Entre deux cafés T1 : Passion torréfiée
Chapitre 9
Mon réveil fut moins brutal que je l’avais prévu. Je croyais qu’avec mes pintes de bière et mon gin tonic d’hier soir, mon estomac ferait des siennes et que je devrais inévitablement me gaver de comprimés d’ibuprofène et d’antiacides pour survivre à ma matinée. Pourtant, à mon grand étonnement, mis à part le léger mal de tête qui s’est pointé quelques minutes après le lever de mon corps, je me sens tout à fait prête à attaquer cette nouvelle journée. Une nouvelle énergie coule dans mes veines. Comme quoi Matthew a sans doute raison: je suis moins vieille que je l’imagine. Ou peut-être m’a-t-il insufflé un vent de fraîcheur? Un éclat de jeunesse renouvelée?
Mais pour ce qui est de la réaction de mon chum et celle de Dylan, j’avais vu juste: ils sont d’une humeur massacrante. À travers les innombrables soupirs d’exaspération qu’a poussés Louis-Philippe dans la dernière demi-heure, je décèle plus que du mécontentement. Postée derrière l’îlot de la cuisine, je m’affaire à préparer de la salade aux œufs pour les sandwichs des enfants tout en jetant quelques regards obliques à mon conjoint, qui bardasse tout objet se trouvant sur son chemin. Je dépose le couteau à beurre sur le bord de l’assiette de porcelaine dans laquelle je badigeonne les tranches de pain, puis je décide de prendre le taureau par les cornes en allant le rejoindre au salon. Pour éviter d’éveiller des soupçons chez ma progéniture, je le questionne tout bas: — Pourquoi tu t’énerves comme ça? Qu’est-ce qui te dérange autant? Que j’aie consommé un peu trop d’alcool? Que j’aie laissé le VUS dans le stationnement du resto? Ou que t’aies dû te lever plus tôt pour aller reconduire Lilia?
Ses yeux marron me fixent. Même si son regard me défie, j’y lis toute la suspicion qui l’habite.
— Un peu tout ça.
Je roule des yeux en expirant bruyamment.
— Mais aussi parce que tu m’avais pas dit qu’il y avait un gars avec vous. J’étais surpris de l’apprendre, hier. Je pensais que vous étiez juste entre filles…
Je reprends une expression plus neutre et je réplique entre mes dents, ne voulant pas hausser le ton:
— Wow. La confiance règne entre nous deux. Franchement, Louis!
Si je suis autant agacée par sa réponse, c’est parce que j’ai la désagréable impression de ne pas être correcte avec lui. Je n’ai pourtant rien fait de mal. Ma soirée en compagnie de Matthew, ce n’était pas de la tromperie. Toutefois, je sais pertinemment qu’hier, entre mon collègue masculin et moi, c’était plus qu’un banal flirt. Et je me sens terriblement coupable de mes agissements, même si ma façon de réagir en ce moment est contradictoire par rapport à mes pensées.
— Je… j’ai peur de te perdre, Lau. Je te sens loin de moi. Distante.
Sa voix a failli s’étrangler. Prise de court par la franchise de son aveu, je ne sais pas quoi dire. Mon cœur se serre face à la vulnérabilité qui émane des prunelles luisantes de mon amoureux. Je n’ai pas l’occasion de répliquer, puisqu’il s’éclipse pour aller rejoindre Lilia dans sa chambre.
Mes doigts tremblent lorsque j’empoigne le couteau pour terminer les lunchs. Ce dernier glisse et tombe avec fracas sur la céramique du plancher. Je me passe une main dans le visage en ravalant mes larmes. Je me promets de ne plus jamais me retrouver seule en présence de Matthew dans un contexte autre que celui du boulot. Notre relation pourrait trop facilement déraper et devenir plus intime alors que la dernière chose que je souhaite, c’est que ma famille en souffre.
— M’maaan?
Je réprime ma peine et me compose un visage souriant en me retournant vers Dylan.
— Oui, mon chaton?
Il sourcille en réaction au surnom affectueux que je viens de lui donner, mais formule tout de même sa demande:
— Crois-tu que ton amie du travail pourrait me déposer à l’arrêt de bus, s’il te plaaaît?
Les mains jointes en prière, un sourire charmeur illuminant son visage, il me supplie de ses grands yeux bordés d’épais cils noirs. Impossible de lui résister.
— Ben oui, mon grand. Sois prêt dans cinq minutes. — Yes! Je t’aime, maman.
Le baiser qu’il dépose à la dérobée sur ma joue avant de repartir vers le hall d’entrée me remue l’intérieur. Mes enfants ont besoin de moi. Ce n’est pas le temps d’aller m’émoustiller avec un autre rien que parce que j’ai besoin de nouveauté dans ma vie!
