Bulletin du Comité de Madagascar — 3e année, no 1 (juillet 1897)
Nouvelles de Madagascar
Armée de Madagascar.
Par une décision du Général commandant le corps
d’occupation et Résident Général de France à Madagascar en date du 30 mai 1897, il est créé un 2e régiment de tirailleurs malgaches dont le siège sera à Tananarive. Provisoirement, le 1er bataillon de ce régiment sera seul entièrement constitué.
Le recrutement des nouvelles unités se fait facilement et
rapidement. Les Malgaches, attirés non seulement par les avan-tages pécuniaires qui leur sont assurés, mais encore par les bons traitements et l’esprit de justice qu’ils trouvent au régiment, viennent en grand nombre s’enrôler sous nos drapeaux. Ce fait est d’autant plus heureux qu’il y a là un moyen sûr d’inculquer à ces nouveaux sujets de la France les habitudes de droiture et d’honnêteté qui font un peu défaut dans ce pays, soumis depuis de longues années à un régime despotique qui a vicié les quali-tés natives des indigènes.
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Il est impossible, vu l’étendue du Bulletin, de suivre dans
son extrême détail l’œuvre de pacification. Toutefois, pour per-mettre à nos lecteurs de la juger, nous exposons, à titre d’exemple, les événements récents des cercles d’Ankazobé et d’Ambohimanjaka.
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Cercle d’Ankazobé
M. le chef d’escadrons Lyautey, commandant le cercle d’Ankazobé, a fait parvenir au Résident général un rapport dé-taillé sur les opérations qui ont été exécutées dans l’étendue de son territoire, pendant la période du 8 au 23 mai.
RÉGION D’ANTSATRANA. – Aussitôt après l’installation du poste de Marotsipoy, M. le capitaine Reymond, commandant le secteur d’Antsatrana, a fait, le 9 mai, une nouvelle reconnais-sance du massif du Vombohohitra sur lequel il a établi un poste de vingt tirailleurs commandés par un sergent européen. Placé au point culminant du massif, ce poste surveille la rive gauche de la Betsiboka, le plateau d’Andriba, la plaine d’Antsatrana, la route de Morafeno et particulièrement le long et dangereux dé-filé qui suit à l’Est le pied du Vombitra. Le défilé sera entière-ment battu par une pièce de canon. Un poste optique, établi au même point, communique avec Vohilena et Antsatrana.
Le capitaine Reymond a procédé ensuite à l’organisation du groupe formé par les villages sakalaves de Moratsiazo, Tsin-jorano, Antanetibe, Antandavana, Manankerana et Menadabo, situés au pied du versant nord du Vombohitra. Ces villages, inoccupés à notre arrivée, comptent aujourd’hui plus de six cents habitants ; ils ont repris leur ancien chef, Rainisoa, qui a été officiellement reconnu par le capitaine commandant le sec-teur, jusqu’ici satisfait de son concours. Rainisoa, encore jeune, énergique et intelligent, semble devoir nous rendre des services appréciables.
Il a assuré, dès le début, le service de correspondance entre Antsatrana, Morafeno et Marotsipoy, et a fait construire des pirogues pour le passage permanent de la Betsiboka, les an-ciennes ayant été enlevées par Rabezavana. L’ancien marché du jeudi supprimé par le chef rebelle a été aussi rétabli par Raini-soa ; enfin celui-ci fournit de précieux renseignements sur les insurgés ; c’est ainsi que grâce à ses indications l’on a pu con-naître la présence de Rabezavana, à Andakana, à une journée de marche à l’Est-Nord-Est d’Antsatrana.
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Un noyau de 25 partisans sakalaves armés de snider a été
formé dans ces villages, qui ont fort bien reçu la 3e compagnie malgache, composée en grande partie de Sakalaves de la côte Nord. Dans sa première tournée parmi ces populations, le commandant du secteur a été chaleureusement accueilli. Par leur intermédiaire, cet officier cherche dès maintenant à nouer des relations avec les groupes situés plus au Nord et préparer ainsi notre occupation prochaine d’Ambodiamontana et de la région comprise entre ce point et Tsaratanana.
