Histoire du Bas-Empire. Tome 03

Charles Le Beau · Chapitre 1 sur 1 · partie 15/20

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Histoire du Bas-Empire. Tome 03

Chapitre 1

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 20 parties.

[Note 705: Rhenum omnem a Rhœtiarum exordio adusque fretalem Oceanum. Amm. Marc. l. 28, c. 2. Je crois que, par ces derniers mots, l’auteur latin entend désigner le Pas de Calais.—S.-M.]

[Note 706: Nonnunquam etiam ultra flumen ædificiis positis subradens barbaros fines. Amm. Marc. l. 28, c. 2.—S.-M.]

[Note 707: Munimentum celsum et tutum, quod ipse a primis fundarat auspiciis, præterlabere Nicro nomine fluvio. Rien dans ces paroles d’Ammien Marcellin, l. 28, c. 2, ne peut servir à appuyer plutôt l’une que l’autre opinion. On voit seulement par les mots a primis auspiciis, que Valentinien avait fait élever cette forteresse dès le commencement de son règne. Il ne s’agit donc ici que de réparations, et non pas d’une construction première, comme on pourrait le croire par le texte de Lebeau.—S.-M.]

[Note latérale: XLIX.

Romains surpris et tués par les Allemans.]

C’était déjà une infraction du traité. Le succès fit pousser plus loin l’entreprise. La montagne de Piri708, située quelques lieues au-dessus, vers l’endroit où est aujourd’hui Heidelberg, était un poste avantageux. L’empereur forma le dessein de la fortifier. Il envoya un gros détachement de son armée avec le secrétaire Syagrius, chargé de la direction des ouvrages. On commençait à remuer la terre, lorsqu’on vit arriver les principaux de la nation allemande: ils se prosternèrent aux pieds des Romains, les conjurant avec instance de ne pas violer la foi jurée: Cette antique fidélité, dont vous vous vantiez, leur disaient-ils, vous élevait au rang de nos Dieux; ne vous déshonorez pas vous-mêmes, et ne nous réduisez pas au désespoir par une insigne perfidie. Qu’espérez-vous de cette forteresse? Pensez-vous qu’elle puisse subsister, si nos serments ne subsistent pas? Voyant qu’ils n’étaient pas écoutés, ils se retirèrent en pleurant la perte de leurs enfants, qu’ils avaient donnés pour otages. Dès qu’ils se furent éloignés, on aperçut une troupe de Barbares, qui sortaient de derrière un coteau voisin, où ils s’étaient tenus cachés pour attendre la réponse. Sans donner aux Romains le temps de se reconnaître ni de prendre leurs armes, ils fondent sur les travailleurs, et les passent au fil de l’épée avec leurs capitaines, Arator et Hermogène. Il n’échappa que Syagrius709, qui vint apporter à l’empereur cette triste nouvelle. Ce prince, impétueux dans sa colère, lui fit un crime de s’être sauvé seul, et le cassa comme un lâche710. Pendant ce même temps la Gaule était désolée par des troupes de brigands, qui infestaient tous les grands chemins. On n’entendait parler que de pillages et de meurtres. Entre ceux qui périrent par les mains de ces assassins, fut Constantianus grand-écuyer711, frère de l’impératrice Justine.

[Note 708: Trans Rhenum in monte Piri, qui barbaricus locus est, munimentum exstruere disposuit raptim. Am. Marc. l. 28, c. 2. Ammien Marcellin est le seul auteur qui ait jamais parlé de la montagne Piri, et les détails qu’il donne ne suffisent pas pour faire reconnaître sa véritable position.—S.-M.]

[Note 709: Il fut dans la suite préfet du prétoire, et consul en l’an 381.—S.-M.]

[Note 710: Pour exécuter tous ses grands travaux, Valentinien passa presque toute cette année sur les bords du Rhin. On voit par ses lois qu’il resta à Trèves jusqu’au 14 de mai. Il était le 17 du même mois à Complat (Complati), lieu actuellement inconnu, mais sans doute voisin de Trèves où l’empereur était encore le 1er juin. Le 4 juin, on le trouve à Martiaticum, qu’on croit sans preuve suffisante être la même que Manheim; le 19, il était à Alta-ripa, entre Manheim et Spire, et le 30 août à Brisiacus (le Vieux-Brisack, département du Haut-Rhin). Enfin, le 14 octobre il était de retour à Trèves où il passa l’hiver, comme on le voit par ses lois du 3 novembre et du 23 décembre 369.—S.-M.]

[Note 711: Tribunus stabuli.—S.-M.]

[Note latérale: L.

Punitions sévères.

Chron. Alex, p. 302.

[Joan. Malal. part. 2, p. 31 et 32.]

Zon. l. 13, t. 2, p. 30.

Cedren. t. 1, p. 310.

Suid. in Σαλόυστιος.]

Ce n’était pas la faiblesse du gouvernement qui faisait naître ces désordres. Jamais prince ne fut plus prompt à punir, ni plus rigoureux dans les punitions. Il fit mourir un grand nombre de sénateurs et de magistrats, convaincus de concussions et d’injustices. L’eunuque Rhodanius, grand-chambellan, fier de sa puissance et de ses richesses, s’empara des biens d’une veuve, nommée Bérénice. Elle s’en plaignit à l’empereur, qui lui donna pour juge Salluste, honoré du titre de patrice, depuis qu’il était sorti de la préfecture. Celui-ci condamna Rhodanius, et l’empereur en conséquence ordonna la restitution des biens. Mais l’eunuque, loin d’obéir, prit à partie Salluste lui-même. Par le conseil du patrice, la veuve alla se jeter aux pieds de l’empereur, pendant qu’il assistait aux jeux du cirque, et l’instruisit avec larmes de l’opiniâtreté de son persécuteur. Rhodanius était debout auprès du prince. Valentinien, transporté de colère, le fit aussitôt précipiter dans l’arêne, et brûler vif aux yeux des spectateurs, tandis qu’un crieur publiait à haute voix son crime et sa désobéissance. Tous les biens du coupable furent abandonnés à Bérénice. Le sénat et le peuple, quoique saisis d’horreur, applaudirent à cette exécution terrible; la renommée la publia avec effroi dans tout l’empire; mais la colère de ceux qui gouvernent, n’étant qu’un mouvement passager, ne produit que des impressions de même nature; et l’injustice trembla sans se corriger.

[Note latérale: LI.

Suites de la guerre des Goths.

Amm. l. 27, c. 5.

[Themist. or. 10, p. 132-135.

Zos. l. 4, c. 11.]]

La guerre contre les Goths se termina cette année. Les eaux du Danube, qui avaient tenu les campagnes submergées pendant toute l’année précédente, s’étant enfin retirées, les Romains passèrent le fleuve à Novidunum[712]], sur un pont de bateaux713, et étant entrés sur les terres des Barbares, ils les traversèrent jusqu’aux frontières des Gruthonges ou Ostrogoths714. Athanaric, après quelques légers combats, vint à la rencontre de Valens avec une nombreuse armée; mais il fut défait, et prit la fuite. Les Goths n’osèrent plus paraître en campagne; retirés dans leurs marais, ils se contentaient de faire des courses à la dérobée, et de harceler les Romains. Valens, pour ne pas fatiguer ses troupes, les retint dans le camp, et n’envoya à la recherche de ces fuyards, que les valets de l’armée, avec promesse d’une certaine somme pour chaque tête qu’ils apporteraient. Ceux-ci, animés par l’espérance du gain, devinrent des partisans redoutables. Ils fouillaient les bois et les marais, et firent un grand carnage. Les Barbares voyant le pays inondé de leur sang, Valens obstiné à les détruire, et l’extrême misère où les réduisait l’interdiction du commerce avec les Romains, vinrent à mains jointes demander la paix.

