Puces, toutes les races se fréquentaient, toutes les classes sociales ou presque cohabitaient. Avec naïveté, elle en conclut que le Malik était le marché idéal pour vendre sa quincaillerie.
Duff n’avait pas eu le courage de lui expliquer qu’elle ne parviendrait pas à fourguer ses ridicules Ganesh aux badauds des Puces. Qui était-il pour lui gâcher ses espoirs ? Il était si content de la revoir.
— Tu vas voir, j’ai une technique mortelle pour convaincre le client, expliqua la jeune femme.
Duff prétexta une envie pressante et fila dans la salle de bains.
Par la fenêtre de la cuisine, dans cet appartement du quinzième étage, porte B de l’immeuble longeant le terrain de sport des écoles de Saint-Ouen, on apercevait, d’un côté, le périphérique et les rues menant au Malik envahies de camions pourris qui apportaient la marchandise chaque week-end, de l’autre, les immeubles d’après-guerre, briques rouges et jardins intérieurs abandonnés, où s’empilaient, dans la haine et le mépris, les retraités sans retraite et les immigrés sans travail. Derrière ces bâtiments, on devinait le murmure des véhicules filant sur les boulevards des Maréchaux qui ceinturent Paris sans la protéger.
Les caves de l’immeuble appartenaient aux jeunes idiots qui y organisaient leurs petits trafics. Viviane avait rapatrié sa marchandise dans l’appartement. Ses Ganesh, empilés contre le mur, face à son lit, la regardaient se déshabiller puis s’endormir.
Installée au fond de son lit, Viviane pensa à ses amoureux.
Cette famille tant aimée s’était simplement absentée quelques semaines. Les choses de la vie avaient fait que le lien d’affection s’était… figé. Ils s’étaient retrouvés. Tout redevenait normal.
Pourtant Viviane leur avait menti.
Un peu.
Par omission.
Elle avait maquillé sa réalité.
Camille et Maximilien étaient aussi bien intentionnés qu’égocentrés. Le reste était périphérique, les problèmes des autres étaient annexes. Viviane savait qu’elle ne devait pas parler de sa fin de saison difficile sur les plages méditerranéennes. Inutile de déballer ses ennuis.
Et puis…
Le sexe était si bon. Amoral et puissant.
Yvan était un enfant charmant et leur maison un nid rassurant.
Pourquoi gâcher le plaisir avec la grisaille de sa vie ?
— Comment tu nous as retrouvés ? avait questionné Camille.
— Maximilien avait mentionné Saint-Fargeau et ton travail à la mairie.
Une réponse approximative sur un ton léger. Camille s’en était satisfaite.
Pister un couple avec comme unique information le nom de leur ville avait été un chemin de croix.
Plusieurs voyages en RER avaient été nécessaires. Chaque fois, elle retournait à Saint-Ouen déçue, jamais découragée. Puis elle eut l’idée de faire le guet devant l’école primaire. Si Yvan la fréquentait, ses parents viendraient le chercher.
Rien de malsain dans son comportement, juste de la détermination, portée par le désir d’être avec eux. Craignant d’être mal comprise, Viviane avait simplifié la réalité.
Votre vie va changer.
Quatre mots. Delgado les avait-il prononcés ? Un petit train obsédant qui motivait Maximilien et le poussait à tout accepter. Un mail évoquait plusieurs dossiers urgents : impact de la fraude sociale sur la diminution de la dette, mutualisation du risque financier au niveau européen et liste des modifications nécessaires du statut d’auto-entrepreneur pour augmenter la recette fiscale.
L’expertise requise pour répondre à ces questions dépassait le cadre des connaissances de Maximilien. Convaincu que ces demandes le rendaient indispensable aux yeux de Delgado, Maximilien lui garantit de fournir un épais dossier.
Il s’enfermait dans son bureau après le dîner. Camille dormait depuis longtemps lorsqu’il la rejoignait.
Homme pressé, tenu par ses obligations, Delgado lui avait proposé de le retrouver à l’Arpège, à deux pas de Matignon. Maximilien avait découvert sur internet que ce restaurant était la cantine de conseillers du Premier ministre et d’un aréopage de journalistes de la télé.
Delgado parlait au téléphone devant le restaurant lorsque Maximilien arriva. Delgado bloqua le micro récepteur de son téléphone :
— Suis désolé, je ne peux pas rester.
