Histoire du Bas-Empire. Tome 03

Charles Le Beau · Chapitre 1 sur 1 · partie 1/20

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Histoire du Bas-Empire. Tome 03

Chapitre 1

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 20 parties.

HISTOIRE

DU BAS-EMPIRE. TOME III.

A PARIS,

{ FIRMIN DIDOT PÈRE ET FILS, Libraires, rue Jacob, nº 24; { LEQUIEN, Libraire, rue des Noyers, nº 45; CHEZ { BOSSANGE PÈRE, Libraire, rue de Richelieu, nº 60; { VERDIÈRE, Libraire, quai des Augustins, nº 25. HISTOIRE DU BAS-EMPIRE, PAR LEBEAU. NOUVELLE ÉDITION REVUE ENTIÈREMENT, CORRIGÉE, ET AUGMENTÉE D’APRÈS LES HISTORIENS ORIENTAUX, PAR M. DE SAINT-MARTIN, MEMBRE DE L’INSTITUT (ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES). TOME III. PARIS, DE L’IMPRIMERIE DE FIRMIN DIDOT, IMPRIMEUR DU ROI, ET DE L’INSTITUT, RUE JACOB, Nº 24. M DCCC XXV.

HISTOIRE

DU

BAS-EMPIRE.

LIVRE XIII.

I. Conduite de Julien à l’égard de ses ennemis. II. Ses occupations à Antioche. III. Son amitié pour Libanius. IV. Il va au mont Casius. V. Il censure la négligence des habitants d’Antioche sur les sacrifices. VI. Mort d’Artémius. VII. George massacré. VIII. Julien cherche à soulever le peuple contre les chrétiens. IX. Fureur des païens. X. Supplices de Marc, évêque d’Aréthuse. XI. Zèle ardent des chrétiens, XII. Superstitions de Julien. XIII. Translation des reliques de saint Babylas. XIV. Colère de Julien. XV. Fermeté d’une femme chrétienne. XVI. Incendie du temple de Daphné. XVII. Impiété du comte Julien. XVIII. Ses cruautés réprimées par l’empereur. XIX. Mort de Juventinus et de Maximin. XX. Malheurs arrivés cette année. XXI. Disette à Antioche. XXII. Julien l’augmente en voulant la diminuer. XXIII. Nouvelle persécution d’Athanase. XXIV. Il est chassé d’Alexandrie, XXV. Livres de Julien contre la religion chrétienne. XXVI. Mort du comte Julien. XXVII. Propositions de Sapor rejetées. XXVIII. Julien consul. XXIX. Mauvais présages. XXX. Il persiste dans le dessein d’attaquer les Perses. [XXXI. Lettre de Julien à Arsace. XXXII. Nouvelles menaces de Julien.] XXXIII. Il projette de rétablir le temple de Jérusalem. XXXIV. Insolence des Juifs. XXXV. Julien leur ordonne de rebâtir leur temple. XXXVI. Empressement des Juifs. XXXVII. Prodiges qui arrêtent l’entreprise. XXXVIII. Croix lumineuses. XXXIX. Preuves de ce miracle. XL. Railleries du peuple d’Antioche. XLI. Julien compose le Misopogon. XLII. Clémence et dureté de Julien.

JULIEN.

[Note latérale: AN 362.

I.

Conduite de Julien à l’égard de ses ennemis.

Amm. l. 22, c. 9 et 11 et ibi Vales.

[Liban. or. 8, t. 2, p. 246.]

Suid. in Σαλόυστιος.]

La vanité de Julien était le ressort de ses vertus. C’est par là qu’on peut expliquer les contrariétés de sa conduite: tantôt une clémence qui semble héroïque; tantôt une rigueur implacable. Il préférait l’honneur de pardonner à la sombre satisfaction de la vengeance; mais sa générosité n’était pas entière, il voulait en être payé par la gloire; et s’il pardonnait avec éclat, il se vengeait aussi sans miséricorde, lorsque la circonstance ne lui semblait pas assez heureuse pour faire admirer sa grandeur d’ame. Le premier jour de son arrivée à Antioche, un officier1, nommé Thalassius, qui avait contribué au désastre de Gallus, s’étant présenté avec les principaux2 de la ville pour saluer l’empereur, Julien lui fit refuser l’entrée. Quelques citoyens, qui étaient en procès avec cet officier, vinrent dès le lendemain, en grande compagnie, porter leurs plaintes à l’empereur: Thalassius, s’écrièrent-ils, l’ennemi de votre majesté, est aussi le nôtre; il nous a ravi nos biens. Julien reconnut aisément qu’ils voulaient profiter de la disgrace de leur adversaire: Il est vrai, répondit-il, qu’il m’a sensiblement offensé: attendez donc, pour demander justice, que je sois satisfait moi-même; je mérite quelque préférence. Il ordonna en même temps au préfet de ne les point écouter, qu’il n’eût rendu ses bonnes graces à Thalassius: ce qu’il ne tarda pas à faire3. Mais tous ceux dont il avait à se plaindre n’éprouvèrent pas la même indulgence. Le secrétaire Gaudentius, qui, par l’ordre du défunt empereur, avait empêché les troupes de Julien de passer en Afrique, et Julien autrefois vicaire des préfets, à qui l’on ne pouvait reprocher que son zèle pour le service de son prince, furent conduits à Antioche et condamnés à mort. Le fils du général Marcellus4, soupçonné d’aspirer à l’empire, fut exécuté publiquement. Marcellus, son père, tremblait dans sa retraite; il se souvenait des mauvais services qu’il avait rendus à Julien César, et la mort de son fils semblait lui annoncer la sienne. Il fut heureux d’avoir offensé Julien d’une manière éclatante: l’empereur se fit un mérite de l’épargner, parce que tout l’empire savait que Marcellus ne méritait point de pardon; il affecta même de le traiter avec honneur. Romain et Vincent, capitaines des gardes5, convaincus d’avoir formé des projets trop ambitieux, ne furent condamnés qu’au bannissement.

[Note 1: Ex proximo libellorum.—S.-M.]

[Note 2: Honorati.—S.-M.]

[Note 3: On croit, d’après un passage de Théophanes (p. 43), que Thalassius renonça bientôt après au christianisme, et que son goût pour les augures et la divination lui concilia la faveur de Julien. On prétend encore qu’il périt d’une manière miraculeuse, écrasé sous les ruines de sa maison, tandis que toute sa famille, qui était restée chrétienne, fut préservée.—S.-M.]

[Note 4: Ex magistro equitum et peditum filius. Amm. Marc. l. 22, c. 11.—S.-M.]

[Note 5: Scutariorum scholæ primæ secundæque tribuni. Amm. Marc. l. 22, c. 11.—S.-M.]

[Note latérale: II.

Ses occupations à Antioche.

Amm. l. 22, c. 10.

Chrys. de S.tο Babyla contra Jul. et Gent. t. 2, p. 559.

Socr. l. 6, c. 3.]