[Note 712: Cette ville, située dans la partie orientale de la Mœsie, nommée petite Scythie, est mentionnée dans Ptolémée, dans Procope, dans le Synecdème d’Hiéroclès et dans Constantin Porphyrogénète, qui la nomment Νουιοδούνον, Ναιοδουνὼ, Νοβιοδούντος, Νοβιοδοῦνος. L’Itinéraire d’Antonin rappelle Noviodunum, et marque que la 2e légion Herculéenne y était en garnison. Dans les lois impériales, elle est nommée Nebiodunum. On voit que ce ne sont que des orthographes diverses d’un seul et même nom, dont le sens est la ville nouvelle. On a cru, d’après Cluvier, l. 3, c. 42, que Noviodunum répondait à un lieu moderne appelé Nivors. La géographie de ce pays était trop peu connue du temps de Cluvier, pour qu’on doive attacher une grande importance à cette notion. Le fait est qu’on ignore le nom que peut porter actuellement remplacement de l’antique Noviodunum.—S.-M.]

[Note 713: Valens était resté à Marcianopolis jusqu’au 3 mai au moins. Ses lois nous apprennent qu’il était à Noviodunum, le 3 et le 5 de juillet; c’est sans doute vers cette époque qu’il passa le Danube pour attaquer les Goths.—S.-M.]

[Note 714: Per Novidunum navibus ad transmittendum amnem connexis perrupto barbarico, continuatis itineribus longiùs agentes Greuthungos bellicosam gentem adgressus est. Amm. Marc. l. 27, c. 5.—S.-M.]

[Note latérale: LII.

Paix avec les Goths.]

L’empereur rebuta plusieurs fois leurs ambassadeurs. Enfin, il se rendit, non à leurs prières, mais aux instances du sénat de Constantinople, qui le suppliait par ses députés de terminer la guerre et de se reposer de tant de fatigues. Il envoya donc à son tour Victor et Arinthée, pour entrer en négociation avec Athanaric. Ces deux généraux lui ayant mandé que les Goths acceptaient les propositions, on convint d’une conférence entre les deux princes. Athanaric, soit par fierté, soit par défiance, refusait de passer le Danube, sous prétexte que son père l’avait engagé par serment à ne jamais mettre le pied sur les terres des Romains715. Valens ne pouvait se rendre auprès du prince des Goths, sans avilir la majesté impériale. Il fut décidé que les deux souverains s’avanceraient chacun sur une barque, et qu’ils s’arrêteraient au milieu du fleuve. Quoique la forme de cette entrevue, dans laquelle Athanaric semblait traiter d’égal à égal avec l’empereur, parût donner quelque atteinte à l’honneur de l’empire, cependant la vue des deux armées rangées sur les bords du Danube, formait pour Valens un spectacle flatteur. Il voyait d’une part briller ses enseignes, et ses troupes montrer la fierté naturelle à ceux qui imposent la loi; sur l’autre bord paraissaient les ennemis dans une contenance moins fière, plus honteux qu’abattus de leurs défaites. Les deux princes fixaient aussi sur eux tous les regards; on observait en silence leurs gestes, leurs mouvements; chacun croyait entendre leurs discours. C’était un des plus beaux jours de l’année; le soleil dardait alors ses rayons avec force. Malgré la grande chaleur, Valens et Athanaric demeurèrent debout sur le tillac, depuis le matin jusqu’au soir. Le prince des Goths n’avait rien de barbare que le langage; il était souple, adroit, intelligent716. Il contesta long-temps sur les articles. Enfin, il fallut céder aux vainqueurs, et Valens remporta tout l’avantage. Il fut arrêté que les Goths ne passeraient pas le Danube; qu’ils n’auraient liberté de commerce que dans deux villes sur les bords du fleuve717; qu’on supprimerait tous les présents, toutes les provisions de vivres qu’on avait coutume de leur envoyer. Mais Athanaric obtint que la pension, qu’on lui payait, serait continuée. Telles furent les conditions de ce traité, qui fut regardé comme très-honorable à l’empire.

[Note 715: Asserebat Athanaricus sub timenda exsecratione jurisjurandi se esse obstrictum, mandatisque prohibitum patris, ne solum calcaret aliquando Romanorum. Amm. Marc. l. 27, c. 5.—S.-M.]

[Note 716: «Il n’avait rien de barbare que la langue, dit Thémistius, et il était plus habile par sa prudence que par les armes: Οὐδὲ ὥσπερ γλώττῃ βάρβαρον, οὕτω δὲ καὶ τῇ διανοίᾳ, ἀλλ’ἐν τῷ συνεῖναι μᾶλλον σοφώτερον, ἤ ἐν τοῖς ὅπλοις. or. 10, p. 134. Tous les auteurs du temps parlent avec les mêmes éloges de ce prince. Les Goths qui avaient eu de fréquents rapports avec les Grecs, n’étaient plus alors des Barbares.—S.-M.]

[Note 717: Δύο μόνας πόλεις τῶν ποταμῷ προσῳκισμένων ἐμπόρια κατεσκευάσατο. Themist. or. 10, p. 135.—S.-M.]

[Note latérale: LIII.

Forts bâtis sur le Danube.

Them. or. 10, l. 135-138.]

Valens prit pour la sûreté de la Mésie et de la Thrace, les mêmes précautions que son frère prenait alors pour la défense de la Gaule. Etant revenu à Marcianopolis718, il donna ordre de réparer les anciens forts qui défendaient le passage du Danube, et d’en bâtir de nouveaux. Il établit des magasins de vivres, d’armes, de machines; travailla à rendre plus commodes les ports du Pont-Euxin; distribua des garnisons dans les places. Il rencontrait dans l’exécution de ces ouvrages de plus grandes difficultés que son frère: il fallait faire venir de loin la brique, la chaux, la pierre. Mais l’obéissance et la constance de ses troupes, surmontèrent tous ces obstacles. Les travaux étaient partagés entre les soldats divisés en plusieurs bandes: chacun s’empressait à l’envi de remplir sa tâche; les officiers mêmes de la maison du prince, ne se dispensaient pas des plus rudes fatigues.

[Note 718: On voit par une loi de Valens, que ce prince était encore en cette ville, le 2 de décembre.—S.-M.]

[Note latérale: LIV.

Valens à Constantinople.

Idat. chron.

Them. or. 10, p. 129-141.]

