Bibliographie Cornélienne Description raisonnée de toutes les éditions des oeuvres de Pierre Corneille
Bibliographie Cornélienne
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 6 parties.
Robinet nous raconte, dans sa er Lettre en vers à Madame , du 1
décembre 1668, une représentation d'Héraclius donnée chez Monsieur:
Lundy, les Altesses Royales,
En l'une de leurs grandes Sales,
Où tout brilloit tant que rien plus,
Veirent le grand Héraclius, L'un des beaux fruits des doctes Veilles
Du digne Aîné des deux Corneilles,
Qu'avec un honneur non tel quel,
Jouërent Messieurs de l'Hôtel.
Au commencement de l'année 1685, Héraclius était distribué de la manière suivante:
DAMOISELLES.
Pulcherie: Chanmeslé.
Léontine: Beauval, ou Dupin. Eudoxe: Poisson.
HOMMES.
Héraclius: Baron, ou Dauvilliers. Marsian: Dauvilliers, ou le Comte. Phocas: Chanmeslé. Crispe: Hubert, ou le Comte. Octavian: Raisin L. Amintas: Beauval.
De 1680 à 1870, le Théâtre-Français a donné 305 représentations d'Héraclius, savoir: sous Louis XIV; à la ville, 60; à la cour, 4;—sous Louis XV; à la ville, 137; à la cour, 17;—sous Louis XVI; à la ville, 18; à la cour, 6;—sous la Révolution: 5;—sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: à la ville, 40; à la cour, 2;—sous la Restauration: 13;— sous le second Empire: 3.
H || E || 'O , || Tragedie. || Imprimé à Roüen,
& se vend || A Paris, || Chez Toussainct Quinet, au Palais, sous la montée de la || Cour des Aydes; [ou Chez Antoine de Sommauille, || au Palais, en la gallerie des Merciers, || à l'Escu de France; ou Chez Augustin Courbé, au Palais, en la Gallerie des Merciers, à la Palme]. || M. DC. XLVII [1647]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff., 93 pp. et 1 f.
Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour la dédicace; 3 ff. pour l'avis Au Lecteur et les Acteurs.
Le privilége est le même que dans l'édition in-4 qui précède. Il se termine par la même mention et le même achevé d'imprimer.
Cette édition dut paraître peu de temps après l'édition in-4. Dans la lettre citée ci-dessus, Conrart dit à Félibien, à la date du 16 août 1647: «Je tiendray le petit Heraclius tout prest pour vous l'envoyer par la premiere commodité d'amy qui se présentera.»
Vendu: 21 fr. mar. bl. doublé de mar. r. ( o Gruel ), Giraud, 1855 (n
1642);—40 fr., exempl. à relier, Catalogue Lefebvre (de Bordeaux), 1875 (n o 57).
H || E || 'O , || Tragedie. || A Paris, || Chez
Guillaume de Luine, au Palais, sous || la montée de la Cour des Aydes. || M. DC. LII. [1652]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff., 82 pp. et 1 f.
Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour la dédicace; 3 ff. pour l'avis Au Lecteur et les noms des Acteurs.
Cette édition est imprimée en petits caractères très-nets; la justification est de 104 mm. sur 58, tandis que l'édition de 1647 a 111 mm. sur 58. Il existe des exemplaires de l'édition de Guillaume de Luine, avec la date de 1653. Nous avons pu nous convaincre à la Bibliothèque Cousin, où nous avons trouvé un exemplaire sous chacune des deux dates, que les deux catégories d'exemplaires appartiennent à une seule et même édition.
H E 'O , Tragedie. Par P. Corneille. A Paris,
Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers, sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la Grand'Salle proche les Consultations au Nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII [1682]. Avec Privilege du Roy. In-12.
Cette édition doit se composer de 2 ff., 72 pp. et 1 f. blanc.
Voy. la note du no 25.
XIX
D T || 'A , || Représentée sur le Theatre || Royal de Bourbon. || Contenant l'ordre des Scénes, la descri || ption des Theatres & des Machines, || & les paroles qui se chantent || en Musique. || Imprimé à Roüen, aux despens de l'Autheur. || M. DC. L. [1650]. || Auec Priuilege du Roy. || Et se vend à Paris, chez Augustin Courbé, || Imprimeur & Libraire ordinaire de M. le Duc || d'Orleans, au Palais, à la Palme. In-8 de 68 pp., y compris le titre.
Au verso du titre, se trouve l'extrait du privilége accordé à Corneille, pour cinq ans, à la date du 12 octobre 1649. L'achevé d'imprimer est du 3 mars 1650.
Mazarin, qui avait apporté d'Italie le goût de l'opéra et des représentations à grand spectacle, fit jouer, pendant le carnaval de 1647, un ballet italien intitulé Orphée (Orphée, Tragi-Comedie en Musique en Vers Italiens, représentée devant Leurs Majestés; Paris, Sebastien Cramoisy, 1647, in-4 de 29 pp.). Malgré les splendeurs de la mise en scène, ce ballet n'eut qu'un médiocre succès, que Renaudot, le rédacteur de la Gazette, ne parvint pas à grandir. Les spectateurs ne comprirent pas les vers italiens, ou, s'ils les comprirent, ne purent qu'en déplorer la faiblesse. Mazarin, pour faire mieux goûter par le public le genre de fêtes qui lui plaisait, eut alors l'idée de monter un opéra français, dont les vers fussent écrits par le plus grand poëte de l'époque; il désigna Corneille pour le composer. Le poëte n'eut pas le choix du sujet, qui lui fut probablement imposé par le cardinal. Il s'agissait d'utiliser les décorations et les machines exécutées sous la direction de l'Italien Torelli, pour le ballet d'Orphée, et l'on ne pouvait mettre sur la scène qu'un grand spectacle mythologique.
