Dictionnaire Ety
1.5. La classification des glottonymes dans un dictionnaire étymologique panroman. L’exemple des dialectes italiens
Marco Maggiore
1.5. La classification des glottonymes dans
un dictionnaire étymologique panroman.
L’exemple des dialectes italiens
1 Considérations préliminaires
Tout travail qui se dit scientifique doit se fonder sur une description rigoureuse de son objet d’étude, et tout système descriptif repose nécessairement sur un certain degré d’abstraction. 1 En exprimant ces constats, nous n’aspirons évi-demment pas à paraître très original ; néanmoins, il ne nous semble pas oiseux de rappeler la part inévitablement arbitraire de toute opération intellectuelle visant à représenter la complexité du réel à l’aide d’un nombre fini d’éléments formalisés.
Dans le cas d’une entreprise comme le Dictionnaire Étymologique Roman (DÉRom), dont le but est de tracer une synthèse étymologique panromane, une telle opération se traduit, entre autres, par l’établissement, relativement à chaque idiome ou à chaque branche linguistique traités par le projet, d’un inven-taire fini de glottonymes, c’est-à-dire de noms qui désignent des variétés linguis-tiques. La décision de consacrer un chapitre de ce livre au problème de la classi-fication des glottonymes témoigne de l’attitude du DÉRom, évidente depuis son début, qui consiste à soumettre soigneusement à la réflexion et à proposer à l’évaluation de la communauté scientifique tous les aspects de son échafaudage conceptuel et formel, sans exclusion des détails les plus menus. De fait, le cha-pitre constitue le premier résultat tangible (cf. aussi Maggiore à paraître) du tra-
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1 Nos remerciements s’adressent à Fabio Aprea (Université de Rome « La Sapienza »), Maria Reina Bastardas i Rufat (Université de Barcelone), Éva Buchi (ATILF [CNRS/Université de Lorraine], Nancy), Giorgio Cadorini (Université de Silésie d’Opava), Victor Celac (Académie roumaine, Institut de linguistique « Iorgu Iordan – Al. Rosetti », Bucarest), Rosario Coluccia (Université du Salento, Lecce), Pär Larson (OVI, Florence), Wolfgang Schweickard (Université de la Sarre, Sarrebruck), Matthieu Segui (Université Johann Wolfgang Goethe de Francfort-sur-le-Main) et Pierre Swiggers (FWO/Université de Leuven) pour leur relecture critique de ces pages.
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Adresse de correspondance : Marco Maggiore, Istituto Opera del Vocabolario Italiano (OVI), Consiglio Nazionale delle Ricerche, Via di Castello 46, I-50141 Florence, maggiore@ovi.cnr.it.
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vail conduit par la commission « Classification des glottonymes », présidée par Myriam Benarroch (Université de Paris-Sorbonne), que l’équipe a mise en place, en même temps que d’autres, lors du 11 e Atelier DÉRom, qui s’est tenu les 28/29 novembre 2014 à Sarrebruck, dans le but de résoudre les questions encore res-tées en suspens au sein du projet (cf. Buchi/Schweickard 2014b, 29–31).
Dans les quelques pages qui suivent, nous limiterons nos considérations à la nomenclature glottonymique que le DÉRom a retenue pour les variétés italo-romanes. Si nous choisissons de nous concentrer sur l’italien et ses dialectes, c’est pour de bonnes raisons : en plus d’être l’aire européenne caractérisée par le plus haut degré de différenciation dialectale (cf. Rohlfs 1972, 26), la péninsule Italienne a été le centre d’irradiation de l’ancienne langue de Rome, ancêtre commun des langues romanes. Ce qui entraîne aussi, parmi d’autres consé-quences, un fait bien connu et normalement accepté par les romanistes : c’est-à-dire que l’étude du lexique italien (de la langue commune et de ses dialectes) fournit des apports fondamentaux pour la connaissance du patrimoine lexical latin non documenté par la tradition textuelle (cf. Pfister 2005 ; Coluccia 2014, 265), ou bien, pour le formuler au plus près des intérêts du projet, pour la re-construction du lexique protoroman.
En outre, la géographie linguistique italienne est caractérisée par la coexis-tence de systèmes vocaliques remontant à plusieurs systèmes protoromans irréductibles, dont certains sont considérés comme très archaïques (cf. Devoto/ Giacomelli 1991, 108–110), tel le vocalisme de type « sarde » qui survit en Sar-daigne et dans une petite aire de l’Italie méridionale (le « lucanien-calabrais » de la zona Lausberg). De plus, l’Italie est traversée par la principale isoglosse de la Romania, la ligne La Spezia-Rimini – ou plus précisément la ligne Massa-Senigallia (cf. Pellegrini 1977) –, qui est considérée depuis von Wartburg (1950, 62–74) comme la limite entre la Romania occidentale et la Romania orientale (cf. Loporcaro 2009, 82–83). Il serait superflu d’insister fortement sur le carac-tère central de tous ces faits dans l’étude de l’ancêtre commun des langues ro-manes et de sa stratification interne.