L’empereur retourna sur la fin de l’année à Constantinople, où il fut reçu avec une grande joie719. Il y célébra des jeux. Thémistius prononça dans le sénat un nouveau panégyrique du prince: il y releva ses succès dans la guerre, et sa sagesse dans la conclusion de la paix. Valens, quoique peu connaisseur, avait pris goût aux éloges; il exigeait tous les ans un discours de Thémistius, qui payait volontiers ce tribut de flatterie. Domitius Modestus, préfet de Constantinople pour la seconde fois, acheva cette année une magnifique citerne, qu’il avait commencée dans sa première préfecture, sous le règne de Julien. Elle porta son nom dans la suite.

[Note 719: Il était rentré dans cette ville le 30 décembre 369.—S.-M.]

[Note latérale: LV.

Incursions des Isauriens.

Amm. l. 27, c. 9.

Eunap. in Proheres. t. 1, p. 92, ed. Boiss.

Suid. in Μουσώνιος.]

Pendant que les forces de l’empire d’Orient étaient occupées à la guerre contre les Goths, les Isauriens, descendus par troupes de leurs rochers, s’étaient répandus dans la Pamphylie et dans la Cilicie, mettant les villes à contribution et pillant les campagnes. Musonius était alors vicaire d’Asie: il avait enseigné la rhétorique dans Athènes720; mais jaloux de la gloire de Prohéresius qui effaçait la sienne, il quitta son école et se livra aux affaires. Il réussit d’abord, et s’acquit une si grande considération, que le proconsul d’Asie, quoique supérieur en dignité, lui cédait le pas lorsqu’ils se rencontraient ensemble. Il recueillit les tributs de son diocèse, sans donner aucun sujet de plainte. Mais ayant appris les ravages des Isauriens, et voyant que les commandants de la province, endormis dans une molle oisiveté, ne se mettaient pas en devoir de les arrêter, il se crut, par malheur, grand homme de guerre. A la tête d’une poignée de soldats mal armés721, il marche vers une troupe de ces brigands, s’engage dans un défilé, et périt avec tous les siens dans une embuscade. Les Isauriens, enflés de ce succès et courant avec plus de hardiesse, rencontrèrent enfin des troupes réglées qui en tuèrent plusieurs, et repoussèrent les autres dans leurs montagnes. On les y tint assiégés; on leur coupa les vivres, et on les força par famine à demander une trève, pendant laquelle les habitants de Germanicopolis722, capitale de ces barbares, obtinrent la paix pour toute la nation. Ils donnèrent des otages, et demeurèrent en repos pendant six ou sept ans.

[Note 720: Asiæ vicarius ea tempestate Musonius advertisset, Athenis Atticis antehac magister rhetoricus. Amm. Marc. l. 27, c. 9.—S.-M.]

[Note 721: Ces troupes sont appelées Diogmites, par Ammien Marcellin, l. 27. c. 9. Adhibitis semiermibus paucis, quos Diogmitas appellant, dit-il. C’est le nom que l’on donnait à des troupes légères, qui n’étaient pas destinées à des expéditions militaires, mais qui servaient pour la police des routes. Voyez Henri Valois, ad Amm. l. 27, c. 9. Leur nom venait du verbe grec διώκω, je poursuis.—S.-M.]

[Note 722: Le Synecdème d’Hiéroclès, Constantin Porphyrogénète et les Actes du concile de Chalcédoine sont, avec Ammien Marcellin, les seules autorités qui nous font connaître cette ville, dont il est impossible de fixer la position.—S.-M]

[Note latérale: LVI.

Pillages en Syrie.

Amm. l. 28, c. 2 et ibi Vales.]

La Syrie éprouvait aussi d’horribles ravages. Les habitants d’un bourg fort peuplé, nommé Maratocyprus, près d’Apamée723, avaient formé entre eux une société de voleurs, et s’étaient rendus redoutables. Ils employaient la ruse autant que la force. Déguisés les uns en marchands, les autres en soldats, ils se répandaient sans bruit dans les campagnes; et s’introduisant séparément dans les villages et dans les villes, ils se réunissaient pour les saccager. Comme ils ne suivaient aucun ordre dans leurs courses, et qu’ils se transportaient rapidement dans des lieux fort éloignés, on ne pouvait prévoir leur arrivée. Aussi avides de sang que de butin, ils égorgeaient ceux qu’ils avaient dépouillés, arrachant la vie, lorsqu’ils ne trouvaient plus rien à enlever. Ils se faisaient un jeu du brigandage, et ils poussèrent l’insolence jusqu’à s’exposer au milieu d’Apamée. Un d’entre eux se déguisa en gouverneur de la province, un autre en receveur du domaine; le reste de la troupe prit des habits de sergents et d’archers. Le gouverneur avait droit de condamner à mort, et le receveur du domaine de saisir les biens de ceux qui avaient été condamnés. En cet équipage, ils entrent sur le soir dans Apamée, précédés d’un crieur qui publiait la sentence de condamnation d’un des plus riches habitants. Ils forcent la maison, massacrent le maître avec les domestiques qui n’eurent pas le temps de se mettre en défense, enlèvent l’argent et les meubles, et se retirent précipitamment avant le jour. Le bourg qui servait de retraite à ces brigands, fut bientôt rempli de toutes les richesses de la province. Enfin, par ordre de l’empereur on rassembla des troupes; on alla les assiéger: ils furent tous passés au fil de l’épée; et pour en détruire la race, on mit le feu à leur habitation. Les femmes qui se sauvaient avec leurs enfants à la mamelle, furent repoussées dans les flammes. Rien n’échappa à l’incendie; et les cruautés de ces scélérats furent punies par une vengeance aussi cruelle.

[Note 723: Ville sur l’Oronte, qui fut appelée dans la suite par les Arabes Famich, et qui est maintenant détruite.—S.-M.]

[Note latérale: LVII.

[Sapor s’empare de l’Ibérie.]

[Amm. l. 27, c. 12.]]

—[Pendant que la guerre des Goths retenait Valens sur les bords du Danube, les états des alliés de l’empire en Orient, continuaient d’être abandonnés aux ravages des Persans. Sapor ne s’était pas borné au grand royaume, qu’il devait plutôt à la ruse et à la trahison, qu’à son courage et à la terreur de ses armes. Non content de l’Arménie, il avait voulu étendre ses possessions jusqu’au mont Caucase et il s’était porté de sa personne dans l’Arménie, à la tête d’une armée aussi belle que nombreuse, avec le dessein de réduire les places et les cantons qui refusaient encore de se soumettre. Il prétendait passer de là dans l’Ibérie724, qu’il comptait joindre aussi à ses conquêtes. Après avoir traversé rapidement l’Arménie, il se dirigea vers cette autre région où il pénétra sans éprouver de résistance; et pour insulter à la puissance romaine725, il en chassa Sauromacès726, que les Romains y avaient placé sur le trône, et il y établit un certain Aspacurès727, qui était cousin de ce prince. Le roi revint ensuite en Arménie, avec toutes ses troupes, et durant le séjour qu’il y fit, il ne s’occupa plus que de consommer la ruine de ce déplorable pays.

[Note 724: Au sujet de ce pays, voyez t. 1, p. 291, l. IV, § 65.—S.-M.]

