Dictionnaire Ety

Eva Buchi · Chapitre 14 sur 16 · partie 1/6

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1. Articles

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 6 parties.

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II. Partie lexicographique

1. Articles

 

*/a'ket-u/¹ s.m. « liquide qui résulte de la fermentation acétique du vin »

*/aˈket-u/ > sard. aketu s.m. « liquide qui résulte de la fermentation acétique du vin, vinaigre » (DES ; PittauDizionario 1 ; AIS 1011)1, dalm. akait (BartoliDalma-tico 303, 396 § 295, 418 § 373 ; ElmendorfVeglia ; MihăescuRomanité 117, 469), istriot. ˹[aˈʒe]˺ (DeanovićIstria 13 ; ILA n° 1312 ; AIS 1011), it. aceto (dp. av. 1274 [aitsept. 2 axeo ], LEI 1, 381‒393 ; Cigliana in TLIO ; DELI ; AIS 1011), frioul. asêt 2

(Cortelazzo in DESF ; GDBTF ; AIS 1011 ; ASLEF 551 n° 2892), lad. ajëi (dp. 1879 [agëi], Kramer/Homge in EWD ; AIS 1011 ; ALD-I 4), romanch. aschaid/ischiu (dp. 1560, GartnerBifrun 259 ; Schorta in DRG 1, 443‒444 ; HWBRätoromanisch ; AIS 1011), afr. aisil (ca 1120 ‒ 1467/1506, FEW 24, 101b ; Gdf ; TL ; ANDEl s.v. eisil1 3 ; Cromer in DMF2012), frpr. orient. ˹azi˺ « mélange de petit-lait aigri et de vinaigre qu’on emploie dans la fabrication du sérac comme agent de coagula-tion de l’albumine contenue dans le sérum » (FEW 24, 101b ; ALF 1397 p 985) 4, occit. e azet « vinaigre » (dp. 12 s., Levy [alim.] ; FEW 24, 101b [viv.-alp. ˹eyzi˺]), esp. acedo (dp. 1256/1263, DCECH 1, 31 ; DME ; DEM ; Kasten/Nitti)5, 6, aast. aze-

 

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1 Dacoroum. oţet s.n. « vinaigre » est un emprunt à slav. ocĭtŭ (Tiktin3 ; Cioranescu n° 5969 ; DLR ; cf. aussi LEI 1, 393 ; DOLR 5, 114 considère à tort oţet comme héréditaire). 2 LEI 1, 393 impute à une déglutination de l’article défini les formes féminines attestées spora-diquement dans les dialectes italiens septentrionaux ; cf. aussi Faré n° 98. 3 Dans aisil, l final représente un phonème adventice (cf. FEW 24, 102a : “der ungewohnte wortausgang -i ist durch das häufige -il ersetzt worden”). Du reste, la continuation de proto-rom. */aˈket-u/ 1 en ancien français peut, à défaut d’attestation, être inférée à partir du texte de la Passion de Clermont-Ferrand (ca 980, PassionA 114), copie occitanisante d’un original loca-lisé dans le sud-ouest du domaine oïlique : la forme occitane az& (graphie de l’édition pour azet), située à la fin d’un vers succédant à un vers finissant sur iki, heurte en effet le jeu des assonances : on s’attendrait à ce que l’assonance entre les deux vers repose dans l’original sur une forme dont la voyelle tonique présente le même timbre que la voyelle tonique de iki, soit *azit.

4 Nous suivons von Wartburg/Jänicke et Gauchat (FEW 24, 102a ; GPSR 2, 177) pour considérer le type plus répandu (SRfrpr. aost. sav.) azi comme une issue irrégulière de protorom. */aˈket-u/1 qui a connu, comme afr. aisil (cf. ci-dessus n. 3), l’introduction (désormais rarement décelable) d’un phonème adventice à la finale (cf. FEW 24, 102b n. 5 : “die formen, die auf -etum beruhen, und diejenigen auf -il sind [...] nicht auseinandergehalten, weil die modernen formen auf -i zum teil wohl sekundär durch abfall des -l aus -il entstanden sind”). 5 Le sens « vinaigre » n’est attesté qu’en ancien espagnol (1256/1263 ‒ 1611, DME) ; le sens actuel est « jus acide » (DME, DRAE22).

372 | 1. Articles

 

to e e e (2 m. 11 s., DELlAMs), gal./port. azedo (dp. 13 s., CunhaÍndice ; DDGM ; CunhaVocabulário2).

 

Commentaire. – À l’exception du roumain, du gascon et du catalan, toutes les branches romanes présentent des cognats conduisant à reconstruire */aˈket-u/1 s.m. « liquide qui résulte de la fermentation acétique du vin, vinaigre ». Plu-sieurs langues non romanes ont emprunté ce lexème au protoroman 7.

Le corrélat exact du latin écrit, acetus s.m. « vinaigre », n’est attesté que dans l’ e e Oribase latin (5 /6 s., TLL 1, 379), tandis que acetum, -i n. est usuel du-rant toute l’Antiquité (dp. Plaute [191 av. J.-Chr.], TLL 1, 380).

La confrontation du résultat de la reconstruction comparative avec les don-nées du latin écrit conduit à penser que du point de vue diasystémique ('latin global’), */aˈket-u/ s.m. appartient à une strate tardive et régionalisée du proto-roman, qui ne connaissait plus le neutre comme genre fonctionnel.

Pour compléter les informations, 2 1 cf . */a'ket-u/ adj., avec lequel */aˈket-u/

s.m. entretient un rapport de conversion.

 

Bibliographie. – MeyerLübkeGLR 1, § 70, 81, 223, 433, 445 ; REW3 s.v. acētum ; Jud,ASNS 127, 425 ; Ernout/Meillet4 s.v. ac- ; von Wartburg/Jänicke 1973 in FEW 24, 101b‒102b, ACĒTUM ; LausbergSprachwissenschaft 2, § 387 ; Kramer 1984 in LEI 1, 381‒394, ACETUM ; SalaVocabularul 187 ; DOLR 5 (1995), 114.

 

Signatures. – Rédaction : Jérémie DELORME. – Révision : Reconstruction, syn-thèse romane et révision générale : Mário Eduardo VIARO. Romania du Sud-Est : Victor CELAC ; Maria ILIESCU. Italoromania : Giorgio CADORINI ; Paul VIDESOTT. Galloromania : Jean-Paul CHAUVEAU ; Matthieu SEGUI. Ibéroromania : Maria Reina BASTARDAS I RUFAT ; Ana María CANO GONZÁLEZ. Révision finale : Éva BUCHI. – Con-tributions ponctuelles : Pascale BAUDINOT ; Myriam BENARROCH ; Xosé Lluis GARCÍA ARIAS ; Yan GREUB ; Max PFISTER ; Mário Eduardo VIARO.

 

Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 31/12/2013. Version actuelle : 08/03/2016.

 

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6 1 Le catalan ne connaît pas d’issue de */aˈket-u/ : aceti « vinaigre », que DCVB donne à tort comme de l’ancien catalan, est à attribuer au latin (cf. VenyDialectologia 181). 7 Got. akeit s. « vinaigre » et vsax. ekid (tous deux sans postérité dans les langues germaniques modernes, cf. Kluge24).

*/a'ket-u/² adj. | 373

 

*/a'ket-u/² adj. « dont la saveur est piquante »

*/aˈket-u/ > sard. ageδu adj. « (d’un corps gras) qui, sous l’effet de l’oxydation des acides gras en acide butyrique, a contracté une odeur désagréable et une saveur âcre, rance » (DES ; AIS 1208 p 954, 957), itmérid. ˹aceto˺ « dont la saveur est piquante, acide » (LEI 1, 390), occit. centr. ˹[aˈzet]˺ « (du lait, de la crème) qui, sous l’effet de la transformation du lactose en acide lactique, a contracté une saveur acide, aigre » (ALMC 1089 p 13, 14, 17, 21‒27, 29, 33 ; Nauton,ACILR 7/2, 596), gasc. asét « acide » (LespyR ; Palay ; RohlfsGascon2 76 ; FEW 24, 101b), esp. acedo (dp. 1220/1250, DCECH 1, 31 ; DME ; DEM ; Kasten/Nitti), ast. acedu (Arias-Propuestes 4, 391 ; DGLA ; DELlAMs), e gal. acedo / port. azedo (dp. 14 s., Houaiss ; Buschmann ; DRAG1 ; DELP3 ; CunhaVocabulário2).

