Brazilian Psycho

Joe Thomas · Chapitre 13 sur 17

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Brazilian Psycho

Cinquième partie - Le grand espoir blanc - São Paulo, octobre-novembre 2018

CINQUIÈME PARTIE

 

LE GRAND ESPOIR BLANC

 

São Paulo, octobre-novembre 2018

OceanofPDF.com

Pièce annexée : conversation téléphonique

entre Ray Marx et Dave « Huck » Sawyer, chef

de département chez Capital SP, ligne

sécurisée, 10 mars 2016

Ray Marx (RM) : Tu me dis de ne pas venir ? Dave « Huck » Sawyer (DS) : Mon grand, je te dis d’attendre, c’est tout.

RM : Tu ne veux pas que je revienne, Huck ? DS : Si j’avais eu mon mot à dire, tu ne serais même jamais parti.

RM : Ta parole est leur Évangile. DS : Plus maintenant.

RM : Je pensais que tu serais leur star à eux, avec mantille et cotillons.

DS : Oh, j’appartiens toujours à l’Olympe, c’est juste l’ambiance générale.

RM : Traduction.

DS : La frontière entre tout ce qui peut être investissement légitime, construction consortiale et produits spéculatifs, et tout ce qui peut être bakchich, fraude et extorsion, n’est plus aussi claire.

RM : Ça a l’air sexy.

DS : Ça veut dire, grand chef, que tout est parfaitement clair, ici, chez Capital SP. RM : Pigé. On ne veut plus de mal blanchi chez nous.

DS : Ta métaphore est limite raciste. RM : Tu me connais, Huck. Ma bigoterie est universaliste.

DS : Non, ici, ce serait plutôt zéro argent, zéro blanchiment, mon vieux. Le mot clé est « opération Lavage express », Ray. Lava Jato. RM : Lava Jato ?

DS : Car Wash.

RM : OK.

DS : Enquête antiblanchiment à tous les niveaux. RM : Et Capital SP veut être irréprochable. DS : Capital SP est irréprochable, amigo. Il n’y a que certains de nos associés qui se sont mal tenus.

RM : Et vous prenez donc vos distances avec certains de vos investisseurs.

DS : Nous nous limitons à la haute finance, aux purs produits financiers, ce genre de choses. RM : Vous couvrez vos arrières. DS : Ha ha. Très drôle.

RM : Oui.

DS : J’imagine que ce que je suis en train de te dire, c’est que le genre de travail de consultant que tu faisais chez nous n’est plus viable. Ou du moins pour l’instant.

RM : Ou alors, il est d’autant facilité. DS : Il y a cela aussi, oui.

RM : Parce que, quand le vent politique tourne et que les méchants sont de sortie, il est beaucoup plus simple de savoir sur quel marché spéculer.

DS : C’est qu’il est malin, notre cow-boy. RM : Un conseil, pendant que tu y es ? DS : Ce serait un délit d’initié, mon grand. Nous avons décidé de nos positions. Quoi qu’il advienne à Dilma et à la gauche, tout se passera bien. RM : Bien joué, messire. Parlé comme un vrai diplomate.

DS : Nous avons gagné beaucoup d’argent en 2003, en 2006 et en 2011.

RM : Quand j’étais en ville.

DS : L’argent ne disparaît pas, il sera toujours là quand tu reviendras.

RM : La question est, où serai-je quand je ferai mon retour ?

DS : Toujours grand philosophe. RM : Adios, Huck. Porte-toi bien.

 

Pièce annexée : Article d’Eleanor Boe dans

le magazine en ligne OLHA !, 16 mars 2016

Qu’est-ce que l’operação Lava Jato, L’opération Lavage

express ? (Et pourquoi cette affaire de corruption menace-t-

elle spécifiquement de renverser le gouvernement ?)