Les délices de la Syrie n’avaient rien de contagieux pour un esprit tel que celui de Julien, naturellement sérieux et austère. Au milieu d’une ville voluptueuse, il conserva, avec l’extérieur philosophique, le même goût de frugalité, et de travail, la même sévérité dans ses mœurs. Ses occupations étaient la législation, l’exercice de la justice, et surtout le rétablissement du paganisme. La conversation des philosophes et des rhéteurs, la composition de plusieurs ouvrages, les sacrifices et les cérémonies de religion, faisaient ses délassements. Cependant saint Jean Chrysostôme, qui, étant pour lors âgé de quinze à seize ans, étudiait la rhétorique sous Libanius, nous donne de sa cour l’idée la plus affreuse: Les magiciens, dit-il, les enchanteurs, les devins, les augures, les fanatiques de Cybèle, et tous les charlatans de l’impiété, s’étaient rendus auprès de lui de toutes les contrées de la terre: son palais était rempli de fugitifs flétris par des jugements. Des misérables, qui avaient été condamnés pour empoisonnements et pour maléfices, qui avaient vieilli dans les prisons, qui travaillaient aux mines, qui pouvaient à peine soutenir leur misère par le commerce le plus infâme, revêtus tout à coup de sacerdoces et de sacrificatures, tenaient auprès de lui le rang le plus honorable. Environné de jeunes hommes perdus de débauche, de vieillards encore plus dissolus et de femmes prostituées, qui faisaient tout retentir de leurs ris immodérés et de leurs paroles impudentes, il traversait les rues et les places de la ville: son cheval et ses gardes ne le suivaient que de loin. Ce grand homme dépose à la face du peuple d’Antioche, de ce qu’il a vu lui-même; il en appelle à tous ceux qui vivaient alors: il les défie de le démentir. Son témoignage ne peut être soupçonné; mais il représente sans doute en cet endroit Julien tel qu’il l’avait vu fréquemment aller aux temples avec tout le cortége de l’idolâtrie. Il ne parle pas ici de la vie privée du prince, dont ni son âge ni sa religion ne lui permettaient pas d’être témoin. Ceux qu’il dépeint sous de si affreuses couleurs étaient les prêtres et non pas les courtisans de Julien; c’étaient ceux qui se rassemblaient auprès de lui pour les cérémonies, et non pas ceux qui vivaient avec lui dans son palais. Le prince était plus chaste que ses dieux: sa cour était plus honnête, composée à la vérité d’imposteurs et de charlatans, mais d’une autre espèce, et dont l’extérieur grave et sévère outrait la décence jusqu’à la singularité.

[Note latérale: III.

Son amitié pour Libanius.

Liban. vit. t. 2, p. 40-42, et or. 4, p. 152.

Jul. ep. 27, p. 399.]

Libanius, qui enseignait alors à Antioche, avait été le maître de Julien, quoiqu’il n’eût pas été permis à ce prince de prendre ses leçons: la défense expresse de Constance y avait apporté un obstacle invincible. Mais Julien avait secrètement dévoré avec d’autant plus d’ardeur les discours de ce rhéteur, aussi passionné que lui pour l’idolâtrie: c’était sur ce modèle qu’il avait formé son style. Il brûlait d’impatience de l’entendre, et il le lui déclara en entrant dans Antioche. Ce sophiste, dans l’histoire qu’il a pris la peine de faire de sa propre vie, raconte avec complaisance comment sa prétendue modestie fut forcée de céder aux avances de Julien. S’il l’en faut croire, le prince prenait à ses succès un si vif intérêt, que l’inquiétude le privait du sommeil, lorsque Libanius avait un discours à prononcer le lendemain: sujet de veille à peine pardonnable à l’auteur même, et infiniment frivole dans un empereur. Julien l’honora du titre de questeur: il l’appelle dans ses lettres son très-cher et très-aimable frère. Libanius paya ses faveurs par des éloges excessifs, mais qui respirent plutôt le fanatisme que la flatterie.

[Note latérale: IV.

Il va au mont Casius.

[Jul. misop. p. 361.]

Amm. l. 22, c. 14 et ibi Vales.

Plin. l. 5, c. 18, et ibi Hard.

Cellar. Geog. l. 3, c. 12, art. 29.]

On célébrait dans le mois d’août une fête6 en l’honneur de Jupiter7 sur le mont Casius, situé au midi d’Antioche, au-delà de l’Oronte8. La hauteur de cette montagne, qui était de quatre mille pas, avait donné lieu à une fable, qu’on débitait aussi du mont Caucase: on disait qu’on y voyait lever le soleil trois heures avant que cet astre parût à l’horizon de la plaine. L’empereur Hadrien avait passé une nuit sur le Casius pour vérifier de ses propres yeux cette merveille, qu’un furieux orage avait, dit-on, dérobé à sa curiosité. Sur le sommet couvert de bois et qui avait dix-neuf mille pas de circuit, était un temple superbe consacré à Jupiter. Pendant que Julien y offrait un sacrifice, un inconnu, fondant en larmes, vint se jeter à ses pieds, le suppliant humblement de lui accorder sa grace. L’empereur ayant demandé qui il était, on lui répondit que c’était Théodote ancien magistrat9 d’Hiérapolis; qu’au passage de Constance ce méchant homme, lui faisant sa cour avec les principaux de la ville, s’était signalé par la plus criminelle adulation; flattant le prince d’une victoire indubitable, et lui demandant en grace avec des pleurs et des gémissements contrefaits, de leur envoyer au plus tôt la tête de Julien, cet ingrat, ce rebelle, comme il avait fait porter la tête de Magnence dans toutes les provinces de l’empire. Julien ayant froidement écouté ce récit: Je le savais déja, dit-il, sur le rapport de plusieurs témoins; retourne chez toi avec assurance; tu n’as rien à craindre d’un prince qui, suivant la maxime d’un sage, ne veut connaître d’autre manière de détruire ses ennemis qu’en les rendant ses amis.

[Note 6: Præstituto feriarum die, dit Ammien Marcellin, l. 22, c. 14. Cette fête se célébrait le 10 du mois de loüs, qui, dans le calendrier macédonien alors en usage parmi les Syriens, répondait au même jour du mois d’août. Loüs était le dixième mois de l’année syrienne.—S.-M.]

[Note 7: Ce Jupiter portait particulièrement le nom de Philius; on l’appelait aussi Casius, à cause du lieu où il était révéré. C’était le dieu national de la capitale de la Syrie, comme le dit Julien, Misop. p. 361, Τοῦ Θεοῦ πάτριός ἐϛὶν ἐορτή. Ce dieu est représenté sur les médailles d’Antioche.—S.-M.]

[Note 8: Le mont Casius était bien au midi d’Antioche, mais non pas au-delà de ce fleuve par rapport à la ville. Ils étaient tous deux sur la rive gauche de l’Oronte. Comme après avoir arrosé les murailles d’Antioche, le fleuve se dirige du N. E. au S. O. pour se rendre à la mer, on conçoit comment la montagne se trouvait au midi de la ville sans qu’on fût obligé de passer la rivière pour s’y rendre.—S.-M.]

[Note 9: Præsidalis.—S.-M.]

[Note latérale: V.

Il censure la négligence des habitants d’Antioche sur les sacrifices.

Amm. l. 22, c. 14.

Jul. misop. p. 361 et 362.]