Le sujet d'Andromède avait été traité plusieurs fois déjà par les faiseurs d'opéras italiens (Andromeda, Tragicomedia boscareccia di Diomisso Guazzoni, [Cremonese]; in Venetia, per Domenico Imberti, 1587 et 1599 in-12;—Andromeda, Tragicomedia per Musica [poesia di Ridolfo Campeggi, Bolognese, musica di Girolamo Giacobbi, maestro di capella di S. Petronio]; in Bologna, per Bartolommeo Cecchi, 1610, in-12;—Andromeda, Dramma per Musica rappresentato nel Teatro di S. Cassiano di Venezia l'anno 1637, [poesia di Benedetto Ferrari, di Reggio di Modena, musica di Francesco Manelli, di Tivoli]; in Venezia, per Antonio Bariletto, 1637, in-12;—Andromeda, Festa teatrale [di Ascanio Pio di Savoja]; in Ferrara, 1639, in-fol., figg.); nul doute que Corneille n'ait eu entre les mains sinon toutes ces compositions, au moins les plus récentes, et qu'il ne s'en soit inspiré.
La musique d'Andromède fut écrite non pas, comme l'a cru Voltaire, par le compositeur Boesset, ou Boissette, mais par le poëte burlesque Dassoucy, qui, dans un fragment de recueil placé à la suite d'un exemplaire de ses Rimes redoublées que possède la Bibliothèque de l'Arsenal, dit expressément: «C'est moy qui ay donné l'âme à l'Andromede de M. de Corneille.» Ce passage a été relevé, pour la première fois, par M. Paul Lacroix (la Jeunesse de Molière, p. 173), et M. Fournier (Notes sur Corneille, p. xc) en a rapproché avec beaucoup de raison le sonnet adressé par Corneille à Dassoucy sur son Ovide en belle humeur, sonnet qui fut écrit en 1650, l'année même de la représentation d'Andromède.
L'hypothèse des deux savants que nous venons de citer est maintenant une certitude. Dassoucy a fait imprimer des Airs à quatre parties (Paris, Robert Ballard, 1653, très-pet. in-8 obl.), qui contiennent deux fragments d'Andromède, un morceau du Prologue: Cieux, escoutez, escoutez, Mers profondes, et un morceau de l'acte quatrième: Vivez heureux amants. Ce petit recueil est d'autant plus intéressant qu'il contient quelques vers de Corneille à Dassoucy, qui ont échappé à tous les éditeurs. Nous les reproduirons dans notre chapitre V e.
Corneille se mit à l'œuvre en 1647, assisté de Dassoucy et de Torelli. Une maladie du roi et les pieuses exhortations de Vincent de Paul retardèrent la représentation, qui devait avoir lieu pendant le carnaval de 1648. Dans une lettre datée du 20 décembre 1647, Conrart nous donne à ce sujet de curieux détails. «On préparoit, dit-il, force machines au palais Cardinal, pour représenter à ce carnaval une comedie en musique dont M. Corneille a fait les paroles. Il avoit pris Andromede pour sujet, et je crois qu'il l'eust mieux traité à nostre mode que les Italiens; mais depuis la guerison du Roy, M. Vincent a degousté la Reine de ces divertissemens, de sorte que tous les ouvrages ont cessé (Lettres familieres de M. Conrart à M. Felibien; Paris, Barbin, 1681, in-12, pp. 110 sq.).» Ce témoignage est confirmé par un passage de Dubuisson-Aubenay, emprunté par M. Marty-Laveaux (t. V e, pp. 247 sq.) à un manuscrit de la Bibliothèque Mazarine. «L'affaire de la comedie françoise d'Andromede, dit-il entre le 2 et le 8 janvier 1648, pour l'avancement de laquelle le sieur Corneille avoit receu 2400 livres, et le sieur Torelli, gouverneur des machines de la piece d'Orphée, ajustandes à celle-cy, plus de 1200 livres, a été derechef rompue ou intermise, apres avoir été nagueres remise sus.»
Les théâtres furent fermés pendant la Fronde, et la représentation d'Andromède fut encore ajournée. Le 18 août 1649, le roi revint à Paris; mais plusieurs mois s'écoulèrent avant que la cour pût se donner le divertissement d'un grand opéra. Ce n'est que vers la fin de janvier 1650 que les comédiens du Petit-Bourbon donnèrent la pièce de Corneille. Le succès en fut très-grand, et Renaudot en fit un long et pompeux éloge dans un extraordinaire de la Gazette daté du 18 février 1650.
Nous parlerons à l'article suivant d'une distribution d'Andromède indiquée à la main dans un exemplaire de la pièce qui a fait partie de la bibliothèque de M. de Soleinne. Il paraît certain que les chanteurs, quels qu'ils fussent, se faisaient remplacer sur la scène par de simples comparses. On lit dans le registre de Lagrange, à propos de la représentation de Psyché (1671): «Jusques icy les Musiciens et Musiciennes n'avoient point voulu paroistre en public. Ils chantoient à la comédie dans des loges grillées et treillissées. Mais on surmonta cet obstacle et avec quelque legere despance on trouva des personnes qui chanterent sur le theastre á visage descouvert habillées comme les comediens.»
Certains passages d'Andromède devinrent populaires, soit à cause des paroles, soit à cause de la musique. Ainsi l'on trouve dans le Nouveau Recueil de Chansons et Airs de cour pour se divertir agréablement (A Paris, chez Marin Leché, 1656, in-12, pp. 51 sq.) l'Air chanté aux grandes Machines d'Andromede à la gloire de nostre Monarque:
Cieux, escoutez; escoutez, Mers profondes,
Et vous, Antres et Bois, bis.
Affreux deserts, rochers battus des ondes, etc.
(Vers 75 à 89 d'Andromède.)
Le Dessein de la Tragedie, simple programme à l'usage des spectateurs, qui, nous le voyons par les premiers mots du texte, fut rédigé par Corneille lui-même, témoigne à lui seul du grand succès de l'opéra. Le 18 février, Renaudot parlait de personnes qui avaient vu jouer cet ouvrage dix ou douze fois; or ce n'est que le 3 mars suivant que s'achève l'impression du programme destiné certainement à faciliter au public l'intelligence des représentations ultérieures. Cela permet de supposer que la pièce, interrompue par le carême, dût être reprise après Pâques.