J’ai tellement à perdre…
Ne pas croiser Matthew chez ÉléGamme est somme toute plus facile que je le croyais. Les affaires ont roulé à la planche dans les deux dernières semaines, alors il a été réquisitionné sur plusieurs chantiers et a fait beaucoup d’heures supplémentaires. Il n’a donc pas eu l’occasion de revenir dîner à la boutique, comme il en avait parfois l’habitude. C’est mieux ainsi. Mes yeux ont cherché à quelques reprises les siens au travers des hublots des grandes portes en acier de l’entrepôt et mon cœur s’est agité chaque fois que son pick-up gris était garé dans le stationnement, mais ça a fini par me passer.
Qui plus est, l’excellente nouvelle dont m’a fait part Isabelle, ma patronne, m’a aidée à focaliser sur autre chose; j’ai enfin atteint mon objectif de ventes. Le montant de ma dernière paie de l’année sera assez important, car mon bonus y sera ajouté. J’en suis ravie! Louis-Philippe aussi. On a discuté ensemble de la possibilité de partir en voyage dans le Sud en famille, à la relâche. Ça nous ferait à tous le plus grand bien de nous retrouver ensemble au chaud sur la plage. J’ai très hâte de concrétiser le tout! Avant de devenir mère, j’étais une voyageuse dans l’âme, même si mon maigre budget d’étudiante ne m’a permis que quelques trips en pack-sack. L-P et moi avions de grands projets pour faire le tour du monde, mais disons que c’est le projet «Dylan» qui est rapidement devenu notre priorité. On a dû laisser tomber nos grandes aspirations de globe-trotteurs, à contrecœur.
Je n’ai que très peu discuté avec mon chum depuis qu’il m’a confessé craindre que je lui file entre les doigts. J’ai été incapable de le rassurer à cent pour cent, parce que je ne me comprends pas moi-même. Louis n’a pas cherché non plus à se rapprocher de moi par tous les moyens. Ç’a été à son tour de se montrer distant. Alors, on s’est contentés d’occuper nos soirées ensemble à visionner pour la quatrième fois l’entièreté des épisodes de Stranger Things en rafale — l’une des rares séries sur Netflix qui nous plaisent à tous les deux. Pourtant, malgré notre proximité, j’ai eu l’impression d’être à des années-lumière de lui. D’ordinaire, je me sens plus sereine face aux bouleversements de ma vie quand je me retrouve allongée aux côtés de mon amoureux, ma tête reposant sur son torse chaud, cet endroit qui semble avoir été moulé expressément pour moi. Avant, je me sentais en sécurité ainsi blottie, comme si rien ne pouvait m’atteindre. Mais depuis quelque temps, ce n’est plus comme avant. Tout va de travers. Tout part en vrille.
Lorsque nos regards s’accrochent, on s’écorche. La tension entre nous est à couper au couteau. Par chance, cela s’atténue quand on est entourés d’autres gens. Comme dimanche dernier. Mes beaux-parents et ma belle-sœur sont venus souper à la maison et la soirée a été agréable. Le vin que Madeleine nous a offert était divin et il a aidé à alléger l’atmosphère entre Louis et moi. On a même échangé plusieurs œillades complices, surtout en lien avec les subtils rapprochements qui se sont produits entre notre fils et Savannah. Ils sont tellement beaux à voir, ces deux-là. De l’amour de jeunesse à l’état pur, sans questionnements superflus.
C’est lorsque Louis-Philippe et moi nous retrouvons seuls que ça se corse. L’expression froide et fermée qu’il arbore en ma présence est presque insupportable. Il m’ignore. M’évite. Comme s’il me boudait ou voulait me faire payer.
Manifestement, il ne saisit pas les enjeux que je lui ai maintes fois évoqués, entre autres mon besoin d’être comprise. Soutenue. Émancipée. Ce ne sont que des caprices de femme à ses yeux, ce qui me révulse au plus haut point. Je ne peux pas concevoir qu’il perçoive ainsi mes besoins fondamentaux, lui qui s’est toujours montré empathique à ma cause. Jamais il ne se campait dans une position aussi stéréotypée «homme-femme». Néanmoins, ces temps-ci, il me fait sentir comme s’il était absolument normal que toutes les tâches auxquelles je m’astreins pour entretenir la maison et veiller au bon fonctionnement de notre famille se fassent sans que monsieur ait à bouger le petit doigt. J’ai la fâcheuse impression qu’il faudrait qu’on louange et qu’on encense le moindre accomplissement réalisé par un être masculin, qui pourtant, exécuté par un humain possédant un vagin, est un geste tenu pour acquis et tout à fait anodin. Comme si je devais dérouler le tapis rouge à ses pieds pour le féliciter d’avoir déversé le contenu du bac de recyclage dans le conteneur bleu à l’extérieur!
Par chance, j’ai eu l’occasion de vider ma soupape lors d’un déjeuner entre copines, surtout avec Jolène, qui vit sensiblement les mêmes querelles chez elle par les temps qui courent. Les hommes étant souvent le sujet par excellence lors de nos rencontres, j’ai pu chialer un-peu-mais-pas-trop-quand-même sur Louis-Philippe. Je ne désire pas non plus étaler au grand jour la gravité de nos problèmes relationnels. En papotant avec mes copines, je me suis rendu compte qu’on a tous un grand besoin de repos.