Maximilien répondit d’une grimace. Son dîner à l’Arpège s’évaporait. Delgado surveillait l’arrivée des voitures, il sortit une chemise cartonnée de sa mallette.
— Faudrait qu’on parle, nous n’avons jamais le temps de discuter, ‘pas ?
— J’ai toute la soirée.
Delgado laissa glisser et enchaîna :
— Je vous rends le papier concernant les outils de la politique d’austérité. Les paragraphes sur les dangers d’une sortie de l’euro ne sont pas… ils sont trop faibles. J’en ai besoin très vite.
— Vendredi ?
— J’en ai besoin demain. Fin d’après-midi.
Delgado lui confia qu’il dînait ce soir avec le secrétaire général adjoint de l’Élysée. C’était un gage de confiance, une information qu’on ne partageait pas avec n’importe qui.
— Nous marquons des points, nos idées progressent, ajouta-t-il.
Ce nous généraliste l’incluait. Maximilien collaborait presque avec le véritable pouvoir.
— Dorénavant, nous avons l’oreille de ceux qui comptent à l’Élysée. Il veut me parler ce soir. Il m’attend.
Un salut de la main puis Delgado disparut derrière la porte d’entrée du restaurant.
Dans le RER le ramenant, Maximilien interrogea son téléphone pour découvrir la tête et le CV de ce secrétaire général adjoint. Énarque, moins de quarante ans, haut fonctionnaire, dans la politique depuis huit ans.
Du lourd.
Il se promit d’acheter une paire de chaussures semblables à celles que portait Delgado. Des anglaises, élégantes et modernes, avec le lacet sur le côté. Il fallait dorénavant soigner son image.
Camille lui fit signe de la rejoindre dans le salon. Sur l’écran de télévision, Alain Delgado était l’invité d’une émission en différé. Il énumérait les causes du marasme économique et énonçait des solutions à cinq et dix ans. Camille se tourna vers son mari, attendant un complément d’explication.
— Deux points qu’il a mentionnés proviennent de mes rapports.
— Oh chéri…
Elle l’embrassa sur la joue.
Ils firent l’amour avec énergie. L’échange fut silencieux, l’accouplement fougueux. Elle le griffa comme aux premiers jours. Il avait de la vigueur, elle le sentait dans sa façon de l’envahir avec plus d’autorité. Bientôt il obtiendrait de ses pairs la reconnaissance professionnelle qu’il méritait.
La température de son corps baissait après l’amour, la sueur sur son dos et ses cuisses la glaçait, Camille se colla contre son mari. Il lui cala sa main entre les fesses. Elle aimait qu’il aime son derrière.
C’était un jour de semaine, ils n’essayèrent pas de faire l’amour une seconde fois. Fatigués, ils ne parvenaient pas à s’endormir. Camille partagea ses réflexions :
— C’est la première fois depuis deux semaines que nous faisons l’amour.
— Tu veux dire sans la petite ?
— Oui. Juste nous deux.
Impossible de deviner si elle le regrettait ou s’en félicitait. Maximilien resta muet, elle ajouta pour le rassurer :
— C’était très bien.
— Ouais, j’ai bien donné. J’étais chaud ce soir, plaisanta-t-il. Elle tapa du poing contre sa cuisse. Elle n’aimait pas qu’il imite les petits voyous de banlieue.
— Pourquoi tu penses à elle ?
— Comme ça, je sais pas, répondit Camille sans vraiment répondre.
— Elle t’a manqué ce soir ?
— … Un peu.
— Ou beaucoup ?
Elle se tourna vers lui. Elle voulait être certaine de maitriser la phrase qu’elle allait prononcer.
— Elle ne m’a pas manqué cette nuit, nous avons bien baisé… Pourtant, j’ai pensé à elle quand j’ai joui.
Être honnête pouvait coûter cher. Camille guetta la réaction de son mari.
— Tu tiens à elle ?
— Il m’arrive de penser à elle… Souvent.
— Moi aussi, admit Maximilien.
Camille s’était redressée dans le lit. Maximilien avait répondu calmement, il n’était pas question qu’il mente. Il précisa :
— De temps en temps, elle me traverse l’esprit.
— Quand la dernière fois ?
— Ce soir, dans le RER.
