Bibliographie Cornélienne Description raisonnée de toutes les éditions des oeuvres de Pierre Corneille

Bibliographie Cornélienne

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 6 parties.

Le Registre de Lagrange nous apprend que Molière en donna trois représentations en 1659: le jeudi 16 mai, avec une recette de 135 livres; le jeudi 19 juin, avec une recette de 153 livres, et le mardi 26 août, avec une recette de 90 livres seulement. Cette dernière soirée, qui ne rapporta que 3 livres à chacun des comédiens, fit abandonner Pompée, que nous ne voyons plus mentionner jusqu'à la fin du registre de Lagrange. Lors des trois représentations que nous venons de citer, ce fut Molière lui-même qui remplit le rôle de César, ainsi que nous l'apprend un passage de l'Impromptu de l'Hostel de Condé (Paris, N. Pépingué, 1664, in-12), cité par M. Marty-Laveaux. Dans cette comédie, Montfleury, relevant les attaques que Molière avait dirigées contre les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne dans l'Impromptu de Versailles, met dans la bouche de ses personnages les vers suivants:

LE MARQUIS.

Cet homme est

admirable,

Et dans tout ce qu'il fait il est inimitable.

ALCIDON.

Il est vray qu'il récite avec[que] beaucoup d'art,

Témoin dedans Pompée alors qu'il fait Cesar. Madame, avez-vous vû dans ces tapisseries

Ces héros de romans?

LA MARQUISE.

Ouy.

LE MARQUIS.

Belles

railleri

es.

ALCIDON.

Il est fait tout de même; il vient le nez au vent,

Les pieds en parentaise, et l'épaule en avant,

Sa perruque qui suit le côté qu'il avance,

Plus pleine de laurier qu'un jambon de Mayence,

Les mains sur les côtez d'un air peu negligé,

La teste sur le dos comme un mulet chargé,

Les yeux fort égarez, puis débitant ses rôles,

D'un hoquet éternel sépare ses paroles,

Et lorsque l'on luy dit: Et commandez icy.

Il répond:

Connoissez-vous Cesar de luy parler ainsi?

Que m'offriroit de pis la Fortune ennemie,

A moy qui tient le Sceptre egal à l'infamie?

Le Manuscrit du Dauphin (voy. n o 9) nous fournit pour la Mort de Pompée, à l'époque de la mort de Corneille, la distribution suivante:

 

DAMOISELLES.

Cornelie: Beauval. Cleopatre: le Comte. Charmion: Raisin.

 

HOMMES.

Ptolomée: Baron. Cesar: Chanmeslé. Antoine: le Comte.

Achorée: la Tuillerie. Photin: Dauvilliers. Achillas: Villiers. Septime: Raisin L. Philippe: Beauval.

Le rôle de Cornélie fut pour Adrienne Lecouvreur, au commencement du dix-huitième siècle, l'occasion d'un grand triomphe; Mlle Clairon, au contraire, déclara qu'elle ne le comprenait pas et refusa de le jouer.

La Mort de Pompée a eu 193 représentations au Théâtre-Français, de 1680 à 1870, savoir: sous Louis XIV: à la ville, 80; à la cour, 9;— sous Louis XV: à la ville, 50; à la cour, 6;—sous Louis XVI: à la ville, 3; à la cour, 9;—sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: à la ville, 28; à la cour, 3;—sous la Restauration, 7;—sous le second Empire, 4. Elle n'a pas été reprise dans ces dernières années.

Vendu: 100 fr., exempl. à relier, Huillard, 1870 (no 594).

L M || || P . || Tragedie. || A Paris, || Chez || Antoine de

Somma- || uille, en la Gallerie des || Merciers, à l'Escu de Frãce. || Au Pa- || lais. || Et || Augustin Courbé || en la mesme Gallerie, à la || Palme. || M. DC. XLIIII [1644]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 12 ff. et 71 pp.

Collation des feuillets prélim.: 1 f. blanc; 1 f. de titre; 3 pp. pour la dédicace à Mazarin, 6 pp. pour le Remercîment à Mazarin (ce Remercîment est accompagné de la traduction latine ex gallico Cornelii, dont nous avons parlé plus haut); 4 pp. pour l'avis Au Lecteur; 2 pp. pour les extraits des auteurs; 5 pp. pour le Privilége et les Acteurs.

Le privilége et l'achevé d'imprimer sont les mêmes que dans l'édition in-4.

Cette édition fait partie du recueil de 1647.

Vendu: 80 f. mar. r. ( o Duru et Chambolle ), Potier, 1870, n 1229. P . || Tragedie. || Par P. Corneille. || A Paris, || Au Palais. ||

Chez || Guillaume de Luyne, dans la Salle des || Merciers sous la montée de la Cour des Aydes || à la Justice. || Estienne Loyson, || au premier Pillier de || la grand'Salle proche les Consultations || au Nom de Jesus. || Pierre Traboüillet, dans la Galerie des || Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune || proche le Greffe des Eaux & Forets. || M. DC. LXXXII [1682]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 66 pp. et 1 f. pour le privilége, sign. A. D.

Édition publiée en vertu du privilége général accordé en 1679 à G. de Luyne et à ses associés. C'est un simple extrait du Théatre de 1682, tiré sur les mêmes formes. L'achevé d'imprimer est du 7 février 1682.

 

XIV

L M , || Comedie. || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, ||

Chez || Antoine de Sommauille, || en la Gallerie des Merciers, || à l'Escu de France. || Au || Palais || Et || Augustin Courbé, en la mesme || Gallerie, à la Palme. || M. DC. XLIV [1644]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 4 ff. prélim., 136 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prél.: titre, avec le fleuron de Laurens Maurry et les initiales L. M.; 3 ff. pour la dédicace et les noms des Acteurs. M. Brunet indique un front. gravé que nous n'avons jamais rencontré.

Le privilége, qui occupe le dernier f., est accordé à Corneille pour la Mort de Pompée et le Menteur, à la date du 22 janvier 1644; il est d'une durée de dix ans. On lit à la fin: Acheué d'imprimer pour la premiere fois, à Roüen, par Laurens Maurry, le dernier d'Octobre 1644. Il n'est pas fait mention de la cession du privilége aux libraires.

