Journal des faux-monnayeurs
Appendice ............................................................................ 61
APPENDICE
Journaux – Lettres
Pages du journal de Lafcadio
Identification du démon
JOURNAUX
Figaro, 16 septembre 1906.
Voici quelle était leur manière de procéder :
Les pièces fausses étaient fabriquées en Espagne, intro-duites en France et apportées par trois repris de justice : Djl, Monnet et Tornet. Elles étaient remises aux entrepositaires Fichat, Micornet et Armanet et vendues par ceux-ci à raison de 2 f 50 pièce, aux jeunes gens chargés de les écouler.
Ceux-ci étaient des bohèmes, étudiants de deuxième année, journalistes sans emploi, artistes, romanciers, etc. Mais il y avait aussi un certain nombre de jeunes élèves de l’Ecole des Beaux-Arts, quelques fils de fonctionnaires, le fils d’un magistrat de province et un employé auxiliaire au mi-nistère des finances.
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Si pour quelques-uns ce commerce criminel était le moyen de mener « grande vie » que ne leur permettait pas la pension paternelle, pour d’autres – du moins à leur dire – c’était une œuvre humanitaire : – j’en cédais quelquefois quelques-unes à de pauvres diables peu fortunés que cela aidait à faire vivre leur famille… Et on ne faisait de tort à personne puisqu’on ne volait que l’État.
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Journal de Rouen , du 5 juin 1909.
SUICIDE D’UN LYCÉEN. – Nous avons signalé le suicide dramatique du jeune Nény, âgé de quinze ans à peine, qui, au lycée Blaise-Pascal, à Clermont-Ferrand, en pleine classe, s’est fait sauter la cervelle d’un coup de revolver.
Le Journal des Débats reçoit, de Clermont-Ferrand, les étranges renseignements que voici :
Qu’un pauvre enfant, élevé dans une famille où se pas-sent des scènes si violentes que souvent – et la veille même de sa mort – il a été obligé d’aller coucher chez des voisins, ait été amené à l’idée du suicide, c’est douloureux, mais admissible ; que la lecture assidue et non contrôlée des phi-losophes pessimistes allemands l’ait conduit à un mysti-cisme de mauvais aloi, « sa religion à lui » comme il disait, on peut encore l’admettre. Mais qu’il y ait eu, dans ce lycée d’une grande ville, une association malfaisante de quelques gamins pour se pousser mutuellement au suicide, c’est monstrueux et c’est malheureusement ce qu’il faut consta-ter.
On dit qu’il y aurait eu un tirage au sort entre trois élèves, pour savoir qui se tuerait le premier. Ce qui est cer-tain, c’est que les deux complices du malheureux Nény l’ont pour ainsi dire forcé, en l’accusant de lâcheté, à mettre fin à ses jours ; c’est que, la veille, ils lui ont fait faire la répétition et la mise en scène de cet acte odieux ; la place où il devait, le lendemain, se brûler la cervelle, a été marquée à la craie sur le sol. Un jeune élève, étant entré à ce moment, a vu
– 63 – cette répétition : il a été jeté à la porte par les trois malfai-teurs avec cette menace : « Toi, tu en sais trop long, tu dis-paraîtras » – et il y avait, paraît-il, une liste de ceux qui de-vaient disparaître.