Comme il descendait de la montagne, il reçut une lettre d’Ecdicius, gouverneur d’Égypte, qui lui mandait qu’après de longues recherches, on avait enfin trouvé un bœuf portant tous les caractères du dieu Apis10. C’était pour Julien un présage infaillible des plus heureux événements. Les malheurs de cette année et de la suivante ne firent pas honneur au pronostic. Une autre fête très-solennelle appelait Julien au temple d’Apollon à Daphné: il s’y rendit en diligence du mont Casius, s’attendant d’y voir la pompe la plus brillante. Il fut fort étonné de ne trouver dans le temple pas une victime, pas un grain d’encens: mais seulement, au lieu des anciennes hécatombes, une oie que le prêtre avait apportée de chez lui, afin que le Dieu ne passât pas la journée sans offrande. A cette vue le zèle de Julien s’enflamma, et debout devant l’autel, aux pieds de la statue, adressant la parole au petit nombre de ceux qui se trouvèrent présents, il leur fit une vive réprimande qui retombait sur tous les habitants d’Antioche; il leur reprocha leur impiété, leur épargne sordide et scandaleuse à l’égard du culte des dieux11, tandis que leurs femmes épuisaient leurs richesses pour faire subsister des Galiléens: il les menaça de l’indignation céleste; et il ne manqua pas dans la suite d’attribuer à cette indifférence criminelle la disette dont la ville fut peu de temps après affligée.

[Note 10: Le bœuf Apis, qui recevait les honneurs divins en Égypte, était consacré à la lune, selon Ammien Marcellin, l. 22, c. 14, tandis que celui qu’on appelait Mnévis l’était au soleil. Inter animalia antiquis observationibus consecrata, Mnevis et Apis sunt notiora: Mnevis soli sacratur,.... sequens lunæ,—S.-M.]

[Note 11: «N’est-il pas honteux, disait-il, qu’une ville qui possède un si vaste territoire, μυρίους κλήρους γῆς ιδίας κεκτημένην, ne fasse pas pour les dieux, ce qu’une bourgade reléguée à l’extrémité du Pont rougirait de ne pas faire.» Il reproche ensuite aux Antiochéniens leurs folles dépenses aux fêtes licencieuses nommées Maiouma, τἀ δεῖπνα τοῦ Μαϊουμᾶ, et leurs banquets splendides, Misop. p. 362.—S.-M.]

[Note latérale: VI.

Mort d’Artémius.

Jul. ep. 10, p. 378.

Amm. l. 22, c. 11.

Theod. l. 3, c. 18.

Soz. l. 4, c. 30.

Chron. Alex. vel Pasch. p. 297.

Zon. l. 13, t. 2, p. 26.

Vita Ath. in edit. Benedict. p. 77.

Till. persec. de Julien.]

Dans le temps qu’il affectait d’oublier ses propres injures, il n’épargnait pas les ennemis de ses dieux. Artémius, commandant des troupes en Égypte, fut la première victime du zèle de Julien pour l’idolâtrie. Ammien Marcellin se contente de dire qu’il fut accusé de crimes atroces par les Alexandrins, et condamné à mort12. Son histoire est développée plus au long, par les auteurs ecclésiastiques. L’évêque George dévoué aux Ariens, auxquels il devait sa fortune, s’était rendu également odieux à tout le reste des Alexandrins, aux catholiques qu’il persécutait, aux païens dont il voulait détruire le culte, aux magistrats qu’il méprisait, au peuple qu’il accablait en tyran. Les païens surtout nourrissaient secrètement contre lui une haine mortelle. Il empêchait leurs sacrifices et la célébration de leurs fêtes: secondé d’Artémius et de ses troupes, il renversait leurs autels, il enlevait à main armée leurs statues et tous les ornements de leurs temples. Au retour d’un voyage qu’il avait fait à la cour de Constance, passant avec un nombreux cortége devant le temple du Génie13, et jetant un regard de courroux sur ce magnifique édifice: Jusqu’à quand, dit-il, laisserons-nous subsister ce sépulcre[14]? Les idolâtres frappés de cette parole, résolurent de le perdre pour sauver leur dieu. Dès que Julien fut sur le trône, ils commencèrent par attaquer Artémius, dont la puissance servait de rempart à l’évêque. Ils le déférèrent à l’empereur comme le soutien et l’exécuteur de toutes les violences de George15. Julien lui ordonna de se rendre à Antioche. Artémius partit en menaçant les habitants de leur faire payer bien cher à son retour les frais d’un si fâcheux voyage. Il ne revint pas. Julien lui fit trancher la tête, et l’église grecque l’honore comme un célèbre martyr16. Les critiques se partagent à son sujet: tous conviennent qu’il avait été, comme son prédécesseur Sébastien, zélateur de l’Arianisme, partisan de George, ennemi déclaré d’Athanase qu’il avait poursuivi jusque dans les déserts; mais quelques-uns prétendent que touché de la grace divine, il reconnut son erreur, et mérita la couronne du martyre: les autres n’aperçoivent aucune preuve de sa pénitence, et désapprouvent le culte que lui rendent les Grecs.

[Note 12: Tunc Artemius ex duce Ægypti, Alexandrinis urgentibus atrocium criminum mole, supplicio capitali mulctatus est. Théodoret l’appelle ςρατήγος τῶν ἐν Αίγύπτῳ ςρατιωτών. Julien le nomme par dérision le roi et le tyran de l’Égypte, βασιλέα τής Αίγύπτου καί τύραννον, faisant sans doute allusion aux violences commises par lui pour appuyer George et les Ariens.—S.-M.]

[Note 13: Per speciosum Genii templum, dit Ammien Marcellin, l. 22, c. 11, voulant sans doute parler du génie ou de la fortune, τύχη, d’Alexandrie. Toutes les villes possédaient un temple ou au moins un oratoire dédié à leur génie tutélaire.—S.-M.]

[Note 14: Quamdiu sepulchrum hoc stabit? Ammien Marcellin, l. 22, c. 11.—S.-M.]

[Note 15: On l’accusait d’avoir renversé et pillé le temple de Sérapis. Dans ses actes recueillis par Surins, on rapporte aussi qu’il avait contribué à la mort de Gallus. Cette circonstance pourrait peut-être nous faire connaître la véritable cause ou au moins le prétexte de la sévérité de Julien envers ce général.—S.-M.]

[Note 16: C’est le 20 octobre que l’on célèbre sa fête.—S.-M.]

[Note latérale: VII. George massacré.

Jul. ep. 10, p. 378.

Amm. l. 22, c. 11.

Greg. Naz. or. 21, t. 1, 389 et 390.

Ambros. ep. 40, t. 2, p. 951.

[Epiph. hær. 76, t. 1, p. 912.]

Socr. l. 3, c. 2 et 3.

Soz. l. 5, c. 7.

Philost. l. 7, c. 2.]