Tout cela a débuté en mars 2014, par une enquête fédérale de routine sur une affaire de blanchiment d’argent via une station-service équipée d’un poste de lavage automatique à Brasília, la capitale du pays. Deux ans plus tard, un demi-million de personnes envahissaient les rues pour réclamer la destitution de la présidente Dilma. Comment cela a-t-il pu arriver ? Et que va-t-il se passer maintenant ?

L’élément déclencheur fut la découverte de l’achat illégal d’une Land Rover par Alberto Youssef – un blanchisseur d’argent d’envergure, déjà condamné et extrêmement influent – au profit de Paulo Roberto Costa, l’un des dirigeants de Petrobras, l’une des plus grandes sociétés pétrolières du monde, une société qui concentre un huitième de tous les investissements au Brésil, et emploie des centaines de milliers de personnes dans la construction, les chantiers navals et le raffinage à travers tout le pays.

Et cet achat a mené les enquêteurs à la découverte d’un vaste système de dessous-de-table dans lequel Petrobras surpayait chacun de ses contrats avec un cartel d’entreprises de BTP, cartel qui, une fois son activité garantie, reversait un pourcentage de chaque contrat sur des comptes offshore. Les commissions, comme l’ont montré les documents divulgués, étaient incorporées aux contrats eux-mêmes, ce qui rendait la partie criminelle de l’activité beaucoup plus difficile à repérer. Jusqu’ici, rien qui ne sorte du modèle standard d’une affaire de corruption traditionnelle. Toutefois, les choses pourraient changer. La semaine dernière, le 8 mars, Marcelo Odebrecht, PDG du conglomérat international de BTP Odebrecht, a été condamné à dix-neuf ans de prison pour corruption, blanchiment d’argent et association de criminels. Et il n’a pas l’air de vouloir se laisser faire. Afin d’obtenir une réduction de peine, il aurait accepté de révéler à la justice toute l’étendue de son système de pots-de-vin. Ainsi que les noms de tous les hommes politiques – et partis – qui en ont bénéficié. La semaine dernière, nous en avons vu les premiers résultats : les appels à la destitution de Dilma. Dimanche, nous en verrons le pendant, comme des centaines de milliers de personnes prévoient de manifester en sa faveur, pour sa défense. Sans préjuger du reste, il semble déjà que les ramifications de ce scandale aillent très loin. Et la question que beaucoup de gens se posent est de savoir ce qui est réellement le plus important : la vision idéologique et la politique gouvernementale effective, ou la certitude d’une absence totale de corruption dans un pays où elle est considérée comme systémique. Sur ce point, le Brésil, visiblement, est divisé.

 

Pièce annexée : Article d’Eleanor Boe dans

le magazine en ligne OLHA !, 20 mars 2016

CENT MILLE PARTICIPANTS À LA MANIFESTATION PRO-DILMA

L’Avenida Paulista a viré au rouge hier après-midi, comme cent mille personnes l’envahissaient pour afficher leur soutien à la présidente Dilma, confrontée à des appels à destitution.

Un peu plus tôt dans la journée, la police militaire avait dispersé des rassemblements de manifestants anti-Dilma. Elle avait eu recours à la force de façon limitée, lacrymogènes et canons à eau, et l’avait justifié, selon un communiqué rendu public tard hier au soir, par l’éventualité d’affrontements violents entre factions politiques rivales.

Dans le même temps, le tribunal suprême fédéral décide de suspendre la nomination ministérielle de Lula.

Les détracteurs de Dilma allèguent qu’en décidant de nommer son mentor ministre dans son gouvernement, elle tente de fait d’interrompre les poursuites liées aux accusations de blanchiment d’argent portées contre lui, accusations qu’il nie avec la dernière vigueur.

Nombre de manifestants agitaient des drapeaux rouges, pour défendre le Parti des travailleurs. Les témoignages de soutien les plus inventifs incluaient des pancartes représentant Lula en culturiste, pour faire pendant à la manifestation anti-Dilma tenue tout juste deux jours plus tôt, et au-dessus de laquelle flottaient deux poupées gonflées à l’hélium de Dilma et Lula en tenue de prisonniers.

