Jours sans faim
Chapitre VIII
VIII
Le lendemain, à la pesée, Laure a perdu du poids. Malgré tous les efforts du week-end. Malgré la sonde qu’elle a rebranchée pour la nuit. Elle se sent piégée dans un corps qui la domine. Elle l’attend de pied ferme, le sauveur d’âmes dans sa belle blouse, elle lui dira qu’elle lâche le manche, qu’elle n’en peut plus, que c’est trop difficile. Qu’elle n’en vaut pas la peine. Qu’on la laisse crever dans son coin, comme un chat écrasé.
Quand il est entré dans la chambre elle a d’abord vu la douceur dans ses yeux. Le docteur Brunel a des petits yeux fendus au canif, pourtant le regard est tranquille. Il avait posé ses mains dans les poches de sa blouse, une manière de dire je suis venu en paix. Il a demandé à Laure comment s’était passée cette première permission, quel effet cela faisait de se retrouver dehors. Elle a tenté de lui décrire le choc de sa présence retrouvée, la lenteur des gestes quotidiens qu’on délie comme pour la première fois. Elle a cherché ses mots, elle voulait qu’il sente ça aussi, que tout passe par le corps. Il s’est assis sur le lit à côté d’elle. Il avait l’air de savoir, encore, ce que d’autres peut-être avant elle avaient raconté, leurs voix s’étaient-elles altérées comme celle de Laure, il savait quel vertige s’emparait de ces corps frêles une fois dehors, l’émoi de leur chair revenue à la vie. Il a demandé ce qu’elle avait fait, où elle était allée, comment s’étaient passés les repas, ce qu’elle avait mangé. Elle avait mangé des nouilles au thon et du steak haché, oui, de la viande rouge, je vois que ça vous en bouche un coin, et puis des tomates en salade, pour le goûter je ne sais plus, ah si, un chausson aux pommes samedi, chez ma copine Tadrina, j’y suis allée avec Louise... Elle a continué à énumérer, mais bientôt elle n’a plus pensé qu’au soulagement immense qu’elle éprouverait à s’abandonner dans ses bras, juste une fois. Elle pense toujours à ça, à la chaleur de son corps. Elle voudrait qu’il l’aime autant qu’elle l’aime, qu’il reste avec elle, qu’il la garde en lui pour toujours, qu’il ne la laisse pas. Il en joue peut-être, avare parfois de sa présence, omniprésent. Tout cela d’ailleurs n’est peut-être qu’un jeu, dont il est le maître malgré lui, dont on ne peut plus évaluer la mise.
Il est reparti. De l’amaigrissement, il n’a rien dit. Il sait entre autres choses le prix que ça coûte, un premier week-end de permission.
Corinne est sortie. Ses parents sont venus la chercher. Elle portait un loden bleu marine. Elle avait bonne mine, une mine insoupçonnable, elle ressemblait à toutes les jeunes filles sages de son âge. Elle est venue dans la chambre de Laure pour l’embrasser. Elle voulait lui souhaiter bonne chance. Elle a dit qu’elle reviendrait lui rendre visite. Ses parents attendaient dans le couloir.
Que restera-t-il de ces rencontres, dans dix ans ? Que gardera-t-elle de Fatia, de Corinne, se reverront-elles ? Est-ce qu’elles s’en sortiront ? Pour quel genre de vie, avec quelles séquelles, à quel prix ? Laure pense à ça. Peut-être n’auront-elles en commun que le souvenir confus de cette parenthèse taillée dans leur existence, le souvenir d’un hôpital qu’elles n’évoqueront plus, une fêlure qu’elles auront à peine partagée, qui pourtant tisse déjà entre elles un lien invisible, incompréhensible.
Les chambres ne restent jamais vides. Le jour même, une jeune femme de vingt-deux ans a été admise. Elle pèse cent dix-huit kilos. Elle dit qu’elle ne mange presque rien, mais il s’avère qu’elle boit. Douze litres d’eau par jour, huit litres la nuit. On s’affaire autour d’elle. Des médecins que Laure n’a jamais vus viennent la voir. On l’emmène faire des examens. Ils finissent par décider de la sevrer, elle n’a droit qu’à quelques verres. Elle souffre, surtout la nuit. Laure observe son corps plein d’eau qui dégonfle à vue d’œil. Pour passer le temps, Catherine tricote à toute vitesse des petits pulls pour son fils. Elle a montré à Laure comment terminer son écharpe et a monté pour elle des mailles, pour un nouveau tricot.