Vivement les congés des Fêtes qui approchent à grands pas!
Marina m’a questionnée sur Matthew, mais je suis restée très évasive dans mes réponses, en prenant soin de mettre au clair qu’il n’est qu’un ami, et mon collègue par-dessus le marché. Si je me fie aux sourires sceptiques de ma meilleure amie, elle n’a pas tout gobé de ma version. Je crois qu’elle aurait eu envie qu’on discute seule à seule, mais j’ai fermé la porte à cette possibilité. Parler de mes sentiments ne ferait que raviver la flamme que j’essaie tant bien que mal d’étouffer. Sabine, quant à elle, a entamé ses traitements en clinique de fertilité et selon ce que les spécialistes lui ont mentionné, tout augure bien pour une éventuelle grossesse. Je suis heureuse pour elle. Mes amies ont d’ailleurs mis sur la table le projet d’une prise deux de notre virée entre filles, quelque part entre Noël et le jour de l’An. Elles ont insisté pour que je sois de la partie avec elles au club ET à l’hôtel. Je leur en ai fait la promesse. J’ai l’intention de profiter pour vrai de cette soirée, contrairement à la dernière fois.
À condition que Matthew ne se pointe pas à la même boîte
de nuit que nous!
Parlant du loup, je l’attends justement derrière mon volant dans la cour asphaltée d’ÉléGamme. Mélodie, lui et moi devons aller faire les boutiques pour dénicher les derniers éléments décoratifs pour le party de Noël du bureau. Je dois pour ma part récupérer quelques articles en location que j’ai réservés, ainsi que les prix de présence pour les invités. Au départ, je souhaitais y aller seule, mais mes deux collègues m’ont convaincue que ce serait nettement plus amusant à trois.
Je fais défiler des vidéos plus insipides les unes que les autres sur TikTok quand je sens la peau fragile de mon cou roussir. Je me retourne lentement vers ma gauche pour apercevoir les yeux irisés de Matthew me transpercer. Sa silhouette se découpe dans les rayons du soleil maintenant bas dans le ciel tandis qu’il avance d’un pas assuré vers ma voiture. Je me maudis intérieurement en sentant mon pouls s’accélérer. Impossible de le nier: le magnétisme qu’il dégage me retourne les entrailles. Il ouvre la portière puis prend place du côté passager pendant que je fournis des efforts surhumains pour ne pas loucher sur sa mâchoire carrée, ses lèvres invitantes et sa barbe taillée à la perfection qui, je dois l’admettre à regret, m’ont manqué ces derniers jours.
— Je m’excuse, je suis pas mal sale, se désole-t-il en bouclant sa ceinture. J’aurais aimé prendre une douche, mais j’ai pas eu le temps de repasser chez moi, l’installation s’est étirée, on avait pas les bons matériaux. — T’en fais pas avec ça! Avec un joueur de basket à la maison et un chum qui investit la moitié de son temps à lever des haltères, je suis habituée à tout l’éventail des odeurs masculines, que ce soit la transpiration tenace qui adhère coûte que coûte aux vêtements de sport ou celle d’urine incrustée dans les joints de céramique autour de la cuvette.
Ma dernière réplique sonne plutôt cocasse et je le réalise un peu trop tard.
— Hum. Charmant, fait-il en soulevant un sourcil.
En ce moment, sur une échelle graduée de 1 à 10, mes skills relationnels se situent autour de -2. Je me transforme en une vraie nouille cognitive quand je suis en sa présence. Pathétique.
— Tiens! Comme tu l’aimes! lui dis-je en tendant le café pour emporter que je lui ai préparé avant de quitter le bureau.
— Merci! T’es la meilleure! me complimente-t-il.
Mes joues doivent s’être teintées de rose, car Matt penche la tête de côté, un sourire taquin aux lèvres. Ce gars-là est parfaitement conscient de sa beauté éblouissante. Je réponds hâtivement: — Ça me fait plaisir.
Je m’éclaircis la voix puis lui demande:
— Mélodie t’a-t-elle texté? Tu crois qu’on va l’attendre encore longtemps? — Nah… elle viendra pas, en fin de compte.
Merde! Je me suis juré de ne plus me retrouver seule avec Matt.
Ce changement de plan est loin de m’enchanter. Surprise, je lâche un faible:
— Ah non?
— Elle a une nouvelle fréquentation; et imagine-toi donc que sa date de ce soir n’est nulle autre que mon amie Annabel.
Mes yeux s’écarquillent.
Mel est lesbienne?
Pourtant, ses remarques à l’égard de Matthew s’apparentaient drôlement à de la drague. Pour éviter de devenir une copie de Marina — c’est-à-dire constamment à l’affût de nouveaux potins —, je refoule les questions qui me brûlent la gorge quant à la vie sexuelle de notre consœur et je me contente de réagir en disant:
— Nooon? Sérieusement?