A || tragedie. || Representée auec les Machines || sur le
Theatre Royal || de Bourbon. || A Roüen, || Chez Laurens Maurry, prés le Palais. || M. DC. LI. [1651]. || Auec Priuilege du Roy. || Et se vendent A Paris, || Chez Charles de Sercy, au Palais, || dans la Salle Dauphine, à la bonne || Foy Couronnée. In-12 de 8 ff. prélim. et 92 pp., y compris 1 f. pour le privilége.
Les ff. prélim. comprennent: 1 f. blanc et 1 f. de titre, puis 6 ff. signés à pour la dédicace à M. M. M. M., l'Argument, les noms des Acteurs et la Decoration du Prologue.
Le privilége, accordé à Corneille, pour «deux pièces de théâtre, l'une intitulée Andromede et l'autre D. Sanche d'Arragon,» est daté du 11 avril 1650 et garantit sa propriété pendant dix ans. L'achevé d'imprimer est du 13 août 1650.
Vendu: 52 fr. vél., Catalogue Lefebvre (de Bordeaux), 1875, no 59.
A || Tragedie. || Représentée auec les Maschines sur le ||
Theatre Royal de Bourbon. || A Roüen, || Chez Laurrens Maurry, prés le Palais. || Auec Priuilege du Roy. || M. DC. LI. [1651]. || Et se vendent A Paris, || Chez Charles de Sercy, au Palais, dans la Salle || Dauphine, à la bonne Foy Couronnée. In-4 de 6 ff. et 123 pp., plus 6 grandes figures pliées.
Collation des feuillets prélim.: frontispice gravé représentant une scène du 1 er acte, et portant le titre de la pièce avec le monogramme de François Chauveau; titre imprimé; 3 pp. pour la dédicace à M. M. M. M.; 3 pp. pour l'argument; 1 f. pour le nom des Acteurs et la Décoration du Prologue.
Corneille avoue à la fin de l'Argument que cette pièce n'est que pour les yeux; c'est assez dire que les figures ont une grande importance.
Ces cinq figures sont doubles et doivent être montées sur onglet. La première, qui se place avant le prologue, représente une grotte percée à jour par la mer; les premiers plans sont occupés par des arbres et des rochers; au-dessus de la grotte paraissent, à gauche du théâtre, Melpomène, la muse de la tragédie, et, à droite, le soleil traîné dans un char à quatre chevaux.
La deuxième figure précède l'acte 1er; on y voit l'apparition de Vénus, au-dessus des palais somptueux qui ornent la capitale du royaume de Céphée. Les personnages se prosternent devant la déesse. Les hommes portent un costume de fantaisie assez voisin des costumes de parade en usage sous Louis XIV; quant aux femmes, leur habillement est tout moderne.
La troisième figure, qui manque à la plupart des exemplaires que nous avons vus, représente le «jardin délicieux» où se passe le second acte. On y voit de chaque côté des «vases de marbre blanc qui portent alternativement, les uns des statues d'où sortent autant de jets d'eau, les autres des myrthes, des jasmins, et d'autres arbres de cette nature». Les acteurs, qui occupent la scène, contemplent avec étonnement les zéphyrs qui apparaissent dans les nuages.
La quatrième figure précède le 3 e acte. Elle représente Andromède attachée aux rochers en habit de noce et sur le point d'être dévorée par le monstre, lorsque Persée apparaît dans les airs monté sur Pégase. Sur le devant de la scène est ménagé un coin du rivage, où se tiennent Cassiope, Timante et le Chœur, vivement émus à la vue de cette scène prodigieuse.
La cinquième figure, placée en tête du 4e acte, nous montre une cour magnifique entourée de portiques et de statues. Junon, portée dans un char que traînent deux vastes paons, apparaît dans les airs aux regards étonnés de Phinée et d'Ammon.
La sixième figure, qui précède le 5 e acte, représente la cour d'un temple, décoré de colonnes couplées, dont les bases sont ornées de bas-reliefs. Dans les nuages apparaissent Jupiter et Neptune, et les personnages tombent encore une fois en adoration devant les dieux.
Les six figures portent le n o de la page à laquelle elles correspondent. Celle du Prologue est signée: Giacomo Torelli jnu., Berdot de Montbelliard pinx.; Fr. Chauueau fe.; les trois figures suivantes ne sont pas signées; la cinquième porte en toutes lettres le nom de Chauveau, la sixième n'a que ses initiales. Les figures sont d'un format double de celui du livre; elles doivent en conséquence être repliées.
La plupart des exemplaires que nous avons eus entre les mains sont incomplets d'une ou deux figures; presque toujours aussi les figures ont été atteintes par le couteau du relieur, en sorte que les chiffres qui renvoient aux pages de l'édition ont disparu. Un accident de ce genre était arrivé à l'exemplaire que M. Marty-Laveaux a collationné et lui a fait croire (t. Ve, p. 253) que les figures avaient été gravées pour être vendues séparément. Nous donnons notre description d'après un exemplaire qui appartient à M. le baron James de Rothschild.
Comme le remarque M. Marty-Laveaux, les décorations de Torelli montrent une grande magnificence, mais elles manquent de variété. On y retrouve toujours la forme des coulisses, au lieu d'y admirer les effets imprévus que savent produire les artistes modernes. Ajoutons que les apparitions qui terminent les cinq actes, et la manière dont tous les acteurs se prosternent, nous paraîtraient aujourd'hui fastidieuses.
Le Registre de Lagrange nous apprend ce que devint l'œuvre de Torelli, qui avait tant excité l'admiration du public. En 1660, le théâtre du Petit-Bourbon fut démoli; les comédiens obtinrent à grand'peine un autre asile. Ils demandèrent la faveur d'emporter pour leur nouvel établissement du Palais-Royal les loges et les autres choses nécessaires, «ce qui fust accordé, sous réserve des décorations que le sr de Vigarani, machiniste du Roy, nouvellement arrivé à Paris, se réserva sous prétexte de les faire servir au pallais des Tuilleries, mais il les fist brusler jusques à la dernière, affin qu'il ne restât rien de l'invention de son prédécesseur, qui étoit le sr Torelli, dont il vouloit ensevelir la mémoire.»