Lula, en chemise rouge, s’était adressé à la foule sous des tonnerres d’applaudissements. « Il n’y aura pas de coup d’État contre Mme Rousseff », a-t-il lancé, déchaînant acclamations et poings levés. Lorsqu’il a eu quitté le podium, la manifestation s’est muée en fête de rue, avec chants, danses, et slogans pro-PT (Parti des travailleurs).

Les récentes manifestations nationales contre la corruption ont appelé à la destitution de Dilma pour « faute de gestion économique » et pour son implication supposée dans le vaste scandale de corruption impliquant la société pétrolière publique Petrobras.

Dilma nie toute malversation.

À suivre.

 

Pièce annexée : Article du journal Cidade

de São Paulo, 29 mars 2016 par Francisco

Silva, spécialiste police-justice

LA DÉPOUILLE DE L’INSPECTEUR ASSASSINÉ MARIO LEME ENFIN

RETROUVÉE

Aux petites heures du jour, le corps de l’inspecteur de la Polícia Civil Mario Leme a été retrouvé après une semaine de recherches. Il a été découvert par des employés municipaux effectuant une inspection de routine, au plus profond du réseau d’eaux usées de la ville. Leme, semble-t-il, enquêtait sur des allégations de corruption dans le monde de la haute finance de São Paulo, ainsi que sur la disparition d’un jeune homme que l’on pense être Antonio Neves, un banquier employé par Capital SP. Leme a de remarquables états de service, et était connu pour être un homme d’une moralité sans faille. Son décès est une énorme perte à une époque où il se trouve si peu d’hommes intègres aux postes d’autorité de notre cité.

 

Pièce annexée : conversation téléphonique

entre Ray Marx et Dave « Huck » Sawyer, ligne

sécurisée, 12 avril 2016

RM : Finalement, je n’ai pas pris l’avion. DS : On te remboursera ton billet, fils. RM : Qu’est-ce qu’il y a, Huck ? Tu as l’air fâché.

DS : Un petit merdier à nettoyer, ici. Deux jeunes qui organisaient leurs propres transactions avec un de nos cadres.

RM : Ah.

DS : Oui. L’un d’entre eux a disparu, et l’autre est mort.

RM : Quel merdier. Invoquez le cinquième amendement.

DS : C’est ce que nous faisons. La réfutabilité est capitale, et notre gars connaissait les règles.

RM : Alors tout est cool, et même and the Gang. DS : Va dire ça aux parents du gosse.

Pièce annexée : Article du journal Cidade de São Paulo, 30 avril 2016 par Francisco

Silva, spécialiste police-justice

OUVERTURE D’UNE ENQUÊTE SUR L’ANCIEN SECRETARIO DE OBRAS

SUITE AUX INFORMATIONS DU CIDADE DE SÃO PAULO

Les autorités de régulation ont ouvert une enquête sur plusieurs hommes politiques de premier plan, y compris feu Jorge Mendes, ancien Secretario de Obras, au sujet d’irrégularités financières potentiellement commises dans le cadre du tristement célèbre projet Singapour, suite aux informations découvertes et publiées par les journalistes du Cidade de São Paulo. Leurs comptes-rendus affirment qu’en tant que fondateur et PDG de son entreprise de BTP, Mendes a détourné des fonds publics et utilisé les matériaux de construction fournis par l’État à ses propres fins, en les remplaçant par des matériaux bon marché pour les constructions sous projet Singapour. Des boni non déclarés lui auraient par ailleurs été supposément versés pour avoir achevé les travaux en des temps records. Après seulement cinq ans, les immeubles en question sont en pleine déliquescence, les contractants actuels imputant leur état à « un travail bâclé et des raccourcis administratifs ». Fin 2012, l’un de ces immeubles s’est partiellement effondré, entraînant la mort de six personnes, dont deux enfants en bas âge, comme l’a annoncé ce journal.