— Ouaip.
— Et ça te fait quoi, que ta meilleure amie fricote avec Mel? — Bah… souffle-t-il, l’air espiègle.
Je laisse ma mâchoire retomber en levant les yeux au ciel. Je sais exactement quelles pensées traversent son esprit à l’instant. Je rectifie le tir: — OK, à part le fait que tu les imagines en train de baiser ensemble?
La bouche entrouverte, incrédule, Matthew reste suspendu à mes lèvres. — Quoi? Tu crois que je ne me les imagine pas, moi aussi? J’ai très bien compris ce que ton petit sourire coquin signifiait. Et je te l’accorde, Mélodie est un méchant pétard. J’ai rarement vu une fille aussi belle. Moi aussi, je serais curieuse de voir ses ébats au lit, surtout avec une autre femme…
Retenant mal son sourire facétieux, mon collègue grimace, émet un petit rire gêné et lâche:
— Mon Dieu… je…
Il ne termine pas sa phrase et choisit plutôt d’avaler une longue gorgée de son café.
Ouh! Aurais-je réussi à dérouter l’inébranlable Matthew
St-Amand?
Cette petite victoire fait naître une douce excitation au creux de mon ventre. En lui lançant un regard de biais, je le nargue: — Trop d’images?
— Non, non, c’est juste que… Ça fait drôle de te voir t’exprimer ainsi.
J’affiche une moue perplexe.
— Ah bon?
D’un geste de la main, je l’invite à poursuivre ses explications. — T’es plus wild que je le pensais.
Ses joues tournent au rouge tandis qu’il prend une autre grosse goulée de sa boisson. Je sens que je le déstabilise, mais dans le bon sens du terme. Comme si je venais de gravir une marche de plus dans l’estime qu’il me porte. J’aime ça. Je me sens d’attaque pour lui prouver que je ne suis pas une petite madame straight comme d’autres pourraient le croire. Finalement, ça me plaît d’être en tête-à-tête avec Matt.
Comment cela pourrait-il en être autrement?
— On ne se connaît encore qu’en surface! dis-je. — Et j’ai bien l’intention d’y aller plus en profondeur, si t’es d’accord, me répond-il du tac au tac.
Un sourire salace se peint sur son visage. Décidément, lui aussi cherche à me déconcerter. Je démarre la voiture en échappant un rire nerveux. Je focalise toute mon attention sur la route, essayant de calmer la frénésie des battements d’ailes de la multitude de papillons qui volent au fond de mon estomac. Dès que le VUS s’engage sur l’autoroute en direction de Montréal, l’habitacle s’imprègne de notre mutisme. J’espère que je ne l’ai pas froissé.
Ma remarque quant à la vie sexuelle de Mel était peut-être
déplacée?
Il s’agit tout de même de sa bonne amie. Mes réflexions doivent s’être frayé un chemin jusque dans son esprit, car tel un télépathe, Matthew brise le silence:
— Pour répondre à ta question, c’est vrai que ça me fait bizarre de visualiser Mel et Anna ensemble. Mais pas de cette manière-là. Je crains plutôt que leur relation soit un fiasco et ça me tuerait de me retrouver pris entre l’arbre et l’écorce par après.
— Je comprends, fais-je, n’ayant rien de plus intelligent à formuler.
Le silence qui suit est confortable. Je mûris mes réflexions pendant que Matthew me détaille subtilement depuis son siège. Je coince ma lèvre entre mes dents pour refouler un sourire qui menace de poindre. Avant que la couleur de mon visage ne trahisse l’effet qu’il a sur moi, je pianote sur le tableau de bord et sélectionne une piste de ma playlist de l’heure sur
Spotify 8.
— Intéressant choix musical, déclare Matthew. Je connais pas cette chanson.
— J’aime pas les pièces trop commerciales, lui dis-je. Alors quand l’appli me suggère de nouveaux morceaux selon mes goûts, ça donne des listes de lecture pas mal intéressantes.
Un texto apparaît subitement sur la console du véhicule.
Mon visage se rembrunit. Je m’empresse d’appuyer sur l’un des boutons de l’écran pour faire disparaître le message de mon conjoint. Mon air contrarié n’échappe pas à mon compagnon de covoiturage. — Il te taquine ou bien il est sérieux?
Je soupire en lui révélant:
— Il est sérieux. C’est moi qui m’occupe de la bouffe, à la maison. J’ai juste oublié de lui dire ce que j’avais prévu comme repas aujourd’hui. — Euh… OK, commente Matt.
— Je vais le texter en arrivant. Là, je conduis. Il peut bien poireauter un peu.
— Tu veux que je lui réponde de s’enlever les deux doigts du nez? Ou bien de se faire pousser une paire de couilles?