Après avoir emprunté aux Espagnols le sujet du Cid, Corneille leur emprunta le sujet de sa première comédie sérieuse. La Verdad sospechosa, qui lui servit de modèle, parut en 1630 sous le nom de Lope de Vega (Parte veynte y dos de las Comedias del Fenix de España, Frey Lope Felix de Vega Carpio; Çaragoça, Pedro Verges, 1630, in-4), mais elle fut revendiquée en 1630, par son véritable auteur, D. Juan de Alarcon. (Parte segunda de las Comedias del licenciado Don Juan Ruyz de Alarcon y Mendoça; Barcelona, Sebastian de Cormellas, 1634, in-4.) C'est de cette pièce, dont on trouvera facilement le texte dans les Comedias escogidas de Don Juan Ruiz de Alarcon y Mendoza; Madrid, Ortega y Compañia, 1826-29, 2 vol. in-8, t. Ier, dans les Comedias escogidas de Don Juan Ruiz de Alarcon; edicion de la real Academia española; Madrid, 1867, 3 vol. in-8, t. IIIe, et dans le Tesoro del Teatro español, desde su orígen hasta nuestros dias, arreglado y dividido en cuatro partes, por D. Eugenio de Ochoa; Paris, Baudry, 1838, 5 vol. in-8, t. IV e, que Corneille a tiré les traits principaux du Menteur; il ne fait point difficulté de le reconnaître, et il ajoute dans l'Examen joint à la comédie en 1660, «qu'il voudrait avoir donné les deux plus belles pièces qu'il ait faites et que ce sujet fût de son invention.» M. Marty-Laveaux a donné place dans son édition de Corneille (t. IV e, pp. 241-273) à une intéressante étude de M. Viguier, sur l'original espagnol et sur l'imitation française. On peut y suivre, scène par scène, les deux comédies, et s'y rendre compte de tous les détails que Corneille a dû modifier, tant pour accommoder son modèle au goût du temps que pour rester fidèle aux règles qu'il s'était prescrites. L'avantage n'est pas toujours pour Corneille, moins libre dans ses allures que l'écrivain espagnol, mais le poëte français l'emporte par la précision et l'élégance. On ne peut donc que négliger des critiques superficielles comme celles d'un auteur allemand, dont M. Viguier a pris la peine de relever les erreurs. Dans un accès de gallophobie, M. Ad. Fréd. de Schack (Geschichte der dramatischen Literatur und Kunst in Spanien; Berlin, 1845-1846, 3 vol. in-8, t. IIe, pp. 430 et 625) a pris plaisir à célébrer les poëtes espagnols aux dépens du Cid et du Menteur, mais toutes ses études sur le théâtre espagnol ne lui ont même pas appris à quelle époque écrivait au juste Diamante!

Le Menteur fut représenté au Marais en 1643. Dans une de ses lettres à Corneille, Balzac, s'il ne témoigne pas encore du succès qu'obtint la nouvelle comédie, semble tout au moins indiquer qu'on en parlait déjà dans le public: «Vous serez Aristophane, quand il vous plaira, lui dit-il, comme vous estes déjà Sophocle (Lettres choisies du sieur de Balzac e ; Paris, 1647, in-8, 2 partie, p. 535, lettre du 10 février 1643; e Œuvres de Corneille , éd. Marty-Laveaux, t. X,

pp. 442 sqq).» Le Registre de Lagrange nous apprend que la troupe de Molière en donna 3 représentations en 1659. Le Menteur occupait alors une soirée à lui seul; mais, le vendredi 14 novembre de cette année, il ne rapporta aux comédiens que 70 livres, soit 3 livres 3 sols pour chacun des membres de la troupe. Il fut dès lors établi qu'il ne suffisait plus pour «faire la recette». Molière, qui jouait volontiers les œuvres de Corneille et qui appréciait sans doute le Menteur, ne renonça pourtant pas à le jouer, mais il l'accompagna d'une seconde pièce: le Cocu imaginaire, l'École des Maris, etc. Le Registre de Lagrange mentionne 18 représentations de 1660 à 1666.

La distribution du Menteur indiquée par le Manuscrit du Dauphin, au commencement de 1685, est la suivante:

 

DAMOISELLES.

Lucresse: Poisson. Clarice: Raisin. Sabine: Beauval. Isabelle: Guiot.

 

HOMMES.

Lisandre [Dorante]: La Grange. Cliton: Poisson. Artabaze [Alcippe]: Brecourt. Philisse [Philiste]: de Villiers. Le Pere [Geronte]: Chanmeslé. Dueliste [Lycas]: Beauval.

Parmi les actrices qui jouèrent e le Menteur , Dangeau ( Journal , t. XI,

p. 306) fait figurer la duchesse du Maine qui, le lundi 21 février 1707, donna, dit-il, à Clagny, une représentation de cette pièce à laquelle assista la duchesse de Bourgogne. Il est vrai que, d'après le Mercure, ce ne serait pas le Menteur, mais les Importuns de Malézieux, que la duchesse du Maine aurait joué à cette occasion.

Les deux artistes qui, de notre temps, se sont le plus distingués dans le rôle du Menteur sont Firmin (m. en 1859) et M. Delaunay.

De 1680 à 1870, la Comédie-Française a donné 616 représentations du Menteur, savoir: sous Louis XIV: à la ville, 169; à la cour, 13;— sous Louis XV: à la ville, 161; à la cour, 15;—sous Louis XVI: à la ville, 28, à la cour, 6;—sous la Révolution: 8;—sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: à la ville, 74, à la cour, 2;—sous la Restauration: 30;—sous Louis-Philippe: 51;—sous la seconde République: 5; sous le second Empire: 54.

Vendu: 30 fr. mar. v. ( o Duru ), Giraud, 1855 (n 1637).