La population hova qui habitait les villages-postes de Mo-
rafeno, Marotsipoy, Tsaravolo et Antsatrana, et qui était notoi-rement inféodée à Rabezavana s’était jusqu’à présent refusée à rentrer. À l’instigation d’un émissaire nommé Ramianjanoro, quinze de ces Hovas viennent de se présenter à Antsatrana. Ils ont été renvoyés de nouveau, munis de laissez-passer, pour ra-mener de nouveaux habitants. Cent cinq autres, fugitifs des bandes rebelles, se sont rendus au même poste, d’où ils ont été dirigés sur Vohilena, leur pays d’origine.
RÉGION COMPRISE ENTRE ANTSATRANA ET VOHILENA. – Les
10 et 11 mai, une reconnaissance sous les ordres de M. le capi-taine Mourin, de l’État-Major, a établi la liaison entre les postes d’Andranomianitra et de Marotsipoy, assurant ainsi définitive-ment le flanc Est de la route de Vohilena à Morafeno. Elle a ra-mené 32 bœufs, 2 fusils, des munitions et deux prisonniers. Ceux-ci, originaires du village de Vohitsara, ont servi de guides dans notre marche sur Ambohimanjaka et sont devenus nos émissaires.
Les villages de la boucle que forme la Mananta, vis-à-vis de
Tsarahafatra, continuent à se repeupler et comptent aujourd’hui plus de trois cents habitants groupés sous l’autorité du chef Zo-kinitary. Ce dernier a organisé un service de courriers entre Tsa-rafotro et Vohilena, et retrouvé deux pirogues qui assurent le passage de la Mananta, et Andranomianitra.
RÉGION D’AMBOHIMANJAKA. – Ambohimanjaka était, ré-
cemment encore, un point de rassemblement et un centre de
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Un détachement commandé par M. le capitaine Le Moan et composé de 40 tirailleurs sénégalais, 40 tirailleurs malgaches et 30 tirailleurs algériens, partait de Vohilena le 14 mai avec une pièce de 80 de montagne, et allait bivouaquer sur la rive gauche de la Mananta.
Le lendemain, quittant la route directe, sur laquelle le pas-sage de la Lakazaina à Andakana ne peut se faire qu’en pirogue, la colonne obliquait au Nord-Ouest pour franchir le cours d’eau en un gué ne correspondant à aucun chemin tracé et indiqué par un des guides capturés par M. le capitaine Mourin ; elle oc-cupait Ambohimanjaka à midi.
Ce beau village, ancien siège d’un gouvernement hova, est situé au confluent de la Lakazaina et de l’Andranomavo ; il se trouve, de plus, au point d’intersection des routes de Vohilena à Ankazomena et au lac Alaotra, d’Antsatrana par Marotsipoy et Morafeno, et de celle de Fartahitsidio par Ambohimalaza.
Ambohimanjaka est entouré de nombreuses rizières en pleine culture, dont les deux tiers déjà récoltés, et de riches plantations de café, de mûrier et de tabac en pleine exploitation. Environ six cents kilogrammes de café ont été trouvés dans les cases. Le village était intact, mais complètement désert ; les ha-bitants, rebelles comme tous ceux de la région, avaient fui de-vant notre arrivée imminente et s’étaient installés dans des campements voisins.
Le capitaine Le Moan lança immédiatement, en leur fixant des itinéraires convergents, quatre reconnaissances qui de-vaient battre les environs pendant les journées des 15 et 16 et se rabattre ensuite sur Ambohimanjaka. Elles étaient respective-ment commandées par MM. le capitaine Mourin et les lieute-nants Bellanger, Bloch et Colonna.
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Le lieutenant Bloch reconnaissait, sur la rive droite de la
Lakazaina, le chemin de Vohitsara où il se reliait avec une re-connaissance partie simultanément de Vohilena. Le 16, il sur-prenait un groupe de fugitifs qui l’accueillait à coups de fusils et auquel il tuait deux hommes et faisait cinq prisonniers, s’emparant en même temps de deux fusils à tir rapide, 20 car-touches et 689 bœufs.