 

Commentaire. – Le sarde, l’italien, l’occitan, le gascon, l’espagnol, l’asturien et le galégo-portugais présentent des cognats conduisant à reconstruire protorom. */aˈket-u/ adj. « dont la saveur est piquante, acide ».

Le corrélat du latin écrit, acetus adj. « acide », n’est connu que chez Palla-dius (4e s., SvennungPalladius 267).

Pour compléter les informations, 1 cf . */a'ket-u/ s.m. L’identité formelle et la proximité sémantique qui relient */aˈket-u/ 2 1 à */a'ket-u/ incitent à regarder ces deux types comme liés par un rapport de conversion1.

 

Bibliographie. – REW3 s.v. acētum ; MeyerLübkeGLR 1, § 70, 81, 223, 433, 445 ; von Wartburg/Jänicke 1973 in FEW 24, 101b‒102b, ACĒTUM ; LausbergSprachwissen-schaft 2, § 387 ; Kramer 1984 in LEI 1, 381‒394, ACETUM ; SalaVocabularul 83, 187.

 

Signatures. – Rédaction : Jérémie DELORME. – Révision : Reconstruction, syn-thèse romane et révision générale : Mário Eduardo VIARO. Romania du Sud-Est : Victor CELAC ; Maria ILIESCU. Italoromania : Paul VIDESOTT. Galloromania : Jean-Paul CHAUVEAU. Ibéroromania : Maria Reina BASTARDAS I RUFAT ; Ana María CANO GONZÁLEZ. Révision finale : Éva BUCHI. – Contributions ponctuelles : Pascale BAU-DINOT ; Steven N. DWORKIN ; Xosé Lluis GARCÍA ARIAS ; Yan GREUB ; Christoph GROß ; Marco MAGGIORE ; Fernando SÁNCHEZ MIRET ; Matthieu SEGUI ; Mário Eduardo VIARO.

 

Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 31/12/2013. Version actuelle : 30/12/2014.

 

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1 Une conversion adjectif > substantif est avancée par Ernout/Meillet à titre de conjecture. 4

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*/'akr-u/ adj. « qui est d’une acidité désagréable au goût ou à l’odorat »

*/ˈakr-u/ > sard. akru adj. « qui est d’une acidité désagréable au goût ou à l’odorat, aigre » (DES ; PittauDizionario 1 ; AIS 1267), dacoroum. acru (dp. 1551/1553, Tiktin3 ; EWRS ; Candrea-Densusianu n° 13 ; DA ; Cioranescu n° 59 ; MDA ; ALR II/I 29*), méglénoroum. acru (Candrea,GrS 3, 176 ; CapidanDicţio-nar ; AtanasovMeglenoromâna 42, 76, 165, 185, 198 ; ALR II/I 29*), aroum. acru (Pascu 1, 28 ; DDA2 ; BaraAroumain ; ALR II/I 29*), istriot. agro (PellizzerRovi-gno), e it. acro (dp. 13 s. [agra f.], Artale in TLIO ; LEI 1, 345 ; Faré n° 92 ; DELI s.v. 2

agro 1 ; AIS 1267), frioul. agri (PironaN ; Faré n° 92 ; Zamboni in DESF ; LEI 1, 359 2

[agro] ; GDBTF), fasc. ˹egher˺ (dp. 1879 [ager], Kramer/Homge in EWD s.v. àje ; AIS 1267 p 313 ; ALD-I 5)2 3 , afr. aire ( ca 1225, TL ; GdfC ; FEW 24, 94b ; TLF), frpr. ˹ e éro ˺ (dp. 17 s., FEW 24, 95a ; Gauchat/Muret in GPSR 1, 204‒205 s.v. aigre ; HafnerGrundzüge 115 ; FEW 24, 95a)4, occit. agre (dp. 1190 [« (cœur) dur »], ArnDanT 286 ; Raynouard ; FEW 24, 94b), e gasc. agre (dp. 15 s., LespyR ; Coro-minesAran 265 ; FEW 24, 95a), cat. agre (dp. ca 1284, DCVB ; DECat 1, 74), esp. agro ère e e (1 m. 13 [« amer »] ‒ 17 s., DME ; DHLE ; DEM ; DCECH 1, 77 ; Kas-ten/Cody ; Kasten/Nitti 5 s.v. agrio ), ast. agru (AriasPropuestes 2, 47 ; DGLA s.v. agriu 6 ; DELlAMs), port. agro (dp. 1344, CunhaÍndice ; DELP ; Houaiss ; Cunha-3

Vocabulário2).

 

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1 Contrairement à ce que pourrait laisser entendre la formule de DELI2 s.v. acre (“alle forme dotte con -cr- corrispondono quelle pop. con -gr-”), it. acro est bien héréditaire (cf. LEI 1, 359‒360). Par ailleurs, cette issue régulière est aujourd’hui rare et littéraire ; elle a été presque complètement évincée par it. agro, forme originaire du nord de l’Italie (cf. LEI 1, 359‒360). 2 Les autres idiomes ladins continuent protorom. */'akid-u/ (cf. Kramer/Homge in EWD ; ALD-I 5).

3 Contrairement à ce qui est dit dans FEW 24, 94b‒95a, bourg. are « âpre » ne se rattache pas à cette issue de */ˈakr-u/, mais représente un continuateur de */'arid-u/ (cf. Roques 1986 in FEW 25, 216a, ARĬDUS I et n. 3). Par ailleurs, cette issue régulière a été évincée par fr. aigre (dp. déb. 12 e s. [s.m. « vinaigre »], FEW 24, 95a = TLF), forme semi-savante probablement influencée par le latin des médecins (cf. FEW 24, 99a).

4 Comme en français, c’est une forme semi-savante de type égro (dp. 1220/1230 [aigri f. « (mort) douloureuse »], ProsalegStimm 110 = HafnerGrundzüge 115) qui est dominante en francopro-vençal.

5 Cette issue régulière a été évincée par esp. agrio (cf. Malkiel,MélJakobson 1229‒1239). 6 Cette issue régulière est fortement concurrencée par ast. agriu (cf. DALlA ; AriasPropuestes 2, 47 ; DGLA s.v. agriu).

*/'akr-u/ adj. | 375

 

Commentaire. – À l’exception du végliote et du romanche, toutes les branches romanes présentent des cognats conduisant à reconstruire protorom. */ˈakr-u/ adj. « qui est d’une acidité désagréable au goût ou à l’odorat, aigre »7. Cette répartition spatiale assigne */ˈakr-u/ à la strate la plus ancienne du protoroman, antérieure au décrochage du sarde (2e e moitié du 2 siècle [?], cf. Straka,RLiR 20, 256) et du roumain.

Le corrélat exact du latin écrit, acrus adj. « aigre », n’est attesté que depuis le 4e 8 siècle (Ernout/Meillet s.v. ac-), tandis que la variante flexionnelle acer est 4

connue durant toute l’Antiquité (dp. Caton l’Ancien [* 234 ‒ † 149], TLL 1, 357). Du point de vue diasystémique (‘latin global’), la comparaison entre la recons-truction comparative et les données du latin écrit conduit donc à considérer */ˈakr-u/ comme un oralisme, sans doute marqué diaphasiquement et/ou dias-tratiquement, qui n’a eu que très tardivement accès à l’écrit.

 

Bibliographie. – MeyerLübkeGRS 1, § 223, 494 ; REW3 s.v. acer/*acrus ; Er-nout/Meillet4 s.v. ac- ; LausbergSprachwissenschaft 1, § 173‒175, 420 ; von Wartburg 1969 in FEW 24, 94b‒99b, ACER ; Faré n° 92 ; HallPhonology 101 ; Pfis-ter 1980 in LEI 1, 345‒360, ACER ; SalaVocabularul 541 ; StefenelliSchicksal 220‒221 ; MihăescuRomanité 227.

 

Signatures. – Rédaction : Christoph GROß. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Valentin TOMACHPOLSKI ; Rémy VIREDAZ. Romania du Sud-Est : August KOVAČEC. Italoromania : Giorgio CADORINI ; Giorgio MARRAPODI. Galloromania : Jean-Paul CHAUVEAU. Ibéroromania : Myriam BENARROCH ; Ana BOULLÓN ; Ana María CANO GONZÁLEZ ; André THIBAULT. Révision finale : Éva BU-CHI. – Contributions ponctuelles : Petar ATANASOV ; Victor CELAC ; Francesco CRIFÒ ; Xosé Lluis GARCÍA ARIAS ; Günter HOLTUS ; Simone PISANO ; Jan REINHARDT ; Uwe SCHMIDT ; Mário Eduardo VIARO.