L || M , || Comedie. || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris,

|| Chez || Antoine de Somma- || uille, en la Gallerie || des Merciers, à l'Escu || de France. || Au || Palais || Et || Augustin Courbé, en la mesme Gallerie, || à la Palme. || M. DC. XLIV [1644]. Auec Priuilege du Roy. In-12 de 4 ff. et 91 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour l'Epistre; 1 f. pour le Privilége et les noms des Acteurs. Le privilége, qui n'est rapporté ici que par extrait, est le même que dans l'édition in-4; il est suivi du même achevé d'imprimer.

Cette édition fait partie du recueil de 1647.

L || M , || Comedie. || Par le Sieur Corneille. || A Paris, || Chez

Guillaume de Luyne, au Palais, en la || Gallerie des Merciers, sous la montée de || la Cour des Aydes. || M. DC. LIII [1653]. In-4 de 2 ff et 124 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre; 1 f. pour l'Epistre.

Nous avons vu deux exemplaires tout à fait semblables de cette édition, l'un à la Bibliothèque Cousin, l'autre à la Bibliothèque Mazarine; ils n'ont bien tous deux que 2 ff. prélim., c'est-à-dire qu'ils ne contiennent ni le Privilége ni les Acteurs. Il est vrai que le privilége n'est pas annoncé sur le titre.

L || M , || Comedie. || A Roüen, Et se vend || A Paris, || Chez

Guillaume de Luyne, Libraire Iuré, au Palais, en la Gallerie des Merciers, à la Iustice, [ou Chez Thomas Iolly, au Palais, dans la || petite Salle, à la Palme, & aux Armes de Hollande; ou Chez Loüis Billaine, au second Pillier de la grand Salle du Palais, à la Palme & au grand Cesar]. || M. DC. LXIV [1664]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 2 (?) ff. et 92 pp.

Collation des feuillets prélimin.: titre; 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les Acteurs.

Le privilége, daté de janvier 1653, est donné à Corneille lui-même pour neuf années. Corneille déclare y associer Augustin Courbé et Guillaume de Luyne, et Courbé fait cession de sa part à Thomas Jolly et à Louis Billaine. On lit à la fin: Acheué d'imprimer pour la premiere fois, [en] vertu du present Priuilege, le dernier d'Octobre 1660, à Roüen, par Laurens Maurry.

L'exemplaire de la Bibliothèque Cousin, le seul de cette édition que nous ayons eu entre les mains, n'a que deux feuillets prélim. Il est au nom de Jolly. Nous avons complété l'adresse des autres libraires sur l'édition de o Cinna de 1664 (n 24).

L M , Comedie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais, Chez

Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la Grand'Salle proche les Consultations au Nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII [1682]. Avec Privilege du Roy. In-12.

Nous avons la certitude que cette édition existe, bien qu'elle n'ait pas encore été citée. Elle doit compter 2 ff. et 84 pp. Voy. ci-dessus, no

25.

 

XV

L S || || M , || Comedie. || Imprimé à Roüen, & se vend

|| A Paris, || Chez Antoine de Sommauille, || en la Gallerie des Merciers, || à l'Escu de France. || Au || Palais. || Et || Augustin Courbé, en la mesme || Gallerie, à la Palme. || M. DC. XLV [1645]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 6 ff. et 136 pp.

Collation des feuillets prélim.: titre avec un fleuron représentant une tête coiffée de plumes, de laquelle se détachent des rinceaux et des guirlandes (on remarque les initiales de Laurens Maurry entre les guirlandes); 7 pp. pour l'Epistre; 2 pp. pour le Privilége; 1 p. pour les Acteurs.

Le privilége reproduit in extenso occupe une page et demie. Il est donné à «nostre cher et bien amé le sieur Corneille» pour un espace de cinq ans, à compter du jour que la pièce sera achevée d'imprimer pour la première fois, et porte la date du 5 août 1645. On lit à la fin: Acheué d'imprimer pour la premiere fois à Roüen, par Laurens Maurry, ce dernier Septembre 1645. Il n'est pas fait mention de la cession faite par l'auteur aux libraires.

Le texte est imprimé en caractères italiques avec manchettes aux pp. 14, 24, 68, 99, 101, 102, 128 et 132.

La comédie, présentée par Corneille comme une Suite du Menteur, ne se rattache nullement à cette pièce. Le poëte lui-même nous avertit qu'elle est tirée d'une comédie de Lope de Vega, intitulée: Amar sin saber à quien, qui est très-probablement antérieure à celle d'Alarcon. Les deux ouvrages se trouvent, il est vrai, réunis dans le recueil qu'un libraire de Saragosse donna, en 1630, sous le nom de L. de Vega (Parte veynte y dos de las comedias del Fenix de España, Frey Lope de Vega Carpio; Çaragoça, Vedro Verges, 1630, in-4); mais, en 1635, quelques mois avant la mort de Lope, Luis de Usátegui, son gendre, publia le véritable tome XXIIe des comédies du «Phénix de l'Espagne» où l'on ne retrouve plus la Verdad

sospechosa o , désormais rendue à Alarcon (voy. le n 35). Il est assez vraisemblable que la réunion fortuite des deux comédies dans un même volume aura seule inspiré à Corneille l'idée de les compléter l'une par l'autre. Presque tous les ouvrages qui obtinrent un grand succès au e XVII siècle, à quelque genre qu'ils appartinssent, donnèrent lieu à des suites. On eut la Suite de Don Quichotte, la Suite du Cid, la Suite des Lettres portugaises, etc. Le Menteur ayant réussi à la scène, Corneille aima mieux lui donner une suite que d'en laisser composer une par Chevreau ou par Desfontaines. Il voulut seulement que le public retrouvât dans la pièce nouvelle les principaux personnages du Menteur. Mais, quelque soin que prenne Cliton, dès les premières scènes, d'exposer les incidents qui servent de lien entre les deux pièces, il n'en faut pas moins reconnaître que le caractère de Dorante est singulièrement changé.