Le lieutenant Colonna, dirigé vers le Nord pour se rabattre
ensuite vers l’Est, attaquait le même jour un groupe de rebelles auquel il tuait deux hommes, faisait trois prisonniers et enlevait quatre fusils et 1.100 bœufs.
Le capitaine Mourin et le lieutenant Bellanger, partis vers
l’Est pour se rabattre ensuite vers le Nord, reconnaissaient le massif montagneux Analamantsiva1 où les rebelles étaient for-tement établis dans une gorge boisée à la lisière de laquelle ils recevaient les reconnaissances par une fusillade nourrie, mais inoffensive. Ils s’enfuirent peu après abandonnant deux morts sur le terrain et laissant entre nos mains quatorze prisonniers, onze fusils, dont sept à tir rapide, des munitions et 232 bœufs. Un groupe de 68 personnes se présentant avec le drapeau blanc, fut renvoyé sous escorte à Ambohimanjaka.
D’autre part, le lieutenant Matagne, commandant le poste
de Marotsipoy, ayant été avisé de la marche sur Ambohimanja-ka, avait dirigé sur ce point, le 15, une reconnaissance de 40 fu-sils. Celle-ci rencontra le gros des fugitifs fuyant vers le Nord, au moment où il débouchait du marais d’Amparihiandriambary, aux sources de la Mahajamba. Le lieutenant leur présenta d’abord le drapeau blanc en leur faisant des appels qui sont ac-cueillis à coups de fusil. Il répondit à son tour par quelques coups de feu qui tuèrent trois rebelles ; puis à l’aide de pa-trouilles détachées, il captura 130 personnes, prit neuf fusils, 60 cartouches et 600 bœufs. Il entrait à Ambohimanjaka, avec sa
1 Ne pas confondre avec le massif du même nom situé à l’est de Ti-koderaina.
– 44 – prise, à 5 heures du soir. Cet heureux coup de main, outre son résultat matériel, a eu l’avantage d’assurer la liaison entre Ma-rotsipoy et Ambohimanjaka le jour même de l’occupation de ce dernier point.
Le surlendemain 17 mai, le lieutenant Bellanger, procédant à la reconnaissance d’Ankazomena à l’Est, et d’Ambohimalaza au Sud, pour préparer sa communication avec Fartahitsidiso, capturait un troupeau de 320 bœufs dont les gardiens s’enfuyaient après avoir tiré quelques coups de feu.
Ces diverses opérations qui ne nous ont coûté aucune perte, ont eu les résultats suivants : 9 rebelles tués, 220 prison-niers ; 26 fusils dont 17 à tir rapide, 2.741 bœufs capturés.
Il résulte des déclarations des prisonniers que les groupes rebelles de la région Ambohimanjaka Ankazomena, représen-tant environ 3 ou 4.000 individus, obéissent à Rainiboto 9 hrs, ancien gouverneur hova d’Ambohimanjaka, et à Rainitsamba 9 hrs, ancien chef hova de Vohilena.
M. le capitaine Landeroin, arrivé le 18 mai à Ambohiman-jaka, a pris à cette date le commandement du secteur qui y a été constitué. M. le capitaine Le Moan est reparti le même jour pour Vohilena.
Cercle d’Ambatondrazaka
La situation est satisfaisante, dans le cercle d’Ambatondrazaka.
À la suite des opérations effectuées à l’Ouest du lac Alaotra, l’installation de nos postes et blockhaus dans cette région n’a pas été inquiétée. D’importants groupes d’habitants Sihanakas se sont détachés des Marofotsy et sont venus faire leur soumis-sion ; des reconnaissances fréquentes vers l’Ouest continuent aussi à ramener les indigènes réfugiés dans les bois ; enfin, la plupart des Menalambas ont regagné la région d’Ampandrana,
– 45 – et le grand chef Ramanemaso n’a plus autour de lui qu’une cen-taine d’hommes armés.