Je souris faiblement puis grimace. Son commentaire est comique, quoiqu’un peu méprisant. Il ne connaît pas Louis et je me suis très peu ouverte sur ce sujet avec lui. Je n’aime pas qu’il juge mon chum de la sorte. Même si tout n’est pas rose entre nous deux ces derniers mois, j’ai beaucoup d’estime pour mon conjoint et je trouve que c’est gratuit que de le critiquer ainsi.
— Non, ça va, je vais gérer ça tantôt.
J’inspire longuement puis expire tout l’air de mes poumons d’un coup. Risquant un coup d’œil vers Matthew, je vois dans son regard qu’il a l’impression d’être allé trop loin.
— C’était une blague, je voulais pas…
— C’est correct, Matt. Je comprends ton point. J’ai juste pas envie de m’étendre davantage sur le sujet.
— OK, me sourit-il, visiblement soulagé que je ne fasse pas tout un plat de sa bévue.
Ah, pis fuck it! L’attitude respectueuse de mon collègue a raison de moi. Je décide de tout lui raconter. En commençant par le fait que Louis-Philippe avait oublié ma séance de magasinage de ce soir et que ça m’a mise en furie parce que monsieur s’est planifié une soirée entre boys aujourd’hui sans d’abord avoir pensé à m’en aviser.
— Je dois donc encore une fois me dépêcher à faire mes courses pour être de retour à la maison avant vingt heures. Je suis vraiment écœurée de me sentir constamment pressée dans le temps.
— Avec raison! confirme Matthew. Et ton gars peut pas garder ta fille le temps que t’arrives?
— Dylan a un match de basket, ce soir. Ce sont les parents d’un de ses coéquipiers qui viennent le chercher.
— Je vois. Mais ton chum aurait tout de même pu trouver une gardienne, non? Sa mère, sa sœur, la voisine, peu importe! Il aurait pu être en mode solution au lieu de t’envoyer un message culpabilisant.
Je pince les lèvres, dubitative. Sa remarque me passe un peu de travers dans la gorge.
— Je pense pas que c’était ça son but, dis-je. Il voulait vraiment juste savoir quoi faire à manger aux enfants.
— Vraiment? insiste Matt. Laisse-moi en douter. Ça sonnait comme un reproche, si tu veux mon avis. Mais bon, je le connais pas, ton amoureux. C’est juste que selon le peu que tu m’as confié, on dirait que tu dois gérer mille et une choses toute seule. C’est un adulte, lui aussi. Il a sa part de responsabilité. Je suis peut-être dans le champ…
Tout en garant le véhicule dans le stationnement souterrain du centre commercial, je réalise que Matthew n’a pas tout à fait tort. Je dois être franche avec moi-même: j’ai beau dire que je veux renouer à tout prix avec Louis-Philippe, mais ce n’est pas vraiment le cas. Un peu comme si j’avais-envie-mais-pas-tant-que-ça, au fond. Comme si l’ascension de la montagne que cela représente métaphoriquement parlant était trop décourageante. La pente trop escarpée pour que je m’imagine en atteindre un jour le sommet. Alors au lieu de persévérer et de fournir tous les efforts nécessaires pour y arriver, je procrastine. Avec la pensée magique que ça va finir par se régler tout seul. On n’a tout de même pas jeté notre argent par les fenêtres en suivant une thérapie de couple, non? Ça va sûrement s’améliorer avec le temps. Je dois laisser le temps faire son œuvre. Nous. Laisser. Du. Temps.
Même si ça fait déjà des mois que ça ne fonctionne plus?
La vérité, c’est que la tâche «prendre soin de mon couple» ne fait même pas partie du top 5 de ma liste de priorités. Actuellement, ce qui s’y trouve en ordre décroissant, c’est: les enfants, ma job, l’entretien de la maison, mes amies et… Matthew.
Près d’une heure plus tard, après avoir arpenté de nombreuses allées bordées de boutiques, nos bras sont remplis de paquets divers. La conversation entre mon collègue — que je crois pouvoir désormais honorer du titre d’ami — et moi coule naturellement. Nos discussions sont parsemées de rires spontanés et de bines assénées sur l’épaule. On arrive enfin à notre destination finale: le commerce de location de linge et d’accessoires de table. En m’adressant à l’employée qui nous accueille, je réalise que la commande que j’ai passée le mois dernier n’a pas été bien enregistrée, puisque les nappes et les recouvre-chaises que j’ai soigneusement choisis pour se fondre dans notre décor de bal chez les Bridgerton ne sont pas disponibles en magasin. Bouillonnant de rage, je demande à m’entretenir avec la superviseure présente. Cette dernière me sert le même refrain; ce que j’ai sélectionné n’est disponible que sur commande spéciale et prend plusieurs semaines à arriver en boutique. Son attitude hautaine et son petit sourire présomptueux ne font qu’attiser ma colère.
— Je comprends votre déception, madame, me rabâche-t-elle en boucle. Mais comme je vous ai dit…
— C’est pas mon problème, ça, madame.