 

Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 05/01/2015. Version actuelle : 06/01/2015.

 

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7 Parmi les sens mis en exergue par LEI 1, 345 (« pointu, tranchant ; piquant »), aucun n’est reconstructible.

8 er Ce type flexionnel innovant est précédé par le type acer , acra , acrum (dp. déb. 1 s. av. J.-Chr., Ernout/Meillet4 s.v. ac-).

376 | 1. Articles

 

r-u/

: */'ak

1

rte

Ca */a'nɛll-u/ s.m. | 377

 

*/a'nɛll-u/ s.m. « objet circulaire de matière dure qui sert à attacher ou à retenir ; orifice du rectum »

I. Masculin originel

 

I.1. Sens « anneau »

*/aˈnɛll-u/ > sard. anéḍḍu s.m. « objet circulaire de matière dure qui sert à atta-cher ou à retenir, anneau » (Wagner,ASNS 160, 232 ; DES ; PittauDizionario 1 ; AIS 8, 1571), istriot. anièl (PellizzerRovigno ; Rosamani [« anneau de la serpe »]), végl. agnial (BartoliDalmatisch 2, 130 ; ElmendorfVeglia ; Mihăescu-Romanité 104, 107 [anĭal]), it. anello (dp. ca 1178/1182 [aitsept.], Leporatti in TLIO ; Faré n° 452 ; LEI 2, 1134 ; DELI2 ; AIS 5, 882 [« anneau de la penture »] ; 8, 1571 [« anneau du doigt »]), 1 frioul. aniél (Zamboni in DESF [Muggia]), lad. aniél (dp. 1763, Kramer/Homge in EWD ; AIS 8, 1571 ; ALD-I 33‒34), romanch. anè/ani (dp. 1729/1730 [aní, anel], Pult/Schorta in DRG 1, 270 ; HWBRätoroma-nisch ; AIS 8, 1571 ; ALD-I 33‒34), e fr. anneau (dp. mil. 11 s. [anel], AlexisE 25 ; Gdf ; GdfC ; TL ; TLF ; FEW 24, 554a ; ANDEl s.v. anel)2, frpr. ˹anɛ˺ (dp. 1316/1344 [anel], DocLyonnais 58‒59 ; FEW 24, 554b ; Tappolet in GPSR 1, 433), occit. anel (dp. ca 1060, SFoiHA 262, 270 ; FEW 24, 554b ; Raynouard ; AppelChrestomathie 51 ; Pansier 3), gasc. anet (dp. 1378, LuchaireRecueil 271 ; FEW 24, 555a ; Coro-minesAran 275 ; ALG 357, 384, 1360), e cat. anell (dp. 13 s. [aneyl], DCVB ; Moll-Suplement n° 199 ; DECat 1, 312), esp. anillo (dp. ca 1230, Kasten/Cody ; DCECH 1, 274 ; DME ; Kasten/Nitti), ast. aniellu (dp. 1290 [aniello], AriasPropuestes 2, 77 ; DGLA ; DELlAMs), e gal./port. elo « anneau d’une chaîne, maillon » (dp. 15 s., DELP 3 ; DRAG ; Piel,Biblos 8, 387 ; HouaissGrande). 3 1

 

I.2. Sens « anus »

*/aˈnɛll-u/ > ait. anello s.m. « orifice du rectum, anus » (1310‒1536, LEI 2, 1157 ; Squillacioti e e in TLIO), afr. anel (4 qu. 12 s. ‒ ca 1300, TL ; FEW 24, 555b), occit. anel (LevyPetit ; FEW 24, 555b).

 

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1 Le continuateur régulier (avec diphtongue) se trouve seulement dans l’ancien dialecte friou-lan de Muggia, qui a disparu au 19e siècle. Partout ailleurs, il a été remplacé par l’italianisme anèl (GDBTF ; AIS 8, 1571 ; ASLEF 511 ; cf. Zamboni in DESF). 2 Le singulier anneau a été refait sur le pluriel anneaux (dp. ca 1170 [aneaus], TL), qui est régulier.

3 Continuateur d’un *ãelo non attesté (cf. DELP3 ; LisboaNascentes 48 ; Vasconcellos,RL 1, 301 ; NunesCompêndio 363‒364). Au sens de « anneau », elo a été supplanté par gal./port. anel, emprunté à l’occitan au 13 e siècle (cf. Buschmann ; DCECH ; DDGM ; CunhaVocabulário ). 2

378 | 1. Articles

 

II. Neutre innovant régional (protoroumain) : sens « anneau »

 

*/aˈnɛll-u/ > dacoroum. inel s.n. « anneau » (dp. av. 1559/1560 [inelu], Cod. Brat. 247 ; Tiktin3 ; EWRS ; Candrea-Densusianu n° 858 ; DA ; Cioranescu n° 4402 ; MDA)4, istroroum. arel (MaiorescuIstria 107 ; Byhan,JIRS 6, 188 ; PuşcariuIstroromâne 3, 116 [ 5 arę́ ], 200 ; FrăţilăIstroromân 1, 91‒92), mégléno-roum. ninel (Candrea,GrS 7, 173 ; CapidanDicţionar ; AtanasovMeglenoromâna 123, 197, 206)6, aroum. nel (dp. 1770 [νέλου], KavalliotisProtopeiria n° 1072 ; Pascu 1, 125 ; DDA 7 ; BaraAroumain). 2

 

Commentaire. – Tous les parlers romans sans exception présentent des cognats conduisant à reconstruire, soit directement, soit à travers un type morphosyn-taxique évolué, protorom. */aˈnɛll-u/ s.m. « objet circulaire de matière dure qui sert à attacher ou à retenir, anneau ; orifice du rectum, anus »8.

La majeure partie des continuateurs de protorom. */aˈnɛll-u/ (ci-dessus I. : sard. istriot. végl. it. frioul. lad. romanch. fr. frpr. occit. gasc. cat. esp. ast. gal./port.) présentent le genre masculin, tandis que ses issues roumaines (ci-dessus II. : dacoroum. istroroum. méglénoroum. aroum.) sont de genre neutre9. Nous nous appuyons sur l’analyse de Graur,R 54, 252 pour assigner le genre neutre au seul protoroumain, qui aura procédé à un changement de genre pour ce substantif désignant un objet inanimé, et pour reconstruire le genre masculin en protoroman commun, où */aˈnɛll-u/ se range dans la série des substantifs, tous masculins ou féminins, désignant des forces agissantes.

 

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4 L’aboutissement régulier *înel n’est pas attesté ; il peut être supposé sur la base d’adaco-roum. îrelu (1563/1583, DA), qui présente un rhotacisme régulier. Le /i/ initial de la forme con-temporaine est dû à une assimilation (“î devient i, par dilation régressive, si la syllabe suivante contient une voyellle antérieure”, NandrisPhonétique 57 ; cf. aussi MeyerLübkeGRS 1, § 450). 5 Par rhotacisme (cf. MeyerLübkeGRS 1, § 450 ; NandrisPhonétique 27, 57) ; la voyelle initiale n’est pas régulière (cf. PuşcariuIstroromâne 2, 74‒75 ; FrăţilăIstroromân 1, 91). 6 Par agglutination de l’article indéfini un. 7 Par aphérèse de la voyelle initiale (cf. MeyerLübkeGRS 1, § 374). 8 Dans plusieurs parlers romans, les continuateurs de protorom. */aˈnɛll-u/ présentent aussi le sens « mèche de cheveux recourbés, boucle de cheveux », mais les attestations sont trop peu anciennes pour qu’on puisse affirmer le caractère héréditaire de ce sémantisme : dacoroum. inel s.n. (dp. ca 1876, EminescuOpere 6, 255 ; Cioranescu n° 4402 ; MDA), méglénoroum. ninel (ALDM 19, 20), it. anello m. (dp. 1581 [anella f.pl.], LEI 2, 1156 ; DELI2 ; VES), romanch. aneal (Pult/Schorta in DRG 1, 273), fr. anneau (dp. 1690, TLF), esp. anillo (dp. av. 1889, DHLE ; DRAE22).

9 On relève aussi des attestations pouvant être assimilées à des neutres en italien : it. anella s.f.pl. (1275 [aitcentr.] ‒ 1735, LEI 2, 1134) ; nous les analysons comme de création idioromane.