[Note 725: Deinde ne quid intemeratum perfidia præteriret, Sauromace pulso, quem auctoritas Romana præfecit Iberiæ, Aspacuræ cuidam potestatem ejusdem detulit gentis diademate addito, ut arbitrio se monstraret insultare nostrorum. Amm. Marc. l. 27, c. 12.—S.-M.]

[Note 726: Les Chroniques géorgiennes font mention d’un prince appelé Sourmag (Klaproth, Voyage en Georgie et dans le Caucase, en allem. t. 2) p. 101). C’est évidemment le même nom que Sauromacès, mais il ne peut s’appliquer au même prince; car, selon ces chroniques, Sourmag, fut le second roi de la Georgie, et le successeur de Pharnabaze fondateur de cet état, qui vivait plus de deux siècles avant J.C. L’histoire d’Arménie parle d’un certain Sormag, qui fut patriarche vers le commencement du cinquième siècle. Ces deux exemples font voir que ce nom était commun dans ces régions. Quant au Sauromacès d’Ammien Marcellin, il ne se retrouve pas dans les auteurs orientaux.-S.-M.]

[Note 727: Ce que j’ai dit au sujet de Sauromacès est tout-à-fait applicable à Aspacurès: son nom se retrouve aussi dans les Chroniques géorgiennes, mais il ne s’y rapporte pas à un même individu. Ces chroniques le donnent sous la forme Asphagour (Klaproth, Voy. en Georg. et dans le Cauc. ed. All. t. 2, p. 131). Cet Asphagour était fils d’un certain Mirdat (altération géorgienne de Mithridate ou Mihirdat), et il fut le dernier roi de la race de Pharnabaze. Il monta sur le trône en l’an 262 de notre ère, et il fut détrôné par le persan Mihran, qui fut le premier roi chrétien de la Georgie (voyez t. 1, p. 292, not. 2, liv. IV, § 65). L’histoire d’Arménie parle aussi d’un certain Aspourakès, qui fut le deuxième successeur de S. Nersès sur le trône patriarchal de l’Arménie.—S.-M.]

[Note latérale: LVIII.

[Ses cruautés en Arménie.]

[Faust. Byz. l. 4, c. 55-58.

Mos. Chor. l. 3, c. 35]]

—[Sapor s’était fait accompagner dans cette expédition par les deux apostats Méroujan et Vahan, qui s’empressaient à l’envi de seconder ses fureurs. Il vint dresser son camp sur les ruines de la ville royale de Zaréhavan728, dans le beau canton de Pagrévant729, non loin des sources de l’Euphrate. Irrité au dernier point de ce que la plupart des seigneurs arméniens s’étaient dérobés à ses atteintes, en cherchant un asyle chez les Romains; sa rage se tourna sur leurs femmes et leurs enfants, qui étaient tombés entre ses mains. On rassembla toutes ces innocentes victimes, et on les amena avec la foule innombrable des captifs, en présence de ce barbare roi. Il semblait qu’il voulut exterminer la nation arménienne toute entière: par ses ordres on sépare les hommes, et aussitôt on les livre à ses éléphants, qui les écrasent sous leurs pieds; les femmes et les enfants sont empalés; des milliers de malheureux expirent ainsi dans d’horribles tourments; les femmes des nobles et des dynastes fugitifs furent seules épargnées; mais, par un raffinement de cruauté, pour éprouver des traitements et des supplices plus odieux que la mort. Traînées dans le stade730 de Zaréhavan, elles y furent exposées nues aux regards de toute l’armée persanne, et Sapor lui-même se donna le lâche plaisir de courir à cheval sur le corps de ces malheureuses, qu’il livra ensuite aux insultes et à la brutalité de ses soldats. On leur laissa la vie après tant d’outrages, et on les confina dans divers châteaux forts de l’Arménie, pour qu’elles y fussent des otages de leurs maris. Sapor croyait en agissant ainsi, empêcher ceux-ci de se joindre aux Romains. Peut-être même espérait-il les amener à se soumettre, pour délivrer de si chers prisonniers? La famille de Siounie, à laquelle appartenait Pharandsem, éprouva d’une manière plus particulière la colère de Sapor; il la punissait de la résistance héroïque que la reine lui opposait. Hommes et femmes, ils périrent tous dans les supplices les plus longs et les plus cruels, que sa barbarie pût lui suggérer. Leurs enfants furent épargnés, mais pour être faits eunuques et emmenés en Perse731. Il voulait, disait-il, venger les horreurs qui avaient été commises dans ce pays par le prince de Siounie Antiochus732 du temps de son aïeul Narsès. Les Arméniens furent les seuls en butte aux persécutions et aux fureurs de Sapor, il ordonna d’épargner les Juifs qui se trouvaient en si grande quantité dans le royaume733. Tous ceux qui habitaient à Van ou Schamiramakerd734, dans le canton de Tosp735, à Artaxate, à Vagharschabad et dans les autres places conquises, avaient été réunis, comme nous l’avons vu, à Nakhdjavan736, où ils attendaient qu’ils fussent transportés en Perse. Sapor comptait sans doute en faire des sujets plus affectionnés. Ces Juifs ne professaient pas tous la religion de leurs pères: ceux d’Artaxate et de Vagharschabad avaient été convertis par saint Grégoire, sous le règne de Tiridate; mais ils n’en continuaient pas moins de se distinguer des Arméniens, et de former au milieu d’eux une nation particulière. Sapor espérait profiter de cette division pour les éloigner du christianisme; aussi fit-il subir le martyre à un prêtre d’Artaxate, nommé Zovith, qui, emmené avec les autres captifs, ne cessait de traverser les projets du roi, en exhortant avec ardeur les Juifs de cette ville, à persister dans la foi chrétienne. Suivi de cette nombreuse population, honteux trophée de ses victoires, Sapor se mit enfin en route pour retourner dans ses états, où il s’arrêta dans l’Atropatène. Pour les Juifs, ils furent envoyés, les uns dans l’Assyrie, les autres dans la Susiane737; la plupart furent placés à Aspahan738, et ils y formèrent la partie la plus considérable des habitants, de sorte que cette ville, qui devait être dans la suite des temps la métropole de la Perse, cessa durant plusieurs siècles de porter son nom national, n’étant plus désignée que par celui de Iehoudyah, c’est-à-dire la juiverie[739].

[Note 728: Voyez ci-devant p. 299, not. 4, liv. XVII, § 13.—S.-M.]

[Note 729: Voyez t. 2, p. 224, liv. X, § 11 et ci-devant p. 299, liv. XVII, § 13.—S.-M.]

[Note 730: En arménien, Asparez. Ce nom que les Arméniens ont emprunté à la langue persane dans laquelle il signifie course de cheval, ou hippodrôme, a chez eux un double sens, comme le nom de Stade chez les Grecs. Il s’applique de même à un lieu d’exercice et à une mesure itinéraire. La longueur de cette mesure n’est pas beaucoup plus considérable, ni beaucoup plus constante que celle du stade grec. Voyez ce que j’en ai dit dans mes Mémoires historiques et géographiques sur l’Arménie, t. 2, p. 378-381.—S.-M.]