Il paraît donc utile de s’interroger sur la manière dont le DÉRom tente de représenter l’Italoromania dans ses articles d’une manière adéquate à ses priori-tés scientifiques (qui n’envisagent aucunement la description de la variation linguistique à l’intérieur des domaines concernés), tout en respectant une cer-taine cohérence avec les pratiques des deux entreprises lexicographiques qui fournissent les ouvrages de référence pour l’italien, le LEI et le TLIO. Il va de soi, cependant, que les considérations que nous développerons ici pourront valoir en partie, du moins dans les lignes générales, aussi pour les autres sous-domaines linguistiques de la Romania.
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Notre discours s’articulera de la manière suivante : après avoir jeté un coup d’œil sur la classification glottonymique de l’italien dans le REW3 (2), nous ob-serverons l’ensemble des étiquettes géolinguistiques utilisées dans la première phase du projet (ci-dessous 3.1), en relevant quelques aspects améliorables (3.2), puis nous ferons mention d’une proposition visant à modifier le système initial (4) ; enfin nous examinerons la solution actuelle (5) avant de tirer quelques conclusions (6).
2 Glottonymie italienne dans le REW3
Le spécialiste qui consulte la section « Abkürzungen – Sprachen und Mundar-ten » du REW3 (pages XXVII–XXXII) s’aperçoit aisément de la grande quantité d’abréviations géolinguistiques consacrées au domaine italien : sur un nombre total de 559 glottonymes, 210 se rattachent à des dialectes que le DÉRom classe sous le glottonyme englobant « it. ». Au-delà de l’évidence arithmétique (plus d’un tiers des étiquettes concentré dans un seul domaine), on peut observer plus précisément, afin d’illustrer les choix de Meyer-Lübke, les glottonymes italoromans de la tranche alphabétique A- de la liste du REW3 (pages XXVII– XXVIII) :
Tableau 1 : Extrait de la liste des glottonymes italoromans du REW3
abruzz. dialecte des Abruzzes
agnon. dialecte d’Agnone (Abruzzes) ait. ancien italien
alatr. dialecte d’Alatri (Latium) alb. (piem.) dialecte d’Alba (Piémont) albos. dialecte d’Albosaggia (Lombardie) amand. dialecte d’Amandola (Marches) amail. ancien milanais (Lombardie) amas. dialecte d’Amaseno (Latium) ancon. dialecte d’Ancona (Marches) andr. dialecte d’Andria (Pouilles) apav. ancien pavesan (Lombardie) aprigl. dialecte d’Aprigliano (Calabre) apul. apulien
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aquil. dialecte d’Aquila (Abruzzes) arbed. dialecte d’Arbedo (Tessin) arcev. dialecte d’Arcevia (Marches) aret. dialecte d’Arezzo (Toscane) arpin. dialecte d’Arpino (Latium) ascol. dialecte d’Ascoli (Marches) ast. dialecte d’Asti (Piémont) avell. dialecte d’Avellino (Campanie) avenez. ancien vénitien
L’examen de cette liste très partielle nous semble instructif. Il est évident que Meyer-Lübke n’a pas conçu un système d’abréviations géographiques établi une fois pour toutes et immuable : il a agi plutôt de manière empirique, en ajoutant une nouvelle étiquette à chaque fois qu’une source lui fournissait des informa-tions sur une variété dialectale jamais traitée auparavant, sans trop se soucier de la transparence de ses abréviations. Le premier critère sur lequel le maître suisse s’est fondé est celui de la précision scientifique, qui entraîne le respect absolu de la documentation (il pourrait être fautif d’attribuer telle unité lexicale à une aire dialectale entière plutôt qu’au point précis où elle a été relevée).
Le nombre imposant des glottonymes du domaine italien constitue sans doute un reflet de l’importance que Meyer-Lübke attribuait – avec raison – à ce domaine dans le cadre de l’étymologie romane. Mais il pourrait s’agir aussi, en même temps, d’une conséquence de la richesse particulière des études étymo-logiques et lexicologiques portant sur l’espace dialectal italien, qui comptaient déjà, à l’époque, les travaux de Graziadio Isaia Ascoli, Giulio Bertoni, Clemente Merlo, Gerhard Rohlfs et Carlo Salvioni, pour ne se limiter qu’aux noms les plus récurrents dans la bibliographie du REW3.