*/a'nɛll-u/ s.m. | 379

 

La reconstruction du sens « anneau », qui s’appuie sur des cognats de la to-talité des parlers romans (I.1. ; II.), va se soi. Nous pensons être en mesure de reconstruire de plus un sens secondaire, assignable au seul protoroman italo-occidental, « anus », qui est attesté à date ancienne en italien et en français ainsi que, à date plus récente, en occitan (I.2.).

Le corrélat du latin écrit, anellus, -i n.m., est attesté durant toute l’Antiquité (dp. Plaute [* ca 254 ‒ † 184], TLL 2, 39 ; Ernout/Meillet4 s.v. anus ; IEEDLatin), mais avec le sens spécifique de « petit anneau ». Il s’agit en effet du diminutif de lat. 10 anus -i n.m. « anneau ; anus » (dp. Plaute [* ca 254 ‒ † 184] TLL 2, 200. Pour ce qui est du sens « anus », il n’est pas attesté pour lat. anellus. Du point de vue diasystémique (‘latin global’), le sens « petit anneau » est donc à considérer comme un particularisme de la variété H (haute) et les sens « anneau » et « anus » comme des particularismes (oralismes) de la variété B (basse), qui n’ont eu aucun accès à la variété H, en tout cas sous sa forme écrite.

 

Bibliographie. – MeyerLübkeGRS 1, § 379, 450‒451 ; 2, § 500 ; REW3 s.v. anĕllus ; Ernout/Meillet4 s.v. anus ; LausbergSprachwissenschaft 1, § 270 ; HallPhonology 118 ; Gossen 1982 in FEW 24, 554b‒557b, ANELLUS ; Marinucci/Pfister 1987 in LEI 2, 1134‒1159, ĀNELLUS ; Faré n° 452 ; SalaVocabularul 542 ; MihăescuRomanité 251.

 

Signatures. – Rédaction : Christoph GROß. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Pierre SWIGGERS ; Valentin TOMACHPOLSKI. Romania du Sud-Est : Victor CELAC ; Cristina FLORESCU. Italoromania : Fabio APREA ; Sergio LUBELLO ; Max PFISTER. Galloromania : Jean-Paul CHAUVEAU ; Jérémie DELORME. Ibéroromania : Myriam BENARROCH ; Ana María CANO GONZÁLEZ. Révision finale : Éva BUCHI. – Contributions ponctuelles : Petar ATANASOV ; Ana BOULLÓN ; Rosario COLUCCIA ; Anna CORNAGLIOTTI ; Xosé Lluis GARCÍA ARIAS ; Florin-Teodor OLARIU ; Uwe SCHMIDT ; André THIBAULT.

 

Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 06/07/2016. Version actuelle : 01/09/2016.

 

||

10 Au sens de « anneau », lat. anus a été remplacé par le diminutif anulus, attesté durant toute l’Antiquité (dp. Névius [* 270 ‒ † 201], TLL 2, 195 ; IEEDLatin). Lat. anus et lat. anulus ne con-naissent pas de corrélats en protoroman.

380 | 1. Articles

 

*/'arm-a/ s.f. « instrument servant à attaquer ou à se défendre »

*/ˈarm-a/ > sard. arma s.f. « instrument servant à attaquer ou à se défendre, arme » (DES ; PittauDizionario 1), dacoroum. armă (dp. 1573/1578, Psalt. 352 ; Tiktin3 ; EWRS ; Candrea-Densusianu n° 90 ; DA ; Cioranescu n° 412 ; MDA), istroroum. 1 ˹ ǫrmę ˺ (Byhan,JIRS 6, 297), aroum. armă (dp. 1770 [άρμᾳ], Kavallio-tisProtopeiria n° 0020 ; Pascu 1, 39 ; DDA e ; BaraAroumain), it. arma (dp. 4 qu. 2

11e 2 s., TLIOCorpus ; Salvioni,RDR 4, 185 ; Faré n° 650 ; DELI ; LEI 3, 1200‒1235),

2

frioul. 3 e arme (Cortelazzo in DESF) , romanch. arma (dp. 17 s. [arma da scola « matériel scolaire »], Schorta in DRG 1, 404 ; HWBRätoromanisch), fr. arme (dp. ca ère e 1100, FEW 25, 238a ; GdfC ; TLF ; TL ; AND ), frpr. [ˈarma] (dp. 1 m. 13 s.,

1

SommeCode 73 ; Tappolet/Muret in GPSR 1, 618‒619 ; FEW 3, 819a ; ALF 614), occit. arma (dp. ca 1160, BrunelChartesSuppl 16 ; AppelChrestomathie 1, 17, 33 ; Raynouard ; FEW 25, 238ab ; Pansier 3 ; Mistral), gasc. arme (dp. 1278 [ms. ca 1460], ForsBéarnOG 500 ; Palay), cat. arma (dp. 1181, DECat 1, 390 ; DCVB), esp. arma e e (dp. fin 12 /déb. 13 s., Kasten/Cody ; DCECH 1, 337 ; DME ; Kasten/Nitti), ast. e arma (dp. 1145 [ms. 1295], DELlAMs ; DGLA), gal./port. arma (dp. 13 s.,

CunhaÍndice ; DDGM ; Buschmann ; DRAG2 ; DELP3 ; Houaiss ; CunhaVoca-bulário 4 ).

2

 

Commentaire. – À l’exception du végliote et du ladin (cf. n. 3), toutes les branches romanes présentent des cognats conduisant à reconstruire protorom. */ˈarm-a/ s.f. « instrument servant à attaquer ou à se défendre, arme »5.

Le corrélat exact de protorom. */ˈarm-a/, lat. arma, -ae s.f. « id. », n’est at-testé que depuis le 6e siècle (Itinerarium Antonini Placentini, TLL 2, 590 ; Er-nout/Meillet4 s.v. arma), tandis que le neutre pluriel collectif qui est à l’origine de ce féminin, lat. arma s.n.pl. tantum « armes (en général) ; armes défen-

 

||

1 Pour ce qui est d’istroroum. arma (MaiorescuIstria 107), son caractère héréditaire est dou-teux.

2 Ait. arme (pl. armi) est refait sur le pluriel arme (RohlfsGrammStor 2, § 351). 3 Pour ce qui est de lad. erma s.f. « id. » (dp. 1763, EWD), il s’agit probablement d’un italia-nisme phonétiquement ladinisé (cf. Kramer/Flick in EWD). 4 La première attestation du DELP3, reprise par Houaiss, se trouve dans un texte latin. 5 Plusieurs langues en contact avec le protoroman ont emprunté */ˈarm-a/, ce qui en confirme la vitalité : alb. armë s.f. « arme » (MihăescuRomanité 291 ; VătăşescuAlbaneză 375), airl. arm n./m., gall. arf m./f., corn. arv f. (LEIA A-89 ; LothBrittoniques 131).

*/'arm-a/ s.f. | 381

 

sives » 6, est usuel durant toute l’Antiquité (dp. Plaute [* ca 254 ‒ † 184], TLL 2, 591 ; IEEDLatin).

 

Bibliographie. – MeyerLübkeGRS 1, § 223, 302‒305, 433, 474 ; 2, § 54 ; REW3 s.v. arma, -orum/arma, -ae ; Ernout/Meillet4 s.v. arma ; von Wartburg 1922 in FEW 1, 140a, ARMA ; Roques 1987 in FEW 25, 238a‒243a, ARMA ; LausbergSprachwissen-schaft 1, § 173‒175, 272‒273; 2, § 408 ; HallPhonology 138 ; Coluccia 1988 in LEI 3, 1200‒1235, ARMA ; SalaVocabularul 541 ; StefenelliSchicksal 137, 224‒225 ; MihăescuRomanité 291, 378.

 

Signatures. – Rédaction : Francesco CRIFÒ. – Révision : Reconstruction, synthèse romane et révision générale : Valentin TOMACHPOLSKI. Romania du Sud-Est : Au-gust KOVAČEC ; Elton PRIFTI. Italoromania : Maria ILIESCU. Galloromania : Jean-Paul CHAUVEAU. Ibéroromania : Ana María CANO GONZÁLEZ. Révision finale : Éva BUCHI. – Contributions ponctuelles : Xosé Lluis GARCÍA ARIAS ; Christoph GROß ; Wolfgang SCHWEICKARD.

 

Date de mise en ligne de cet article. – Première version : 01/09/2016. Version actuelle : 01/09/2016.

 

||

6 La distinction du latin écrit entre arma s.f.pl. « armes défensives » et tela s.f.pl. « armes offensives » ne trouve pas d’équivalent en protoroman : */'tel-u/ (cf. REW3 s.v. tēlum ; FEW 13/1, 166ab, TĒLUM), quasiment évincé par */ˈarm-a/ et par des emprunts germaniques (FEW 13/1, 166ab ; StefenelliSchicksal 137 ; Ernout/Meillet4 s.v. arma ; tēlum), ne survit qu’à travers des dérivés présentant des sens techniques.