La Suite du Menteur fut jouée à la fin de l'année 1643, sur le théâtre du Marais, par les mêmes acteurs que le Menteur. Jodelet lui-même, qui avait contribué au succès de la première pièce, dans le rôle de Cliton, récita le portrait peu flatté que le poëte traçait de lui. Les frères Parfaict ( e Histoire du Théatre François , t. VI, pp. 237 sqq.) et M. Marty-Laveaux (t. IV e, pp. 123 sqq.) nous ont donné quelques détails sur ce comédien qui entra au Marais en 1610 et mourut à la fin de mars 1660, ainsi que nous l'apprend la Muse historique de Loret.

Jodelet divertit le parterre pendant cinquante ans, aussi fut-on surpris de le voir en 1649 et en 1650 prendre une part active à la Fronde. Une mazarinade de 1649 contient le passage suivant:

«Il n'est pas jusque(s) à Jodelet

Qui n'ait en main le pistolet,

Ayant adjoint à sa cabale

Les gens de la Troupe Royale;

Si bien qu'eux tous jusqu'aux Portiers

Ont cuirasse et sont cavaliers,

Tesmoignant bien mieux leur courage

En personne qu'en personnage.»

Le Courrier françois dit encore en 1650:

«L'hostel de Bourgogne ferma.

La trouppe du Marais s'arma.

Jodelet n'eut plus de farine

Dont il put barbouiller sa mine.»

Voy. Choix de Mazarinades, publié par C. Moreau; Paris, 1853, 2 vol. in-8, t. Ier e , p. 300 et t. II, p. 167; voy. aussi la Bibliographie des Mazarinades os du même auteur, n 1080, 1257, 1736.

Malgré les efforts de Jodelet et de ses camarades, la Suite du Menteur échoua; Corneille l'avoue lui-même, dans son Epistre et dans son Examen, sans se rendre bien compte des causes de son insuccès. Sans parler des défauts de la pièce, qui, malgré d'excellentes scènes, n'est pas d'un intérêt véritablement dramatique, on peut dire qu'il est sans exemple dans la littérature que la suite d'un ouvrage ait jamais participé à la vogue que l'auteur se proposait d'exploiter. «Bien que d'abord cette Pièce n'eut pas grande approbation, ajoute Corneille, à la fin de son Examen, quatre ou cinq ans après la Troupe du Marais la remit sur le Théatre avec un succès heureux, mais aucune des Troupes qui courent les Provinces ne s'en est chargée.» Cette reprise dut avoir lieu peu de temps avant que Jodelet se joignît aux frondeurs; ce fut la dernière. Le Registre de Lagrange ne mentionne aucune représentation de la Suite du Menteur; ce n'est qu'au commencement de ce siècle qu'Andrieux essaya les retouches conseillées par Voltaire. La pièce, réduite en 4 actes, fut jouée sur le Théâtre-Français, où elle obtint 7 représentations. Andrieux, mécontent de son ouvrage, la remit en 5 actes et la donna sous cette nouvelle forme sur le Théâtre de

l'Impératrice, l'Odéon actuel (voy. notre chapitre XIV p. 338).

On joua en 1645 une pièce de d'Ouville, dont le titre reproduisait celui de la comédie de Lope de Vega, dont Corneille a tiré la Suite du Menteur: Aymer sans savoir qui (à Paris, chez Cardin Besongne, 1647, in-4). L'analyse que les frères Parfaict ont donnée de cette pièce ( e Histoire du Théatre François , t. VI, pp. 411-415) permet de dire qu'elle n'a aucun rapport avec l'ouvrage espagnol.

Vendu: 40 fr., exempl. à relier, Huillard, 1870 (n o 595);—170 fr., même exempl., Potier, 1870 (n o 1231).

L S || || M , || Comedie. || Imprimé à Roüen, & se vend

|| A Paris, || Chez || Antoine de Somma- || uille en la Gallerie || des Merciers, à l'Escu || de France. || Au || Palais. || Et || Augustin Courbé, || en la mesme Gallerie, || à la Palme. || M. DC. XLV [1645]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff., 93 pp. et 1 f. blanc.

Collation des feuillets prélim.: titre; 7 pp. pour la dédicace; 2 pp. pour le Privilége; 1 p. pour les noms des Acteurs. Le privilége et l'achevé d'imprimer sont les mêmes que dans l'édition in-4.

Cette édition fait partie du recueil de 1647.

L || S || || M , || Comedie. || A Paris, || Chez Toussainct Quinet, || au Palais, dans la petite Salle, sous la montée || de la Cour des Aydes; [ou Chez Antoine de Sommauille, || au Palais, dans la petite salle des Merciers, || à l'Escu de France]. || M. DC. XLVIII [1648]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff. et 93 pp.

La collation est la même que dans l'édition in-12 de 1645, mais les caractères sont plus fins et la justification plus petite (109 mm. sur 56). Le privilége est le même, mais il n'y a pas d'achevé d'imprimer.

Cette édition fut sans doute publiée lors de la reprise, dont parle Corneille à la fin de son Examen. Nous en avons vu des exemplaires à la Bibliothèque Cousin, chez M. L. Potier et à la librairie Techener.

L S M , Comedie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais.

Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la Grand'Salle proche les Consultations au nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII [1682], Avec Privilege du Roy. In-12.

Nous avons la certitude que cette édition existe, bien que nous ne l'ayons pas vue. Elle doit se composer de 2 ff. et 84 pp. Voy. ci-

dessus n o 25.

 

XVI

R || P || P . || Tragedie. || Imprimé à

Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Toussaint Quinet, au Palais, || sous la montée de la Cour des Aydes; [ou Chez Antoine de Sommauille, au Palais, en la || Gallerie des Merciers, à l'Escu de France; ou Chez Augustin Courbé, au Palais, en la || Gallerie des Merciers, à la Palme. || M. DC. XLVII [1647]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 9 ff. et 115 pp.

Collation des feuillets prél.: Figure représentant Rodogune qui empêche Antiochus de prendre la coupe; on lit en haut le titre de la tragédie, avec le nom de Corneille, et en bas ces mots: C. le Brun in., au-dessous desquels se trouve l'indication du lieu de publication: A Paris, Au Palais, Auec Priuilege du Roy, 1647 (cette figure, imprimée sur un f. séparé, manque souvent); 1 f. de titre avec un fleuron portant le monogramme de L. Maurry; 4 ff. pour la dédicace à «Monseigneur Monseigneur le Duc d'Anguien»; 2 ff. pour l'extrait d'Appien; 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les noms des Acteurs.