[Note 731: Sapor s’était montré plus généreux envers les princes de la même famille, en l’an 359, lorsqu’il se rendit maître de la ville d’Amid. Tous ceux des Siouniens qui se trouvèrent alors dans cette place furent renvoyés libres, comme nous l’apprend Moïse de Khoren (l. 3, c. 26). Voyez ci-devant, t. 2, p. 290, not. 2, liv. X, § 59.—S.-M.]

[Note 732: C’est Faustus de Byzance qui rapporte cette circonstance, l. 4, c. 58, mais sans indiquer bien clairement de quel Antiochus il entend parler. Il est probable que cet Antiochus n’était pas le prince de Siounie, beau-père d’Arsace, mais sans doute un prince du même nom qui était peut-être l’aïeul de celui-ci; il le faut bien, car le roi de Perse, Narsès, aïeul de Sapor, était mort en l’an 303 ou 304, c’est-à-dire environ soixante-cinq ans avant l’époque dont il s’agit.—S.-M.]

[Note 733: Voyez à ce sujet, ci-devant, p. 293-302, liv. XVII, § 13.—S.-M.]

[Note 734: Cette ville était alors possédée par le prince des Rheschdouniens. Voyez ci-devant, p. 299, not. 7, liv. XVII, § 13.—S.-M.]

[Note 735: Le canton de Dosp ou Tosp était compris dans la grande province de Vaspourakan. On le retrouve dans Ptolémée (Géogr. l. 5, c. 13), qui l’appelle Thospites. Il était sur les bords méridionaux du grand lac de Van, auquel il donnait son nom; ce qui est attesté aussi bien par les auteurs arméniens que par Ptolémée. La ville de Van, ou Schamiramakerd, était la capitale de toute la province. Voyez mes Mémoires historiques et géographiques sur l’Arménie, t. 1, p. 56, 131 et 139.—S.-M.]

[Note 736: Voyez ci-devant, p. 300, not. 1, l. XVII, § 13.—S.-M.]

[Note 737: Cette province, située entre la Babylonie et la Perse proprement dite, porte actuellement le nom de Khouzistan; les Arméniens l’appelaient Khoujasdan. Voyez ci-devant, p. 296, not. 2, liv. XVII, § 12.—S.-M.]

[Note 738: Cette indication qui vient de Moïse de Khoren (l. 3, c. 35) nous garantit l’antiquité du nom d’Ispahan; comme le même auteur nous instruit (l. 2, c. 66) de l’ancienneté de celui d’Isthakhar (autrefois Persépolis), en nous disant, de même que les historiens arabes et persans, qu’Ardeschir, fondateur de la dynastie des Sassanides, était originaire de cette dernière ville qu’il appelle Sdahar.—S.-M.]

[Note 739: Plusieurs auteurs orientaux, arabes et persans, et divers voyageurs, tels qu’Otter et Chardin, ont rapporté que la ville d’Ispahan avait été originairement habitée par des Juifs et qu’en mémoire de leur colonie, elle avait même pendant long-temps porté le nom de Iehoudiah, c’est-à-dire la Juive. Aucun de ces écrivains n’a fait connaître la véritable époque et la cause réelle de cet établissement des Juifs dans une des principales villes de la Perse. Les Arméniens seuls nous l’apprennent d’une manière qui met le fait hors de doute.—S.-M.]

[Note latérale: LIX.

[Tyrannie de Méroujan.

Amm. l. 27, c. 12.

Faust. Byz. l. 4, c. 59.

Mos. Chor. l. 3, c. 36 et 48.]]

—[En quittant l’Arménie, Sapor y avait laissé les deux généraux Zik et Caren740 avec des forces suffisantes. L’administration du pays fut remise entre les mains de deux traîtres qui avaient toute sa confiance: c’étaient] l’eunuque Cylacès741 et Artabannès742; l’un gouverneur d’une province743, l’autre un des généraux d’Arsace744. Ils avaient trahi leur maître pour se donner à Sapor. [En leur confiant l’Arménie, le roi de Perse leur avait ordonné de faire tous leurs efforts pour s’emparer d’Artogérassa745, cette ville forte, où les trésors, le fils et la veuve du malheureux Arsace étaient renfermés746. Ces officiers étaient chargés de maintenir l’Arménie dans la dépendance des Persans, et d’en terminer la conquête. Pour la souveraineté du pays, Sapor l’avait abandonnée à Méroujan et à Vahan. Il les récompensait par là de leur apostasie et des services qu’ils lui avaient rendus en trahissant leur prince et leur patrie. Méroujan, qui était devenu son beau-frère747, avait la promesse d’obtenir encore le titre de roi, s’il achevait de réduire les autres dynastes arméniens, et s’il parvenait à détruire le christianisme en Arménie, en faisant fleurir à sa place la religion de Zoroastre. Cette religion était appelée par les Arméniens, la loi des Mazdézants[748], c’est-à-dire, des serviteurs d’Ormouzd, ou Oromasdès749. C’est ainsi que les Persans nommaient le dieu ou plutôt l’intelligence suprême, source de tous les biens. Méroujan, excité ainsi par deux passions également puissantes, l’ambition et la haine contre le christianisme mit tout en œuvre pour satisfaire le roi de Perse. Il parcourut l’Arménie, brûlant et renversant les églises, les oratoires, les hospices et tous les édifices élevés et consacrés par le christianisme. Sous divers prétextes, il s’emparait des prêtres et des évêques, et aussitôt il les faisait partir pour la Perse, comptant que l’éloignement des pasteurs faciliterait d’autant ses succès. Son zèle destructeur ne se borna pas là: pour séparer à jamais les Arméniens des Romains, et pour porter des coups plus profonds à la religion chrétienne, il fit brûler tous les livres écrits en langue et en lettres grecques, et il défendit sous les peines les plus sévères, d’employer d’autre caractère d’écriture que celui qui était en usage chez les Perses750. C’était là en effet le moyen le plus efficace de rompre l’alliance politique et religieuse qui unissait l’Arménie avec l’empire. Des mesures aussi tyranniques ne s’exécutaient pas sans de sanglantes persécutions; aussi l’Arménie souffrit-elle alors des calamités inouïes. Les princesses qui étaient retenues prisonnières furent exposées à de nouveaux outrages. Pour Méroujan et Vahan, leur fanatisme ne fut pas arrêté par la parenté qui les unissait avec ces femmes infortunées. Ils voulurent les contraindre de renoncer à la religion chrétienne pour adorer le feu, à la manière des Perses. N’y réussissant point, ils commandèrent de les dépouiller nues, et de les suspendre ainsi, attachées par les pieds, à des gibets placés sur de hautes tours, pour que tout le pays fût frappé d’épouvante à la vue de ces terribles supplices. Ainsi périrent misérablement une foule d’honorables princesses, parmi lesquelles on distinguait Hamazasbouhi, femme de Garégin, dynaste des Rheschdouniens, qui s’était retiré dans l’empire, et sœur du féroce Vahan qui avait ordonné sa mort. Par un raffinement de barbarie, elle fut livrée aux bourreaux dans la ville même où elle résidait ordinairement: c’était la capitale de sa souveraineté, la ville de Sémiramis, située sur les bords du lac de Van751. Malgré tant de cruautés, Méroujan et Vahan faisaient peu de prosélytes: les Arméniens désertaient leurs villes et leurs campagnes pour se réfugier dans les montagnes les plus inaccessibles, d’où ils descendaient souvent pour exercer de sanglantes représailles, tandis que d’autres couraient en foule pour exciter les Romains à les venger de leurs oppresseurs. Les enfants, les parents ou les sujets propres des deux tyrans de l’Arménie, furent les seuls qui embrassèrent la religion des Perses. Ils ne purent élever des pyrées752 et des autels consacrés au feu que dans leurs principautés particulières; partout ailleurs ils étaient aussitôt renversés qu’érigés. Les complices de ces rebelles n’étaient pas même tous disposés à leur obéir. Le fils de Vahan, qui se nommait Samuël, préférait sa religion aux ordres de son père. Une mutuelle haine ne tarda pas à les animer l’un contre l’autre. Le fanatisme du fils, qui était aussi violent que celui du père, lui mit bientôt les armes à la main et Vahan périt sous les coups de Samuël. Ce furieux immola encore sa mère Dadjadouhi, sœur de Méroujan753, non moins criminelle à ses yeux, puisqu’elle partageait la croyance de son mari et des Ardzrouniens, ses parents. C’est ainsi qu’égaré par son aveugle zèle pour sa religion, il se souilla deux fois du crime le plus affreux et le plus contraire aux dogmes saints, qu’il se faisait gloire de professer. Après ce double meurtre, pour se soustraire à la vengeance des princes Ardzrouniens, Samuël se réfugia dans la Chaldée Pontique754, où il se joignit à plusieurs des princes qui avaient refusé de se soumettre aux Perses. Tant d’horreurs devaient avoir comblé la mesure des maux de l’Arménie. Ce royaume désolé, dépeuplé, couvert de ruines, semblait hors d’état de souffrir de nouveaux ravages, cependant personne ne paraissait disposé à prendre sa défense, les empereurs restaient sourds aux prières de Pharandsem, du patriarche Nersès et des princes réfugiés, ils étaient trop occupés chez eux pour oser se commettre avec un aussi redoutable adversaire que le roi de Perse. Il était évident que, si cet état de choses se prolongeait encore, la reine et son fils ne pourraient manquer de tomber entre les mains de Sapor, et l’Arménie alors devenait une province de la Perse.