Le DÉRom, qui nourrit l’aspiration de remplacer un jour le REW3 en tant qu’ouvrage de référence en étymologie romane, se détache du modus operandi de son prédécesseur. D’abord, le DÉRom doit tenir compte d’une base documen-taire beaucoup plus ample que celle du REW3, ce qui rend la méthode empirique employée par Meyer-Lübke peu opératoire. Pour des raisons pratiques autant que, à bien y réfléchir, théoriques (prise en compte équilibrée des différentes branches romanes dans la reconstruction), les normes de rédaction du nouveau dictionnaire panroman optent pour une classification prédéterminée, établie en amont de la rédaction. Ce parti pris linguistique et lexicographique est par ail-leurs parfaitement en phase avec l’encadrement informatique du projet (cf. Souvay/Renders 2014), qui recommande la sélection d’un nombre limité d’items 1.5. La classification des glottonymes dans un dictionnaire étymologique panroman | 83
aisément gérables et reconnaissables par le langage XML qui supporte la rédac-tion des articles. Dans ce contexte, il était difficile, voire impossible, de mettre en place une classification rigoureuse et aux mailles étroites des glottonymes sur le modèle de celle utilisée par le LEI : la liste des glottonymes de ce diction-naire occupe en entier un volume de 427 pages utilisé par les rédacteurs, le Libro giallo (Pfister/Schweickard/Lupis 2012). Une opération classificatoire con-duite à ce niveau de détail et étendue à l’ensemble des variétés romanes an-ciennes et modernes aurait non seulement été sans incidence aucune sur les résultats de recherche du projet, mais aurait absorbé pendant plusieurs années les meilleures énergies de ses collaborateurs.
3 Ancien système
3.1 Présentation de la classification retenue
Dans sa première phase, telle qu’elle est illustrée notamment par les articles lexicographiques publiés dans le DÉRom 1 (Buchi/Schweickard 2014a, 325– 647), le DÉRom a utilisé pour l’italien et ses dialectes la liste de glottonymes contenue dans le tableau suivant. Il s’agit d’un modèle aux mailles assez larges, qui fait l’effort de concilier bon sens et précision scientifique.
Tableau 2 : Systématisation des glottonymes italoromans durant la première phase du DÉRom
it. italien
itsept. dialectes italiens septentrionaux lig. ligure
piém. piémontais
lomb. lombard
trent. trentain
émil.-romagn. émilien-romagnol bol. bolonais
vén. vénitien (it. veneto ) itcentr. dialectes italiens centraux tosc. toscan
cors. corse
march. dialectes des Marches 84 | Marco Maggiore
it. italien
ombr. ombrien
abr. dialectes des Abruzzes laz. dialectes du Latium
itmérid. dialectes italiens méridionaux camp. campanien
apul. apulien
salent. salentin
luc. dialectes de la Lucanie (Basilicate)
luc.-cal. « lucanien-calabrais » de la zona Lausberg cal. calabrais
sic. sicilien
Examinons plus en détail les 23 unités délimitées. Pour plus de lisibilité, on peut les regrouper dans trois groupes qui correspondent à trois niveaux de hiérarchi-sation :
(1) Glottonymes relatifs à une aire large (« itsept. », « itcentr. » et « itmérid. »).
Chacune de ces étiquettes regroupe un certain nombre de glottonymes plus
restreints : sous « itsept. » on trouve « lig. », « piém. », « lomb. », « trent. »,
« émil.-romagn. », « bol. » et « vén. » ; « itcentr. » est subdivisé en « tosc. »,
« cors. », « march. », « ombr. », « abr. », « laz. » ; enfin, « itmérid. » com-
prend « camp. », « apul. », « salent. », « luc. », « luc.-cal. »,2 « cal. » et
« sic. ».
(2) Glottonymes relatifs à une aire plus restreinte : « lig. » « piém. », « lomb. »
etc.
(3) Glottonyme relatif à une localité précise : c’est le cas de la seule étiquette
« bol. », qui renvoie au dialecte de la ville de Bologne, à considérer donc
comme un sous-groupe de « émil.-romagn. ».3
Voici une réélaboration du tableau, qui rend explicite cette hiérarchisation (sous I., II. et III.) :
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2 Le glottonyme « luc.-cal. » (« lucanien-calabrais » de la zona Lausberg) a été ajouté en 2014 sur notre proposition.