— Tu pensais à elle quand tu m’as pénétrée ?
— Non, non… Peut-être au moment de jouir. Oui, quand j’ai joui, comme toi.
Ils s’embrassèrent.
Chez tout autre couple, cette conversation provoquerait une violente dispute, au pire, un divorce.
Partager cette fille validait le lien inébranlable de leur union. Tout était permis, puisqu’ils se parlaient avec l’honnêteté des premiers jours. Ils partageaient tout. Peines, soucis, ambitions, maintenant cette fille.
Camille le caressa, il durcit, elle le dirigea, il se glissa en elle.
Elle n’avait pas envie de faire l’amour, juste de le sentir en elle, elle lui demanda :
— Ça veut dire que je suis amoureuse de Viviane ?
— Peut-être.
— Et toi ?
— Nous l’aimons de la même façon. Comme une possession.
— Oui. Elle nous appartient.
*
* *
Maximilien avait détourné un précepte de la pensée socialiste du XIXe siècle, pour le transformer en mantra lubrique : de chacun selon ses désirs à chacun selon ses plaisirs. Il l’avait répété à Camille qui le répéta lorsqu’elle téléphona à Viviane.
Ils étaient le phalanstère idéal, ils formaient une communauté lubrique et harmonieuse.
Camille était resplendissante. Elle vibrait. De fierté pour son mari, de bonheur pour son fils et de plaisir pour leur amante.
Viviane était ravie de leur rendre service et d’être la baby-sitter les soirs où le couple s’absentait. Elle n’avait jamais refusé. Ils la sonnaient, elle se précipitait au bout de cette ligne de RER, enchantée et aimable.
Lorsqu’ils rentraient d’une soirée, Viviane préparait la douche, elle aimait savonner Camille, parfois Maximilien les rejoignait. Leurs trois corps s’aimantaient, ils s’emboîtaient, l’imagination de l’un répondait à l’envie des autres.
Leur rythme ternaire n’avait rien de bancal.
Viviane était aussi agressive au lit que discrète le restant de la journée. Le matin, elle filait vers la gare, après avoir préparé le petit déjeuner. Jamais elle ne parlait de sa vie en dehors de Saint-Fargeau. Avait-elle une vie ailleurs ? Maximilien et Camille ne lui avaient jamais posé de question puisque ce qui se déroulait en dehors de leur trio ne les intéressait pas.
Viviane avait des attentions délicates. Chaque fois, elle venait avec un petit cadeau pour Yvan ou Camille. N’ayant pas d’argent, elle apportait des cartes postales qu’elle prenait sur le stand de Duff. Le couple mettait la médiocrité de ses cadeaux sur le compte de sa simplicité culturelle.
Elle insistait pour faire la vaisselle, sortir la poubelle et préparer le petit déjeuner. Les attentions de Viviane devinrent la norme.
Viviane se considérait comme un membre de la famille. Un membre adopté qui acceptait sa place, derrière les trois autres. Ils lui avaient ouvert les bras, l’avaient accueillie avec amour. Viviane se sentait bien, cette famille satisfaisait ses besoins d’affection.
Camille appréciait aussi sa présence en dehors de la chambre à coucher.
Maximilien était ravi, pas un coq de basse-cour n’avait connu une telle volupté.
Il entretenait son physique, faisait de la natation, portait des costumes cintrés et les mêmes chaussures anglaises que Delgado.
Leur petit monde était harmonieux, régulé par une loi naturelle, mettant chacun à sa place, selon les pulsions de leurs bas-ventres respectifs.
Il n’existait plus de limite au plaisir, pas de zone rouge à éviter, pas de danger avec lequel ils risquaient de se brûler.
Les semaines s’enquillaient entre labeur et lubricité.
Maximilien aimait ce verbe qui trimballait un relent de sexualité sale, il l’avait adopté, comme antidote aux longues nuits de travail.
*
* *
Camille sortit du métro, remonta la rue Félix-Faure. Elle était en retard, le manque de ponctualité l’horripilait. Elle fut accueillie par une bestiole de douze centimètres de haut, couleur chocolat, des yeux globuleux au milieu d’une minuscule tête surmontée de deux grandes oreilles, l’ensemble rappelant une chauve-souris.
— Vous venez de faire connaissance avec Charlotte, indiqua sa propriétaire.