Le privilége, daté du 12 mars 1651, se trouve au verso de la p. 123. Il y est dit que: «Nostre cher et bien amé le sieur Corneille, Nous a fait remonstrer, qu'il a cy-devant donné au Public diverses pieces de théatre qui ont esté receuës avec succez, et qu'il est sollicité d'en mettre maintenant au jour quatre nouvelles intitulées, Andromede, le Feint Astrologue, et les Engagemens du hazard; ce qu'il ne peut faire sans avoir nos Lettres de permission sur ce necessaires... etc.» Le privilége lui est accordé pour dix ans, «à condition qu'il sera mis deux Exemplaires de chaque volume, qui sera imprimé en vertu des presentes, en nostre Bibliotheque publique, et un en celle de nostre tres-cher et feal le Sieur marquis de Chasteauneuf Chevalier, Garde-des-Seaux de France.»
Ainsi Corneille demande et obtient sous son nom le privilége nécessaire à l'impression de deux des pièces de son frère; le Feint Astrologue et les Engagements du hazard. On ne peut croire qu'il y ait là une confusion involontaire; le libellé du privilége ne permet pas de le supposer. Il est probable que Thomas Corneille aura voulu, grâce à cette innocente supercherie, obtenir pour ses pièces les conditions exceptionnellement favorables auxquelles la grande réputation de son frère pouvait seule prétendre. Nous trouvons une confusion semblable dans le privilége de Pertharite.
L'obligation imposée au titulaire du privilége de déposer deux exemplaires de chaque impression de son ouvrage dans la bibliothèque du Roi et un dans celle du Garde des sceaux est un détail intéressant pour l'histoire du dépôt légal; elle se retrouve dans plusieurs autres priviléges accordés à Corneille.
Le privilége ne fait aucune mention des libraires cessionnaires; l'achevé d'imprimer est du 13 août 1651.
On sera frappé de ce que l'édition in-4 o n'ait pas été imprimée en vertu du privilége du 12 octobre 1649, spécial au Dessein de la Tragédie d'Andromede, ni même en vertu de celui du 11 avril 1650 déjà relatif à Andromède; il est à croire que l'auteur et le libraire Charles de Sercy ayant entrepris de faire graver à grands frais des figures pour l'édition in-4o auront voulu obtenir un privilége qui garantît leurs droits pendant une année de plus. L'exécution des planches dut aussi retarder la publication de cette édition, postérieure d'un an à l'édition in-12.
M. Marty-Laveaux (t. Ve, pp. 257 et 313) a supposé que l'achevé d'imprimer du 13 août 1650, qui se trouve à la fin d'Andromède dans le recueil de 1654, était une faute d'impression. Il n'a pas remarqué que la même date se trouvait à la fin de l'édition in-12 de 1651; la différence des priviléges suffirait au besoin pour déterminer l'ordre dans lequel les deux éditions doivent être classées et ne permet pas de supposer une erreur de date dans les achevés d'imprimer.
On trouve au er Catalogue Soleinne (t. I, pp. 251-253) la description d'un exemplaire de la grande édition d'Andromède, dans lequel les noms des acteurs ont été ajoutés d'une écriture du temps, en regard des noms des personnages, de la manière suivante:
DIEUX DANS LES MACHINES.
du parc Jupiter. M. beiart Junon. de brie Neptune. L'éguisé Mercure. beiart Le Soleil. M. de brie Venus. M. Herué Melpomene.
vauselle Eole. M. de brie Cymodoce. M. Menon Ephyre. M. Magdelon Cydippe. valets Huit Vents.
HOMMES.
dufresne Cephée. M. vauselle Cassiope M. beiart Andromede.
Molière Ces deux noms Phinée.Chasteauneuf. }
Chasteauneuf sont raturés. Persée. Moliere.
beiart Timante. de vauselle Ammon. M. de brie Aglante. M. herué Cephalie. M. Magdelon Liriope. L'Eguisé Un page de Phinée. L'Estang Chœur du peuple. M. herué phorbas.
M. P. Lacroix n'a pas hésité à reconnaître, dans ces annotations, un autographe de Molière. Nous ne serons pas aussi affirmatif, mais nous dirons que, si elles n'émanent pas de Molière lui-même, elles sont du moins l'œuvre d'un de ses camarades. C'est dans une de ses tournées en province, peut-être à Lyon, que Molière donna des représentations d'Andromède. Parmi les acteurs nommés ci-dessus, L'Eguisé lles , Vauselle , Dufresne , Chasteauneuf , Hervé , L'Estang , M
de Vauselle, Menon et Magdelon n'avaient pas encore été cités comme ayant appartenu à sa troupe. Tout en relevant ces particularités, M. P. Lacroix signale une curieuse transposition dans le texte de la pièce. Plusieurs vers du rôle de Céphalie sont mis à dessein dans celui d'Aglante. Le savant bibliophile fait, à ce propos, de très-ingénieuses et très-intéressantes conjectures que nous regrettons de ne pouvoir reproduire.
L'exemplaire dont nous venons de parler appartient à M me de Maindreville, qui l'a payé 530 fr. à la vente Soleinne; il a figuré, en 1873, à l'exposition organisée par M. Ballande pour le jubilé de Molière (n o 9 du Catalogue).
A || Tragedie. || Représentée auec les Machines || sur le
Theatre Royal || de Bourbon. || A Paris, || Chez Antoine de Sommauille, || au Palais, en la Gallerie des Merciers, || à l'Escu de France. || M. D. C. L. V. [1655]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 8 ff. et 92 pp.
Collation des feuillets prélim.: 1 f. blanc; titre, avec les armes de France et de Navarre; 5 ff. pour la dédicace et l'argument; 1 f. pour la Décoration du Prologue et les noms des Acteurs.
Les pp. 91 et 92 sont occupées par le texte du privilége accordé à Corneille le 11 avril 1650 pour Andromède et Don Sanche.
Cette édition existe probablement aussi avec les noms d'Edme Pepingué et de Louis Chamhoudry.