SECTEUR D’AMBATONDRAZAKA. – La récolte du riz, au-
jourd’hui à peu près achevée, est de moitié au moins inférieure à celle des années précédentes, mais sera cependant suffisante pour l’alimentation de la population, car cette province expor-tait autrefois beaucoup de riz. Le prix de cette denrée est actuel-lement de 0 fr. 80 la mesure.
Les Zafimpanotany fournissent quotidiennement cent tra-
vailleurs pour l’aménagement de la route comprise entre le mont Antaroaka et la lisière orientale de la grande forêt, partie de l’itinéraire récemment suivi par M. le lieutenant Trousselle.
SECTEUR NORD. – Une bande d’une soixantaine de pillards
ayant attaqué le village d’Antenina et enlevé un certain nombre de bœufs, une reconnaissance fut envoyée dans la région d’Anosimboahangy, dont les habitants étaient soupçonnés de ce méfait.
Douze indigènes du village, convaincus d’avoir pris une
part active à l’attaque d’Antenina, ont été arrêtés et incarcérés à Imerimandroso, en attendant leur comparution devant le tribu-nal.
M. le capitaine Chieusse a été chargé de faire une enquête
sur cet événement, et de prendre les mesures nécessaires pour assurer la tranquillité et la sécurité du pays.
Cent cinquante habitants sont rentrés à Ambohijanahary ;
le même nombre a réintégré Amparafaravola, et une cinquan-taine se sont rendus à Ambohipeno. Enfin, le chef d’Ankasovalo, Andriambohiny, est venu faire sa soumission.
SECTEUR DE MORARANO. – M. le lieutenant Marchegay,
commandant du secteur, a exécuté, les 1er et 7 mai, des recon-naissances dans les environs de son poste ; il a pu, au cours de la seconde, délivrer un assez grand nombre d’habitants retenus prisonniers par les rebelles.
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Le nombre des soumissions a été de 600 environ pendant la première quinzaine de mai ; 60 fusils ont été rendus.
Un service régulier de correspondance fonctionne actuel-lement deux fois par semaine, entre Ambatondrazaka et les postes situés à l’Ouest du lac, par la route d’Ambohidehilahy, Mabakary et Ambatomainty.
SECTEUR SUD-OUEST. – M. le lieutenant Umbricht a été chargé de déterminer, de concert avec un officier de la 2e com-pagnie malgache, les limites de l’Antsihanaka au Sud, c’est-à-dire depuis Anjiro jusqu’au Nord de Didy.
SECTEUR SUD. – Les habitants de Didy ont fait leur soumis-sion complète ; les derniers rentrés ont rendu 34 fusils dont 12 Snider. Le principal chef, Andriandanomanarivo est allé se pré-senter au commandant du cercle, à Ambatondrazaka.
Tulléar
Un rapport de M. le Résident Estèbe donne des détails sur les récents événements de Tulléar.
Le roi Tompomanana, mal conseillé par certains de ses principaux vassaux et excité par l’exemple de son oncle, le roi Andriamanga, qui, profitant de son éloignement, venait de refu-ser de reconnaître notre autorité, avait manifesté des intentions hostiles à notre égard. À son instigation, les habitants de Ma-nambo avaient fui leurs villages et gagné la brousse. La compa-gnie de milice de Tulléar, commandée par M. le garde principal Laurent se rendit aussitôt à Manambo.
Le roi Tompomanana la fit entourer par deux mille de ses guerriers. Mais la compagnie forte seulement de 125 hommes ne se laissa pas intimider et par son attitude ferme et énergique en imposa à Tompomanana qui se soumit et accepta toutes les conditions qui lui furent faites. Le roi dut rentrer dans son An-donaka, laisser flotter notre pavillon près de la porte principale
– 47 – de sa demeure et garder chez lui un détachement de cinquante miliciens.
Les habitants qui avaient fui furent rappelés et revinrent
dans leurs villages avec leurs femmes, leurs enfants et leurs troupeaux. Ce n’est qu’à ces conditions que M. Laurent consen-tit à mettre en liberté les deux beaux-frères du roi qu’il avait fait prisonniers dès le début des hostilités.