382 | 1. Articles

 

*/'βad-e-/ v.intr. « se déplacer ; s’engager dans une action ; accomplir (une action) de façon continue »

I. Type originel : */ˈβad-e-/

 

I.1. Verbe plein (de mouvement)

*/ˈβad-ɪ-t/ > sard. ˹badet˺ v.intr. « (il) se déplace, (il) va » (dp. 1136 [vaian subj. prés. 3], BlascoCrestomazia 1, 170 ; Wagner,ID 14, 166‒167 ; Wagner,AR 24, 57 ; DES s.v. váđere ; PittauDizionario 2 ; MeyerLübkeGLR 1, § 306 ; WagnerFonetica 73‒74, 320 ; AIS 1656 p 959 ; 1692 p 937, 959)1, 2, frioul. va (dp. 1361 [van prés. 6], DSF ; PironaN2 s.v. lâ ; IliescuFrioulan 186‒188 ; MarchettiLineamenti 291‒292 ; GDBTF ; AIS 1656, 1692) 3, esp. va (dp. ca 1254/1260 [uan prés. 6], Kasten/Nitti ; DME 4 s.v. ir ; Kasten/Cody s.v. ir ), ast. va (dp. 1095 [uadas subj. prés. 2], DE-LlAMs 5 s.v. dir ; DGLA s.v. dir ), gal./port. vai (dp. 1220/1240, TMILG ; DDGM ; DRAG 6 ; Houaiss ; CunhaVocabulário ; DEPArc). 1 2

 

||

1 En raison du caractère défectif des cognats romans, nous avons mis en exergue ci-dessus leurs formes de la troisième personne de l’indicatif présent, qui incitent à reconstruire */ˈβad-ɪ-t/ comme ancêtre commun du type I. et */ˈβ-a-t/ comme celui du type II. Le lemme étymologique dans l’entrée de l’article se situe à un niveau plus abstrait. 2 En raison de la prééminence de l’italianisme andare, la plupart des parlers sardes ne main-tiennent, à l’époque contemporaine, que les formes de l’impératif (2/5) de */ˈβad-e-/, mais autrefois, les représentants de cet étymon étaient aussi présents à l’indicatif présent (2, 3, 4, 6 ; cf. Wagner,ID 14, 166‒167 ; Wagner in DES). 3 Nous attribuons le cognat frioulan au type */ˈβad-ɪ-t/ sur la foi de la forme que prend le verbe dans l’inversion pronominale : vadial ? « va-t-il ? » (vs. aial ? « a-t-il ? », daial ? « donne-t-il ? », staial ? « reste-t-il ? »). La première attestation frioulane avec <d> remonte à 1571 (? ; vadin subj. prés. 6, DAroncoAntologia 108).

4 Pour la majorité des formes du paradigme du verbe espagnol, le critère phonétique ne per-met pas leur attribution au type I. ou II. Nous suivons LloydLatín 473 pour analyser le yod des formes du subjonctif présent comme antihiatique, ainsi vaya 3 (dp. 1340, Kasten/Cody s.v. ir) < *vaa (“aparece esporadicamente”, LloydLatín 473 ; Ø CORDE ; Ø SchedeMorphologie) < */ˈβad-a-t/ (postuler, comme le fait PennyGramática 185, une influence du paradigme [du continuateur] de */'aud-i-/ ne nous paraît pas nécessaire). Du coup, le cognat espagnol tombe dans l’escarcelle de */ˈβad-e-/.

5 L’attribution du cognat asturien au type I. se fait sur la foi de la première attestation (uadas, cf e e . ci-dessus) et d’autres du même type : vada (subj. prés. 3, 12 s.), vaa (subj. prés. 3, 12 s.),

vaan (subj. prés. 6, 1375, tous DELlAMs), les formes contemporaines étant indécidables. 6 Le rattachement au type I. */ˈβad-e-/ du cognat galégo-portugais se fait sur la foi d’attestations médiévales présentant la séquence <-aa-> ~ <-aã-> ~ <-ãã-> (< */-ad-a-/) : uaamos (subj. prés. 4, 1286, TMILG), vaas (prés. 2), vaamos (prés. 4), vaa (subj. prés. 1), vaas (subj. prés. 2), e vaã (subj. prés. 3), vãã (fut. 6), vaa-se (imp. 2), vaamos (imp. 4 ; tous 14 s., DEPArc). */'βad-e-/ v.intr. | 383

 

I.2. Verbe semi-auxiliaire inchoatif-ingressif (> auxiliaire du futur) + infinitif

*/ˈβad-ɪ-t/ > frioul. va v.aux. « (il) s’engage dans une action, (il) commence (à faire qch.) » (dp. 1893, PironaN2 495 s.v. lâ [surtout Gorizia]), esp. va (dp. ca 1200 [inchoatif-ingressif], ChampionVado 23 [+/- a prép.] ; YlleraPerífrasis 171 [13e s. : “preparación, disposición para la acción y acción próxima”] ; dp. 14e s. [futur immédiat ; auxiliaire : impf.], YlleraPerífrasis 162 ; Radatz,Verbalperi-phrasen 69 [1ère e e m. 15 s. ; auxiliaire : prés.] ; KenistonSyntax 463 [16 s. ; « être sur le point de faire »] ; Hartman,LRL 6/1, 437 ; BosqueGramática 3365‒3372 ; CompanySintaxis 2, 894‒902, 921‒943, 952‒959 ; BravoPerífrasis 299‒323, 379‒380 [futur immédiat (aspect) > futur (temps) en cours] ; Lhafi,ZrP 130 [em-plois expressifs]), ast. va (ChampionVado 47 ; ALlAGramática3 221 [futur immé-diat]), e gal./port. vai (dp. 13 s. [inchoatif-ingressif : Hu vaas ? [...] Vou morar com os frades que vivem em este outro ermo], comm. pers. Américo Venâncio Lopes Machado Filho ; dp. 1572 [futur immédiat], ChampionVado 43, 45‒46 ; DDGM ; TeyssierManuel 248 [+/- a prép.] ; CunhaGramática 395 ; DiasSyntaxe 247 ; MattosPortuguês 1, 444 ; Houaiss ; Menon,Verbalperiphrasen 83‒88).

 

I.3. Verbe semi-auxiliaire coextensif (> duratif-progressif) + gérondif

*/ˈβad-ɪ-t/ > frioul. va v.semi-aux. « (il) accomplit (une action) de façon conti-nue, (il) fait continuellement » (FagginGrammatica 198), esp. va (dp. fin 12e e ère e /déb. 13 s. [coextensif], Dietrich,RF 97, 213 ; dp. 1 m. 13 s. [progressif], Die-trich,RF 97, 220 ; KenistonSyntax 469 [16e s. ; progressif] ; YlleraPerífrasis 57‒71 ; Hartman,LRL 6/1, 437 ; BosqueGramática 3408‒3409, 3412‒3416, 3423), ast. va (ALlAGramática3 224), port. vai (DiasSyntaxe 247 ; CunhaGramática 395 ; Me-non,Verbalperiphrasen 82‒83).

 

II. Type évolué : */ˈβ-a-/

 

II.1. Verbe plein (de mouvement)

*/ˈβ-a-t/ > dacoroum. va v.intr. « (il) va » (dp. 1581/1582 [vă ! imp. 2], Tiktin3 ; EWRS ; Graur,BL 5, 116 ; Cioranescu n° 9117 ; DLR 7, 8 s.v. vă ; MDA), aroum. vai

 

||

7 En dacoroumain moderne et contemporain, le verbe ne survit qu’à l’impératif (vă !, vaţi !, vareţi !), aujourd’hui confiné aux parlers de Transylvanie, ainsi que, probablement de façon indirecte (croisement avec le continuateur de */'βɔl-e-/, 2 cf. DLR 13/3, 1212 s.v. vrea), dans la locution mai va loc.-phrase « cela prendra encore beaucoup de temps » (Tiktin3 ; EWRS ; DLR).

384 | 1. Articles

 

« (tu) vas » (DDA 9 ; BaraAroumain), istriot. va (Tekavčić,Rad 348, 237 ; Cer-2

necca 130 ; ILA n° 1105 [Fasana, Gallesano, Rovigno, Sissano]), e it. va (dp. 2 m.