[Note 740: J’ai parlé de ces deux généraux ci-devant, p. 297, liv. XVII, § 13.—S.-M.]

[Note 741: Ce personnage est appelé Kéghag ou Kélak dans l’historien Faustus de Byzance, liv. 5, c. 3 et 6.—S.-M.]

[Note 742: Ce général dont le nom se trouve diversement écrit dans les manuscrits d’Ammien Marcellin, n’est pas mentionné dans les auteurs arméniens. Outre la forme Artabannes, les manuscrits nous donnent encore, Arrabones, Arabanis ou Arrabanes. L’histoire d’Arménie parle d’un personnage appelé Arhavan, qui avait donné naissance à une famille de dynastes, connue sous le nom d’Arhavénians (Mos. Chor. l. 1, c. 30, et l. 2, c. 7). Il serait possible que le général dont parle Ammien Marcellin, l. 27, c. 12, fût de cette race, et qu’il portât, comme c’était assez la coutume chez les Arméniens, le nom du chef de sa famille. On conçoit alors comment le copiste aurait substitué le nom plus connu d’Artabannes à celui d’Arrabanes, qui ne diffère réellement pas d’Arhavan, en arménien.—S.-M.]

[Note 743: Gentis præfectus, dit Ammien Marcellin, l. 27, c. 12. Il n’est pas bien sûr que ces mots signifient gouverneur d’une province, comme le pense Lebeau. Ils sembleraient plutôt, selon moi, désigner une haute dignité administrative. Cette conjecture est confirmée par ce que Faustus de Byzance nous apprend de Kélak, qui est le même que Cylacès. Selon cet historien, cet eunuque avait exercé, pendant le règne d’Arsace et du temps même de Diran, la charge de Martbed, dont il sera question ci-après p. 384, n. 1, § 67; et cette charge, toujours occupée par des eunuques, était une sorte d’intendance générale du palais; ce que nous pourrions appeler le ministère de la maison du roi.—S.-M.]

[Note 744: Alter magister fuisse dicebatur armorum. Amm. Marc. l. 27, c. 12.]

[Note 745: Quibus ita studio nefando perfectis, Cylaci Spadoni et Artabanni, quos olim susceperat perfugas, commisit Armeniam, iisdemque mandarat, ut Artogerassam intentiore cura exscinderent, oppidum muris et viribus validum, quod thesauros et uxorem cum filio Arsacis tuebatur. Amm. Marc. l. 27, c. 12.—S.-M.]

[Note 746: Tout ce qui précède forme à quelques changements près, la fin du § 32 du l. XVIII de la première édition. Je l’ai déplacé ainsi que les paragraphes suivants, pour les mettre à leur véritable époque. On en peut voir la raison p. 275, n. 1, et ci-dev., p. 302, note 2, l. XVII, § 4 et 13.—S.-M.]

[Note 747: Voyez ci-devant, p. 281, n. 4, liv. XVII, § 6.—S.-M.]

[Note 748: Ce nom est l’altération de Mazdéïesnan, qui signifie en ancien persan les adorateurs d’Ormouzd; c’est la dénomination que se donnent encore les sectateurs de Zoroastre. Voyez mes Mémoires historiques et géographiques sur l’Arménie, t. 2, p. 477.—S.-M.]

[Note 749: Ce nom se prononçait en Arménien Aramazt. Voyez à ce sujet, t. 1, p. 292, not. 3, liv. IV, § 65; et ci-devant, p. 21, not. 1, liv. XIII, § 16.—S.-M.]

[Note 750: Les Arméniens n’avaient pas encore d’alphabet qui leur fût propre. Celui qui est en usage maintenant parmi eux, ne fut inventé qu’au commencement du 5e siècle par le savant Mesrob, coadjuteur du patriarche Sahag fils de Nersès. Jusqu’alors on avait employé dans l’Arménie des lettres appelées Syriennes, qui différaient peu de celles dont on se servait alors en Perse et dans la plus grande partie de l’Asie. Il paraît, par les défenses de Méroujan, que le christianisme avait contribué à répandre dans ce royaume la connaissance et l’usage des lettres et de la langue des Grecs.—S.-M.]

[Note 751: Voyez au sujet de cette ville, ci-devant, p. 299, n. 7; et p. 361, not. 1 et 2, liv. XVII, § 13 et 58.—S.-M.]

[Note 752: C’est le nom consacré par les Grecs, pour désigner ces oratoires où les Perses entretenaient un feu perpétuel; c’est de cet usage que venait le nom de ces lieux d’adoration; il dérivait du mot πῦρ, qui signifie feu en grec. On les appelait en persan adergah ou ateschgah, c’est-à-dire lieu du feu. Les Arméniens les nommaient adrouschan et krakadoun, ce qui revenait au même. Les Persans n’avaient pas à proprement parler d’autres temples, et c’est pour cela qu’ils désignaient, par le nom d’Ader ou feu, tous les édifices consacrés à la célébration de leurs cérémonies religieuses, comme, par exemple, l’Ader Bahram, l’Ader Goschasp, l’Ader Bourzin, etc.—S.-M.]