La nouvelle de la mort d’Artémius, parvenue à Alexandrie, fut le signal du massacre de George. Le peuple idolâtre, poussant des hurlements affreux, court l’arracher de sa maison. Ce malheureux est en un moment assommé, foulé aux pieds, traîné, mis en pièces. Dracontius, intendant de la monnaie, et Diodore qui tenait le rang de comte, expirent au milieu de mille outrages. L’un avait détruit un autel de Sérapis; l’autre présidait à la construction d’une église; il attirait les enfants au christianisme, et leur coupait les cheveux qu’on laissait croître par une superstition païenne. Cette populace forcenée charge un chameau de ces cadavres déchirés; on les promène par toute la ville; on les conduit ensuite au rivage, où après les avoir brûlés on jette leurs cendres dans la mer, de peur, disait-on, qu’elles ne fussent recueillies et honorées comme des reliques de martyrs17. Les seuls Ariens auraient été capables de leur rendre ce culte religieux18. Ils accusèrent les catholiques d’avoir trempé leurs mains dans le sang de George; et Socrate avoue que dans une émeute populaire les mécontents se laissent aisément entraîner par les séditieux19. Cependant Ammien Marcellin paraît les disculper, en disant que les chrétiens étaient assez forts pour défendre George, mais qu’ils s’abstinrent de le faire parce qu’il était universellement odieux20; et le témoignage de Julien achève de les justifier; il n’imputa ce massacre qu’aux païens. Il en parut d’abord extrêmement irrité; il ne parlait que de châtiments. Mais les violences qui attaquaient les chrétiens, ne blessaient que sa politique, sans toucher son cœur. Sa colère se laissa bientôt fléchir par son oncle le comte Julien, qui intercéda pour Alexandrie dont il avait été gouverneur. L’empereur se contenta d’écrire aux Alexandrins une lettre, dans laquelle il leur reproche leur inhumanité: il avoue que George méritait ces traitements et peut-être de plus rigoureux encore: _Mais, ajoute-t-il, vous ne deviez pas être ses bourreaux: vous avez des lois; elles devaient être sacrées pour vous, quoiqu’il les foulât aux pieds. Rendez graces au grand Sérapis: par respect pour ce Dieu qui vous protége, et par considération pour un oncle qui vous a gouvernés21, je veux bien vous pardonner de si coupables excès._ George laissait de grandes richesses, fruits de ses concussions et de ses rapines. Julien les abandonna sans regret à ceux qui les avaient pillées; mais il revendiqua la bibliothèque, qui, malgré l’ignorance du possesseur, était nombreuse et choisie. L’empereur donna des ordres très-pressants d’en recueillir exactement tous les livres, de les lui envoyer en diligence et de n’en laisser écarter aucun, pas même, dit-il, les livres impies des Galiléens.

[Note 17: Iisdemque subdito igne crematis, cineres projecit in mare, id metuens ut clamabat, ne collectis supremis, ædes illis exstruerentur ut reliquis, qui deviare a religione compulsi, pertulere cruciabiles pœnas, adusque gloriosam mortem intemerata fide progressi, et nunc Martyres appellantur. Amm. Marcell., l. 22, c. 11. S. Epiphane dit à peu près la même chose (hær. 76, t. 1, p. 912) et aussi à propos du massacre de George.—S.-M.]

[Note 18: Quelques savants ont pensé que l’Arien George, massacré par les païens d’Alexandrie, était le même que le patron de l’Angleterre, dont la légende a été défigurée par une multitude de fables. Voyez à ce sujet Gibbon, t. 4, p. 443 et 444.—S.-M.]

[Note 19: Ἐγὼ δὲ ἡγοῦμαι μὲν τοὺς μισοῦντας ἐν ταῖς ςάσεσι συνεπιτίθεσθαι τοῖς ἀδικoῦσιν. Socr. l. 3, c. 3.—S.-M.]

[Note 20: Poterantque miserandi homines ad crudele supplicium ducti, christianorum adjumento defendi, ni Georgii odio omnes indiscretè flagrabant. Amm. Marc. l. 22, c. 11.—S.-M.]

[Note 21: Sozomène (l. 5, c. 7) y ajoute Alexandre, fondateur de la ville.—S.-M.]

[Note latérale: VIII.

Julien cherche à soulever les peuples contre les chrétiens.

Jul. ep. 52, p. 435.

Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 91.

Soz. l. 5, c. 15.

[Theoph. p. 41.]]

L’impunité des Alexandrins22 fit connaître à tout l’empire que Julien pardonnait volontiers les outrages faits aux chrétiens, et que leur sang n’était à ses yeux qu’un sang vil et méprisable. On acheva de s’en convaincre par la colère qu’il fit éclater contre le gouverneur de Cappadoce. La populace païenne qui habitait Césarée, se souleva contre les chrétiens de la ville. Il y eut un grand carnage. Pour prévenir les suites de ce désordre, on arrêta les plus coupables. Le gouverneur voulant faire sa cour au prince, fit tomber sur les chrétiens la plus grande partie des châtiments; mais il ne put se dispenser de punir aussi quelques idolâtres. Julien en fut indigné: il manda le gouverneur: il voulait d’abord le faire traîner au supplice. Comme on lui prouvait que les païens étaient les auteurs du massacre: Le grand malheur, s’écria-t-il, que des Hellènes aient fait périr dix Galiléens! Il crut donner une grande marque de clémence en ne le condamnant qu’à l’exil. Il ne tint pas à lui que l’évêque de Bostra ne fût traité comme celui d’Alexandrie. L’église de cette capitale de l’Arabie23 était alors gouvernée par Titus, prélat respectable par sa sainteté, et redoutable à Julien par sa doctrine. L’empereur ordonna aux habitants de le chasser; il fit en même temps déclarer à Titus que s’il arrivait quelque émeute à son occasion, il s’en prendrait à lui et à son clergé. Sur cette menace, l’évêque représenta à l’empereur que les chrétiens étaient à la vérité par leur grand nombre en état de faire tête aux Hellènes; mais que loin de les animer, il ne travaillait qu’à les contenir. Aussitôt Julien envoya aux habitants un édit24, où par une interprétation maligne et tout-à-fait indigne d’un prince, il envenimait les paroles de Titus. Après les avoir rapportées: Voilà, dit-il, le langage de votre évêque; vous voyez comme il vous dérobe le mérite de votre obéissance: à l’entendre, vous n’êtes que des séditieux: c’est lui qui par ses discours vous contient malgré vous: chassez-le donc de votre ville comme un délateur perfide. Sozomène donne lieu de croire que cet ordre fut exécuté.

[Note 22: Dans sa lettre Julien leur dit, ep. 10, p. 380, qu’il conserve pour eux une amitié fraternelle, ἀδελφικὴν εὔνοιαν ὑμῖν ἀποσώζω.—S.-M.]

[Note 23: C’est le nom que les Romains donnaient à une province formée aux dépens de la Syrie, et située sur les frontières du désert d’Arabie. Elle avait été réunie à l’empire sous le règne de Trajan.—S.-M.]

[Note 24: Cet édit ou plutôt cette lettre est datée d’Antioche le 1er août 362.—S.-M.]

[Note latérale: IX.

Fureurs des païens.

Jul. Misop. p. 357 et 361.

Socr. l. 3, c. 15.

Theod. l. 3. c. 6.

Soz. l. 5, c. 3, 8, 9 et 10.]