3 Dans le LEI, le bolonais est classé sous les dialectes émiliens orientaux, avec l’étiquette « emil. or. (bol.) ».
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Tableau 3 : Présentation raisonnée des données du tableau 2
it. italien I. II. III.
itsept. dialectes italiens septentrionaux
lig. ligure piém. piémontais lomb. lombard trent. trentin émil.-romagn. émilien-romagnol
bol. bolonais
vén. vénitien (it. veneto)
itcentr. dialectes italiens centraux
tosc. toscan cors. corse march. dialectes des Marches ombr. ombrien abr. dialectes des Abruzzes laz. dialectes du Latium
itmérid. dialectes italiens méridionaux
camp. campanien apul. apulien salent. salentin luc. dialectes de la Lucanie (Basilicate) luc.-cal. « lucanien-calabrais » de la zona Lausberg cal. calabrais sic. sicilien
Une particularité concernant le traitement de l’italien au sein du DÉRom mérite d’être soulignée. Suite à une suggestion de Max Pfister lors du 7 e Atelier DÉRom, qui s’est tenu les 18/19 novembre 2011 à Sarrebruck, la décision a été prise de marquer par une étiquette géolinguistique spécifique la localisation de la pre-mière attestation des cognats italiens, alors même que de telles indications ne sont jamais fournies pour les autres domaines linguistiques. Comme l’attestent les exemples ci-dessous, tirés de Maggiore 2014 in DÉRom s.v. */'klaβ-e/, la localisation de la première attestation peut tout au plus être déduite, dans cer-86 | Marco Maggiore
tains cas, de la source qui la fournit (le sigle « RolS2 » renvoie ainsi à la Chanson de Roland, d’origine normande ou anglo-normande) :
– « dacoroum. cheie (dp. 1567/1568, Coresi, T. Ev. 40 ; DA/DLR ; Tiktin3 ; EWRS ; Candrea-
Densusianu n° 324 ; DA ; Cioranescu n° 1697 ; Mihăilă, D. 85 ; MDA) » ;
– « fr. clé (dp. ca 1100, RolS2 230 ; GdfC ; FEW 2, 764a ; TL ; TLF ; AND2 ; ALF 301) » ;
– « occit. clau (dp. 1100/1115, AppelChrestomathie 150 ; Raynouard ; Levy ; FEW 2, 764a ;
Pansier 3 ; ALF 301) » ;
– « gal./port. chave (dp. 1277, CunhaÍndice ; DDGM ; Buschmann ; DRAG2 ; DELP3 ;
HouaissGrande [17/11/2014] ; CunhaVocabulário2 ; ALPI 106 ».
Le statut particulier de l’italien nous paraît amplement justifié : il souligne la position singulière des variétés italiennes médiévales. Il n’est pas du tout super-flu de signaler au lecteur que la première attestation d’un cognat italien pro-vient du domaine lombard ou sicilien, par exemple : en réalité, pour l’époque médiévale, ce serait un contresens de marquer tout simplement comme « it. » (ce qui équivaudrait à dire, pour cette époque, « florentin ») des données qui appartiennent à d’autres aires dialectales italiennes (et parfois, comme dans le cas des variétés septentrionales, à des variétés que l’on pourrait avec de bons arguments considérer comme formant une branche à part de l’arbre phylogéné-tique roman). Voici le paragraphe du Livre bleu, 4 le fascicule de ressources du DÉRom, qui ratifie cette pratique instaurée en 2011 :
« En raison de la situation particulière de l’italien, marqué par une forte variation dialec-
tale et une standardisation tardive, on précise obligatoirement entre crochets – sauf si la
source consultée, notamment le LEI ou le TLIO, considère qu’il s’agit déjà d’‹italien› – la
variété dialectale dont est tirée la première attestation, en utilisant les abréviations du
DÉRom (‹alig.›, ‹apiém.›, ‹alomb.› etc., cf. ci-dessous 2.4). En revanche, à cette exception
près et sauf cas tout à fait particulier, on ne précise ni la localisation, ni l’auteur ni le texte
dont est tirée la première attestation » (Livre bleu § 2.3.6.4).
Ainsi, pour en revenir à l’article */'klaβ-e/, sa première version, mise en ligne le 29 décembre 2014 et remplacée seulement le 1er juin 2016, précisait entre cro-chets carrés que la première attestation d’it. chiave a été relevée dans un texte vénitien : « it. e chiave (dp. fin 12 s. [avén. clave], Sarti in TLIO ; DELI ; AIS 889) » 2
(cf. ci-dessous 5 pour l’évolution ultérieure de la pratique déromienne et son application à l’article */'klaβ-e/).
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4 Cet outil de travail a connu six éditions papier. Sa version électronique à jour, que nous citons ici (consultée le 15/02/2016), est accessible (sur mot de passe) en mode rédaction sur le site du projet.