[Note 753: Voyez ce que j’ai dit au sujet de cette princesse, ci-devant, p. 281, not. 4, liv. XVII, § 6.—S.-M.]

[Note 754: Les anciens et les auteurs du moyen âge donnent le nom de Chaldée à tout le territoire qui sépare Trébizonde de la Colchide, s’étendant au midi jusqu’aux montagnes qui donnent naissance à la partie supérieure de l’Euphrate, à l’Araxe, au Cyrus et à l’Acampsis qu’on appelle actuellement Tchorokh et qui se jette dans le Pont-Euxin. Ce nom n’est pas encore tout-à-fait perdu dans le pays. La dénomination de Keldir ou Tcheldir y est encore en usage. Les bornes de cette note ne me permettent pas d’entrer dans les détails, qui seraient nécessaires pour expliquer l’origine de cette appellation singulière, donnée à une région si éloignée de Babylone et de l’autre Chaldée. Voyez mes Mémoires historiques et géographiques sur l’Arménie, t. 1, p. 327.—S.-M.]

[Note latérale: LX.

[Adresse de la reine Pharandsem.]

[Amm. l. 27, c. 12.]]

—[Les deux traîtres, à qui Sapor avait enjoint de faire tous leurs efforts pour réduire le château d’Artogérassa et se rendre maîtres de Pharandsem, n’avaient point oublié de mettre ses ordres à exécution. Ils étaient venus] mettre le siége devant la place755. Comme elle était bâtie sur une montagne escarpée, et que les neiges et la rigueur de l’hiver en rendaient les approches encore plus difficiles756, Cylacès prit la voie de la négociation. Accoutumé à gouverner des femmes757, il se flattait de tourner à son gré l’esprit de la reine. Il en obtint sûreté pour lui et pour Artabannès; ils se rendirent tous deux dans la place. Ils prirent d’abord le ton menaçant, ils conseillaient à la reine d’apaiser par une prompte soumission la colère d’un prince impitoyable. Mais la princesse plus habile que ces deux traîtres, leur fit une peinture si touchante de ses malheurs et des cruautés exercées sur son mari; elle leur fit valoir avec tant de force ses ressources et les avantages qu’ils trouveraient eux-mêmes dans son parti, qu’attendris à la fois et éblouis de nouvelles espérances, ils se déterminèrent à trahir Sapor à son tour. Ils convinrent que les assiégés viendraient à une certaine heure de la nuit attaquer le camp, et promirent de leur livrer les troupes du roi. Ayant confirmé leur promesse par un serment, ils retournèrent au camp, et publièrent qu’ils avaient accordé deux jours aux assiégés pour délibérer sur le parti qu’ils avaient à prendre. Cette suspension d’armes produisit du côté des Perses la négligence et la sécurité. Pendant que les assiégeants étaient plongés dans le sommeil, une troupe de brave jeunesse sort de la ville, s’approche sans bruit, pénètre dans le camp, égorge les Perses, la plupart ensevelis dans le sommeil, et n’en laisse échapper qu’un petit nombre. [Pharandsem] ne fut pas plutôt délivrée, qu’elle fit sortir de la place son fils Para, et l’envoya sur les terres de l’empire758. Valens lui assigna pour asyle la ville de Néocésarée dans le Pont759, où il fut traité760 avec tous les égards dus à son rang et aux anciennes alliances de sa famille avec l’empire761.

[Note 755: Iniere ut statutum est obsidium duces. Amm. Marc. l. 27, c. 12.—S.-M.]

[Note 756: Et quoniam munimentum positum in asperitate montana, rigente tunc cælo nivibus et pruinis, adiri non poterat. Amm. Marc. l. 27, c. 12. C’est sans doute à sa situation sur une montagne très-élevée que le fort d’Artogérassa devait le nom de Kapoïd, c’est-à-dire bleu, que lui donnaient les Arméniens. Voyez t. 2, p. 241, not. 2, liv. X, § 22.—S.-M.]

[Note 757: Eunuchus Cylaces aptus ad muliebria palpamenta. Amm. Marc. l. 27, c. 12.—S.-M.]

[Note 758: Avec une suite peu nombreuse, suadente matre cum paucis è munimento digressum. Amm. Marc. l. 27, c. 12. Les auteurs arméniens ne font pas mention de la sortie du jeune roi d’Arménie de la forteresse d’Artogérassa. Moïse de Khoren (l. 3, c. 37 et 38), et Faustus de Byzance (l. 4, c. 55, et l. 5, c. 1) ne parlent que de sa retraite sur le territoire de l’empire et des secours qu’il demanda à Valens.—S.-M.]

[Note 759: Susceptumque imperator Valens apud Neocæsaream morari præcepit, urbem Polemoniaci Ponti notissimam, liberali victu curandum et cultu. Amm. Marc. l. 27, c. 12. On appelait Pont Polémoniaque toute la partie orientale de l’ancien royaume de Pont, qui avait été possédé par Mithridate le Grand. Quand on réduisit la partie occidentale en province romaine, celle-ci fut érigée en royaume et cédée, par le triumvir Marc-Antoine, à Polémon, fils du rhéteur Zénon de Laodicée, qui était grand-prêtre d’Olba et dynaste des Lalasses et des Cennates en Cilicie. C’était la récompense des services qu’il avait rendus aux Romains contre les Parthes et contre Labiénus, partisan de Pompée. Le pays cédé dut à ce prince le nom de Polémoniaque. Voyez l’article Polémon I, que j’ai inséré dans la Biographie moderne de Michaud, t. 35, p. 168.—S.-M.]

[Note 760: Voyez ci-devant, p. 337, not. 2, liv. XVII, § 37, ce que l’orateur Thémistius rapporte (or. 8, p. 116) du prince asiatique qui se réfugia sur le territoire de l’empire, pendant que Valens était occupé à faire la guerre avec les Goths.—S.-M.]

[Note 761: A l’exception des changements indiqués, ce paragraphe formait le § 33 du liv. XVIII des anciennes éditions. Voyez ci-dev., p. 274, n. 1, et p. 302, n. 2, l. XVII, § 4 et 13.—S.-M.]

[Note latérale: LXI.

Para est rétabli.

[Amm. l. 27, c. 12.

Faust. Byz. l. 5, c. 1.

Mos. Chor. l. 3, c. 36.]]