C’était proscrire le christianisme, que de montrer tant de mépris et tant de haine contre les chrétiens. L’idolâtrie enchaînée depuis la conversion de Constantin, ayant enfin brisé ses fers, signala sa vengeance par les plus affreuses violences. Profaner les églises, les consacrer aux divinités païennes en y plaçant les idoles les plus infâmes, détruire les sépultures des martyrs, disperser leurs os, jeter au vent leurs cendres, ce n’était que les exploits ordinaires d’une superstition victorieuse. Mais la plupart des villes de Syrie et de Phrygie se portèrent à des excès de cruauté qui font horreur à raconter. On mit en usage les anciens supplices; on en imagina de nouveaux et d’inouïs. Les habitants d’Héliopolis, pour venger leur Vénus dont Constantin avait tâché d’abolir le culte impudique, firent ouvrir le ventre à des vierges sacrées, le remplirent d’orge, et les exposèrent dans cet état horrible à l’avidité des animaux les plus immondes, qui dévoraient en même temps l’orge et les entrailles. On vit des hommes manger le foie d’un diacre nommé Cyrille. Gaza, Ascalon, Émèse, Aréthuse imitèrent ces monstrueuses barbaries, qui semblent souiller l’histoire même. Ce sont ces villes que Julien comble de louanges dans ses ouvrages: il les appelle des villes saintes, des villes généreuses, qui lui sont étroitement unies par leur piété. Elles ont, dit-il, secondé mes intentions avec tant d’ardeur, qu’elles ont porté le châtiment des impies Galiléens plus loin que je ne désirais. Il récompensa les fureurs des habitants de Gaza, en rappelant sous la dépendance de leur ville le bourg de Maïuma, qu’il dépouilla de tous les titres et de tous les droits dont Constantin l’avait honoré.

[Note latérale: X.

Supplices de Marc d’Aréthuse.

[Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 89-91.]

Theod. l. 3, c. 7.

Soz. l. 5, c. 10.

Till. pers. note 16.]

Le fanatisme étouffait dans le cœur de Julien jusqu’aux sentiments de la plus juste reconnaissance. Marc, évêque d’Aréthuse, lui avait sauvé la vie dans son enfance. On ne sait si ce prélat, fameux auparavant par son zèle pour l’arianisme, était revenu de ses erreurs, comme Théodoret le fait entendre, ou s’il y restait encore engagé. Tout ce qui portait le nom de chrétien, était également en butte aux traits de l’idolâtrie; et dans cette proscription générale, plusieurs hérétiques souffrirent constamment la mort. Marc accablé d’années, mais plein de force et de courage, fut la victime d’une populace effrénée25. Il endura pendant plusieurs jours tous les tourments que peut inventer la cruauté, toujours plus ingénieuse dans les ames les plus stupides et les plus grossières. Sa vieillesse triompha cependant des supplices les plus douloureux, et il survécut à l’empereur. La nouvelle de ce traitement inhumain étant parvenue à la cour, Julien n’en témoigna aucun ressentiment. Mais le préfet Salluste, dont l’ame généreuse en fut révoltée, prit la liberté de dire à l’empereur: Prince, quelle honte pour nous d’être si inférieurs aux chrétiens, qu’un de leurs vieillards ait surmonté un peuple entier et tout ce que nous avons de tortures! Ce n’était pas un honneur de le vaincre; mais c’est le comble de l’ignominie, d’en avoir été vaincus.

[Note 25: On l’accusait d’avoir détruit, sous le règne de Constance, un temple, et on voulait le contraindre de le rétablir à ses dépens.—S.-M.]

[Note latérale: XI.

Zèle ardent des chrétiens.

Socr. l. 3, c. 15.

Theod. l. 3, c. 7.

Soz. l. 5, c. 10.

Baron. in an. 362.]

Tandis que ces sanglantes tragédies remplissaient l’Orient d’horreur, l’Occident ne fut pas épargné. Rome vit immoler par le glaive, ou précipiter dans le Tibre plusieurs de ses citoyens. On y poursuivait les chrétiens, comme coupables de magie. Et il faut avouer que sans chercher de prétexte pour les faire périr, on en trouvait assez dans leur hardiesse. Les insultes des païens, leurs blasphèmes, la vue de leurs abominations, embrasaient le zèle des fidèles, et le portaient souvent au-delà des bornes. Nourris et élevés sous la domination du christianisme, ils regardaient le règne de l’idolâtrie comme une usurpation; ils renversaient les autels, brisaient les statues, troublaient les sacrifices, et n’ayant d’autres armes que leur zèle, ils provoquaient contre eux-mêmes toutes les forces du paganisme. La multitude ignorait alors ce qu’elle a de tout temps ignoré, que la religion chrétienne ne s’élève jamais par voie de fait contre l’ordre public, et que sous un gouvernement qui lui fait la guerre, elle ne doit que souffrir. La constance des martyrs qui répandirent leur sang sous Julien, répare sans doute ce qu’on pourrait trouver de répréhensible dans l’excès de leur zèle. Julien n’en est pas plus excusable: il connaissait assez les hommes pour prévoir les effets que ne pouvaient manquer de produire, d’un côté l’insolence des païens triomphants, de l’autre l’impatience des chrétiens accablés.

[Note latérale: XII.

Superstitions de Julien.

[Jul. or. 7, p. 225 et frag. p. 288.]

Amm. l. 22, c. 12.

Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 91, et or. 4, p. 122.

Elias Cretensis et Nonnus in or. 4.

Greg. Naz.

Chrysost. de Sto Babyla et contra Jul. et Gent. t. 2, p. 575 et passim.

[Soz. l. 5, c. 19.]

Theod. l. 3, c. 21 et 22.

Baron. in ann. 362.

Till. pers. art. 7.

Fleury, hist. eccles. l. 15, c. 33.]

Son acharnement contre le christianisme ne lui faisait pas perdre de vue la guerre qu’il avait projetée. Loin qu’un de ces objets pût le distraire de l’autre, il savait les faire concourir. On enrôlait les clercs et les moines. Ceux-ci lui étaient surtout odieux; et quoique leur extérieur n’eût rien de plus singulier que celui de l’empereur même et des philosophes qui remplissaient sa cour, ils étaient l’objet perpétuel de ses mépris et de ses railleries. Ils n’osaient sortir de leurs déserts; on allait les enlever jusque dans leurs retraites pour les forcer au service. Cependant l’empereur cherchait dans sa superstition des présages de victoire; il inondait les autels du sang des victimes; il égorgeait quelquefois cent taureaux ensemble, un nombre infini d’animaux de toute espèce, et des oiseaux rares qu’il faisait rassembler de toutes les contrées; en sorte que les dépenses des sacrifices étaient énormes. La folle dévotion du prince altérait même la discipline militaire. Les soldats qu’il nourrissait de la chair des animaux immolés, s’en remplissaient avec excès dans les temples, et buvant sans mesure il fallait les porter comme morts à leur quartier, au grand scandale de la religion païenne. Ce désordre était surtout très-commun parmi les soldats gaulois, qui se donnaient plus de licence, parce que Julien leur devait l’empire26. On voyait de toutes parts une multitude d’astrologues, d’aruspices, d’augures, d’interprètes de songes, d’imposteurs de mille ordres différents. Julien qui n’en trouvait pas encore assez à son gré, fit déboucher la source prophétique de la fontaine de Castalie27. On disait que le souffle qui s’élevait de son sein animait les prêtres, et que le murmure de ses eaux les instruisait des événements futurs. C’était par cet oracle qu’Hadrien avait autrefois appris qu’il parviendrait à l’empire; mais il avait fait combler cette source d’une masse énorme de pierres, dans la crainte qu’elle ne fût par la suite assez indiscrète pour lui nommer un successeur. Plusieurs pères de l’église accusent Julien d’avoir encore employé pour pénétrer les secrets de l’avenir d’autres pratiques, qui dans les mœurs de ce prince seraient incroyables, si cette curiosité insensée n’avait été trop souvent cruelle et meurtrière. Ils rapportent qu’il fit jeter pendant la nuit quantité de cadavres dans l’Oronte; et qu’après sa mort on trouva dans le palais d’Antioche des réservoirs, des fosses, des puits comblés de victimes humaines qu’il avait immolées dans les affreux mystères de la nécromancie.

