Ed McBain
Virginia arracha la cigarette de ses lèvres…
5
Virginia arracha la cigarette de ses lèvres et la jeta dans un cendrier. Elle fit vivement passer le revolver dans sa main droite et se tourna vers Bert Kling qui s’apprêtait à répondre au téléphone.
— Doucement, petit. Une seconde. C’est sur quelle ligne ?
— Poste 31, dit Kling.
— Ecartez-vous, lieutenant, cria Virginia avec un geste du revolver.
Byrnes recula. De sa main libre, elle attira le téléphone à elle, l’examina un instant et appuya sur un des boutons à la base.
— Bon. Répondez, dit-elle à Kling, et elle décrocha au même instant que lui.
— 87e District, inspecteur Kling.
— Inspecteur Kling ? Ici, Marcie Snyder.
— Qui ça ?
— Marcie… Snyder. Marcie Snyder. Vous m’avez donc oubliée, inspecteur Kling, murmura une voix insinuante.
— Ah. Ah oui. Comment allez-vous, mademoiselle ?
— Très bien. Et comment va mon beau policier blond ?
— Je… euh… Je vais très bien, merci.
Bert glissa un coup d’œil vers Virginia Dodge. Elle pinçait les lèvres, dans un sourire sans joie. Elle paraissait asexuée, inhumaine, avec son gros revolver braqué sur son cabas noir. La vitalité chaude et tendre de la voix de Marcie Snyder contrastait étrangement avec cette femme glacée qui représentait la mort. La voix de Marcie ondulait comme des hanches, chuchotait, murmurait, et Kling imaginait la belle rousse appétissante mollement alanguie dans un fauteuil, en négligé transparent, son téléphone blanc à l’oreille.
— Ça me fait plaisir de vous entendre, souffla-t-elle. Vous étiez tellement pressé, la dernière fois qu’on s’est vus.
— J’avais rendez-vous avec ma fiancée, répliqua froidement Kling.
— Oui. Je sais. Vous me l’avez dit. Et répété… Vous me paraissiez nerveux. Qu’est-ce donc qui vous avait énervé, inspecteur Kling, mmmm ?
— Envoyez-la paître, chuchota Virginia Dodge.
— Comment ? dit Marcie.
— Je n’ai rien dit, répondit Kling.
— Il m’a bien semblé entendre…
— Non, je n’ai rien dit. Je… je suis assez occupé, mademoiselle. Que puis-je pour vous ?
Marcie Snyder éclata d’un rire que Bert Kling trouva effroyablement grivois. Il eut soudain l’impression d’avoir seize ans et d’entrer pour la première fois au bordel. Il faillit rougir.
— Allons, insista-t-il sèchement. De quoi s’agit-il ?
— De rien. Au fait, nous avons retrouvé les bijoux.
— Ah oui ? Où ça ?
— Finalement, ils n’avaient pas été volés. Ma sœur les avait emportés avec elle, quand elle est partie à Las Vegas.
— Vous retirez donc votre plainte, mademoiselle ?
— Bien sûr. S’il n’y a pas eu vol, je n’ai aucune raison de me plaindre, n’est-ce pas ?
— En effet. Je suis très heureux que vous ayez retrouvé ces bijoux. Si vous voulez bien nous l’annoncer par écrit, en expliquant que votre sœur…
— Vous ne pourriez pas passer prendre ma déclaration, inspecteur Kling ?
— Je le ferais avec plaisir, mais il y a tant de criminels dans notre bonne ville qu’on ne peut quasiment pas se passer de moi. Merci de votre coup de fil. N’oubliez pas de nous écrire, pour la forme.
Il raccrocha brusquement et se détourna. Virginia raccrocha à son tour.
— Un vrai tombeur, pas vrai ? ricana-t-elle.
— C’est ça, un vrai tombeur, grogna Kling.