12 e s. [vann’ prés. 6 ; forme analogique], Giuliani in TLIO s.v. andare ; Mar-kun,RLiR 8 ; TekavčićGrammatica 10 2, 455‒468 ; AIS 1596, 1656, 1692), lad. va 1

(dp. 1805, CLL ; GasserGramatica 157‒158 ; AIS 1656, 1692 ; ALD-I 30), romanch. ˹va˺ (dp. 1560 [uò], GartnerBifrun 35 = DecurtinsMorphologie 1 ; HWBRätoroma-nisch s.v. ir ; DecurtinsMorphologie 1‒14 ; Giger in DRG 10, 4‒9, 78 ; AIS 1656 p 5, 10, 14, 16 ; 1695), e fr. va (dp. fin 11 s. [vat], TLF ; GdfC ; TL ; FEW 14, 116b‒117a ; ANDEl ; RiegelGrammaire 475 ; BuridantGrammaire 281), frpr. ˹va˺ (dp. 1220/1230 [vais prés. 2], ProsalegStimm 94 ; SommeCode 38 ; GononDocu-ments 20, 21 ; MargOingtD 100, 134 ; Tappolet in GPSR 1, 283‒291 ; FEW 14, 116b), occit. ˹vai˺ (dp. ca 1060 [va prés. 3], SFoiHA 1, 276 ; BrunelChartes 95 ; Raynouard s.v. anar ; Levy s.v. anar ; AppelChrestomathie ; Mistral s.v. ana ; RonjatGrammaire 2, 98 ; 3, 294‒296 ; FEW 14, 116b‒117a ; ChauvinCreuse 84 ; Jacobs,RRom 49, 195), e gasc. ˹ bai ˺ (dp. 11 s. [vauc prés. 1], Bourciez,AnnBord 1890, 204 ; Bourciez,RF 23, 416 ; LuchaireRecueil 121 ; RohlfsGascon2 103 ; FEW 14, 116b‒117a ; DAG n° 387 ; CorominesAran 587 ; Jacobs,RRom 49, 195 ; ALG 2036 ; 2037 ; 2044 p 697 NE ; 2045), cat. va (dp. 1310 [vaga (*/ˈvaʒa/) subj. prés. 3], DCVB ; MollSuplement n° 3335 ; BadiaGramàticaHistòrica § 187 ; Moll-MartíGramàticaHistòrica § 352)11.

 

||

8 Nous ne suivons pas Cioranescu n° 9117, qui voit dans les formes du futur dacoroumain de type 2 voi (< */'βɔl-e-/, cf. Guţu,LRL 3, 28 ; DLR 13/3, 1213‒1222 s.v. vrea) des représentants indi-rects de */ˈβad-e-/. Par ailleurs, des raisons aréologiques et morphosyntaxiques conduisent à considérer aroum. va v.aux. invar. « (auxiliaire servant à former le futur) » (DDA2) comme de création idioromane.

9 Aroum. vai prés. 2 semble ne s’être maintenu que grâce à l’appui de la locution vai m blai loc. adv. « en montant », dans laquelle il s’est fossilisé (cf. DDA2). 10 En raison de l’apocope fréquente de /-de/ en toscan (RohlfsGrammStor 1, § 216), on aurait pu hésiter sur l’attribution d’it. va à l’un ou à l’autre type phonologique ici distingués. Mais cette apocope ne frappe que très exceptionnellement des formes verbales, et jamais de façon exclusive (siè à côté de siede < */ˈsɛd-e-t/, diè à côté de diede < */ˈdɛd-i-t/), tandis que le conti-nuateur de */ˈkad-i-t/ est cade, celui de */ˈrid-i-t/, ride etc.). En revanche, d’autres formes du paradigme de l’italien standard – ainsi vado prés. 1 < */ˈβad-o/ et vada subj. prés. 3 < */ˈβad-a-t/ – se rattachent clairememt à */ˈβad-e-/.

11 D’autres formes du paradigme que la troisième personne de l’indicatif présent (ain-si “*VADEAT > ant. vaja, mod. vagi”, BadiaGramàticaHistòrica § 150 ; cf. aussi la première attes-tation du lexème) remontent au type I. */ˈβad-e-/.

*/'βad-e-/ v.intr. | 385

 

II.2. Verbe semi-auxiliaire inchoatif-ingressif (> auxiliaire du futur) + infinitif

*/ˈβa-t/ > it. va v.aux. « (il) s’engage dans une action, (il) commence (à faire qch.) » (dp. av. 1342 [inchoatif-ingressif : vadomi a confessare], Amenta,CFI 9, 21 ; dp. 1558/1562 [futur immédiat : io ti vo a fare scrivere], Dietrich,RF 97, 219 [+ a prép.] ; GDLI 1, 454 ; Sornicola,LN 37 ; VLI s.v. andare1 ; GRADIT s.v. andare1), romanch. ˹va˺ (DRG 10, 72, 79 [inchoatif/futur ; “im grossen und ganzen altein-heimisch”]), fr. va (dp. ca 1176 [aspectuel/modal], Dietrich,RF 97, 222 ; dp. déb. 13 e s. [présent prospectif/futur proche], ChampionVado 25 ; Vetters,Faits 3, 28 ; Martin in DMF2012 s.v. aller [III. B.] ; WernerVerbalperiphrase 177 ; Gougen-heimPériphrases 98 ; Wilmet,LRL 5/1, 505 ; JensenSyntax 294 ; RiegelGrammaire 17 ; 451 ; BlancheApproches 68‒69 [en français parlé, d’emploi nettement plus fréquent que le futur simple] ; Vetters,Faits 3, 27‒36 [27 : “véritable temps ver-bal”]), frpr. ˹va˺ (GPSR 1, 286 ; BjerromeBagnes 110 ; PailletGrand-Bornand 157 ; CCSSavoyards 70 ; NagyFaetar 40), occit. ˹vai˺ (dp. ca 1196/1212 [inchoatif-ingressif], JensenSyntaxe 205 ; dp. mil. 15 e s. [futur immédiat], ChampionVado 28 ; RonjatGrammaire 3, 212‒213), cat. va (dp. 1438/1467 [inchoatif-ingressif], Radatz,Verbalperiphrasen 67 ; dp. 1956 [futur immédiat ; non accepté par la norme], Radatz,Verbalperiphrasen 64 [à l’époque moderne + a prép.]).

 

II.3. Verbe semi-auxiliaire coextensif (> duratif-progressif) + gérondif

*/ˈβa-t/ > it. va v.semi-aux. « (il) accomplit (une action) de façon continue, (il) fait continuellement » (dp. 4e e qu. 12 s. [va corendo ; coextensif], TLIOCorpus ; Dietrich,RF 97, 209 ; dp. av. 1374 [progressif], Dietrich,RF 97, 211 ; RohlfsGrammStor 3, § 720 ; GDLI 1, 453 [continuité et fréquence de l’action] ; VLI s.v. andare1 1 ; GRADIT s.v. andare), romanch. ˹va˺ (DRG 10, 69‒71, 79 [continuité et fréquence de l’action]), e e fr. va (fin 11 s. [comitatif] ‒ 17 s. [plutôt archaïque par la suite], Dietrich,RF 97, 209, 224 ; DMF2012 s.v. aller [III. A.] ; GPSR 1, 287 ; JensenSyntax 294‒295 ; WernerVerbalperiphrase 328‒359 ; Marchello-Nizia,HSK 23/3, 2942‒2943 ; GrevisseBonUsage15 § 820), SRfrpr. va (GPSR 1, 286‒287 [rare ; dans des dictons]), aoccit. ˹vai˺ (ca 1100 ‒ av. 1200, AppelChrestomathie 227 = JensenSyntaxe 205, 227), agasc. ˹vai˺ (av. 1149, JensenSyntaxe 205, 227).

 

Commentaire. 12 – (1.) À l’exception du végliote, toutes les branches romanes présentent des cognats conduisant à reconstruire, soit directement, soit à tra-

 

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12 Le végliote ne semble en effet pas connaître de continuateur de */ˈβad-e-/ ~ */ˈβ-a-/. La forme dominante et, à ce qu’il paraît, populaire des personnes 1‒3 du présent de végl. [dzer] v.intr. « aller » est [viz] (cf. BartoliDalmatico 229, 253, 254, 255, 256, 276, 334, 410 § 340, 444 §

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vers un type évolué, protorom. */ˈβad-e-/ v.intr. « se déplacer, aller ; s’engager dans une action, commencer (à faire qch.) ; accomplir (une action) de façon continue, faire continuellement ».