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3.2 Problèmes posés par cette classification
La classification présentée ci-dessus s’est avérée pratique et fonctionnelle lors de la première phase de réalisation du projet, qui s’occupait en principe exclu-sivement – les exceptions ont toujours été justifiées par un intérêt de recherche avéré – d’étymons (plus ou moins) panromans, normalement continués par une unité de l’italien standard ; dans ces conditions, il arrive très rarement de citer des données dialectales. Mais il est souhaitable, du moins à notre avis, que dans l’avenir le projet consacre plus d’énergie au traitement des bases protoromanes continuées seulement par des parlers marginaux, où l’on trouve les matériaux les plus intéressants à découvrir et à analyser (cf. par exemple le témoignage des articles */s-treˈm-e-sk-e-/ et */s-per-ˈlaβ-a-/ publiés dans ce volume) : dans ces cas, il est indispensable de disposer d’un maillage diatopique fiable.
Dans cette optique, la schématisation du tableau ci-dessus présente claire-ment des limites. En premier lieu, on est frappé par l’isolement de l’étiquette « bol. » (‘bolonais’) du troisième niveau : on n’arrive pas à comprendre pour-quoi le seul bolonais serait censé nécessiter une étiquette séparée, privilège que le DÉRom nie à d’autres variétés urbaines fort individualisées et dotées d’une tradition écrite médiévale, telles celles de Milan, Venise, Florence, Naples ou encore Rome, qui sont subsumées sous leurs aires génériques, respectivement « lomb. », « vén. », « tosc. », « camp. » et « laz. » (anachronisme particulière-ment frappant : l’étiquette géographique Latium est de création moderne, ce nom n’étant plus utilisé au Moyen Âge que dans des traités d’histoire romaine pour désigner la région qui entourait Rome à l’époque ancienne ; étiqueter l’ancien dialecte de Rome « ancien laziale » serait à peu près aussi pertinent que de qualifier l’ancien dialecte de Paris d’« ancien lutécien »).5 La raison de cette situation bancale réside dans le fait que depuis la décision prise lors du 7e Ate-lier DÉRom (cf. ci-dessus), seule l’étiquette géolinguistique « bol. » avait dû être ajoutée à la liste des glottonymes italoromans, afin de rendre compte de la loca-lisation de la première attestation d’aitsept. dua num. card. f.pl. ‘deux’ (Benarroch 2014 in DÉRom 1 s.v. */'dʊ-i/ III.) et d’it. navone ‘navette ; rutabaga’ (Delorme 2011–2014 in DÉRom 1 s.v. */'nap-u/ n. 1).
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5 It. laziale s.m. ‘habitant ou personne originaire du Latium’ (du latin latialis) n’est attesté qu’à partir de 1787 (DI 2, 674) ; le corpus TLIO n’offre aucune attestation de ce nom d’habitant, mais un cultisme lazii s.m.pl. ‘habitants ou personnes originaires du Latium’ se trouve chez Boccace (1339/1341), à côté de lazii désignant les populations préromanes de l’ancien Latium (« nella cui aurora avea signoreggiato lo dio appo li Lazii », 1341/1342, corpus TLIO). Ensuite les deux lexemes sont attestés dans la langue littéraire, respectivement jusqu’au 18e e et au 19 siècle (cf. DI 2, 673).
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En outre, en parcourant la liste des étiquettes, on a l’impression désa-gréable d’une prévalence du critère géo-administratif sur celui proprement linguistique (ce qui est déjà évoqué par le cas de laziale) : les glottonymes sem-blent calqués sur les noms des régions administratives italiennes où l’on trouve des parlers italoromans (à l’exception de la région de création récente du Mo-lise, qui est reconduite de manière implicite aux Abruzzes). La seule distinction entièrement linguistique qu’on arrive à remarquer est celle entre « apul. » et « salent. » à l’intérieur de la région des Pouilles, ce qui est très pertinent, étant donné que les dialectes salentins se distinguent par une série de caractères dialectaux très marqués, qui s’expliquent probablement par un contact linguis-tique très profond avec le grec à l’époque ancienne et puis encore au Moyen Âge. Mais l’on pourrait se demander pourquoi la même distinction ne s’applique pas aux dialectes calabrais, qui se trouvent dans une situation ana-logue (cf. Loporcaro 2009, 142). De plus, le statut de la macro-variété « itcentr. » paraît être assez problématique : par exemple, l’on classe sous cette catégorie un glottonyme « march. », mais la région des Marches, traversée par la ligne Massa-Senigallia, présente sur son territoire trois typologies dialectales dis-tinctes (qu’on peut correctement classer, respectivement, sous « itsept. », « itcentr. » et « itmérid. », cf. Devoto/Giacomelli 1991, 72–79).