A vrai dire, il était gêné que Virginia Dodge eût écouté l’invite lascive de Marcie Snyder. Bert Kling avait vingt-cinq ans et il n’était nettement pas entraîné au genre d’escrime pratiqué par Marcie Snyder. C’était un grand garçon blond aux larges épaules et aux hanches minces, et son visage reflétait la candeur et la sobriété. Il était beau mais paraissait l’ignorer totalement. Kling était fiancé à une jeune fille nommée Claire Townsend et toutes les Marcie Snyder de la terre, et leurs sœurs, ne l’intéressaient nullement. Si bien qu’il était affreusement gêné que Virginia Dodge pût penser qu’il avait attendu ou désiré ce coup de fil. Il ne voulait pas qu’elle eût une mauvaise opinion de lui. Ce qui, il le sentait, était parfaitement ridicule. Qu’est-ce que l’opinion d’une garce comme Virginia Dodge pouvait faire à l’inspecteur Kling ? Mais malgré tout, il ne voulait pas qu’elle pense qu’il flirtait au lieu de s’occuper d’une enquête sur un vol supposé.
Il s’approcha du bureau avec un coup d’œil inquiet vers le cabas. Et si quelqu’un le faisait tomber ? Doux Jésus ! Il fallait être folle à lier pour se balader avec un flacon de nitroglycérine !
— Au sujet de cette fille, dit-il.
— Oui ?
— Je ne voudrais pas que vous vous fassiez des idées.
— Par exemple ! Mais quelles idées ?
— Eh bien… C’est-à-dire… J’étais sur une enquête, c’est tout. Pour un vol.
— Et sur quoi d’autre pourriez-vous enquêter, mon joli ? susurra Virginia.
— Rien. Oh, zut ! Je ne sais pas pourquoi je me donne la peine de vous expliquer ça.
— Pourquoi pas ? Je suis trop bête ?
— Ma foi, on ne peut pas dire que vous soyez parfaitement équilibrée, sauf votre respect, Mrs Dodge. Quand on a toute sa raison, on ne se trimbale pas avec un revolver et un flacon de soupe, vous savez.
— Ah non ?
Virginia souriait, à présent, et s’amusait beaucoup.
— A mon avis, c’est un truc de dingue. Entre nous, hein ? Le revolver, bon, d’accord. Vous voulez descendre Steve, c’est votre affaire. Mais la nitro, vous ne trouvez pas que ça fait un peu cinéma ? Et comment avez-vous réussi à l’amener jusqu’ici sans faire sauter toute la ville ?
— Je me suis débrouillée. J’ai marché doucement. Je n’ai pas tortillé des fesses.
— Ouais, ça se fait pas, d’ailleurs. Et encore moins quand on a un puissant explosif dans son sac.
Kling eut un sourire désarmant. La pendule marquait cinq heures trente-trois. La nuit commençait à tomber et le ciel devenait d’un bleu profond derrière les arbres éclatants du parc. On entendait les cris des enfants shootant dans un ballon une dernière fois avant la nuit, et les appels de leurs mères. On entendait des hommes se saluer avant d’entrer dans les bars, s’en jeter un dernier avant de retourner chez eux. La vie bourdonnait au-dehors, derrière les barreaux des fenêtres, tandis qu’à l’intérieur le silence était presque palpable.
— J’aime bien le soir, dit Bert Kling.
— Oui ?
— Oui. Je l’ai toujours aimé. Même quand j’étais gosse. C’est doux. C’est calme… Dites, vous allez vraiment tuer Steve ?
— Oui, dit Virginia.
— Vous avez tort.
— Pourquoi ?
— Ben…
— Virginia, demanda Byrnes, est-ce qu’on peut allumer ?
— Oui. Allez-y.
— Cotton, allume donc le plafonnier. Est-ce que les inspecteurs peuvent se remettre au travail ?
— Quel genre de travail ? demanda Virginia.