Mendes était également impliqué dans un scandale se déroulant à l’École britannique, avec laquelle il a signé un contrat de construction de vingt millions de réaux. Il se raconte qu’il aurait fait un certain nombre de paiements contraires à l’éthique à un professeur qui restera anonyme – son nom ne peut être dévoilé pour des raisons juridiques – afin de renforcer les notes et résultats scolaires de son fils, scolarisé dans cette même école.

Un représentant de Mendes a expliqué que ces paiements rétribuaient des missions de conseil politique entrepris par cet enseignant. L’entreprise de BTP de Mendes poursuit les travaux de construction liés au contrat de vingt millions de réaux signé avec l’école, dont le proviseur, Paddy Lockwood, a été assassiné lors d’un incident totalement étranger à tout cela.

 

Pièce annexée : Article du journal Cidade

de São Paulo, 29 septembre 2017 par Francisco

Silva, spécialiste police-justice

HAUTE FINANCE, HAUTS RISQUES : GEDDEL VIEIRA ARRÊTÉ SUITE

À LA SAISIE D’UNE FORTUNE EN LIQUIDE

Un peu plus tôt ce mois de septembre, une descente de police a eu lieu dans un appartement des environs de Brasília, et seize millions de dollars en liquide ont été saisis. Le Cidade de São Paulo est en mesure de confirmer que la police a recoupé les empreintes digitales trouvées sur les boîtes et les valises de l’appartement avec celles de Geddel Vieira, ancien vice-président de la Caixa Econômica Federal et, jusqu’à son renvoi en juillet suite à des allégations de corruption, principal agent de liaison parlementaire du président Michel Temer. Vieira a été arrêté cette semaine, et remis en liberté sous caution. On suppose que le liquide retrouvé fait partie d’un système dans lequel des sociétés versent des dessous-de-table en rétribution de prêts et de lignes de crédits accordés dans des conditions avantageuses. Une source proche de Vieira prétend que l’appartement était connu sous le nom de bunker. Vieira nie toute malversation. L’enquête se poursuit.

 

Pièce annexée : Mémo de Dave « Huck » Sawyer

à l’attention de Ray Marx, situation politique 2016-2018 et grands titres

d’octobre 2018

La présidente Dilma Rousseff est officiellement destituée le 17 avril 2016. Elle est accusée de crime de responsabilité administrative et de manipulation des comptes publics. L’opération Lava Jato paralyse le gouvernement : on ne peut pas former de coalition sans dessous-de-table. Les juges ont suspendu les contrats Petrobras de tous les fournisseurs importants, grandes sociétés de construction, et compagnies maritimes du Brésil. Le pays est confronté à une récession dévastatrice.

La confiance dans le système politique est érodée. En 2016, une série d’immenses manifestations contre la corruption est organisée dans plus de deux cents villes de tous les États du pays. À São Paulo a lieu la plus grande manifestation de l’histoire de la ville, et qui rassemble plus de deux millions et demi de personnes. Il devient de plus en plus évident que ces manifestations ne concernent plus seulement le gouvernement, mais l’ensemble de la structure politique corrompue du pays.

En octobre 2018, le populiste d’extrême droite Jair Bolsonaro mène campagne pour se faire élire président. Il promet d’unir le pays, de le purger des gauchistes corrompus, et de combattre le crime en y opposant une politique brutale et implacable, sans clémence ni compassion.

Il est réputé pour sa misogynie et ses positions racistes et homophobes. Quelques semaines avant l’élection, Bolsonaro fait l’objet d’un attentat, et il est poignardé alors qu’il s’exprime lors d’une réunion électorale.

Pièce annexée : Invitation à la cérémonie

commémorative en l’honneur de l’inspecteur

de la Polícia Civil Mario Leme, le 8 octobre

2018

Vous êtes convié à une célébration en mémoire de l’un des meilleurs policiers de São Paulo, l’inspecteur Mario Leme, qui se verra conféré, en reconnaissance de ses services, les plus grands honneurs de la ville à titre posthume. Date : le 8 octobre

Heure : 11 h

Lieu : Mairie

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