Caprices d'un Bibliophile
Simple Coup-D'œil sur le Roman Moderne
SIMPLE COUP-D'ŒIL
SUR
LE ROMAN MODERNE
Tenent Tympanum et Cytharam, et
gaudent ad sonum organi.
JOB, XXI.
I
VOUS achetiez un Roman, il y a quelques vingt ans, Monsieur, et, tout heureux de votre emplette, signée d'un nom aimé, vous vous preniez à lire,—les pieds sur les chenets,—les vigoureuses aventures d'un d'Artagnan superbe, d'un héros cambré, souple et fort comme l'acier de sa lame, qui vous menait bon train, à travers mille casse-cous, au chapitre final, où triomphait sa cause.
C'était par une belle matinée de mai, de septembre ou d'octobre; le ciel était pur ou nuageux, l'air tiède ou vif, les feuilles d'un vert tendre ou d'un chaud orangé,—peu importe; en deux temps, vous aviez lié connaissance avec votre homme, détaillé vivement sa mise, conçu votre sympathie, et, avec toute la simplicité de votre belle âme de lecteur,—vous vous intéressiez à ce fringant jeune premier que vous veniez d'entrevoir et que vous ne deviez plus quitter jusqu'à la fin de ses peines.
Que de galantes intrigues! Quelles joyeuses équipées! Vous en souvenez-vous?