Le privilége, daté du 17 avril 1646, est donné pour cinq ans à Toussainct Quinet, lequel y associe A. de Sommaville et A. Courbé. L'achevé d'imprimer est du dernier jour de janvier 1647.

Dans certains exemplaires d'un premier tirage, la dernière page est chiffrée par erreur 107.

Dans tous les recueils des œuvres de Corneille, sauf dans la grande édition in-folio de 1663, Rodogune est placée après Théodore, mais il est certain que cette dernière pièce ne fut jouée qu'en 1645, tandis que la première dut l'être dans le courant de l'année 1644. Tous les historiens du théâtre sont unanimes sur ce point. Voltaire a pensé qu'ils se trompaient et que l'ordre chronologique n'avait pas dû être abandonné par Corneille; il a donc reculé la représentation de Rodogune jusqu'en 1646, tandis qu'avec tous les auteurs il a laissé Théodore à l'année 1645. L'ordre dans lequel furent publiées les deux tragédies n'est pas, à notre avis, un motif suffisant pour écarter une tradition universellement admise.

La place occupée par Théodore, dans les éditions de 1647 à 1655, lui fut sans doute donnée en raison de la date à laquelle elle fut publiée. Corneille s'était d'autant plus empressé de la faire imprimer, qu'il espérait que sa Vierge chrétienne, malgré l'échec qu'elle avait subi à Paris, serait bien accueillie sur les théâtres de province, tandis qu'il retarda l'impression de Rodogune pour protéger les droits des comédiens et les siens. Lors de la composition du recueil de 1647, les libraires s'en tinrent à l'ordre dans lequel les pièces avaient été imprimées. Corneille conserva cet ordre, sans y rien changer, jusqu'en 1660, époque à laquelle il se préoccupa de donner une forme définitive aux éditions de ses œuvres. Il mit alors Théodore immédiatement après Pompée, c'est-à-dire avant le Menteur, dans la pensée de la rapprocher de Polyeucte, dont elle était le pendant. La grande édition de 1663 innova sur ce point et rangea toutes les pièces à leur vraie place, y compris Théodore, mais les éditions de 1664 in-8, de 1668 et de 1682 revinrent aux errements antérieurs. A partir de cette époque, il nous paraît facile d'expliquer la transposition faite par Corneille. Les dernières éditions de ses œuvres sont «réglées» à huit pièces par volume; Théodore, étant sa dix-septième pièce, devait naturellement ouvrir le tome III e. Il est naturel de penser que le poëte, qui avait commencé le tome IIe par le e Cid , aura voulu mettre en tête du tome III, une pièce qui eût obtenu un succès incontesté; il choisit Rodogune et relégua Théodore au second plan, à la fin du volume précédent. L'édition in-folio étant réglée à douze pièces par volume, c'est Pompée qui ouvrait la seconde partie, en sorte que Théodore avait pu sans inconvénient y occuper sa vraie place.

Fontenelle prétend que son oncle fut plus d'un an à disposer le sujet de Rodogune. Il en devait l'idée première à un épisode raconté par Appien; mais, l'histoire ne pouvant être mise sur la scène dans toute sa nudité, le récit de Justin, les témoignages du Livre des Machabées et de Josèphe n'étant d'ailleurs pas conformes sur tous les points aux faits rapportés par l'historien grec, Corneille dut tirer de son propre fonds la plus grande partie du poëme. Cet effort d'imagination lui coûta beaucoup de peine et lui inspira pour Rodogune une affection particulière. «On m'a souvent fait une question à la Cour, dit-il dans son Examen, quel étoit celuy de mes Poëmes que j'estimois le plus, et j'ay trouvé tous ceux qui me l'ont faite si prévenus en faveur de Cinna, ou du Cid, que je n'ay jamais osé déclarer toute la tendresse que j'ay toujours eue pour celui-cy, à qui j'aurois volontiers donné mon suffrage, si je n'avois craint de manquer en quelque sorte au respect que je devois à ceux que je voyois pencher d'un autre costé. Cette préférence est peut-estre en moy un effet de ces inclinations aveugles, qu'ont beaucoup de péres pour quelques-uns de leurs enfans, plus que pour les autres: peut-estre y entre-t'il un peu d'amour-propre, en ce que cette Tragédie me semble estre un peu plus à moy, que celles qui l'ont précédée, à cause des incidens surprenans qui sont purement de mon invention, et n'avoient jamais été veus au Théatre; et peut-estre enfin y a-t'il un peu de vray mérite, qui fait que cette inclination n'est pas tout-à-fait injuste.»

Au moment où Corneille achevait de combiner les scènes de sa tragédie, il fut trahi par un de ceux qui avaient reçu ses confidences. Gabriel Gilbert, auteur dramatique médiocre, dont la reine Christine de Suède avait fait son secrétaire, profita de cette indiscrétion et ne craignit pas d'écrire une Rodogune, qu'il fit représenter sous son nom en 1644, quelques mois avant la pièce de Corneille (Rodogune, Tragi-Comedie; à Paris, chez Toussainct Quinet, 1646, in-4). Le plagiaire avait eu connaissance des quatre premiers actes de la vraie Rodogune, qu'il suivit assez fidèlement, mais il fut abandonné à lui-même pour le cinquième, et le misérable dénoûment qu'il imagina suffit pour révéler son larcin. Corneille ne se plaignit même pas de cet abus de confiance qu'il feignit d'ignorer; la supériorité du style était pour lui une vengeance plus que suffisante. D'ailleurs Gilbert, ignorant de quel auteur le sujet était tiré, n'avait pas su à qui appliquer le nom de Rodogune; il l'avait donné par erreur à la reine que Corneille appelle Cléopatre.

