Caprices d'un Bibliophile

Octave Uzanne · Chapitre 28 sur 39

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Caprices d'un Bibliophile

Chapitre VI

Avec Gustave Flaubert et Madame Bovary, se dessine dans sa véritable incarnation le Roman moderne: c'est de ce chef-d'œuvre, à la fois lumineux de réalité, saisissant et osé, que prennent source les productions remarquables si discutées aujourd'hui.

Flaubert a créé un genre, qui tâtonnait et se cherchait avant lui, et, dit-on, il l'a crée comme se créent les belles choses, sans avoir l'idée même de sa hardiesse, sans le voulu, sans la prétention de faire une merveille; il a écrit Madame Bovary, parce qu'il avait vécu son

roman;[1] il avait vu, il est venu,—il a vaincu,—la fameuse promenade en fiacre, semblait même à l'auteur, la chose la plus chaste du monde; Flaubert avait mis là, toute la virginité, toute l'heureuse naïveté de son talent; il racontait et ne faisait pas, à son sens, une peinture immorale.

Après Madame Bovary on voit apparaître la Fanny de Feydeau, L'Affaire Clémenceau de Dumas fils, certains Romans à sensation d'Alphonse Karr, de Sandeau, de Feuillet, de George Sand, dans une tonalité différente, ainsi qu'une foule d'œuvres justement célèbres, signées des noms les plus connus.

Edmond et Jules de Goncourt spécialisent le genre, dans cette admirable série d'études qui commencent à franchir le cercle restreint, mais artistique, où leur immense talent fut apprécié et admiré dès l'origine. Puis vient Zola, qui se cantonne en pleine époque impériale, de 1852 à 1870, et qui, avec une vigueur géniale, nous en trace les types les mieux accusés.—La Fortune des Rougon, La Curée, La Conquête de Plassans, La Faute de l'Abbé Mouret et L'Assommoir sont des Romans typiques, forts, accentués et vigoureusement traités par un artiste qui voit très juste à travers la fougue de son tempérament.