— Répondre aux plaintes, taper des rapports, téléphoner à…
— Personne ne téléphone. Et personne ne touche à un appareil si je ne suis pas à l’écoute sur un autre.
— Bon. Mais ils peuvent taper ? Ça ne vous dérange pas ?
— Non. Qu’ils tapent. Chacun à son bureau.
— Alors allons-y, décréta Byrnes. Et obéissez à Virginia. Pas d’histoires et pas d’héroïsme inutile. Vous voyez, Virginia, je marche avec vous, parce que j’espère que vous reprendrez vos esprits avant qu’il soit trop tard.
— Vous fatiguez pas.
— Il a raison, vous savez, murmura Kling.
— Oui ?
— Diable, vous jouez un jeu stupide, Mrs Dodge.
— Ah oui ?
— Oui. Votre mari est mort. Ça ne lui servira à rien que vous tuiez un tas de gens innocents. Vous y compris, si la soupe explose.
— J’aimais mon mari, dit Virginia.
— Bien sûr. Enfin, j’espère. Mais à quoi ça sert ? Je veux dire, ce que vous faites ?
— Je me vengerai de l’homme qui l’a tué.
— Steve ? Allons, vous savez bien qu’il n’a pas tué votre mari.
— Pas d’accord.
— Passons. Mettons que ce soit vrai — vous savez comme moi que ce n’est pas vrai, mais pour vous faire plaisir, admettons le contraire. Qu’allez-vous gagner en vous vengeant ?
Kling haussa les épaules. Il poursuivit :
— Rien. Laissez-moi vous raconter une histoire, Mrs Dodge.
— Allez-y.
— J’ai une petite amie. Elle s’appelle Claire. Elle est magnifique. Nous allons bientôt nous marier. Vous savez, elle est pleine de vie. Mais avant, elle ne l’était pas. Quand je l’ai rencontrée, elle était morte, oui, on ne peut plus morte. Voulez-vous savoir pourquoi ?
— Pourquoi ?
— Je vais vous le dire. Son fiancé a été tué en Corée. En apprenant sa mort elle s’est laissée mourir. Elle s’était enfermée dans son désespoir comme dans une coquille, et refusait d’en sortir. Une toute jeune fille ! Dites, vous êtes à peine plus âgée qu’elle, et vous êtes complètement enfermée, emprisonnée en votre propre enfer. Elle avait tort, cette fille, Mrs Dodge. Voyez, elle n’arrivait pas à se mettre dans la tête le fait que son bonhomme était mort, mort à l’instant où la balle l’avait transpercé. Ce n’était plus le garçon qu’elle aimait, c’était un cadavre parmi tant d’autres. Mort ! Fini ! Hors circuit ! L’objet de son amour n’était qu’un tas de décombres grouillant d’asticots et aux chairs déchiquetées.
Kling marqua un temps et se frotta le menton. Il continua :
— Sans indiscrétion, je crois que vous êtes dans le même cas que cette fille.
— C’est pas vrai, dit Virginia.
— Mais si. Vous arrivez ici, et vous nous apportez la mort. Vous avez même l’air d’être la mort en personne, vous le savez ? Une jolie femme comme vous ! C’est idiot, Mrs Dodge. Si vous étiez maligne, vous rangeriez ce revolver et vous…
— J’en ai assez entendu.
— Vous croyez que ça ferait plaisir à Frank, ce que vous faites ?
— Oui. Frank voulait voir crever Steve Carella. Il me l’a dit. Il le haïssait.
— Et vous ? Vous haïssez Carella ? Vous ne le connaissez même pas !
— Je m’en fous. J’aimais mon mari. Ça me suffit.
— Mais votre mari était un criminel ! E venait de tirer sur un type quand il a été arrêté ! Vous espériez que Steve allait le décorer ? Allons, Mrs Dodge, soyez raisonnable.
— J’aimais mon mari, répéta-t-elle.