[Note 26: Petulantes ante omnes et Celtæ, quorum eâ tempestate confidentia creverat ultra modum. Amm. Marc., l. 22, c. 12.—S.-M.]

[Note 27: Il ne s’agit pas ici de la fontaine Castalie près de Delphes, mais d’une autre qui existait auprès du temple d’Apollon à Daphné, et à laquelle on avait donné le même nom, parce qu’on lui supposait la même vertu. Julien la fit purifier en employant les rites suivis autrefois par les Athéniens, lorsque, pendant la guerre du Péloponèse, ils voulurent rendre à l’île de Délos son antique sainteté. On peut consulter à ce sujet le 3e livre de Thucydide et le 12e de Diodore de Sicile. Circumhumata corpora, dit Ammien Marcellin, l. 22, c. 12, statuit exinde transferri eo ritu, quo Athenienses insulam purgaverant Delon.—S.-M.]

[Note latérale: XIII.

Translation des reliques de S. Babylas.

[Jul. misop. p. 361.]

Liban. monod. t. 2, p. 185 et 186.

Chrysost. de Sto Babyla, et contra Jul. et Gent. t. 2, passim, 5 p.

1-577.

Rufin. l. 10, c. 35 et 36.

Aug. de civ. l. 18, c. 52, t. 7, p. 535.

Socr. l. 3, c. 18, 19.

Theod. l. 3, c. 10 et 11.

Soz. l. 5, c. 18 et 19.

Evagr. l. 1, c. 16.]

Tous les oracles de l’empire, abandonnés depuis long-temps, n’étaient occupés qu’à répondre aux députés de l’empereur. Il envoya à Delphes, à Délos, à Dodone. Tous lui promettaient la victoire; mais en si mauvais vers, qu’on disait plaisamment que le Dieu de la poésie avait oublié son métier faute d’exercice. Il consulta par lui-même Apollon de Daphné. Après un grand nombre de sacrifices et de magnifiques offrandes, le Dieu répondit enfin, qu’il ne pouvait parler, tant qu’il serait infecté des cadavres dont il était environné. Julien comprit que le voisin le plus incommode dont Apollon voulût se plaindre, était saint Babylas28, dont les reliques transportées en ce lieu fermaient depuis onze ans la bouche à l’oracle. Il donna ordre de reporter ce corps dans la ville d’Antioche, d’où Gallus l’avait transféré. Ce fut pour les chrétiens une nouvelle occasion de disgraces. Ils viennent en foule au-devant des reliques du saint martyr; ils les placent sur un char; et dans cette espèce de triomphe, où ils ramenaient Babylas vainqueur des démons de Daphné, hommes, femmes, enfants animés par la vue de leur multitude et comme enivrés de la joie d’une victoire, dansent autour du char et chantent des psaumes, ajoutant à chaque verset cette reprise: Qu’ils soient confondus, tous ceux qui adorent les ouvrages de sculpture, et qui se glorifient dans leurs idoles.

[Note 28: Julien l’appelle τὸν νεκρὸν, le mort.—S.-M.]

[Note latérale: XIV.

Colère de Julien.]

Cette hardiesse piqua vivement l’empereur. Dès le lendemain il ordonna à Salluste de faire le procès aux chefs de la cérémonie. En vain le préfet tâcha de l’apaiser, en lui représentant qu’il allait combler les vœux de ceux qu’il prétendait punir. Il fallut obéir. Plusieurs chrétiens furent mis en prison. Salluste commença cette rigoureuse procédure par un jeune homme nommé Théodore. On l’étend sur un chevalet: on lui déchire les flancs; on épuise sur son corps toute la rage des bourreaux. C’est trop peu de dire qu’il semblait être insensible: plus gai et plus libre que les païens qui assistaient à ce spectacle, au milieu des plus douloureuses tortures il ne cessait de chanter ce même verset, qui lui attirait son supplice. Après avoir été tourmenté depuis le point du jour jusqu’à la onzième heure, sans avoir rien perdu de ses forces ni de son courage, il fut sur le soir reconduit en prison. Ce premier essai donna du poids à la remontrance de Salluste. L’empereur, enfin persuadé que les rigueurs ne tourneraient qu’à sa confusion et à la gloire des chrétiens, mit en liberté tous ceux qu’on avait arrêtés, et Théodore lui-même, qui vécut encore long-temps après.

[Note latérale: XV.

Fermeté d’une femme chrétienne.

Teod. c. 17.]

Julien avait malheureusement fait connaître qu’il était sensible aux traits de la satire; et la piété, naturellement si patiente et si douce, contracte trop souvent quelque teinture des passions humaines qu’elle trouve dans le cœur; elle y prend surtout dans la persécution un peu de fiel et d’amertume. Une sainte veuve, nommée Publia, connue par sa vertu et par celle de son fils, un des prêtres les plus respectés de la ville d’Antioche, était à la tête d’une communauté de filles chrétiennes. Leur occupation ordinaire était de chanter des hymnes. Depuis le martyre de Théodore, toutes les fois que Julien passait devant leur maison, elles affectaient d’élever leur voix, et de lancer, pour ainsi dire, sur le prince certains versets des psaumes, comme autant de traits qui lui perçaient le cœur. Elles avaient choisi celui-ci: Les dieux des nations ne sont que de l’or et de l’argent; c’est l’ouvrage de la main des hommes: que ceux qui les font, et qui mettent en eux leur confiance, leur deviennent semblables. Julien leur fit commander de se taire. Publia n’en devint que plus hardie: dès la première fois qu’elle sut que le prince approchait, elle fit chanter cet autre verset: Que Dieu se lève, et que ses ennemis soient dissipés. L’empereur, outré de colère, manda la supérieure; il lui fit donner des soufflets par un de ses gardes, et la renvoya. Elle continua; et Julien s’aperçut un peu trop tard que, ne pouvant faire taire ces femmes, il n’avait d’autre parti à prendre que de ne pas paraître les entendre. Théodoret donne à Publia de grands éloges: sa fermeté dans la foi est sans doute admirable; et le sentiment de Théodoret mérite d’être respecté. Mais il voyait apparemment mieux que nous comment cette conduite à l’égard du prince peut s’accorder avec les maximes de l’Évangile et la doctrine des apôtres.

[Note latérale: XVI.

Incendie du temple de Daphné.

Liban. monod. t. 2, p. 187.

Amm. l. 22, c. 13.

Chrysost. de Sto Babyla et contra Jul. et Gent. t. 2, p. 531-577.

Theod. l. 3, c. 10.

Soz. l. 5, c. 19.

Theoph. p. 42.

Cedr. t. 1, p. 306.]