Cette affaire s’est heureusement terminée sans effusion de
sang, grâce au sang-froid des gradés et des miliciens.
Soumission de Rabezavana
Cet événement important a été amené par d’habiles négo-
ciations dirigées par M. le chef d’escadrons Lyautey et M. le ca-pitaine Reymond. Deux personnages de la caste même de Rabe-zavana, Rainianjanoro, 13 hrs, et Ratomahenina, juge, qui avaient eu autrefois des relations avec le chef rebelle, avaient été envoyés dans le Nord au commencement de mai, pour essayer de l’amener à faire sa soumission.
Leurs ouvertures furent reçues avec empressement par
Rabezavana, lors de l’entrevue que ce chef leur accorda en son camp d’Ambodiamontana, le 21 mai. Vite persuadé de l’intérêt qu’il y avait pour lui à cesser les hostilités, Rabezavana mit long-temps à vaincre les craintes que lui inspirait l’idée de soumis-sion complète. Il dépêcha son père au poste français d’Antsatrana où on le reçut bien et d’où on le renvoya sur Am-bodiamontana.
Enfin, le 29 mai, Rabezavana, encore fort peu rassuré, se
présenta au capitaine Reymond commandant le poste d’Antsatrana, offrant sa soumission complète. De là il fut con-duit à Morafeno, où M. le commandant Lyautey le reçut entouré d’un appareil militaire destiné à frapper l’esprit du chef vaincu.
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Ce dernier mit à notre service la grosse influence qu’il pos-sède sur les autres chefs de bandes ; il leur écrivit aussitôt les invitant à se soumettre comme lui, promit de ramener dans le devoir tous les gens qui lui étaient fidèles, et offrit de guider les troupes françaises chargées d’occuper la vallée de la Mahajamba jusqu’à Tsaratanana.
Les bons effets de la politique adoptée vis-à-vis de Rabeza-vana n’ont pas tardé à se faire sentir. Le 6 juin, M. le capitaine Reymond se présentait devant Ambodiamontana, où il recevait la soumission de 300 rebelles, conduits par Rabezavana lui-même ; le même jour, 150 Sakalaves se rendaient à Antsatrana.
Enfin, par télégramme du 9 juin, M. le commandant Lyau-tey annonce que Retsimba, le chef rebelle de Vohilena, récem-ment soumis, a ramené dans ce poste 150 personnes et remis 45 fusils Sniders.
Soumission de Rainibetsimisaraka
Le chef rebelle Rainibetsimisaraka a accompli sa soumis-sion. Il s’est rendu au poste d’Ambohimirary (cercle annexe de Betafo).
Rainibetsimisaraka est un brigand célèbre depuis long-temps à Madagascar.
Betsiléo de naissance, Rainibetsimisaraka est originaire de la vallée du Manandona et s’était fait, dans sa jeunesse, une ré-putation de voleur audacieux. Un peu plus tard, il se livra à la fabrication d’amulettes, ody en malgache, qui, prétendait-il, le mettaient à l’abri de l’emprisonnement. Arrêté à deux reprises par les autorités malgaches, il s’évada, et ces évasions répétées accrurent la foi du peuple en la vertu des amulettes qu’il fabri-quait.
Cependant, sa deuxième sortie de prison n’avait été obte-nue que par une transaction amiable avec les gouvernants
– 49 – d’alors (c’était en 1895). Nommé gardien des bœufs de Raini-laiarivony dans l’Ankaratra, il surveillait aussi, pour le compte de certains personnages de la cour, l’exploitation des gisements aurifères des affluents de l’Onive.
C’est en cette qualité qu’il entra en scène en mars 1896,
lors de l’excursion de MM. Duret de Brie, Grand et Michaud, du côté de Tsinjoarivo.
Après la sanglante affaire de Manarintsoa, pour attirer les
populations à sa cause, il se fit chef politique et prêcha l’insurrection contre les Français.