— Voyons, vous êtes une femme amoureuse, vous n’êtes pas une folle sans cœur, qui fait sauter des baraques histoire de rigoler ! Alors, rangez donc votre pétard et tirez-vous avant d’avoir plus d’ennuis que vous n’en avez jamais eu !
— Non. Non.
— Allez, Mrs Dodge…
Virginia se raidit sur sa chaise.
— Ça va, petit. Tu peux la boucler !
— Que…
— Ça va, je te dis. La morale, ça ne prend pas.
— Mais je ne…
— Assez ! Bon Dieu, ça suffît.
— Je ne voulais…
— J’ai dit : assez !
Le silence tomba. La pendule égrenait les minutes et les laissait tomber sur le plancher, une à une comme les fantômes de policiers morts. Il faisait presque nuit, à présent. Les fenêtres entrouvertes pour laisser filtrer l’air doux de l’automne permettaient d’entendre aussi les bruits de la circulation de cette fin d’après-midi. Une machine à écrire se mit à crépiter. Kling se tourna vers un des bureaux près des fenêtres, où Meyer venait de glisser dans sa machine une feuille de rapport avec deux carbones et deux doubles. Le plafonnier faisait luire le crâne chauve de Meyer, penché sur sa machine. Cotton se dirigea vers un classeur et tira un des tiroirs. Le tiroir grinça.
Hawes ouvrit un dossier et le feuilleta. Puis il alla s’asseoir près de l’autre fenêtre. Un borborygme échappa au distributeur d’eau fraîche.
— Désolé de vous avoir importunée, dit Kling à Virginia. J’aurais bien dû me douter qu’on ne peut pas discuter avec un cadavre.
Soudain, il y eut un charivari dans le corridor et Virginia se redressa. Kling, qui l’observait, craignit un instant qu’elle ne tirât machinalement.
— Ça va, on entre là-dedans ! cria une voix d’homme que Kling reconnut aussitôt.
Hal Willis apparut à la barrière de bois et poussa sa prisonnière devant lui. On eut brusquement l’impression qu’une aurore boréale venait s’épanouir dans la salle des inspecteurs. La prisonnière était une jeune Portoricaine aux cheveux blond platine. Elle portait un manteau violet ouvert sur une blouse paysanne rouge vif largement décolletée. Une jupe noire lui serrait les hanches et la taille. Elle était chaussée d’escarpins rouges à talons très hauts et à brides noires. Une dent en or étincelait dans son sourire d’un blanc éclatant. Et, ce qui étonnait le plus dans cet ensemble voyant, elle n’était pas maquillée. Deux immenses yeux bruns éclairaient un visage à l’ovale parfait, à la bouche sinueuse et au nez aristocratique. C’était certainement la prisonnière la plus ravissante, sinon la plus discrète, qui eût jamais passé le seuil de la salle des inspecteurs.
Elle le passait d’ailleurs avec la plus mauvaise grâce du monde et se débattait furieusement tandis que Willis la tirait par son poignet encerclé d’une menotte d’acier brillant, sans cesser de l’invectiver en espagnol.
— Allons, allons, cara mia, dit Willis. Viens donc, tsotzkuluh. On dirait que tu as peur de nous ! Viens vite, liebchen. Hé, Bert ! Tu parles d’un numéro ! Dites donc, Pete, qu’est-ce que vous dites de ma prisonnière ? Elle vient d’égorger un mec avec une lame de…
Willis se tut brusquement.
Le silence du bureau était étrange.
Il regarda d’abord le lieutenant, et puis Kling, et les deux bureaux du fond où Cotton Hawes et Meyer travaillaient en silence. Et puis il vit Virginia Dodge et le .38 braqué sur l’ouverture du cabas noir.
Son instinct le poussa d’abord à lâcher les menottes de la fille et à tirer son revolver. Cet instinct fut immédiatement calmé par la voix sèche de Virginia :
— Entrez ! Ne touchez pas à votre arme !