On pourrait nous reprocher d’exercer notre esprit en discutant du sexe des anges. Pour prévenir une telle interprétation, nous observerons les reflets de ce système glottonymique dans un article de la première phase du DÉRom, à savoir */kasˈtani-a/ ~ */kasˈtɪni-a/ (cf. Medori 2010–2014 in DÉRom 1 s.v.). L’article réunit dans le deuxième paragraphe de ses matériaux un petit groupe de don-nées dialectales italiennes :
« II. */kasˈtɪni-a/
*/ e kasˈtɪni-a / > itsept. castegna s.f. « châtaigne » (dp. 13 s. [lomb. vén.], Piermaria in
TLIO ; AIS 1291 [piém. lomb. trent. émil.-romagn. vén.]), march. kastˈę́ñ (AIS 1291), laz.
kastˈẹ́́ña (AIS 1291), camp. kastˈẹ́́ña (AIS 1291) [...] ».
À travers une telle représentation, le lecteur est dans l’impossibilité de savoir si l’unité lexicale classifiée comme « march. » relève de la Romania occidentale ou de la Romania orientale. Il ne peut même pas décider si le cognat étiqueté « laz. » se rattache aux parlers du Latium septentrional ou oriental (plus proches du type ombrien) ou plutôt à ceux du Latium méridional, de type italo-méridional (partageant donc le « carattere più arcaico » souligné par Rohlfs 1972, 8), ou encore au dialecte urbain moderne de Rome, qui entretient un rap-
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port tout à fait particulier avec le parler de la région qui l’entoure.6 Pour en sa-voir plus, le lecteur est invité à se reporter aux sources de l’article en question, et notamment aux vénérables cartes de l’AIS, sans que cela dépende nécessai-rement d’un choix du rédacteur : c’est la conséquence d’une classification glot-tonymique aux mailles trop larges.
4 Une proposition
Dans une contribution sous presse (Maggiore à paraître), nous avons avancé une proposition de mise à jour de la classification glottonymique de l’italien. Cette proposition ne vise pas à conférer à l’italien un statut particulier à l’intérieur des parlers romans, mais tout simplement à fournir aux rédacteurs du DÉRom (qui ne sont pas nécessairement des spécialistes de dialectologie italienne) un cadre fiable pour la collecte et l’interprétation des données italo-romanes, sans pourtant déranger ou compliquer de manière excessive le ta-bleau de base utilisé jusqu’à présent. La proposition, qui prend comme base la description de l’Italie dialectale fournie par Loporcaro (2009, 83–150), se laisse résumer à l’aide du tableau suivant :
Tableau 4 : Proposition de nouvelle systématisation des glottonymes italoromans du DÉRom
it. italien I. II. III.
itsept. dialectes italiens septentrionaux
lig. ligure
gén. génois
piém. piémontais lomb. lombard
mil. milanais
émil.-romagn. émilien-romagnol
bol. bolonais
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6 Entouré par des variétés de type méridional, le romanesco (romain) représente un parler fort toscanisé : il s’agit donc d’un cas de figure où il est impossible de reconduire mécaniquement le parler local à celui de la région (l’ancien romain, jusqu’au début du 16e siècle, est plutôt considéré comme une variété méridionale).
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it. italien I. II. III.
vén. vénitien (it. veneto)
venez. dialecte de Venise
trent. trentin march. sept. dialectes des Marches septentrionales
itcentr. dialectes italiens centraux
tosc. toscan
flor. florentin pis. « tipo pisano-lucchese »
cors. corse march. centr. dialectes des Marches centrales ombr. ombrien laz. dialectes du Latium
roman. dialecte de Rome
abr. occid. dialectes des Abruzzes occidentales
(L’Aquila)
itmérid. dialectes italiens méridionaux
march. mérid. dialectes des Marches méridionales abr. centr.-orient. dialectes des Abruzzes et du Molise laz. mérid. dialectes du Latium méridional camp. campanien
nap. napolitain
apul. apulien luc. dialectes de la Lucanie (Basilicate) cal. sept. calabrais septentrional luc.-cal. « lucanien-calabrais » de la zona Lausberg
itmérid. dialectes italiens méridionaux extrêmes
ext. (vocalisme « sicilien »)
salent. salentin cal. mérid. calabrais méridional sic. sicilien
Renvoyant à l’article sous presse pour les détails, nous nous limitons ici à souli-gner quelques aspects innovants de cette proposition par rapport à l’ancien système :
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(1) Au premier niveau de hiérarchisation, nous avons proposé d’introduire un
quatrième type linguistique, l’italien méridional extrême (« itmérid. ext. »),
qui chapeaute les variétés « salent. », « cal. mérid. » et « sic. ». L’étiquette
n’est pas du tout arbitraire : calquée sur dialetti meridionali estremi, techni-
cisme bien implanté dans les études linguistiques italiennes, elle désigne,
dans l’esprit de notre proposition, un sous-groupe isolable à l’intérieur du
type méridional, caractérisé par une série de particularités linguistiques
dont la mieux connue est le système vocalique de type « sicilien », dévelop-
pement autonome par rapport au système dit « roman commun » (cf. Lopor-
caro 2009, 150–159).7
(2) Au deuxième niveau, nous n’avons introduit aucune nouvelle étiquette, en
choisissant plutôt d’exploiter une possibilité prévue par le schéma informa-
tique du projet, qui permet de modifier les glottonymes à l’aide de simples
précisions géographiques (« sept. », « mérid. » etc.) : de cette manière, on
peut assurer une plus grande cohérence interne des divers groupes dialec-
taux (« march. sept. » sous « itsept. », « laz. mérid. » sous « itmérid. » etc.). (3) Le plus grand nombre de nouveaux glottonymes proposés se retrouve sous
le troisième niveau, afin de remédier à l’isolement du bolonais en y ajoutant
un choix des principales variétés dialectales urbaines ou micro-régionales :
génois, milanais, veneziano, florentin, type toscan occidental (Pise-Lucca),
romain et napolitain.