Rodogune fut représentée à l'hôtel de Bourgogne; elle fut jouée par Mlle Bellerose, à ce que nous apprend une mazarinade intitulée: Lettre de Bellerose à l'abbé de la Rivière (1649). Plus tard elle passa dans le répertoire courant de la troupe de Molière. Le Registre de Lagrange en mentionne 23 représentations de 1659 à 1680. Les comédiens de l'hôtel de Bourgogne ne cessèrent point pour cela de donner Rodogune, si l'on s'en rapporte à la distribution indiquée par Mouhy, dans son Journal du Théatre François (voy. Marty-Laveaux, t. IVe, pp. 406 sq.). Ce furent très-probablement les acteurs que nomme Mouhy: lle Baron , Villiers , Champmeslé , Lecomte , M de Champmeslé lle lle , M Dupin et M Guiot qui représentèrent la pièce à Versailles en octobre 1676, lors de la reprise qui donna lieu au Remerciement de Corneille. C'étaient les mêmes acteurs qui jouaient Rodogune, au commencement de l'année 1685, ainsi que nous l'apprenons par le Manuscrit du Dauphin (voy. ci-dessus, n o

19). Les indications de ce manuscrit sont d'autant plus importantes qu'elles viennent corroborer le témoignage de Mouhy. Voici la distribution qu'il nous fournit:

 

DAMOISELLES.

Cleopatre: Beauval, ou Dupin. Rodogune: Chanmeslé. Laodice: Guiot.

 

HOMMES.

Antiochus: Baron. Seleuchus: de Villiers, ou le Comte. Timagene: Chanmeslé. Oronte: le Comte.

Parmi les artistes qui ont rempli le rôle de Cléopatre, nous citerons, d'après Lemazurier ( e Galerie des acteurs du Théâtre Français , t. II),

Mlle lle lle Aubert , en 1712; M Lamotte , en 1722; M Balicourt, en 1727; enfin et surtout lle M Dumesnil. Les plus brillantes interprètes de Rodogune lle lle ont été M Gaussin et M Clairon.

Les représentations données par le Théâtre-Français de 1680 à 1870 ont été au nombre de 455, savoir: sous Louis XIV: à la ville, 133; à la cour, 21;—sous Louis XV: à la ville, 135; à la cour, 14;— sous Louis XVI: à la ville, 34; à la cour, 6;—sous la Révolution, 9;— sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: à la ville, 67; à la cour, 3; —sous la Restauration, 18;—sous le second Empire, 15.

R || || P . || Tragedie. || Imprimé à

Roüen, & se vend || à Paris, || Chez Toussaint Quinet, au || Palais, sous la montée de la Cour des Aydes; [ou Chez Antoine de Sommaville, || au Palais, en la Gallerie des Mer- || ciers, à l'Escu de France; ou Chez Augustin Courbé || au Palais, en la Salle des Merciers, || à la Palme]. || M. DC. XLVII [1647]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 10 ff. et 87 pp.

Collation des feuillets prélim.: frontispice gravé portant ces mots dans un cartouche: La Rodogune, Tragedie de M. de Corneille, 1647 (ce frontispice manque à beaucoup d'exemplaires où il est remplacé par 1 f. blanc); 1 f. de titre; 4 ff. de dédicace à Monseigneur le Prince (le vo du dernier est occupé par un simple fleuron); 4 ff. contenant l'extrait d'Appian Alexandrin et les noms des Acteurs.

Nous avons eu sous les yeux deux exemplaires au nom de Quinet, ou le fleuron et la lettre ornée qui précèdent la dédicace étaient différents, tandis qu'ils étaient pour tout le reste absolument conformes.

Le privilége occupe le verso de la p. 87. Il est au nom de Toussainct Quinet, qui déclare y associer Antoine de Sommaville et Augustin Courbé. On lit à la fin: Acheué d'imprimer pour la première fois, le dernier iour de Ianuier 1647.

La Bibliothèque Cousin possède un exemplaire de cette édition au nom de Courbé, avec la date de 1646. Il y a là une faute d'impression évidente, puisque l'achevé d'imprimer porte, comme dans tous les exemplaires, le dernier jour de janvier 1647.

Vendu: 16 fr. mar. r. doublé de mar. bl. ( o Gruel ), Giraud, 1855 (n

1641);—40 fr., exempl. à relier, Catalogue Lefebvre (de Bordeaux), 1875 (n o 56).

R , P , Tragedie. Par P. Corneille. A

Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la Grand'Salle proche les Consultations au Nom de Jesus. Pierre Trabouillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII [1682]. Avec Privilege du Roy. In-12.

Nous avons la certitude que cette édition existe, bien qu'elle n'ait pas encore été citée. Elle doit compter 2 ff. et 68 pp. Voy. ci-dessus n o

25.

 

XVII

T || , || Tragedie ]| chrestienne. || Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Toussainct Quinet, au Palais, sous || la montée de la Cour des Aydes; ou Chez Antoine de Sommauille, au Palais, || en la Gallerie des Merciers, à l'Escu de France; [ou Chez Augustin Courbé, au Palais, en || la Gallerie des Merciers, à la Palme]. || M. DC. XLVI [ou M. DC. XLVII] [1646 ou 1647]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 5 ff. et 128 pp.

Collation des feuillets prélim.: figure représentant la décollation de sainte Théodore; titre avec le fleuron de Laurens Maury et ses initiales L. M.; 5 pp. pour la dédicace à Monsieur L. P. C. B.; 1 p. pour l'Extrait du Privilége et les noms des Acteurs.

Le privilége, daté du 17 avril 1646 (comme le privilége de Rodogune), est accordé pour cinq ans à Toussainct Quinet, qui déclare y associer A. de Sommaville et A. Courbé. L'achevé d'imprimer est du dernier jour d'octobre 1646.

La plupart des exemplaires de cette édition que nous avons vus portent la date de 1647; ce sont ceux dans lesquels nous avons trouvé le frontispice gravé. La Bibliothèque Cousin possède un exemplaire de 1646, sans frontispice avec le nom de Courbé. Un autre exemplaire est porté au Catalogue Pompadour, no 890. Il est possible que la gravure n'ait pas été achevée, lorsque les premiers exemplaires furent mis en vente.