A , Tragedie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez
Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la grand'Salle proche les Consultations, au nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII [1682]. In-12.
Extrait du recueil de 1682, qui doit se composer de 2 ff. et 80 pp. Nous le citons, sans l'avoir vu, pour le motif exposé ci-dessus, n o 25.
A || Tragedie || en Machines.—[Au verso du dernier f.:]
Permis d'imprimer. Fait ce 14 Juillet 1682. De la Reynie. || De l'Imprimerie de la veuve G. Adam, sur le Quay || des Augustins, à l'Olivier, 1682. In-4 de 6 ff. et 32 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre, qui ne comprend que les trois lignes transcrites ci-dessus; 4 ff. pour l'Argument tiré du quatriéme et cinquiéme Livre des Metamorphoses d'Ovide; 1 f., dont le recto est blanc, pour les noms des Acteurs.
La page 1 contient un titre de départ ainsi conçu: Andromede || Tragedie en machines. || de Monsieur || de Corneille l'Aisné, || Representée sur le Theatre Royal || des seuls Comediens du Roy, en- || tretenus par sa Majesté en leur Hô- || tel, Rue de Guenegaud. || Entreprise sous la conduite du sieur Dufort, || Ingenieur & Machiniste du Theatre Royal || des seuls Comediens du Roy. La Gazette de 1682 parle d'une représentation d'Andromède à laquelle le Dauphin assista le 18 août de cette année; les frères Parfaict y font également allusion; enfin Jolly, dans l'Avertissement de son édition de Corneille, cite d'une manière expresse le programme de 1682; mais, tout en rapportant ces témoignages, M. Marty-Laveaux n'a pas connu l'édition qui nous occupe. Elle existe pourtant à la Bibliothèque nationale et à la Bibliothèque de l'Arsenal. Nous croyons utile d'en faire exactement connaître le contenu.
Comme on le voit par le titre reproduit ci-dessus, la reprise faite par les comédiens du faubourg Saint-Germain n'est pas donnée avec les machines de Torelli, détruites en 1660, mais avec des machines nouvelles construites par le sieur Dufort. Après avoir reproduit l'Argument de la pièce, non pas d'après le Dessein de 1650, mais d'après l'édition de 1651, l'éditeur de ce nouveau programme y ajoute un avis au lecteur ainsi conçu:
«Chacun sçait l'estime et le respect que le siecle present et la posterité doivent aux travaux du Prince des Poëtes François, dont le nom est si reveré, que les Estrangers mêmes ont traduit ses Ouvrages en leurs Langues: C'est de l'Illustre Monsieur de Corneille l'aîné que l'on entend parler; il remet aujourd'huy sur le Theatre une piece où son genie inimitable n'a pas mêlé moins d'invention et de varieté dans le spectacle, que de conduitte et d'esprit dans le sujet.
«Son Andromede après plus de trente ans n'a pû vieillir, et c'est par l'avis d'un nombre choisi d'honnestes gens, que les Comediens du Roy ont bien voulu faire une dépense tres-considerable pour ce grand spectacle.
«Il seroit à souhaitter que cette description pût ressembler aux effets qu'il produit; cependant bien qu'il paroisse impossible d'y reüssir, on ne laissera pas d'en donner icy une legere idée.
«L'impatience et la curiosité presque inseparables, ne seront pas long-temps dans le lieu du spectacle sans estre satisfaites, puisqu'au mesme moment que les Violons avertissent du commencement de la Piece, on voit le Theatre s'ouvrir par un enlevement de Rideau qui ne cause pas moins de surprise que de plaisir, tant pour la rapidité dont il se dérobe aux yeux des spectateurs, que par l'Invention agréable du Machiniste qui le fait emporter de chaque costé du Theatre dans ses nuages par deux Amours, qui en embrassent chacun une moitié. Cette nouvelle maniere d'ouvrir le lieu de la scene est assez ingenieuse, et semble bien entrer dans l'esprit de l'Autheur, puisque l'amour de Persée et celuy de Phinée pour Andromede sont le sujet de la Piece.»
Le programme comprend la description de la décoration du prologue et de chacun des cinq actes, ainsi que les vers chantés dans la pièce. On verra par la seule description relative au prologue, combien le texte diffère de celui que nous fournit l'édition de 1651.
Édition de 1651: Programme de 1682:
L'ouverture du Theatre On voit une Forest épaisse, formée
presente de plusieurs Arbres de differente de front aux yeux des nature, spectateurs et groupez differemment par un une vaste montagne, dont les mélange sommets de monceaux de terre et de inégaux, s'eslevant les uns Rochers. sur les autres, portent le faiste Dans le fonds il s'éleve une jusque dans les nues. Le pied Montagne de percée, au travers de laquelle la Mer
cette montagne est percé à paroît en éloignement, et sur le jour par Sommet une grotte profonde qui laisse de la Montagne l'œil découvre une voir vaste la mer en esloignement. Les Campagne avec des lointains à deux perte de costez du Theatre sont veuë. C'est sur cette éminence que
occupez par paroît une forest d'arbres touffus et Melpomene, la Muse de la Tragedie,
entrelacez et à les uns dans les autres. son opposite le Soleil dans son Char
Sur un des sommets de la lumineux, montagne tiré par les quatre Chevaux paroist Melpomene, la Muse qu'Ovide luy donne. Ces deux de la Tragedie, et à l'opposite Personnages dans qui font le Prologue à la gloire le ciel, on voit le Soleil du Roy, aprés avoir dit tout ce que
s'avancer leur dans un char lumineux, tiré divin langage doit prononcer à par l'occasion les quatre chevaux qu'Ovide de ce grand Monarque, s'unissent
luy ensemble de sentimens et de voix,
donne. et (La rédaction du Dessein aprés un vol merveilleux, que publié Melpomene en 1650 est un peu différente, fait dans le Char du Soleil, il l'enlève mais rapidement pour aller ensemble les variantes ont été relevées publier par les mêmes louanges au reste de M. Marty-Laveaux.) l'Univers.
Les vers mis en musique méritent encore plus d'être rapportés, car les remaniements que nous allons y signaler sont probablement de Corneille lui-même.