Même si je ne le vois pas, je peux deviner l’air rieur qu’arbore Matthew en ce moment en m’entendant accentuer mon dernier mot. Mon ton est sans équivoque:
— Je travaille dans le domaine du service à la clientèle aussi, alors je peux vous garantir que je repartirai pas d’ici les mains vides. — Écoutez, je…
— Désolée, mais dois-je vous rappeler que le client a toujours raison? Ce serait dommage que votre entreprise obtienne une mauvaise évaluation sur Google Avis, surtout avec tous les partys de Noël à venir dans les prochaines semaines.
La dame me toise un instant, puis me dit qu’elle «va voir ce qu’elle peut faire» avant de tourner les talons en direction du backstore. Je passe une main coléreuse dans mon visage. Matthew pose sur moi un regard admiratif tout en tapant lentement dans ses mains.
— Wow! lâche-t-il. T’es pas mal convaincante, quand tu veux!
Sa réplique me soustrait un rire nasal.
— Mes cours de théâtre à l’adolescence m’auront au moins servi à cela!
— Tu serais très bonne actrice, je te le garantis. Je trouve que t’as un petit look à la Scarlett Johansson.
— Ouh! fais-je en plissant les yeux. J’aurais adoré jouer Black Widow! — T’as déjà la chevelure de feu, en plus!
— Bon point. Je devrais peut-être songer à changer de carrière, dans ce cas.
On rigole puis je lui avoue que si je n’avais pas orienté mes études vers le design d’intérieur, j’aurais aimé devenir comédienne pour doubler les voix dans les films. Ou bien étudier en arts. J’adorais peindre, plus jeune. Le monde artistique m’a toujours attirée.
— Et est-ce que tu peins toujours?
— Non, plus maintenant. Mais j’aimais beaucoup créer des œuvres à l’aquarelle. C’est mon médium préféré. J’ai tout le nécessaire à la maison. C’est le temps qui me manque.
— Tu devrais le prendre, le temps.
Ses yeux vifs se plantent dans les miens et je me sens chavirer. Je baisse le menton, puis toussote. Mes doigts pianotent sur le comptoir tandis que je commente à voix haute:
— Voyons! Elle est partie où, bon sang, pour que ce soit long de même?
Matthew pouffe en m’observant m’impatienter. — En tout cas, je trouve ça franchement joli quand tu te fâches.
Je relève des yeux inquisiteurs vers lui.
— Hein? Ben voyons…
— Je t’assure, c’est très sexy, une femme qui s’affirme.
Une moue sceptique sur les lèvres, je m’enquiers: — Es-tu en train de dire que tu me trouves sexy?
Face à l’ironie dans ma voix, ses paupières se ferment à moitié. — Il me semble que c’est évident, non? me répond-il naturellement.
Je sens mon cœur s’embraser tout en me demandant s’il me fait marcher. Ce serait plutôt son genre d’humour.
— Tu diras ça à mon chum, dans ce cas! Ça aiderait peut-être notre relation…
Mon commentaire ne le fait même pas ciller. D’un calme désarmant, il réplique:
— Ouin, ça, c’est un autre dossier dont on devra traiter tôt ou tard.
Les yeux ronds, je l’apostrophe:
— Pardon? Qu’est-ce que t’insinues?
Le regard noir que je lui lance le fait s’adoucir. — Désolé, ça me regarde pas, s’excuse-t-il. C’est juste dommage que tu puisses pas te voir avec les yeux des autres. Tu comprendrais que t’es cent fois plus belle que tu le croies.
Je sens les flammes dansant au fond des iris bleutés de Matthew me brûler les joues.
— Et c’est sans aucune arrière-pensée, je t’assure, précise-t-il. J’aime complimenter les personnes que j’estime, c’est tout. Je voudrais surtout pas qu’il y ait de malentendu entre nous. Ni avec ton amoureux, d’ailleurs.
Et vlan! Je sens mon sang déserter mon visage.
Quelle belle tarte suis-je de penser que Matthew me courtise!
Une fois de plus, il vient de me confirmer que je me fais des idées sur ses propos. C’est un homme charmeur de nature. Point à la ligne. Je ne vaux pas plus qu’une autre à ses yeux.
Et pourtant…
Des parcelles de notre soirée au resto se matérialisent dans mon esprit. Je repense à ses lèvres flottant au-dessus des miennes. À son souffle chaud me léchant le cou. À son corps frissonnant contre le mien. Je ne peux me résoudre à croire que cette proximité entre nous était simplement due au froid mordant. Je suis convaincue d’avoir perçu une lueur ardente briller dans ses yeux. C’est plus fort que moi, je lui tends une perche: — Ça va, je comprends. Elle sera privilégiée, l’élue de ton cœur. Je suis persuadée que tes éloges la combleront de bonheur. — Euh… ouais, répond-il d’un ton évasif en se grattant la nuque. — Arrête! lui dis-je en lui flanquant une petite tape sur le torse. Ça se voit que t’es un lover dans l’âme.