En écrivant Théodore, Corneille espéra renouveler le succès de Polyeucte. Il écrivit Théodore après Polyeucte, comme il avait écrit la Place Royale après la Galerie du Palais, Cinna après Horace, la Suite du Menteur après le Menteur. Il emprunta le sujet de la pièce au De Virginibus de saint Ambroise et crut pouvoir mettre sur la scène une légende presque semblable à celle de sainte Agnès, que les spectateurs naïfs du moyen âge écoutaient avec un recueillement religieux. Nous connaissons un drame provençal du commencement du e XIV siècle, auquel cette dernière sainte donne son nom (Sancta Agnes, provenzalisches geistliches Schauspiel, herausgegeben von Karl Bartsch; Berlin, Weber, 1869, pet. in-8), et dans les premières années du e XVII siècle, Pierre Troterel, seigneur d'Aves, en fit l'héroïne d'une tragédie (Tragédie de Sainte Agnes, par le Sieur d'Aves; Rouen, David du Petit Val, 1615, pet. in-12 de 95 pp.). Personne alors ne trouvait mauvais qu'une partie de l'action se passât dans un lieu de prostitution; mais Corneille avait épuré le goût public, et les spectateurs ne purent supporter le quatrième acte de sa pièce. Jouée, en 1645, par les comédiens du Roi, Théodore n'eut, d'après le Journal du Théatre François, que cinq représentations. Corneille ne put dissimuler son échec: «La representation de cette Tragédie, dit-il dans son Examen, n'a pas eu grand éclat, et sans chercher des couleurs à la justifier, je veux bien ne m'en prendre qu'à ses défauts, et la croire mal faite, puisqu'elle a été mal suivie. J'aurois tort de m'opposer au jugement du Public; il m'a été trop avantageux en d'autres Ouvrages pour le contredire en celui-cy, et si je l'accusois d'erreur ou d'injustice pour Théodore, mon exemple donneroit lieu à tout le monde de soupçonner des mesmes choses les Arrests qu'il a prononcez en ma faveur. Ce n'est pas toutefois sans quelque satisfaction, que je voy la meilleure et la plus saine partie de mes Juges imputer ce mauvais succès à l'idée de la prostitution qu'on n'a pû souffrir, bien qu'on sçeust assez qu'elle n'auroit point d'effet, et que pour en extenuer l'horreur j'aye employé tout ce que l'Art et l'expérience m'ont pû fournir de lumiéres; pouvant dire du quatrieme Acte de cette Pièce que je ne croy pas en avoir fait aucun, où les diverses passions soient ménagées avec plus d'adresse et qui donne plus lieu à faire voir le talent d'un excellent Acteur.» Dans les provinces, les spectateurs étaient moins exigeants qu'à Paris. Après avoir remarqué que la Suite du Menteur n'y fut point donnée, Corneille termine l'Examen de cette pièce par la réflexion suivante: «Le contraire est arrivé de Théodore, que les Troupes de Paris n'y ont point rétablie depuis sa disgrace, mais que celles des Provinces y ont fait assez passablement réüssir.»

Nous avons déjà parlé (voy. le n o 44) du rang assigné à Théodore, dans les diverses éditions collectives que Corneille donna de ses ouvrages. Nous n'avons pu voir d'autre motif à l'interversion qui l'a fait passer avant Rodogune, et même, en 1660, avant le Menteur, que le désir qu'eut le poëte de la rapprocher de Polyeucte et de ne pas mettre en tête d'un volume une pièce qui n'avait pas obtenu un complet succès.

T || , || tragedie chrestienne. || Imprimé

à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Toussainct Quinet, || au Palais, sous la montée de la || Cour des Aydes [ou Chez Antoine de Sommauille, || au Palais, en la Gallerie des Merciers, || à l'Escu de France; ou Chez Augustin Courbé, || au Palais, en la Gallerie des || Merciers, à la Palme]. || M. DC. XLVI [1646]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 4 ff., 82 pp. et 1 f. blanc.

Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour la dédicace à Monsieur L. P. C. B.; 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les noms des Acteurs.

Le privilége, daté du 17 avril 1646, est accordé pour cinq ans à Toussainct Quinet, qui déclare y associer Antoine de Sommaville et Augustin Courbé. L'achevé d'imprimer pour la première fois est du dernier jour d'octobre 1646.

Cette édition fait partie du recueil de 1647.

La Bibliothèque Cousin possède un exemplaire au nom de Courbé, avec la date de 1647, qui ne présente d'ailleurs aucune différence avec les exemplaires datés de 1646.

Vendu: 20 fr., mar. r. doublé de mar. bl. ( o Gruel ), Giraud, 1855 (n

1639);—75 fr., mar. r. ( o Duru et Chambolle ), Potier, 1870 (n 1230).

T , Tragedie chrestienne. Par P.

Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la Grand'Salle proche les Consultations au Nom de Jesus. Pierre Trabouillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII [1682]. Avec Privilege du Roy. In-12.

Cette édition doit se composer de 2 ff. et 76 pp.

Vendu: 6 fr. mar. v. ( o Duru ), Giraud, 1855 (n 1640).

 

XVIII

H || || 'O , || Tragedie, || Imprimé à Roüen,

& se vend || A Paris, || Chez Toussainct Quinet, au Palais, || sous la montée de la Cour des Aydes; [ou Chez Antoine de Sommauille, au Palais, || en la Gallerie des Merciers, à l'Escu de France; ou Chez Augustin Courbé, au Palais, || en la Gallerie des Merciers, à la Palme]. || M. DC. XLVII [1647]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 6 ff., 126 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prélim.: 1 f. de titre avec un fleuron, au monogramme de L. Maurry; 3 ff. pour la dédicace A Monseigneur Seguier, Chancelier de France; 2 ff. pour l'avis Au Lecteur et les noms des Acteurs.

Le privilége, dont le texte remplit le dernier f., est accordé pour cinq ans à T. Quinet, à la date du 17 avril 1647, et Quinet déclare y associer A. de Sommaville et A. Courbé. L'achevé d'imprimer est du 28 juin 1647.