(2.1.) Le sarde (dont certaines variétés maintiennent une issue de */-d-/ in-tervocalique), le frioulan (cf. n. 3), l’espagnol (cf. n. 4), l’asturien (cf. n. 5) et le galégo-portugais (cf. n. 6) permettent de reconstruire protorom. */ˈβad-e-/ (MeyerLübkeGLR 1, § 436‒437 ; WagnerFonetica 135‒138 ; RohlfsGrammStor 1, § 216 ; 2, § 544 ; e cf . ci-dessus I.) sur la base de la 3 personne de l’indicatif pré-sent (cf. n. 10 et 11 pour d’autres formes du paradigme), tandis que la branche roumaine et la majorité des idiomes du centre de la Romania obligent (it. ro-manch. cat.) ou du moins ne s’opposent pas (fr. occit.)13 à une reconstruction en */ˈβ-a-/ (MeyerLübkeGLR 1, § 436‒437 ; 2, § 228‒232 ; RohlfsGrammStor 1, § 216 ; DecurtinsMorphologie 6 ; RonjatGrammaire 2, 98 ; 3, 294‒296 ; cf. ci-dessus II.)14. Protorom. */ˈβ-a-/ s’analyse comme une variante secondaire, syncopée, de */ˈβad-e-/, dont l’origine peut être attribuée à l’action conjointe de l’usure pho-nétique en proclise (cf. I.2., I.3., II.2. et II.3.) de ce verbe très fréquent et de l’attraction du sous-système flexionnel formé notamment par */'d-a-/, */ˈɸ-a-/ (cf. */'ɸak-e-/ II.) et */'st-a-/. En tout état de cause, le dégagement de */ˈβ-a-/ (< */ˈβad-e-/) est parallèle à celui de */ˈɸ-a-/ (< */'ɸak-e-/), à cela près que la ge-nèse de */ˈβ-a-/, qui s’appuie entre autres sur le témoignage de la branche rou-maine, peut être postulée pour une époque plus ancienne que celle de */ˈɸ-a-/.

(2.2.) Le type originel */ˈβad-e-/ (ci-dessus I.), que l’on reconstruit sur la base du sarde, du frioulan, de l’espagnol, de l’asturien et du galégo-portugais, peut être attribué à la phase la plus ancienne du protoroman, antérieure à la séparation entre le protoroman continental et le protosarde. Pour ce qui est du type évolué */ˈβ-a-/ (ci-dessus II.), il présente, dans sa fonction de verbe plein

 

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463), qui ne peut pas remonter à un étymon dont la voyelle accentuée est */ˈa/. Végl. vu prés. 6 (BartoliDalmatico 219) satisferait au critère phonétique, mais cette forme a été enregistrée par Mate Carabaich dans une version peu fiable du chant Masa suna, dont les autres versions portent vì (< ?) et va (emprunt au vénitien). 13 L’attribution au type II. des cognats dont le rattachement à I. ou à II. est phonétiquement indécidable (français et occitan) a été faite sur des critères aréologiques. Il subsiste toutefois un doute sur l’origine d’afr. vait ind. prés. 3 (cf. FouchéVerbe 425 ; LaChausséeMorphologie 182‒183).

14 Cf. MeyerLübkeGRS 2, § 228 [“wohl schon im Vulgärlateinischen vao nach stao und so vas vat vaunt, Impt. vae als Kurzformen neben vado vadis vadit vadunt vade”] ; Markun,RLiR 8, 298 ; RonjatGrammaire 3, 294 [“à côté de vādō, -is, etc... on a pu avoir en débit rapide, spécia-lement en proclise, des formes vulg. : *vō et *vaō, *vās, *vat, *vāmus, *vātis, *vant et *vaunt”] ; DecurtinsMorphologie 6 [*VAS, *VAT, *VANT] ; RosettiIstoria 142.

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(II.1.), des continuateurs dans la branche roumaine et dans une partie de la Romania italo-occidentale (istriot. it. lad. romanch. fr. frpr. occit. gasc. cat.), ce qui permet de le reconstruire au moins pour le protoroman continental, donc après l’individuation du protosarde (2e e moitié du 2 siècle [?], cf. Straka,RLiR 20, 256), mais avant celle du protoroumain (2e e moitié du 3 siècle selon RosettiIsto-ria 184 ; fin 3 e siècle selon Straka,RLiR 20, 258).

(2.3.) La méthode comparative incite à reconstruire pour protorom. */ˈβad-e-/ ~ */ˈβ-a-/, à côté de sa valeur purement lexicale (verbe de mouve-ment), deux fonctions semi-auxiliaires (cf. HeineAuxiliaries 14‒16 pour cette notion) : dans la première, l’auxilié est un infinitif (ci-dessus I.2. ; II.2.), dans la seconde, un gérondif (ci-dessus I.3. ; II.3.). La reconstruction de ces deux va-leurs logiquement secondaires pour la protolangue se recommande en raison du nombre de cognats convoqués (dix pour chaque cas), qui rend extrêmement improbable une convergence idioromane fortuite sur la base d’une aptitude universelle des verbes de mouvement à assumer des fonctions semi-auxiliaires. À noter aussi que d’autres verbes présentant le sens « aller » (ainsi dacoroum. merge [< */'mɛrg-e-/, cf. REW3 s.v. mĕrgĕre]) sont dépourvus de fonctions de ce type 15.

(2.4.) Dans sa première fonction semi-auxiliaire (cf. DietrichVerbalaspekt 3‒7, 59‒60 et passim ; ChampionVado), de type aspectuel et modal (inchoatif, cf. I.2. et II.2.), */ˈβad-e-/ ~ */ˈβ-a-/ est continué, en partie sous la forme d’un auxiliaire de futur, dans une large aire continue de la Romania italo-occidentale (it. frioul. romanch. fr. frpr. occit. cat. esp. ast. gal./port.) 16. Cette répartition aréologique, qui exclut les branches sarde et roumaine, incite à assigner l’apparition de la valeur aspecto-temporelle de */ˈβad-e-/ ~ */ˈβ-a-/ au protoro-man italo-occidental (qui, comme le montrent les cognats ci-dessus sous I. et II., connaissait les deux variantes formelles), variété diatopique et diachronique du protoroman datable entre le dégagement du protoroumain (2 e e moitié du 3 siècle selon RosettiIstoria 184 e ; fin 3 siècle selon Straka,RLiR 20, 258) et l’individuation du galloitalien, du francoprovençal et du gascon (ca 600, cf. Seidl,MélStotz 35 ; Chambon,RLiR 66, 489 ; Greub,HSK 23/3, 2504 ; Cham-bon,BSL 95/1, 174 ; Greub,RacinesFrpr 21)17. Cette valeur aspecto-temporelle, qui traduit, à travers une métaphore spatiale, la grammaticalisation du verbe de

 

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15 La DatSemShifts ne répertorie, à partir de « to go », que les cibles « to find », « to fall », « to be alike », « to suit » et « to copulate ».

16 Concernant l’aréologie de cette fonction des continuateurs de */ˈβad-e-/ ~ */ˈβ-a-/, il con-vient donc de corriger ChampionVado 19, 29, qui affirme que l’italien ne la connaît pas. 17 Cf. ChampionVado 19 : “the periphrasis is, relatively speaking, a recent phenomenon”.