Chacun connaît la suite des événements. Après avoir été
tout-puissant dans le Voromahery, il dut peu à peu reculer de-vant les progrès incessants de nos troupes jusqu’au jour où, tra-qué de tous côtés, abandonné par tous ses lieutenants, suivi seu-lement de quelques rares fidèles, il se rendit compte qu’il n’y avait de salut pour lui qu’en la générosité de ses adversaires. Et presque seul, avec deux compagnons seulement, il vint se rendre au poste français d’Ambohimirary, où un de ses frères habite depuis longtemps.
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Le calme est à peu près rétabli aujourd’hui dans la région
d’Ambohimanga troublée depuis les premiers jours du mois de mai par la révolte inopinée des Tanalas. Ces événements peu-vent se résumer ainsi.
Le mouvement insurrectionnel, provoqué par le gouver-
neur Revanarivo, son frère Ramonjy et les principaux Andriam-baventy, éclatait d’abord à Ambohimanga dont le poste était attaqué le 10 mai, et où M. le lieutenant Vaillant était blessé ; de là, il se propageait avec rapidité dans tout le pays. Un colon français, M. Paty, était assassiné à quelques heures de ce lieu,
– 50 – sur la route de Masindray. Enfin, un détachement de milice, parti le 18 de cette dernière localité pour reconnaître le pays, était obligé de s’y réfugier quelques jours après ayant eu deux hommes tués et plusieurs blessés. Tous les habitants soulevés avaient abandonné leurs villages ; les chemins et les routes oc-cupés par les rebelles étaient partout coupés d’énormes abatis.
Cette révolte a été apaisée, grâce à la promptitude d’action de MM. les capitaines Deleuze et Lefort, et de M. le résident Besson.
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Les opérations dirigées par le capitaine Michelangeli ont dispersé les rebelles qui se tenaient encore dans la forêt, au sud de la route de Tamatave et assuré les communications entre les deux cercles de Tsiafahy et de Moramanga par les nombreux sentiers qui sillonnent la forêt.
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M. Chapotte, garde général des forêts, a fait un voyage de Fianarantsoa à Port-Dauphin.
Il a accompli le voyage en vingt-deux jours par l’intérieur, passant par Ihosy et Betsoky.
Il est revenu en vingt jours, en suivant le littoral, jusqu’à Faranfaga, puis passant par Mahanianina et Ikongo, il a rappor-té d’intéressants renseignements sur les populations, la géolo-gie, l’orographie et l’hydrographie de cette région peu connue.
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Gisements d’or
Au cours d’un voyage d’Ambodifiakarana (du Voromahery)
à Ikora (du Fisakana), l’attention de M. le capitaine Deleuze a été attirée par des gisements aurifères, jadis exploités, entre Ambohi, Mananarivo et Ikora.
Des filons de quartz très nombreux, des chutes d’eau et une
main d’œuvre facile à trouver sur place rendront peut-être inté-ressante la prospection de ces régions, quand la pacification en sera terminée.
D’après les indigènes, certains gisements ont donné au dé-
but jusqu’à deux grammes d’or par jour et par couple de travail-leurs.
Ces gisements paraissent situés symétriquement à ceux de
la vallée de la Sahatorendrika par rapport à cette rivière.
M. le capitaine Deleuze a également constaté l’existence de
gisements aurifères dans les affluents les plus orientaux de la Mania. Mais les circonstances dans lesquelles le terrain a été parcouru et la nature du sol, en partie boisé, ne permettent de donner ce dernier renseignement que comme une simple indi-cation.
NÉCROLOGIE
Sur la proposition de M. d’Estournelles, le Comité a décidé,
à l’unanimité, d’adresser à M. le Ministre des Affaires étran-gères une lettre exprimant le profond regret causé par la mort de M. Ranchot à tous les Français qui ont suivi les débuts de notre occupation de Madagascar. Les services de M. Ranchot ne se comptaient plus. Sa mort prématurée prive la France d’un de ses meilleurs serviteurs et Madagascar d’un des hommes qui connaissaient le mieux notre nouvelle colonie et avaient le plus contribué à sa fondation.
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