Matthew esquisse un semblant de sourire. Quelque chose le tracasse, mais je n’arrive pas à mettre le doigt dessus.
Peut-être me considère-t-il comme une amie avec bénéfices?
Genre, on pourrait s’envoyer en l’air ensemble tout en restant de meilleurs potes?
— Bon! Madame, je pense que vous allez être contente, m’annonce la voix stridente de la superviseure qui revient vers nous.
Je détache mes yeux du mince sourire de mon ami pour écouter la dame de la boutique se confondre en excuses — elle n’a manifestement aucune envie que je fasse une mauvaise promo pour son entreprise. À mon grand étonnement, elle nous offre même des étoffes de la gamme supérieure à celle que j’avais choisie et nous les loue pour le même tarif que les autres, et ce, même si leur coût habituel est nettement plus onéreux. Je touche les tissus brodés du bout des doigts. C’est doux comme de la soie. D’autant plus que la couleur champagne est parfaite. Je remercie chaleureusement la patronne avant de repartir en direction des allées, un sourire triomphant aux lèvres. On se dirige vers l’ascenseur quand je repense à un truc: — Hé! As-tu trouvé ton habit d’époque, en fin de compte? Tant qu’à être ici, si mon offre de te donner un coup de main pour le choisir tient toujours, j’accepterais volontiers de faire quelques séances d’essayage avec toi!
Tant pis pour Louis-Philippe et sa soirée de boys. Je n’ai plus envie de me presser ni de lui donner le contrôle sur ma vie. Matthew a raison; qu’il se débrouille! Un rictus énigmatique se peint sur les lèvres de mon copain de shopping alors qu’il penche la tête vers moi. — J’ai quelques idées, mais j’ai envie de te réserver la surprise pour vendredi prochain.
— Euh… OK.
Sa réponse me met tout en émoi.
À un point tel que j’ai soudainement très, très hâte à ce bal!
En reprenant place dans ma voiture, j’empoigne mon téléphone cellulaire et remarque que Louis m’a envoyé une photo. Je l’ouvre pour y apercevoir les binettes de Dylan et de Lilia mordant dans leur fast-food. Le message accompagnant le cliché me fait sentir médiocre:
J’ai les nerfs à fleur de peau ces derniers temps, et je me suis laissé influencer par Matthew en prêtant de mauvaises intentions aux propos de mon conjoint. Devant ma mine basse, Matthew s’informe: — Quelque chose qui va pas?
— Non, non. Louis-Philippe s’est arrangé, finalement. Tout est beau. — Ah, tant mieux, dans ce cas.
Je force un sourire qui ne le dupe pas. En fouillant dans mon sac à main à la recherche de mon trousseau de clés, je sens les lasers de ses yeux sondeurs sur le sommet de mon crâne.
— Mais, t’es heureuse avec lui, au moins? me lance-t-il, au moment où ma main trouve enfin mon porte-clés. Je veux dire, il te rend heureuse?
Je grimace en relevant la tête. Il connaît parfaitement la réponse que je vais lui servir. C’est inutile de me poser la question, il le sait. C’est bien la seule personne, excluant Marina, capable de capter mon non verbal avec une facilité aussi déconcertante. Il veut seulement m’entendre le verbaliser. — Oui, je suppose.
— Qu’est-ce qui te charme chez Louis-Philippe?
Je reste interdite un instant. Mes pensées s’entrechoquent. J’inspire, ma bouche se tord puis je tente une réponse:
— Eh bien… il s’occupe des enfants. Il entretient bien la maison, il… il a un bon travail, il pourvoie aux besoins de notre famille.
Un sourcil arqué, Matt me jauge.
— OK. C’est un bon père, je comprends. Mais que fait-il réellement pour toi?
Sa question me prend de court. J’ai toujours trouvé que Louis-Philippe était un excellent papa. Un excellent conjoint aussi, mais pourquoi? — Euh… il m’offre des cadeaux. De temps en temps.
Matthew semble douter de ma dernière phrase à en juger par son expression perplexe.
— Des fleurs et du chocolat, c’est ça? se moque-t-il. Devant son petit air suffisant, je réplique aussitôt, sur un ton défensif: — C’est mieux que rien!
Il se renfrogne. Je démarre le moteur et emprunte le chemin de l’autoroute sans dire un mot. Ça me fatigue qu’il juge mon conjoint à tort et à travers. Comme si Matthew regrettait ses paroles, il reformule: — OK, j’avoue que c’est mieux que rien. Mais est-ce qu’il te sort au restaurant? Au cinéma? Vous allez au spa?
— Avant, oui… dis-je tout bas. Là, j’avoue que ça fait un petit bout qu’on a rien fait ensemble.
Je lui jette un coup d’œil à la dérobée.
— Han han, fait-il en relevant à nouveau le sourcil, l’air satisfait. — Mais on a un week-end en amoureux prévu à la fin du mois, fais-je, ce qui ne semble pas plus le convaincre.