Les libraires associés pour la publication de la pièce eurent un procès dont Scarron (éd. de 1786, t. VIIe, p. 56) nous a conservé le souvenir dans les vers suivants, que M. Marty-Laveaux a relevés:

Si l'on ne payoit point les Muses,

Elles deviendroient bien camuses;

On ne feroit plus rogatums,

On n'imprimeroit que factums;

Courbé, Quinet et Sommaville

Finiroient leur guerre civile,

Et ne s'entre-plaideroient plus

Pour Cassandre et l'Heraclius.

Dans le procès intenté par Quinet à ses deux associés Sommaville et Courbé, Corneille, croyons-nous, donna raison aux derniers. Leurs deux noms figurent, en 1648, sur une édition de o Polyeucte (n

28), tandis qu'on n'y voit pas celui de Quinet. Du reste la brouille ne fut pas de longue durée. Courbé ayant obtenu, en 1648, un privilége pour les pièces de Corneille, y associa Sommaville et Quinet. Leur entente est constatée par le recueil de 1648, dont l'achevé

d'imprimer est du 31 septembre. (Voy. notre chapitre III.)

Héraclius fut représenté à l'hôtel de Bourgogne vers la fin de l'année 1646. Nous adoptons cette date et non celle de 1647 que nous fournissent les historiens du théâtre, parce que le passage du Déniaisé de Gillet de la Tessonnerie, que cite M. Marty-Laveaux (t. V, p. 117), nous paraît tout à fait concluant. Dans cette comédie figurent deux amants qui se vantent tour-à-tour de leur galanterie pour leur belle:

J'ay fait voir à Daphnis dix fois Heraclius, —Moy, vingt fois Themistocle et peut-estre encor

plus.

Le privilége du Déniaisé est daté du 9 mars 1647. Si l'on tient compte du temps nécessaire pour l'obtention des lettres royales; si l'on réfléchit que les acteurs ne jouaient alors que trois fois par semaine, et qu'une pièce ne pouvait avoir plus de dix représentations en un mois; si enfin l'on admet que la Tessonnerie ne put composer et faire jouer sa pièce en moins d'un mois, on est forcé de placer Héraclius avant la fin de l'année 1646. Corneille lui-même nous fournit un argument à l'appui de cette opinion. Dans l'avis au lecteur qui précède Rodogune (dont l'achevé d'imprimer est du 31 janvier 1647), il dit que cette tragédie n'est pas la seule où il ait pris de la liberté avec l'histoire, et il ajoute: «Je l'ay poussée encore plus loin dans Heraclius que je viens de mettre sur le théatre.» Cette phrase, écrite au commencement de l'année 1647, se rapportait sans doute à un événement antérieur de quelques semaines.

Corneille composa Héraclius en combinant plusieurs passages des Annales ecclesiastici de Baronius. «Cette Tragédie, nous dit-il dans son Examen, a encore plus d'effort d'invention que celle de Rodogune, et je puis dire que c'est un heureux Original, dont il s'est fait beaucoup de belles copies, si-tost qu'il a paru.» Malgré la netteté de cette déclaration faite par un homme dont on connaît la franchise, quelques critiques du commencement du e XVIII siècle s'avisèrent de rechercher une comédie de Calderon intitulée: En esta vida todo es verdad y todo mentira, qui présente dans certains passages de frappantes analogies avec Héraclius, et prétendirent que le poëte français avait emprunté sa pièce à l'Espagne. Cette assertion fut avancée assez à la légère dans le Mercure de 1724, mais démentie par le savant jésuite Tournemine, dont Jolly reproduisit les observations dans l'Avertissement des Œuvres de Corneille, publiées par lui en 1738. Quelque incroyables que fussent les accusations de plagiat portées contre Corneille, Voltaire n'hésita pas à les reprendre, mais ne trouva pour les soutenir que les plus détestables raisons. Corneille n'emprunta rien à Calderon; ce fut au contraire l'auteur espagnol qui fit entrer des fragments de la pièce de Corneille dans une conception presque insensée. Sa comédie de Todo es verdad y todo mentira, ne fut publiée que 17 ans après Héraclius (Tercera Parte de las Comedias de D. Pedro Calderon de la Barca; Madrid, por Domingo Garcia Morràs, 1664, in-4 de 6 ff. non chiff. et 272 ff. chiff.); c'est ce que M. Viguier (Anecdotes littéraires sur Pierre Corneille; Rouen, 1846, in-8, pp. 13 sqq., et Œuvres de Corneille e , éd. Marty-Laveaux, t. V, pp. 122 sqq.), a démontré d'une manière irréfragable. Il faut toute la passion d'un «Franzosenfresser» comme M. de Schack (Geschichte der dramatischen Literatur und Kunst in Spanien e , t. III, p. 177; Nachtrag, p. 104), ou toute l'ardeur castillane d'un poëte comme M. Harzenbusch, qui fait de la question une question d'amour-propre national, pour accuser Corneille d'un plagiat commis au contraire à son détriment.

Au dire de Corneille, le poëme d'Héraclius «est si embarrassé, qu'il demande une merveilleuse attention. J'ay veu, ajoute-t-il, de fort bons esprits, et des personnes des plus qualifiées de la Cour, se plaindre de ce que sa représentation fatiguoit autant l'esprit qu'une étude sérieuse. Elle n'a pas laissé de plaire, mais je croy qu'il l'a fallu voir plus d'une fois, pour en remporter une entière intelligence.» La troupe de Molière donna plus tard Héraclius, comme la plupart des autres pièces de Corneille. Le Registre de Lagrange en mentionne 14 représentations de 1659 à 1680, dont 7 pour la seule année 1661. D'après une tradition recueillie dans l'édition de la Bruyère, donnée par Coste en 1731 (t. Ier, p. 3), Molière «réussit si mal la première fois qu'il parut à la tragédie d'Héraclius, dont il faisoit le principal personnage, qu'on lui jeta des pommes cuites qui se vendoient à la porte, et il fut obligé de quitter». Peut-être la malheureuse représentation où Molière subit cet affront est-elle celle que Lagrange cite à la date du samedi 18 mai 1659, avec une recette de 72 livres. Molière n'avait pour sa part que 3 livres!

Continuer : partie 4 sur 6