Le vers 79 e du Prologue:
Louis est le plus jeune et le plus grand des Rois,
est ainsi modifié:
Louis est le plus sage, etc.
Les deux strophes suivantes (vers 80 à 95) ont été remplacées par une seule strophe dont voici le texte:
Par trop de grands exploits l'invincible Louis
Semble avoir travaillé contre sa propre gloire,
L'Univers n'a point d'yeux qui n'en soient éblouis;
Mais quand l'avenir dans l'Histoire
Verra tant de faits inouis,
L'avenir les pourra-t-il croire?
La description des décorations des cinq actes, si on la rapproche de l'édition de 1651, offre des différences analogues à celles que nous avons signalées pour le Prologue. Quant aux vers chantés, nous en ferons connaître les variantes.
Le vers 332 est devenu plus harmonieux:
Éd. de 1651:
Reyne de Paphe et d'Amathonte,
Progr. de 1682:
Reyne d'Eryce et d'Amathonte.
Les noms des acteurs sont indiqués, à partir du deuxième acte, d'une manière très-curieuse.
Les vers 510 à 533 sont chantés par M. de Villiers (un page), les vers 546 à 569 par lle M d'Ennebaut (Liriope), et les deux artistes chantent ensemble les vers 570 à 583.
Au troisième acte, M. de Villiers chante les vers suivants, qui manquent à toutes les éditions de Corneille, et qui doivent s'intercaler, croyons-nous, après le vers 785:
Repetez nos tristes accens,
Rochers, antres affreux, infortuné rivage;
Andromede du Ciel le plus parfait ouvrage,
Va perdre la lumière au plus beau de ses ans.
Injustes Dieux, trouppe barbare,
Laisserez-vous perir une Beauté si rare?
Changez vos claires eaux en pleurs,
Fontaines et Ruisseaux qui coulez dans la plaine,
Et vous tendres Zephirs, que vostre douce
haleine
Fasse monter aux Cieux nos cris et nos douleurs.
Le chœur chante les vers 982 à 985, et les vers 986 à 993 sont remplacés par les vers suivants, que M. de Villiers chante seul:
Quand le danger presse une Belle,
Qu'elle craint et languit,
Qu'une pâleur mortelle
La trouble et l'interdit;
Le peril devient necessaire
Tout doit en estre charmant,
Et l'Amant le plus temeraire
N'est pas le moins heureux Amant.
Vous estes sa digne conqueste,
Victoire à son amour, Victoire tous [sic];
C'est luy qui calme la tempeste
Et c'est luy qui vous donne enfin l'illustre Epoux
Qui seul estoit digne de vous.
Les vers 1356 à 1370, du quatrième acte, ainsi que les vers 1733 à 1740 et 1765 à 1772, du cinquième acte, sont reproduits ici sans variante, à l'exception du vers 1765, qui est ainsi conçu, par suite d'une faute d'impression évidente:
Allez, Amans, sans jalousie,
au lieu de:
Allez, Amans, allez sans jalousie.
Les frères Parfaict ( e Histoire du Théatre François , t. XII, p. 321, note a) disent, à propos des représentations de 1682: «Andromede fut jouée à cette reprise trente-trois fois de suite, jusqu'au quatriéme jour d'Octobre suivant: on la continua le Vendredi 22. Janvier 1683. jusqu'au 3. Février de la même année, jour de la trente-neuviéme représentation. La quarantiéme est du Samedi 20. Mars, et la quarante-cinquiéme et derniere, le 4. Avril.»
De Vizé, en rendant compte de ces représentations dans le Mercure galant (juillet 1682, pp. 359 sq.), dit qu'une des choses qui intéressèrent le plus le public fut de voir Pégase représenté par un véritable cheval. Les frères Parfaict, qui citent ce passage du Mercure galant, racontent comment on s'y prenait pour faire marquer à ce cheval une ardeur guerrière: «Un jeûne austere auquel on le réduisoit lui donnoit un grand appétit; et lorsqu'on le faisoit paroître, un Gagiste étoit dans une coulisse, où il vannoit de l'avoine. Ce Cheval, pressé par la faim, hannissoit, trépignoit des piés, et répondoit ainsi parfaitement au dessein qu'on avoit.» En 1679, on avait représenté un opéra de Bellérophon, où l'on voyait le héros combattre la Chimère, monté sur le coursier céleste; il faut croire qu'à cette époque Pégase était encore en carton.
Un troisième exemplaire de ce programme est mentionné dans la Bibliothèque dramatique de Pont de Veyle o (Paris, 1847, in-8), n
1819.
XX
D. S || 'A , || Comedie heroique. || Imprimé à Roüen,
& se vend || A Paris, || Chez Augustin Courbé, au Palais, en la petite || Salle des Merciers, à la Palme. || M. DC. L. [1650]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 8 ff. et 116 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre sur lequel se voit un fleuron avec le monogramme de L. Maurry; 11 pp. pour l'Epistre dédicatoire à M. de Zuylichem; 3 pp. pour l'Argument et les noms des Acteurs.
Le privilége, qui occupe la page 116, est donné à Corneille pour Andromède et D. Sanche, dont il lui reconnaît la propriété pendant dix ans. Il est daté du 11 avril 1650. On lit à la fin: Acheué d'imprimer à Roüen par Laurens Maurry, le quatorziéme de May mil six cens cinquante.