Peu de temps après la translation de saint Babylas, la nuit du 22 octobre, le feu prit au temple d’Apollon à Daphné, que Julien faisait alors décorer d’un magnifique péristyle: il consuma le toit et les ornements sans endommager les murailles ni les colonnes. La statue d’Apollon fut réduite en cendres. Quoiqu’elle ne fût que de bois doré, à l’exception de la tête, du col, et peut-être des autres extrémités qui étaient de marbre, c’était un ouvrage fameux, pareil en grandeur au Jupiter d’Olympie29. On racontait que la beauté de cette statue avait, du temps de Valérien, désarmé Sapor, roi de Perse, premier du nom. Ce prince, qui, selon les dogmes de Zoroastre, avait en horreur les temples et les statues30, étant entré dans Daphné à dessein de brûler le temple, frappé de la majesté du dieu, avait jeté son flambeau et adoré Apollon. Le dieu était debout, tenant sa lyre d’une main, et de l’autre une coupe d’or, dont il semblait faire une libation à la terre. Quelques visionnaires prétendaient avoir quelquefois entendu sur l’heure de midi les sons de sa lyre. Les statues des Muses, celles du fondateur Séleucus Nicator et de plusieurs autres rois de Syrie, les pierres précieuses dont le sanctuaire était enrichi, furent aussi la proie des flammes. A la première alarme, Julien qui venait de se mettre au lit, accourut tout éperdu. Son oncle, qui portait le même nom que lui, et tous les païens d’Antioche se rendirent en diligence à Daphné pour porter du secours. Ils ne purent qu’être les témoins de ce désastre: la violence des flammes et les poutres embrasées qui tombaient avec fracas, ne leur permettaient pas d’approcher. On remarqua que l’embrasement avait commencé par le toit. Quelques-uns l’attribuaient31 à l’imprudence d’un philosophe, nommé Asclépiade, qui était venu ces jours-là de bien loin rendre visite à Julien. Il avait, disait-on, posé aux pieds de la statue une petite figure d’argent de Vénus Uranie32, qu’il portait partout avec lui; et après avoir, selon sa coutume, allumé à l’entour un grand nombre de cierges, il s’était retiré. Quelques étincelles s’étant élevées jusqu’au toit, et rencontrant une charpente sèche et très-combustible, avaient produit cet incendie. La cause était trop simple pour trouver crédit dans un événement de cette importance. La plupart des chrétiens aimèrent mieux croire que le feu était descendu du ciel; et des paysans qui venaient alors à la ville, assurèrent qu’ils avaient vu tomber la foudre. Julien au contraire se persuada qu’il ne fallait s’en prendre qu’à la méchanceté des chrétiens, et à la négligence, peut-être même à la collusion criminelle des gardiens du temple. En conséquence de ce soupçon il fit appliquer à la question et les ministres et le principal sacrificateur; mais il n’en put tirer aucun éclaircissement.

[Note 29: C’est Ammien Marcellin qui compare cette statue à celle d’Olympie. Simulacrum in eo Olympiaci Jovis imitamenti æquiparans magnitudinem. Amm. Marc. l. 22, c. 13. Selon Cédrénus, p. 306, elle avait été faite par un statuaire célèbre nommé Bryxis ou Bryaxis.—S.-M.]

[Note 30: Quoiqu’il soit vrai, en général, que les sectateurs de Zoroastre dussent avoir un grand éloignement pour les représentations des dieux, il n’en est pas moins certain que plusieurs des monuments de la Perse, élevés en l’honneur des rois de la dynastie des Sassanides, offrent les images de plusieurs des anges ou intelligences suprêmes qui, portant en persan le nom d’Ized, c’est-à-dire dieux, pouvaient être réellement assimilés aux dieux des Grecs et des Romains. Ainsi, par exemple, sur un bas-relief de Nakschi Roustam (Ker Porter, travels in Georgia, Armenia, Persia, etc., t. 1, p. 548. pl. 23), qui représente le même Sapor dont il s’agit dans le texte de Lebeau, on voit en face de lui l’image d’Ormouzd, à cheval, offrant au roi une couronne, emblème de la victoire. Ormouzd est qualifié du titre de dieu dans l’inscription grecque placée au-dessous. Cette inscription est conçue ainsi: ΤΟΥΤΟ ΤΟ ΠΡΟΣΩΠΟΝ ΔΙΟΥ ΘΕΟΥ, c’est-à-dire: Ceci est l’image du Dieu Jupiter (Ormouzd). Les inscriptions en langue syriaque et pehlvie, placées au-dessus, contiennent précisément la même chose.—S.-M.]

[Note 31: Ce n’était, selon Ammien Marcellin, l. 22, c. 13, qu’un bruit sans fondement, une vaine rumeur, rumore levissimo.—S.-M.]

[Note 32: Ce n’était pas une statue de cette divinité, mais comme nous l’apprend Ammien Marcellin, l. 22, c. 13, de la Déesse Céleste, Dea Cœlestis, c’est-à-dire de Junon. C’est là le nom que lui donnaient ordinairement les Romains de cette époque. On l’appelait aussi Regina Cœlestis, ou simplement Regina. Ces noms se trouvent souvent sur les médailles impériales. Elle était la principale divinité de Carthage, colonie romaine, comme elle l’avait été de Carthage indépendante.—S.-M.]

[Note latérale: XVII.

Impiété du comte Julien.

[Amm. l. 22, c. 13.]

Chrysost. de Sto Babyla et contra Jul. et Gent. t. 2, p. 563.

Idem, in Mat. Hom. 4, t. 7, p. 47, et de laudibus Pauli, Hom. 4, t. 2, p. 492.

Theod. l. 3, c. 11 et 12.

Soz. l. 5, c. 7.

Philost. l. 7, c. 10.

Theoph. p. 42.]

Il se vengea sur la grande église d’Antioche, alors possédée par les Ariens33. Il ordonna d’en fermer les portes, après qu’on en aurait tiré tous les vases sacrés qu’il confisquait au profit du trésor. Le comte Julien, Félix, trésorier de l’épargne34, Helpidius, intendant du domaine35, tous trois déserteurs du christianisme, furent chargés de cette commission. Ils ajoutèrent à l’exécution de leurs ordres toute l’impiété et toute l’insolence dont des apostats sont capables. Après avoir souillé par les profanations les plus abominables le sanctuaire et les vases qu’ils enlevaient, comme l’évêque Euzoïus les menaçait de la vengeance divine, le comte Julien lui donna un soufflet, en lui disant: Ne vois-tu pas que ton Dieu ne songe plus à défendre ses adorateurs? Félix, considérant la magnificence des vases consacrés aux saints mystères (c’étaient pour la plupart de riches présents de Constantin et de Constance), Voyez, dit-il, en quelle vaisselle se fait servir le fils de Marie? Ces blasphèmes ne furent pas impunis. Le châtiment d’Helpidius fut différé de quelques années; mais Félix mourut le soir même en vomissant le sang à gros bouillons. Le comte Julien, à qui Dieu réservait un plus long supplice, fut frappé ce jour-là même dans les parties secrètes d’une plaie horrible dont il mourut deux mois après.

[Note 33: Quo tam atroci casu repentè consumpto, ad id usque imperatorem ira provexit, ut quæstiones agitari juberet solito acriores, et majorem ecclesiam Antiochiæ claudi.—S.-M.]

[Note 34: Ταμίας τῶν βασιλικῶν θησᾶυρων. Theod., l. 3, c. 12. Questeur des trésors impériaux.—S.-M.]

[Note 35: Τῶν ἰδίων τοῦ βασιλέως χρημάτων τε καὶ κτημάτων τὴν ἠγεμονίαν πεπιϛευμένος, c’est-à-dire, ayant le soin des richesses et des possessions particulières de l’empereur, ou ce que les Romains, dit Théodoret, l. 3 c. 12, appellent κόμιτα πριβάτων (comes privatarum).—S.-M.]