— OK. Et quand il ôte son chandail, tu désires son corps? Te fait-il te sentir aimée? Belle? Femme? Tu penses à lui quand tu te touches? Il te fait bien l’amour?
Mon pouls s’affole et je sens le feu colorer mes joues. Sa franchise m’ébranle. Je bégaie:
— N-non! Je v-veux dire, oui… J-je sais pas.
— C’est bien ce que je croyais.
Je détourne les yeux de la route une fraction de seconde pour observer son air vainqueur. Quand mon regard se pose à nouveau sur l’asphalte, mon bas-ventre s’est transformé en fournaise.
Les mots «faire l’amour» roulent atrocement bien sur la langue de mon collègue — et ami. Des images de sa masculinité ondulant entre mes jambes font surchauffer ma poitrine. En temps normal, je ne m’ouvre pas autant sur ma vie sexuelle. Alors, que quelqu’un que je connais depuis peu comme Matthew, un homme de surcroît, parvienne à me confronter sans que je me fâche ni que je le repousse me déboussole. Avec Matt, c’est ainsi; tout glisse plus facilement.
Et je meurs d’envie qu’il se glisse en moi!
Je m’empresse toutefois de corriger:
— En même temps, c’est un peu ma faute. J’ai été dépressive pendant sept mois. Même une fois guérie, je sais que j’ai négligé Louis-Philippe en concentrant toute mon énergie sur mes enfants, au détriment de mon couple. — Ben oui, c’est vrai! rigole Matt sur un ton sans joie. J’avais oublié que Laurie Juneau porte le poids du monde sur ses épaules.
Même si j’apprécie énormément la présence de Matthew et que les mots qui sortent de sa bouche sont criants d’une triste vérité, je refuse de le laisser juger de ma vie ainsi et de remettre en doute aussi facilement mes perceptions. Je regrette pratiquement de lui avoir fait des confidences. Sur un ton assez direct, je lui lance:
— OK, Matt. Je pense qu’il vaudrait mieux changer de sujet. J’aime Louis-Philippe, ça fait presque quinze ans qu’on est ensemble, c’est le père de mes enfants. C’est probablement la personne la plus merveilleuse que je connaisse, alors je te demanderais un minimum de respect, s’il te plaît.
Voyant mes prunelles se mettre à luire, mon passager se tait. Je crains que notre relation prenne tout à coup un autre tournant, mais je ne pouvais pas passer sous silence ses petites remarques cinglantes. Après un certain temps, Matt se risque:
— Je suis… je m’excuse, Lau.
Il tente d’alléger l’atmosphère en poussant un semblant de blague: — On m’a souvent dit que j’étais aussi subtil qu’un deux par quatre!
Je reste de glace, même si je peux voir du coin de l’œil son sourire irradier. Il reprend un ton plus sérieux:
— Mais bon, trêve de plaisanterie. T’as pas à te justifier. C’était con de ma part d’émettre un jugement, je l’admets. Si tu restes avec ton chum, c’est parce que t’as de bonnes raisons de le faire, j’en doute pas. Je trouve seulement que t’as pas l’air heureuse. Ni épanouie. Alors rappelle-toi, Laurie, que la décision t’appartiendra toujours. Dans la vie, je me suis toujours dit qu’il valait mieux avoir des remords que des regrets.
Je hasarde un coup d’œil vers ma droite. La chaleur que dégage l’intensité du regard que Matthew coule sur moi m’enveloppe. Ses paroles font écho au manque flagrant de ce je-ne-sais-quoi dans ma vie, celui-là même qui excave ce gouffre immense au fond de mon âme. Ce vide abyssal qui emplit mon ventre.
Mieux vaut avoir des remords que des regrets.
À cet instant, une voiture nous coupe par la voie de gauche et mon pied droit appuie abruptement sur le frein, nous propulsant de quelques centimètres vers l’avant.
— Quel imbécile! fais-je en m’adressant en vain au conducteur. Les angles morts, ça te dit rien?
Les avertissements du système de commande automatisé et des freins ABS s’allument subitement sur le tableau de bord. Je m’exaspère: — Putain! Pas encore!
— Mmm… tu te fâches à nouveau, me nargue Matthew en jouant du sourcil.
— C’est vrai que tu peux être con! lui dis-je, même si sa réplique m’extorque un rire qui m’aide à dédramatiser la situation. — OK, mais sans blague, c’est pas la première fois que ces voyants lumineux s’affichent?
— Non. Au début, c’était par intermittence, mais là, c’est presque systématique dès que je freine brusquement. Par chance, j’ai rendez-vous chez le mécanicien jeudi prochain.
Je tourne légèrement la tête vers lui avant de lui demander: — D’ailleurs, tu crois que tu pourrais me faire le lift du garage jusqu’au boulot? C’est sur le chemin, sur la route 116.
Matthew me gratifie de ce sourire qui ferait fondre n’importe quel banc de neige.
— Aucun problème!
8 Good thing, de Serafyn
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