L’emploi de l’italique pour les étiquettes du troisième niveau souligne la cons-cience du caractère arbitraire de leur choix : on pourrait discuter longuement de l’exclusion de certaines variétés (pourquoi pas le véronais, le siennois ou le palermitain ?). De plus, au moment même de proposer ce raffinement, nous étions parfaitement conscient du fait qu’il aurait probablement été rejeté pour des raisons compréhensibles : un ouvrage de synthèse, après tout, peut décider de faire l’économie d’une certaine quantité de détails.
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7 À l’exception, notamment, des parlers du Salento septentrional, caractérisés par un système vocalique dit « marginal » (à cinq voyelles, mais avec distribution différente), qui représente un compromis entre le vocalisme de type « sicilien » et celui dit haut-méridional ou bien roman commun. Il s’agit, en effet, d’une exception plus apparente que réelle, tant il est vrai que « an-che i dialetti nord-salentini vanno considerati, in origine, come varietà a vocalismo tonico intrinsecamente ‹siciliano›, modificato in prosieguo o, meglio, se si può dire, ‹epta-vocalizzato› da un’adesione pressoché totale ai modelli (epta)vocalici pugliesi » (Fanciullo 2013, 91).
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5 Discussion et compromis
La proposition présentée dans le paragraphe précédent a fait l’objet d’une dis-cussion animée à l’occasion du 13e Atelier DÉRom, qui s’est tenu les 19/20 fé-vrier 2016 à Sarrebruck. Les membres du projet réunis à cette occasion ont déci-dé d’introduire les différenciations suivantes :
(1) L’ancienne abréviation « march. » (classée sous « itcentr. ») a été remplacée
par « march. sept. » (sous « itsept. »), « march. centr. » (sous « itcentr. ») et
« march. mérid. » (sous « itmérid. »).
(2) L’explicitation de l’abréviation « abr. » (sous « itmérid. ») a été précisée : ce
glottonyme ne renvoie plus à « dialecte des Abruzzes », mais à « dialecte
des Abruzzes à l’exception de celui de L’Aquila » ; en même temps, une
nouvelle abréviation « aquil. » (pour « dialecte de L’Aquila »)8 a été créée
sous « itcentr. ».
(3) L’ancienne abréviation « laz. » (sous « itcentr. ») a été remplacée par deux
sous-ensembles : « laz. centr.-sept. » (sous « itcentr. ») et « laz. mérid. »
(sous « itmérid. »).
(4) L’introduction de la macro-variété « itmérid. ext. » (sous la forme « itméri-
dext. », qui a semblé plus en phase avec le système des abréviations déro-
miennes) a été acceptée.
(5) L’ancienne abréviation « cal. » (sous « itmérid. ») a été remplacée par deux
sous-ensembles : « cal. sept. » (sous « itmérid. ») et « cal. centr.-mérid. »
(qui compose, avec « salent. » et « sic. », la sous-catégorie « itméridext. »).
En revanche, la série entière des abréviations du « troisième niveau » a été reje-tée et, en cohérence avec cette décision, l’ancienne abréviation géolinguistique « bol. » a été supprimée. Il se trouve que cette dernière n’était utilisée que dans les articles */'dʊ-i/ et */'nap-u/, sous la forme « abol. » (ancien bolonais), pour indiquer la localisation des premières attestations des cognats italiens.
À ce propos, une décision générale, qui frappe la localisation des premières attestations italiennes dans leur ensemble (Livre bleu § 2.3.6.4, cf. ci-dessus 3.1), a été prise à l’occasion du 13 e Atelier DÉRom. Estimant que la formulation du Livre bleu introduisait, d’une part, une trop grande différence entre l’italien et les autres idiomes romans et, d’autre part, pouvait inciter à introduire des abré-
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8 Ce nouveau glottonyme ne renvoie bien sûr pas au seul dialecte de la ville de L’Aquila, mais à l’ensemble de ceux de la région homonyme, et correspond donc grosso modo à l’aire que nous avions proposé de circonscrire à travers l’abréviation « abr. centr.-occid. ».