Cylacès et Artabannès espérant tout de la générosité de l’empereur, le prièrent par leurs députés de leur renvoyer Para leur roi légitime, avec un secours capable de le maintenir762.—[Le prince des Mamigoniens, Mouschegh, fils de Vasag, à qui on avait conféré la dignité de connétable, exercée par son père avec tant de gloire, se rendit lui-même à Constantinople, pour exprimer plus vivement à l’empereur, les vœux de ses compatriotes et le besoin pressant, qu’ils avaient du secours des Romains pour se délivrer et s’affranchir de la domination des Perses. Les envoyés du patriarche Nersès joignirent leurs supplications aux instances du connétable. Cependant malgré la justice de leurs plaintes, on n’osait se commettre avec les Perses: les revers qu’on avait toujours éprouvés dans les guerres d’Orient, rendaient timides et portaient les conseillers de l’empereur à suivre les inspirations d’une politique trop circonspecte.] Valens [qui était alors tout occupé de la guerre contre les Goths, et] qui ne voulait pas donner à Sapor occasion de lui reprocher d’avoir le premier rompu le traité, se contenta de faire reconduire le prince en Arménie par le général Térentius763, mais sans aucunes troupes. Il exigea même de Para qu’il ne prît ni le diadème764 ni le titre de roi765.—[Le prince Arsacide n’eut donc pour retourner dans son royaume que la faible escorte de Térentius; elle fut aussitôt grossie par le connétable et par tous les seigneurs qui s’étaient réfugiés sur le territoire romain. Spantarad et les princes de la famille de Camsar766, impatients de signaler leur courage pour le service de leur patrie, profitèrent de cette occasion pour y rentrer. Ils oublièrent les maux qu’Arsace leur avait fait éprouver, et ils se dévouèrent sans réserve à la cause de son fils. C’était bien peu de chose que de tels secours, cependant ils suffirent pour relever le courage des Arméniens; l’assurance de n’être pas tout-à-fait abandonnés par l’empereur, doubla leurs forces et leur fournit les moyens de se maintenir et de se défendre, dans tous les cantons limitrophes de l’empire, qui n’avaient pas subi le joug des Perses. Bientôt avec leurs seules ressources, ils se trouvèrent en mesure de reprendre l’offensive. Plusieurs des dynastes qui avaient trahi Arsace, abandonnèrent le parti des Perses pour venir se ranger sous les drapeaux de leur souverain légitime. Quand ils furent tous réunis, ils marchèrent contre Méroujan. Celui-ci ne fut pas assez fort pour leur résister; il fut vaincu, et tandis qu’il réclamait les secours de Sapor, qui était alors dans le Khorasan767, les seigneurs arméniens se répandaient dans le pays pour en chasser les Perses.]—S.-M.

[Note 762: Qua humanitate Cylaces et Artabannes inlecti, missis oratoribus ad Valentem, auxilium eumdemque Param sibi regem tribui poposcerunt. Amm. Marc. l. 27, c. 12. Les auteurs arméniens ne parlent que des démarches faites par le patriarche Nersès et par Mouschegh, pour obtenir les secours de l’empire.—S.-M.]

[Note 763: Il est souvent question de ce général et avec de grands éloges dans les lettres de S. Basile. Cet illustre évêque lui écrivit plusieurs fois durant son séjour en Arménie. On voit par cette correspondance que Térentius était un zélé catholique. Moïse de Khoren le nomme Derendianos ou Terentianus (l. 3, c. 36, 37 et 39). Il est appelé Dérend par Faustus de Byzance. Ces auteurs lui donnent le titre de Stradélad, qui est la transcription arménienne du mot grec στρατηλάτης, qui signifie général.—S.-M.]

[Note 764: Sed pro tempore adjumentis negatis, per Terentium ducem Para reducitur in Armeniam, recturus interim sine ullis insignibus gentem: quod ratione justa est observatum, ne fracti fæderis nos argueremur et pacis. Amm. Marc. l. 27, c. 12. Malgré la prudence et la réserve de Valens, cette démarche et la retraite du jeune prince sur le territoire de l’empire furent, selon le même auteur, les causes de la cruelle guerre que Valens fut obligé de soutenir contre Sapor. Hæc inopina defectio, dit-il, l. 27, c. 12, necesque insperatæ Persarum, inter nos et Saporem discordiarum excitavere causas immanes.—S.-M.]

[Note 765: Ceci, à l’exception des passages placés entre parenthèses, forme le commencement du 34e paragraphe du livre XVIII, dans les anciennes éditions.—S.-M.]

[Note 766: Voy. t. 1, p. 408, not. 1, liv. VI, § 14, et t. 2, p. 240, liv. X, § 22, et ci-dev. p. 282, note 2, liv. XVII, § 6.—S.-M.]

[Note 767: Ce nom, qui se trouve dans Moïse de Khoren, l. 3, c. 37, sert encore à désigner la plus orientale et en même temps la plus grande et la plus belle des provinces de la Perse. Ce nom signifie en persan le lieu du soleil ou l’orient, c’est ce qui fait qu’on l’applique quelquefois à tous les pays qui forment la partie orientale de la Perse, ou qui sont à l’orient de ce royaume.—S.-M.]

[Note latérale: LXII.

[Il est chassé de nouveau.]

[Amm. l. 27, c. 12.]]

Les ménagements de Valens n’en avaient point imposé à Sapor. Outré de colère, il entra en Arménie à la tête d’une puissante armée, et mit à feu et à sang tout le pays768. Le prince et ses ministres Cylacès et Artabannès, hors d’état de résister à ce torrent, se retirèrent entre les hautes montagnes qui séparaient les terres de l’empire d’avec la Lazique769; on appelait alors ainsi l’ancienne Colchide. Cachés pendant cinq mois dans les cavernes et dans l’épaisseur des forêts, ils échappèrent à toutes les recherches de Sapor770. Enfin, las de les poursuivre, et déjà incommodé des rigueurs de l’hiver, il brûla tous les arbres fruitiers, mit garnison dans les châteaux dont il s’était emparé par force ou par intelligence, et vint attaquer Artogérassa771, où la reine [Pharandsem] était encore enfermée.

[Note 768: Hoc comperto textu gestorum Sapor ultra hominem efferatus, concitis majoribus copiis Armenias aperta prædatione vastabat. Amm. Marc. l. 27, c. 12.—S.-M.]

[Note 769: Cujus adventu territus Para, itidemque Cylaces et Artabannes, nulla circumspectantes auxilia, celsorum montium petivere recessus, limites nostros disterminantes et Lazicam. Amm. Marc. l. 27, c. 12. Il s’agit ici de la région montagneuse qui s’étend au midi de Trébizonde et qui s’appelait autrefois la Chaldée, ou le pays des Tzannes. Quant aux Lazes qui donnaient alors leur nom à la Colchide et qui le lui donnèrent encore pendant plusieurs siècles, on voit par le témoignage des auteurs anciens et de Pline, en particulier, l. 6, c. 4, que c’était originairement une des peuplades barbares qui occupaient le rivage qui s’étend de Trébizonde jusqu’aux rives du Phasis. Comme plus tard il sera souvent question de ce peuple dans cette histoire, je donnerai alors à son sujet quelques détails plus particuliers. Cette nation subsiste encore dans les mêmes régions et avec le même nom.—S.-M.]

[Note 770: Ubi per silvarum profunda et flexuosos colles mensibus quinque delitescentes, regis multiformes lusere conatus. Amm. l. 27, c. 12.—S.-M.]

[Note 771: Qui operam teri frustra contemplans sidere flagrante brumali, pomiferis exustis arboribus, castellisque munitis et castris quæ ceperat superata vel prodita, cum omni pondere multitudinis Artogerassam circumseptam, et post varios certaminum casus lassatis defensoribus patefactam incendit. Amm. Marc. l. 27, c. 12.—S.-M.]

Continuer : partie 16 sur 20