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mouvement originel (CompanySintaxis 2, 894, 924, 956‒959 ; cf. aussi Cham-pionVado 24‒25), s’inscrit dans la stratégie de grammaire universelle du go-future (FleischmanFuture 78‒79), une des plus répandues à travers les langues du monde (KutevaAuxiliation 117‒121 ; HeineWordLexicon 161‒163). L’itinéraire de grammaticalisation progressive vers un semi-auxiliaire aspectuel et modal, puis éventuellement vers un véritable auxiliaire temporel, peut être commodé-ment subdivisé en quatre étapes, concrètement observables dans l’histoire des idiomes romans les mieux attestés, mais dont l’ordre respectif doit être postulé de façon générale. (1) Le degré zéro est constitué du verbe plein, qui véhicule un sens allatif (combinant une idée de locatif avec une idée de mouvement) ; l’indication d’une localité vers laquelle le déplacement s’effectue, en général véhiculée par un complément circonstanciel de lieu, est obligatoire. (2) La pre-mière étape de la grammaticalisation est atteinte quand, par une inférence pragmatique non conventionnelle, le verbe acquiert la valeur d’un semi-auxiliaire inchoatif-ingressif : l’idée sous-jacente est celle d’une intention, d’une impulsion dirigée vers un passage à l’action : le sème /avancée spatiale/ est toujours présent, mais le verbe gouverne une subordonnée infinitive (ou, dans le cas des variétés où la préposition issue de */a/ est utilisée, un syntagme prépositionnel dans lequel une subordonnée infinitive est régime de cette pré-position) ; le sujet est nécessairement un agent. L’italien contemporain de réfé-rence illustre cette étape : vado a mangiare stasera in casa dei miei genitori (FleischmanFuture 81). (3) La deuxième étape de la grammaticalisation voit apparaître, dans les contextes où la destination n’est pas explicitement nom-mée, à travers la conventionalisation de l’inférence discursive /déplacement/ → /intention/, un semi-auxiliaire modal et aspectuel véhiculant l’idée d’intention (FleischmanFuture 130 ; PérezSaldanyaMorfosintaxi 265‒266). L’idée de mou-vement passe alors au second plan, voire disparaît complètement, au point d’ouvrir la possibilité d’une construction avec un verbe de mouvement plein : je vais y aller. (4) La troisième étape de la grammaticalisation est atteinte quand on passe du semi-auxiliaire modal et/ou aspectuel à un véritable auxiliaire temporel, dont la fonction est typiquement celle d’un présent prospectif ou futur immédiat (FleischmanFuture 130 ; Vetters,Faits 3, 28), qui peut par la suite évoluer vers un futur tout court (français et espagnol). Au niveau morpholo-gique, on constate alors une restriction plus ou moins aboutie aux mots-formes du présent (et de l’imparfait) ; au niveau combinatoire, l’apparition de sujets inanimés ; d’autre part, la fréquence d’emploi monte (cf. Amenta,CFI 9, 26).

(2.5.) Les idiomes romans sont allés plus ou moins loin dans cette gramma-ticalisation progressive, et ont parcouru ses différentes étapes plus ou moins rapidement – à titre d’exemple, c’est dès le 15e siècle que l’idée de mouvement */'βad-e-/ v.intr. | 389

 

disparaît complètement de cette structure dans les textes français (Gougen-heimPériphrases 98), mais seulement au 19e siècle dans ceux du domaine espa-gnol (CompanySintaxis 2, 899). Le tableau ci-dessous synthétise les dates de première attestation que nous avons pu réunir pour les différentes valeurs dans les parlers romans individuels : si ces datations dépendent de la richesse docu-mentaire disponible pour les différents idiomes et ne peuvent, en tout état de cause, que fournir une indication indirecte sur la sitation de la langue parlée, elles constituent néanmoins un témoignage fiable de l’enchaînement successif des différentes étapes de grammaticalisation.

 

Idiome Verbe de Semi-auxiliaire inchoatif Auxiliaire temporel

mouvement > d’intention

It. 2e e m. 12 s. av. 1342 1558/1562 (critiqué) Frioul. 1361 1893 Romanch. e e 1560 20 s. 20 s. Fr. e e ca 1176 déb. 13 s. 20 s. Frpr. e 1220/1230 20 s. Occit. ca 1060 ca 1196/1212 mil. 15e s. Cat. 18 1310 1438/1467 1956 (critiqué) Esp. ère e 1254/1260 ca 1200 1 m. 15 s. Ast. e 1095 20 s. Gal./port. e 1220/1240 13 s. 1572

 

(2.6.) La plus ou moins grande avancée sur l’axe de grammaticalisation progressive des différents idiomes romans n’empêche pas d’y reconnaître, en tout cas au niveau catégoriel, mais aussi, en l’occurrence, au niveau formel (*/ˈβad-e-/ ~ */ˈβ-a-/ + infinitif), un héritage commun. En effet, la monogenèse de la valeur semi-auxiliaire des lexèmes romans réunis ci-dessus et donc leur héritage du protoroman (où il s’agit peut-être d’un hellénisme, DietrichVerba-laspekt 15‒19 ; Dietrich,RF 97, 197), hypothèse infiniment plus économique que

 

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18 Ce n’est probablement pas un hasard si le catalan, qui fait par ailleurs une utilisation in-tense des continuateurs de */ˈβ-a-/ dans la fonction d’auxiliaire du prétérit périphrastique (BadiaGramàticaHistòrica § 177‒179 ; PérezSaldanyaMorfosintaxi 261‒275 ; emprunt à l’occitan, cf. Jacobs,RRom 49, 194‒199 ; pour l’occitan, cf. aussi Pansier 3 s.v. anar et JensenSyntaxe 205), hésite à occuper pleinement cette dernière case, d’autant que va fer (prétérit) et va a fer (candi-dat au futur proche) sont phonétiquement proches, voire identiques (Radatz, Verbalperiphra-sen 64).

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celle d’emprunts successifs intervenus à époque romane, se déduit, d’une part, de leur large diffusion dès le Moyen Âge, d’autre part de leur appartenance, du moins à l’origine, à des variétés plutôt proches de la langue parlée (cf. Die-trich,RF 97, 197, 225 ; Dietrich,LRL 2/1, 234). Par ailleurs, la comparaison entre les cognats concernés amène à reconstruire un tiroir verbal présentant une variation syntaxique interne : */ˈβad-e-/ ~ */ˈβ-a-/ (+/- préposition */a/) + infini-tif, l’italien et les parlers de l’Ibérie ayant sélectionné (ou, dans le cas de l’espagnol, fini par sélectionner 19) la variante avec la préposition, les parlers de la Gaule et le frioulan, celle sans la préposition.

(2.7.) Dans une aire assez large de la Romania italo-occidentale (it. frioul. romanch. fr. frpr. occit. gasc. esp. ast. port.), les continuateurs de */ˈβad-e-/ ~ */ˈβ-a-/ présentent (ou ont présenté au Moyen Âge) une seconde valeur non purement lexicale : celle de semi-auxiliaires servant à former, à l’aide du géron-dif, un tiroir verbal marquant l’aspect coextensif (mouvement étroitement asso-cié à un procès), puis l’aspect progressif (cf. DietrichVerbalaspekt 3‒7 et passim et ci-dessus I.3. et II.3.). Là aussi, la grammaticalisation est progressive : le sens lexical (mouvement) est encore très présent dans les premières attestations, où les issues de */ˈβad-e-/ ~ */ˈβ-a-/ sont souvent en cooccurrence avec un autre verbe de mouvement, ou du moins avec un verbe exprimant une action prolon-geant l’action de se mouvoir exprimée par elles (Dietrich,RF 97, 210), mais les attestations où l’idée de mouvement est proéminente deviennent de moins en moins fréquentes avec le temps. En raison de leur cohérence aréologique et de l’ancienneté de leurs attestations, nous proposons d’y voir un héritage de la protolangue, et plus précisément, comme pour I.2./II.2., du protoroman italo-occidental, variété tardive et géographiquement restreinte du protoroman.

(2.8.) Quels que soient leur valeur sémantique et leur comportement syn-taxique, les cognats romans réunis ci-dessus sont sans exception défectifs ; ils occupent les tiroirs suivants (cf. aussi IliescuTypologie 184, 187, 503‒505, Mai-den,Aemilianense 1, 383‒387 et StolovaMotion 56)20 :

 

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19 Si la préposition a a toujours été obligatoire avec ir en fonction de futur, elle était faculta-tive – en compétition avec la simple juxtaposition de ir et de l’infinitif, une construction avec por et une autre avec para – dans l’emploi aspectuel qui l’a précédée (CompanySintaxis 2, 898, 952‒954 ; cf. aussi YlleraPerífrasis 174‒175). 20 Dans ce tableau, les formes que les sources identifient explicitement comme analogiques sont données entre crochets carrés.

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Ind. prés. Subj. prés. Imp. Impf. Autres

Sard. 2‒4, 6 2, 5 Dacoroum. 3 2, 5 Istriot. 1‒3, 6 1‒3, 6 2 It. 1‒3, 6 1‒3, 6 2 Frioul. 1‒3, 6 1‒3, 6 2, 5 Lad. 1‒3, 6 1‒3, 6 2 Romanch. 2, 3, 6 2 Fr. 21 1‒3, 6 [?] 2 Frpr. 22 1‒4, 6 1, 4 2 1, 3 Fut./cond. 1 Occit. 1‒3, 6 1‒3, 6 2 Gasc. 23 1‒3, [4‒5], 6 2, 5 Cat. 1‒3, 6 1‒3, 6 2 Esp. 24 1‒3, 6 1‒6 2‒4, 6 Ast. 25 1‒6 1‒6 2

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