Après avoir imité Guillen de Castro, Alarcon et Lope de Vega, Corneille crut s'être assez pénétré de l'esprit espagnol pour inventer lui-même un sujet, à la manière des auteurs dramatiques de la Péninsule. «Cette Piéce, dit-il, dans l'Examen de D. Sanche, est toute d'invention, mais elle n'est pas toute de la mienne. Ce qu'a de fastüeux le prémier Acte, est tiré d'une Comédie Espagnole intitulée: El Palacio confuso, et la double reconnoissance qui finit le cinquième est pris du Roman de Don Pelage.» Le poëte indique avec sa franchise ordinaire les sources auxquelles il a puisé; mais on peut dire qu'il ne leur doit que peu de chose. La comédie intitulée El Palacio confuso, comédie dont la scène est en Italie et non pas en Espagne, a paru pour la première fois dans la Parte veynte y ocho de Comedias de varios Autores; en Huesca, por Pedro Bluson, 1634, in-4. Elle a été réimprimée dans la Parte veynte y ocho de las Comedias de Lope Felix de Vega Carpio, Çaragoça, 1639, in-4; dans la Parte veynte y cuatro de las Comedias de Lope Felix de Vega Carpio, Madrid, 1640 (?), in-4; dans la Parte veinte y ocho de Comedias nuevas de los mejores ingenios d'esta corte, Madrid, Joseph Fernandez de Buendia, 1667, in-4. Dans ce dernier recueil, la pièce est attribuée à Mira de Amescua; mais, comme elle figure dans les œuvres authentiques de Lope de Vega, il n'est pas douteux qu'elle ne soit de lui.
L'autre livre dont Corneille avoue s'être servi, Dom Pelage, ou l'Entrée des Maures en Espagne, par le Sieur de Juvenel (à Paris, chez Guillaume Macé, 1643, 2 vol. in-8), n'offre que de bien faibles analogies avec Don Sanche; M. Marty-Laveaux, qui a pris la peine de le lire, n'a pu en rapprocher que deux courts passages (Œuvres de Corneille e , t. V, pp. 483 et 489).
On remarquera que la pièce est annoncée non pas comme une tragédie, mais comme une comédie héroïque. Le poëte nous en dit lui-même la raison dans son Épitre dédicatoire.
La représentation de Don Sanche dut avoir lieu presque en même temps que celle d'Andromède; on a même supposé qu'elle avait précédé celle de l'opéra. Immédiatement après la phrase de l'Examen que nous avons citée plus haut, Corneille dit, en parlant de sa pièce: «Elle eut d'abord grand éclat sur le Théatre, mais une disgrace particuliére fit avorter toute sa bonne fortune. Le refus d'un illustre suffrage dissipa les applaudissemens que le Public lui avoit donnez trop libéralement, et aneantit si bien tous les Arrests que Paris et le reste de la Cour avoient prononcez en sa faveur, qu'au bout de quelque temps elle se trouva reléguée dans les Provinces, où elle conserve encor son prémier lustre.» La Monnoye (Jugements des Savants sur les principaux ouvrages des Auteurs [par Adrien Baillet; Paris, 1722, 7 vol. in-4], t. V e, p. 354 en note), Joly (Théatre de P. Corneille er ; Paris, 1747, t. I, p. xxxix), Voltaire (Théatre de Corneille e ; Genève, 1764, t. V, p. 305), Guizot (Corneille et son temps; Paris, 1852, in-8, p. 204) et M. Marty-Laveaux (Œuvres de Corneille e , t. V, p. 400), ont cru que l'«illustre suffrage» refusé à Don Sanche était celui du prince de Condé; or, l'arrestation de Condé ayant eu lieu le 18 janvier 1650, il faut de toute nécessité, si l'on admet cette opinion, placer la représentation de Don Sanche avant la fin de l'année 1649. Malgré les autorités sur lesquelles cette explication est appuyée, elle nous paraît peu probable. Condé devait être trop occupé des événements politiques pour s'arrêter à critiquer une pièce de théâtre. Nous avons peine à croire que les comédiens aient donné un ouvrage nouveau alors que la rivalité de Mazarin et de Condé mettait tout Paris en feu. Ce ne fut qu'après l'arrestation du prince que la cour put songer aux fêtes et aux spectacles. Alors sans doute, mais alors seulement, furent joués Andromède et Don Sanche. Nous croyons que le suffrage refusé à Corneille fut celui de la reine. Anne d'Autriche avait aimé le Cid, qui lui avait montré un véritable héros espagnol; elle ne dut voir dans Don Sanche qu'un héros de roman d'une origine trop humble pour qu'une princesse pût s'éprendre de lui.
Ce fut peut-être pour consoler le poëte du chagrin que lui causa le mauvais succès de sa pièce que la reine, profitant d'un voyage de la cour à Rouen, le fit nommer procureur des états de Normandie (15 février 1650).
Corneille fait hommage de Don Sanche à Huyghens, seigneur de Zuilychem, homme d'État hollandais, né en 1596. Ce personnage, qui a laissé divers ouvrages, était un homme fort lettré; il professait une estime particulière pour l'auteur du Cid, et nous aurons l'occasion de citer, dans notre chapitre VIIe, les deux pièces de vers ajoutées par lui à l'édition elzévirienne du Menteur. M. Éd. Fournier a publié, dans la Revue des Provinces du 15 février 1865, deux lettres de Corneille à Huyghens qui viennent fort heureusement compléter la dédicace imprimée. Nous y voyons que l'Argument ajouté à Don Sanche et à Andromède est une concession faite aux idées du savant hollandais.
Corneille répète dans la dernière édition de ses œuvres, publiée en 1682, la phrase qu'il écrivait en 1660, que Don Sanche est «relégué dans les provinces». On peut en conclure que les théâtres parisiens ne reprirent pas Don Sanche avant 1682, mais à cette date, sinon un peu plus tôt, la pièce fut remise à la scène. Un manuscrit de la Bibliothèque nationale (msc. franç. no 24.330) nous fournit une liste des pièces qui composèrent le répertoire du théâtre du Faubourg Saint-Germain de 1673 à 1685, et l'on y voit figurer Don Sanche. Cependant cette pièce n'est pas mentionnée dans le manuscrit du
Dauphin (voy. ci-dessus n o 9).
De 1680 à 1715, la Comédie française en donna 14 représentations à la ville et 3 à la cour. Sous Louis XV, Racot de Grandval interpréta Don Sanche avec un grand succès (1753); la pièce de Corneille eut alors 35 représentations, dont 4 à la cour.
En 1833, la Comédie française a donné un arrangement de Don
Sanche e dû à M. Planat (voy. notre chapitre XII). C'est sous cette forme réduite que lle M Rachel l'a joué en 1844.