[Note latérale: XVIII

Ses cruautés réprimées par l’empereur.

Soz. l. 5, c. 7.

Acta Mart. Ruinart. p. 658 et 664.]

Ce persécuteur impitoyable travaillait à se rendre tous les jours plus digne du châtiment dont il sentait déjà les atteintes. Tous les clercs de l’église d’Antioche avaient pris la fuite, mais le prêtre Théodoret36, gardien du trésor de l’église, était resté dans la ville. Le comte, espérant découvrir encore quelque vase précieux qui aurait échappé à ses recherches, le fit venir, et lui donna le choix de la mort ou de l’apostasie. Le saint prêtre ne balança pas, et Julien lui fit endurer de si cruels tourments, que les deux bourreaux effrayés de sa constance, et touchés en même temps de la grace divine, tombèrent à ses pieds et se déclarèrent chrétiens. Ils furent aussitôt conduits au rivage et précipités dans la mer. Théodoret, après avoir prédit au comte sa mort et celle de l’empereur, eut la tête tranchée. On traita avec la même inhumanité plusieurs officiers de guerre, dont les seuls connus sont Bonosus et Maximilianus, qui commandaient, l’un dans le corps des Joviens, l’autre dans celui des Herculiens. Leur crime était de n’avoir pas voulu, selon les ordres de l’empereur, changer leur enseigne, qui portait le monogramme de Christ. Ce fut en cette occasion que le comte Hormisdas37 donna des preuves de son attachement au christianisme: il les alla visiter dans la prison; il les encouragea et se recommanda à leurs prières. L’empereur se crut obligé d’arrêter la fureur de son oncle: Vous me faites, lui dit-il, plus de tort qu’aux chrétiens mêmes: vous leur procurez le titre de martyrs, et vous m’attirez celui de tyran. N’ai-je pas défendu de les mettre à mort pour raison de religion? Obéissez et veillez vous-même à me faire obéir par les autres magistrats. Le comte restait confus et déconcerté: l’empereur le rassura en l’invitant à venir avec lui célébrer un sacrifice, pour se laver de ce sang impur dont il s’était souillé.

[Note 36: Ce prêtre est appelé Théodore par Sozomène.—S.-M.]

[Note 37: Le frère du roi de Perse Sapor, dont il a déjà été plusieurs fois question. Je remarquerai à cette occasion, que Gibbon s’est trompé en voulant jeter du doute sur les liens de parenté qui unissaient Hormisdas et Sapor. Jamais les auteurs qu’il allègue n’ont rapporté l’absurdité qu’il leur prête. «Il est à peu près impossible, dit-il (t. 4, p. 481, not. 1), qu’il fût le frère (frater germanus) d’un prince son aîné et posthume.» Ces écrivains ont bien soin de remarquer qu’Hormisdas était plus âgé que Sapor, né d’une autre mère, qui avait eu plusieurs enfants; que tous ils avaient été exclus de la couronne, et qu’on leur avait préféré l’enfant, encore à naître, auquel la femme favorite de Sapor devait donner le jour.—S.-M.]

[Note latérale: XIX.

Mort de Juventinus et de Maximin.

Chrysost. in Juvent. et Maxim. t. 2, p. 578-583.

Theod. l. 3, c. 14.]

Cette modération n’était que l’effet d’une haine plus froide et plus réfléchie. Il inventait lui-même mille moyens d’alarmer la conscience des chrétiens et de révolter leur délicatesse en fait de religion. Il s’avisa de faire répandre le sang des victimes dans les fontaines d’Antioche et de Daphné, et d’arroser d’eau lustrale toutes les provisions de bouche qui se vendaient au marché. Les chrétiens les plus instruits se moquaient de ce frivole artifice; et, suivant le conseil de saint Paul, ils ne se faisaient aucun scrupule d’user de ces aliments. D’autres gémissaient de cette dure nécessité. Deux soldats de la garde, Juventinus et Maximin, se trouvant à table avec plusieurs de leurs camarades, s’emportèrent en murmures: Quel esclavage! s’écriaient-ils; nous ne respirons qu’un air impur, infecté de l’odeur et de la fumée des victimes; on fait entrer jusque dans nos veines les souillures de l’idolâtrie; et appliquant à Julien les paroles que prononcèrent les trois enfants dans la fournaise de Babylone: Seigneur, disaient-ils, vous nous avez livrés à un prince injuste et apostat, qui surpasse en impiété toutes les nations de la terre. Ces discours furent rapportés à l’empereur. Il fait venir les deux soldats; il les interroge: Prince, répondent-ils avec liberté, nous avons été élevés dans la véritable religion: toujours fidèles aux lois de Constantin et de ses enfants, nous ne pouvons nous empêcher de gémir en voyant l’idolâtrie non-seulement triompher dans les temples, mais corrompre jusqu’à nos aliments. Nous versons des larmes en secret, et nous osons nous plaindre devant vous. C’est le seul déplaisir que nous éprouvions sous votre empire. Julien, après les avoir fait battre avec violence, les condamna à la mort, non pas comme chrétiens, mais comme des rebelles, qui avaient outragé la majesté impériale.

[Note latérale: XX.

Malheurs arrivés cette année.

Jul. misop. p. 368.

Liban. vit. t. 2, p. 42, et or. 10, p. 314.

Amm. l. 22, c. 13.

Greg. Naz. or. 4, t. 1, p. 112 et 124.

Chrysost. de Sto Babyla, contra Jul. et Gentil., t. 2, p. 572.

Idem in Mat. hom. 4, t. 7, p. 47.

Idem de laudib. Pauli, hom. 4, t. 2, p. 493.

Idem, in primam ad Cor. hom. 39, t. 9, p. 362.

Soz. l. 6, c. 2.]

Pendant que l’idolâtrie insultait au christianisme, l’empire était affligé des fléaux les plus funestes. Le règne de Julien, malgré tant d’heureux présages, ne fut qu’une suite de calamités. Un grand nombre de villes furent ruinées par des tremblements de terre en Palestine, en Afrique, en Grèce, en Sicile. Le 2 décembre sur le soir, Nicomédie déjà renversée quatre ans auparavant, acheva d’être détruite par une nouvelle secousse, qui fit aussi tomber une grande partie de Nicée. Un pareil désastre fut accompagné à Alexandrie d’un phénomène qui n’était pas moins effrayant. La mer, s’étant tout à coup retirée, revint avec violence; elle se porta fort loin dans les terres, et monta à une telle hauteur, qu’en retournant dans son lit elle laissa des nacelles sur le toit de plusieurs cabanes. En mémoire de cet événement on célébra par la suite tous les ans dans Alexandrie une fête solennelle, qu’on appelait la fête du tremblement. La mer engloutit des villes entières. A ces accidents se joignit la sécheresse qui dura jusque vers le solstice d’hiver. Les sources tarirent, et les fontaines de Daphné, toujours abondantes même dans les plus grandes chaleurs, demeurèrent long-temps à sec. La peste survint encore et fit périr quantité d’hommes et d’animaux. Enfin une famine générale réduisit les hommes dans plusieurs provinces à vivre d’herbes et de racines.

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