Charlotte était un chihuahua. Elle pencha la tête de côté et l’accueillit silencieusement.
Camille avait rendez-vous dans cet appartement-boutique de lingerie de luxe. Mise en Cage. Le nom sonnait comme une morsure, du genre de celles qu’infligeait Viviane à la chair tendre des cuisses de son amoureuse.
Une morsure comme un profond baiser.
La propriétaire de Mise en Cage, Florence, avait des airs italiens, florentins évidemment. Son savant chignon donnait de l’aristocratie à ses sourires. Sophistiquée sans être apprêtée, sa voix rassurait.
Une connivence invisible s’invita dans la conversation. À la réflexion, Camille la trouva attirante. Après Viviane, elle était la seconde femme sur laquelle Camille posait un regard sexué.
La responsable culturelle d’une mairie de banlieue aisée devenait-elle une bisexuelle affamée ? La question lui pinçait le bas-ventre.
Camille se dit que Saint-Fargeau était loin de Paris, bien plus loin que la distance nécessaire pour rejoindre la capitale en RER.
— Une envie particulière ? demanda Florence, caressant les flancs de son minuscule chien chocolat.
Les pièces de lingerie les plus belles et les plus rares qu’une femme pouvait porter étaient présentées sur des mannequins sans tête. Le choix glissait entre décadence et avant-garde.
Camille voulait tout acheter. La commerçante tira les rideaux pour séparer sa cliente de la grisaille extérieure.
— Prenez votre temps.
Le rendez-vous dura deux heures. Tout était surprenant d’originalité et de qualité. Charlotte s’installa dans sa niche, soupira et s’endormit.
Camille essaya des soutiens-gorge audacieux qui révélaient plus qu’ils ne contenaient. Elle se glissa, pour la première fois, dans un corset de cuir. La sensation était agréable et gênante, l’habit sadien épousait ses formes en la maintenant fermement. Il y avait quelque chose de trop provocant dans cette silhouette, pensa-t-elle. Elle rougit et se débarrassa du corset.
Une robe-guêpière tenant autant du vêtement que de l’audace d’architecte attira son attention. La pièce était constituée d’une juxtaposition de languettes souples et satinées qui épousaient le corps tout en laissant apercevoir, selon la posture, des bribes de chair. Des attaches permettaient de régler l’ensemble selon les courbes de sa propriétaire. Combinant le noir au rose champagne, cette robe ressemblait à un slogan d’élégance posé sur le corps féminin.
— Cette pièce de lingerie peut aussi bien se porter en soirée.
Camille était le produit de son environnement auquel elle se soumettait. Monsieur Bontieux en charge des problèmes de voirie ou mademoiselle Vinci qui gérait d’une main ferme le budget des aides sociales la trucideraient du regard s’ils la croisaient harnachée de la sorte durant un pot de fin d’année.
La commerçante disparut, lui laissant le temps de s’émanciper.
Camille détailla son reflet. Ce qu’elle vit lui plut.
Main sur la hanche, la croupe bombée, les bras derrière la nuque. La robe se plissait, les languettes la constituant s’entrouvraient, bâillaient. Après chaque pose, Camille était un peu plus conquise.
Camille prit le métro pour rejoindre la gare de Lyon à la pire des heures. Les quais étaient engorgés et les rames prises d’assaut.
À son bras se balançait un large sac crème, estampillé, en lettres dorées serties de noir, du sigle Mise en Cage. Chaque station était une épreuve avec son lot de flux et reflux, un combat pour préserver son espace et surtout protéger son sac.
Elle avait craqué, elle avait acheté la robe noir et champagne, la plus belle, la plus chère. Elle avait choisi une taille plus petite que celle essayée. La commerçante lui en avait fait la remarque, les clientes s’imaginaient parfois pouvoir tricher avec leur corps.
— Ce n’est pas pour moi.
Viviane était plus menue, d’une taille.
*
* *
Camille, en avance pour récupérer Yvan à l’école, téléphona à son mari.
— Tu es seul ? Je peux te parler ?
Maximilien détestait les prémices de mauvaises nouvelles qui se cachaient derrière ces débuts de phrase.
— Le week-end prochain. Du vendredi soir au lundi matin… Juste toi et moi, avec elle.