Willis et la fille pénétrèrent dans le bureau.
— Bruta ! hurla la Portoricaine. Pendega ! Hijo de la gran puta !
— Ah, ta gueule ! ordonna Willis.
— Pinga, glapit-elle. Sale cochonnerie de sale cochon de flic !
— Ferme ça ! Boucle-la, supplia Willis.
La fille le dépassait d’une demi-tête. Elle était grande, mais Willis était sans doute le plus petit inspecteur de toutes les forces de police. Il avait tout juste la taille réglementaire. Mince, fluet, avec un bon regard de cocker, Hal Willis trompait son monde. Willis était aussi calé en judo qu’en matière de Code pénal et il était capable d’étendre un colosse plus vite que six hommes se servant de leurs poings. Et déjà, tout en considérant le revolver dans la main de Virginia Dodge, il cherchait comment il pourrait la désarmer.
— Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-il à la cantonade.
— La dame au revolver a un flacon de nitroglycérine dans son sac, annonça Byrnes. Et elle veut s’en servir.
— Eh bien ! siffla Willis. Jamais le temps de s’ennuyer, hein ? Hé, madame, je peux tomber la veste et retirer mon chapeau ?
— Posez d’abord votre revolver sur le bureau devant moi.
— Elle perd pas le nord. Ma bonne dame, vous me flanquez les foies. C’est vrai que vous trimbalez un flacon de soupe dans ce cabas ?
— C’est tout ce qu’il y a de vrai.
— Je ne demande qu’à voir, dit Willis en faisant un pas vers le bureau.
Kling crut que c’était la fin. Il vit Virginia Dodge plonger soudain la main dans son sac et il se prépara à l’explosion qui allait suivre. Mais elle se contenta d’en sortir un flacon plein d’un liquide incolore. Elle le posa doucement sur le bureau et se tourna vers Willis.
— Ça pourrait être de l’eau, ça, ma bonne dame.
— Vous voulez vous en assurer ?
— Moi ? Hé là, hé là, est-ce que j’ai l’air d’un héros ?
Il s’avança encore d’un pas. Virginia posa son sac par terre. Le flacon d’un demi-litre luisait doucement sous le plafonnier.
— Bon, reprit Willis. Faut d’abord mettre le pétard au vestiaire.
Il déboucla son ceinturon et posa l’arme dans son étui sur la table, sans jamais quitter la bouteille des yeux.
— On se croirait dans un western, remarqua-t-il. Dites-moi, chère madame, elle vous sert à quoi, la soupe ? Si j’avais su qu’on faisait la bombe, je me serais mis en smoking.
Il tenta de rire mais son rire s’éteignit quand il vit l’expression de Virginia.
— Je vous demande pardon. Je ne savais pas que les croque-morts tenaient un meeting. Qu’est-ce que je fais de ma prisonnière, Pete ?
— Demande à Virginia.
— Virginia, hein ? dit Willis en éclatant de rire. Ah, dites donc, on est gâtés aujourd’hui ! Vous savez comment la mienne s’appelle ? Angelica !
Virginia et Angelica ! La vierge et l’ange ! Ça vaut dix ! Alors, Virginia, qu’est-ce que je fais de mon ange ?
— Faites-la entrer. Qu’elle s’assoie.
— Viens donc, Angelica, sois pas timide. Prends une chaise. Un ange ! Tu parles d’un ange ! Elle vient d’égorger un type. Pose-toi là, mon ange. Cette bouteille sur la table est pleine de nitroglycérine.
— Qu’est-ce que c’est ? demanda Angelica.
— La bouteille, là. De la nitro.
— Nitro ? Comme bombe ?
— Tu l’as dit, poupée, répondit Willis.
— Une bombe ! s’écria Angelica. Madré de los santos !
— Tu l’as dit, répéta Willis.
Et cette fois il y avait de l’angoisse dans sa voix.
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