1.5. La classification des glottonymes dans un dictionnaire étymologique panroman | 93
viations de plus en plus précises (comme « bol. »), le groupe des chercheurs réunis à Sarrebruck a décidé que pour la localisation des premières attestations des cognats italiens, on utiliserait dorénavant les seules abréviations renvoyant aux macro-variétés de la péninsule italienne :
– « aitsept. » (ancien italien septentrional) ; – « aitcentr. » (ancien italien central) ; – « aitmérid. » (ancien italien méridional) ; – « aitméridext. » (ancien italien méridional extrême).
De ce fait, l’étiquette « abol. » des articles */'dʊ-i/ et */'nap-u/ a été remplacée non pas par « aémil.-romagn. », comme on aurait pu s’y attendre, mais par « aitsept. », et l’extrait de l’article */'klaβ-e/ cité ci-dessus 3.1 se lit à présent comme suit : « it. e chiave (dp. fin 12 s. [aitsept. clave], Sarti in TLIO ; DELI ; AIS 2
889) ». Pour ce qui est du paragraphe du Livre bleu cité ci-dessus, il a été refor-mulé comme suit :
« En raison de la situation particulière de l’italien, marqué par une forte variation dialec-
tale et une standardisation tardive, on précise obligatoirement entre crochets – sauf si la
source consultée, notamment le LEI ou le TLIO, considère qu’il s’agit déjà d’‹italien› – la
macrovariété dialectale dont est tirée la première attestation, en utilisant les abréviations
‹aitsept.›, ‹aitcentr.›, ‹aitmérid.› et ‹aitméridext.› […] ».
6 Bilan et conclusions
Nous sommes heureux d’avoir pu contribuer, à travers notre intervention du colloque Falcucci (Maggiore à paraître), à l’amélioration des pratiques lexico-graphiques du DÉRom, même si les solutions retenues constituent un compro-mis entre la codification passée et nos propositions. Une décision prise lors de l’Atelier sarrois, celle de localiser les premières attestations italiennes à travers des marqueurs très généraux (« aitsept. », « aitcentr. », « aitmérid. » et « aitmé-ridext. »), nous gêne un peu. En effet, on n’arrive pas trop bien à comprendre pourquoi l’on a décidé d’adopter deux approches différentes pour traiter les données dialectales modernes et celles du Moyen Âge : si les premières sont traitées avec beaucoup plus de précisions qu’auparavant (ce qui est certaine-ment positif), on a adopté pour les dernières des glottonymes très généraux, difficiles à interpréter et jamais utilisées dans la littérature concernant l’italien. Ainsi, ni le LEI ni le TLIO ne mentionnent des données localisables comme « an-94 | Marco Maggiore
cien florentin » ou « ancien romanesque » sous la forme italiano centrale antico, ou des données de l’ancien bolonais sous la forme 9 italiano settentrionale antico .
Pour ce qui est de l’exemple concret cité ci-dessus, préciser la localisation de la première attestation d’it. chiave sous la forme « avén. clave » nous paraissait bien plus pertinent que la formule « aitsept. clave » qui a finalement été rete-nue : sur ce point, il aurait été préférable de s’en tenir à la pratique observée par le passé. On ne peut donc qu’exprimer l’espoir que la direction du projet décide-ra de revenir sur cette décision et de restaurer l’ancienne formulation du Livre bleu.
En tout état de cause, l’épisode que nous avons résumé ici illustrera la viva-cité du débat interne du DÉRom (cf. Greub 2014, 279–282), dont les membres sont bien loin de partager une vision monolithique de la discipline et des pra-tiques qui régissent (ou devraient régir) l’élaboration du dictionnaire. En parti-culier, depuis le départ, la dynamique interne entre la direction, qui vise à pour-suivre une vision de synthèse, et les spécialistes des domaines particuliers, qui plaident pour un emploi le plus possible précis et particularisé des données et des instruments de leurs sous-disciplines respectives, a toujours marqué l’avancée du projet. L’ouverture à la discussion scientifique est, du reste, l’un des points forts du DÉRom, auquel nous adressons nos meilleurs vœux pour qu’il puisse se développer de plus en plus, en continuant à impliquer et fédérer les meilleures forces de la linguistique romane.
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9 Le LEI et le TLIO n’emploient de telles étiquettes que pour des textes de localisation contro-versée.
1.5. La classification des glottonymes dans un dictionnaire étymologique panroman | 95
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