Maximilien trouva l’idée formidable, Camille saurait aplanir les problèmes d’intendance liés à Yvan.
— Un vrai moment, tous les trois ensemble.
— On fera connaissance, plaisanta-t-il.
— Mais oui, je veux la connaître mieux. Pas seulement faire l’amour en fin de soirée.
Elle voulait s’amuser, sans restriction de temps, sans contingence familiale, sans réserve, sans retenue.
— On va lui faire un beau cadeau, ajouta-t-elle.
Avec une mesquinerie très masculine, Maximilien regrettait les 950 euros dépensés pour cette robe quand un flacon de parfum aurait fait l’affaire. Il garda sa réflexion pour lui-même.
Les deux femmes échangeaient des sms ou de courtes conversations tous les jours. Ces mots aidaient Viviane à supporter les ennuis de la journée. Le temps passé aux Puces était pénible, les badauds l’étaient encore plus et il y avait les petits voleurs de la cité voisine qui considéraient le marché Malik comme leur terrain de jeu. Son travail au stand ne rapportait rien, la vente des Ganesh ne décollait pas. Impossible de demander une aide financière à Duff en plus de l’hébergement qu’il lui procurait.
Le vendredi après-midi était consacré au réassort du stand. Le téléphone sonna.
— Demain et après-demain, jusqu’à lundi matin, avec nous.
Tout était envisageable et accepté d’avance.
Un week-end ? En entier ? Dès demain ?
Folle de joie, Viviane cria dans le téléphone.
— Qui était-ce ?
— Une amie. Je dois la voir.
— Ah ?
— Il le faut.
— C’est important ?
— Oui.
— Plus que de m’aider au stand, comme tu t’étais engagée à le faire ?
— Tu ne peux pas comprendre…
— Te fatigue pas, je crois que j’ai compris.
Elle avait accepté, pour le remercier de l’héberger, de travailler avec lui tous les week-ends. Mais pas ce week-end. Pas si Camille et Maximilien l’invitaient.
Viviane n’avait rien à expliquer. Duff ne pouvait pas comprendre.
— Eh bien tire-toi ! lâcha-t-il en reprenant la mise en place de ses cartes postales.
Tant pis pour lui.
Tant pis pour elle.
Elle connaissait le chemin, après la gare, deux trois rues à traverser, puis le chemin de halage, cette section longeant la Seine qu’elle appréciait tant. Les retours vers Paris étaient moins agréables.
Maximilien ouvrit la porte du jardin.
— Camille est coincée dans la circulation.
Viviane rougit légèrement, Maximilien partageait sa gêne.
Camille avait tout prévu ; elle s’était levée aux aurores, avait déposé son fils à Fontainebleau à temps pour être de retour avant que Viviane ne les rejoigne, mais un semi-remorque accidenté l’avait bloquée à la sortie de la ville.
Maximilien et Viviane s’installèrent dans la cuisine. Depuis qu’ils couchaient ensemble, ils ne s’étaient jamais trouvés seuls et ne savaient pas comment se comporter.
Une fois les banalités d’usage échangées, le bruit des cuillères remuant le sucre dans les tasses à café rythma l’inconfort de la situation.
Viviane évitait de le regarder. Était-elle cette même femme qui, la nuit, l’encourageait en des termes crus à la baiser plus fort ?
Ils n’avaient pas grand-chose à partager, hormis de se lécher le sexe et de se faire jouir mutuellement. Discuter des diverses techniques de pénétration ou des jeux sexuels qui chauffent le sang en l’absence de Camille ressemblait à une trahison. Le tempo du plaisir était ternaire, jamais binaire.
Camille était l’unique sujet de conversation qu’ils s’autorisèrent. Pourquoi était-elle en retard, dans combien de temps arriverait-elle, chacun rappela à l’autre combien Camille était une femme exceptionnelle.
— C’est la plus belle, conclut Viviane.
Maximilien se demanda s’il devait répondre par une formule galante comparant l’éclat de Viviane à celui de sa femme. Son propos serait-il déplacé ou mal interprété ?
Les règles de gestion d’un ménage à trois étaient aussi compliquées qu’une politique de relance de la consommation évitant l’inflation.
Maximilien parla de son fils :
— Yvan était triste de ne pas te voir.
— Il ne revient pas avec Camille ?
— Non… non. Pour le week-end, on sera tranquilles.