D. S || 'A , || Comedie heroique. || Imprimé à Roüen,
& se vend || A Paris, || Chez Augustin Courbé, au || Palais, en la petite Salle || des Merciers, à la Palme. || M. DC. L. [1650]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 8 ff. et 83 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre; 5 ff. pour l'épître dédicatoire; 2 ff. pour l'Argument et les noms des Acteurs.
Le privilége occupe les pp. 82 et 83; il contient les mêmes mentions que le texte contenu dans l'édition in-4 o. L'achevé d'imprimer est du 14 mai 1650, à Rouen par Laurens Maurry.
D. S || 'A , || Comedie heroique. || A Paris, Chez Augustin Courbé, au Palais, en la Salle des Merciers, à la Palme; [ou Chez Guillaume de Luyne, || au Palais, en la Gallerie des || Merciers, sous la montée de || la Cour des Aydes]. || M. DC. LIII. [1653]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff. prél. sign. ê, et 72 pp. sign. A-F.
Au verso du titre, l'extrait du privilége accordé pour dix ans au Sieur de Corneille, à la date du 11 avril 1650. Il n'y est pas fait mention des libraires à qui l'auteur l'a cédé. On lit au-dessous: Acheué d'imprimer à Paris le 15. Septembre 1653. Les 5 ff. suivants sont occupés par l'épître dédicatoire, l'Argument et les noms des Acteurs.
D. S || 'A , || Comedie heroique. || A Paris, || Chez
Antoine de Sommauille, || au Palais, en la Gallerie des Merciers, || à l'Escu de France; [ou Chez Edme Pepingué, en || la grand'Salle du Palais, du Costé || de la Cour des Aydes; ou Chez Loüys Chamhoudry, || au Palais, deuaint la Saincte || Chappelle]. || M. DC. LV. [1655] || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 6 ff. et 72 pp.
Au verso du titre, l'extrait du privilége, comme dans l'édition précédente, mais sans achevé d'imprimer. Les caractères sont un peu plus petits, et l'impression est plus nette que dans l'édition de 1653. Le nombre des pages est le même, bien qu'il y ait souvent un nombre de vers différent dans les pages qui se correspondent. Quant au texte, nous n'y avons relevé que de légères variantes orthographiques, par exemple, p. 13:
Éd. de 1653:
Et bien, seigneur Marquis, qu'est-il
besoin qu'on face?
Éd. de 1655: . . . . . . . . qu'est-il besoin qu'on fasse?
D. S 'A , Comedie heroïque. Par P. Corneille. A Paris,
Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers, sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la grand'Salle proche les Consultations, au Nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests. M. DC. LXXXII [1682]. In-12.
Nous n'avons pas vu cette édition, qui doit se composer de 2 ff., 69 pp. et 1 f. Cf. ci-dessus, n o 25.
XXI
N || Tragedie. || A Roüen, || Chez Laurens Maurry, prés le
Palais. || Auec Priuilege du Roy. || M. DC. LI [1651]. || Et se vend A Paris, || Chez Charles de Sercy, au Palais, dans la Salle || Dauphine, à la bonne Foy Couronnée. In-4 de 4 ff. et 124 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour l'avis Au Lecteur; 1 f. pour l'Extrait du Privilége et les noms des Acteurs.
Le privilége, daté du 12 mars 1651, est celui dont nous avons déjà parlé à la fin de l'édition originale in-4 o o d'Andromède (n 51). Il n'y est pas fait mention du libraire ou des libraires à qui Corneille en a fait cession.
On remarquera que l'édition in-12, que nous décrivons ci-après, parle d'une cession faite, non pas à Charles de Sercy, mais à Guillaume de Luyne. On lit à la fin: Achevé d'imprimer le vingt-neufiéme de Nouembre mil six cent cinquante & un.
Le faible succès qu'avait eu Don Sanche décida Corneille à s'éloigner des Espagnols et à revenir à l'antiquité. Un court passage de Justin lui fournit le sujet d'une tragédie qui doit être comptée parmi ses plus beaux ouvrages. Ainsi qu'il le déclare lui-même dans l'Examen de Nicomède, il a voulu faire une pièce dans laquelle «la tendresse et les passions» ne tinssent aucune place. «Mon principal but, ajoute-t-il, a été de peindre la Politique des Romains au dehors, et comme ils agissoient impérieusement avec les Rois leurs alliez; leurs Maximes pour les empescher de s'accroistre, et les soins qu'ils prenoient de traverser leur grandeur, quand elle commençoit à devenir suspecte, à force de s'augmenter, et de se rendre considérable par de nouvelles conquestes.»
On ne sait rien ni des acteurs qui jouèrent Nicomède à l'origine, ni même du théâtre sur lequel la pièce fut donnée. Jolly (Théatre de Corneille er er ; Paris, 1738, t. I , p. LII ; Paris, 1747, t. I, p. XL) rapporte seulement que la représentation eut lieu avant que le prince de Condé et son frère eussent été remis en liberté (13 février 1651); quelques-uns donnèrent ainsi matière à des allusions qui en augmentèrent le succès.
Les troupes qui parcouraient les provinces, la troupe de Molière en particulier, jouèrent à leur tour Nicomède. Dans l'avertissement placé par Lagrange en tête de l'édition des Œuvres de Monsieur Moliere (Paris, Denis Thierry, 1682, 8 vol. in-12), on trouve des détails très-curieux sur une représentation qui décida du sort de Molière et de ses camarades. «Le 24. Octobre 1658, dit Lagrange, cette Troupe commença de paroistre devant Leurs Majestez et toute la Cour, sur un Théatre que le Roy avait fait dresser dans la Salle des Gardes du vieux Louvre. Nicomede, Tragedie de Monsieur de Corneille l'aisné, fut la Piece qu'elle choisit pour cet éclatant debut. Ces nouveaux Acteurs ne déplurent point, et l'on fut surtout fort satisfait de l'agrément et du jeu des Femmes.» Molière remercia le Roi de sa bienveillance, et fit ingénieusement l'éloge de la troupe royale, ce qui ne l'empêcha pas de la tourner en ridicule, cinq ans après, à propos de cette même pièce de Nicomède.