Plusieurs fois par semaine, Laure descend au premier étage chercher les journaux pour ses voisins immobiles, Nous-Deux, Intimité, l’Équipe. Laure s’attache à ceux qui l’entourent. Peu à peu elle reconstruit autour d’elle une famille, constituée de parents pauvres et de cousins éloignés, qui déambulent en pyjama et regardent la ville à travers les baies vitrées. Elle connaît toutes les histoires d’ulcères, de côlons et d’intestins qui circulent dans le service, et le roulement hebdomadaire des infirmières et des aides-soignantes. Le matin, Blandine vient faire le lit et le menu. Elle reste toujours debout mais s’interrompt souvent, un petit moment, pour parler un peu. Elle dit qu’il faut tenir le coup, que Laure est beaucoup plus jolie comme ça. Elle lui raconte ce premier jour, quand Laure est arrivée, la peur que ça fait de voir quelqu’un dans cet état-là. Quand il vient récupérer le plateau, Eric lui raconte ses nuits folles en boîte, les filles dans leurs pantalons moulants, les verres qu’on ne compte plus, tandis que Régis lui décrit l’angoisse du jeune père devant le rayon couches-culottes. Des choses du dehors. Chaque jour, Anouk lui apporte des provisions d’écureuil. Elle a gardé de solides relations en cuisine, où elle a travaillé longtemps avant d’être aide-soignante au douzième. Anouk constitue petit à petit un stock alimentaire que Laure pourra rapporter chez elle, quand elle sortira. De quoi tenir un siège. Des confitures, du sucre, des madeleines et des biscuits emballés dans des sachets de cellophane, des Nutrigil à la vanille, au chocolat, qu’on sirote avec une paille. Conquise par ces attentions maternelles, Laure entasse dans son placard paquets et petites briques, comme autant de trésors d’enfant. Elle se souvient de ce temps où le sucre fondait dans sa bouche sans l’écœurer. Elle range dans l’armoire les sachets d’Anouk comme des souvenirs gourmands dont l’odeur et le froissement lui rappellent les mercredis qu’elles passaient chez leur tante, quand elles vivaient encore avec leur mère. Les jours d’hiver, Laure et Louise faisaient des puzzles, dessinaient, écoutaient des histoires. Vautrées dans le canapé ou allongées à plat ventre sur la moquette, elles se sentaient soudain à l’abri. Pour le goûter, on ouvrait les placards avec curiosité, on sortait les Daninos du freezer, on tartinait des biscottes avec du lait concentré. Laure découpait le Caprice des Dieux en petites tranches qu’elle dégustait en sandwich entre deux chips. Elle les laissait fondre entre la langue et le palais, dans un bain de salive chaude, et puis elle les avalait par petites coulées délicieuses. Laure y pense comme au temps d’avant, celui de l’insouciance. Sans le savoir, elle mangeait des chips imbibées d’huile et du fromage à soixante pour cent de matière grasse. Sans le savoir, elle était libre.
Ce soir, le docteur Brunel remarque que Laure a changé d’ouvrage. Il déclare à qui veut bien l’entendre que ce tricot lui irait très bien. Elle l’imagine dans un pull beige au point mousse, un pull « tube » comme ceux qu’elles avaient, Louise et elle, quand elles étaient enfants. Elle sourit.
Fatia veille tard dans la nuit. Quand les feuilletons sont finis, elle erre dans les couloirs ou fume des cigarettes dans sa chambre. Le matin, les aides-soignantes râlent parce qu’elle refuse de sortir du lit. Elle dit qu’elle n’aime pas le jour, elle veut qu’on lui foute la paix. Même quand Laure vient la chercher pour aller boire un coup à la cafet, elle ne veut rien savoir, elle tire le drap sur son visage, elle ne répond pas. Elle trouve ça nul, tout ça, l’hôpital, la bouffe, la vie. Elle fait grève.
Laure grossit. Elle observe le résultat de son assiduité par petits bouts, membre par membre, mais elle ne supporte plus de regarder en entier son reflet dans la vitre, quand le store est fermé. Elle se satisfait de voir ses seins gonfler, elle les regarde de profil dans le miroir, en bombant le torse. Elle est fière d’eux qui témoignent des vestiges de sa féminité, elle les voudrait plus lourds, plantés plus haut aussi. Pour le reste, le consentement est chaque jour plus difficile. Ses joues se remplissent peu à peu, elle s’en mord les lèvres jusqu’au sang. Chaque gramme qu’elle prend semble vouloir se concentrer là, comme pour la narguer, la décourager, comme pour lui rappeler avec brutalité les joues rondes et roses de son adolescence bâillonnée, asphyxiée au grand air.
Petit à petit elle sort d’une torpeur dont elle avait à peine conscience. Petit à petit, elle retrouve malgré elle le goût des autres. Elle en paie le prix. Il se compte en kilos. Enfermée dans un frigo infernal, elle ne percevait rien d’autre que le bruit de sa respiration. Elle pouvait à peine parler. Elle ne pouvait rester plus de dix minutes au cinéma, elle ne pouvait plus lire un livre, elle était rongée de l’intérieur, elle avait perdu toute perception affective des gens et des choses, elle crevait de froid et de peur. Elle a peine à y croire. Elle revient d’une terre aride qu’elle ne peut raconter, que lui seul connaît. Elle en porte la trace en elle. Sur le chemin qui la ramène à la vie, soudain elle se rend compte qu’elle est nue. Tellement plus fragile sans son armure de glace. Elle essaie d’accepter son corps maladroit et convalescent, elle essaie de ne pas enfoncer ses ongles dans sa chair pour arracher toute cette graisse qui prolifère comme une mauvaise herbe.
Le docteur Brunel vient souvent en fin de journée, il reste un moment, pour parler un peu. Il sait combien elle est vulnérable. Il se renseigne sur la qualité des programmes télé, il regarde par la fenêtre, commence des histoires qu’il laisse en suspens, il la porte à bout de bras.
Il avait dit tu dois saisir la main qu’on te tend, accepter de l’aide, on ne peut pas se battre toujours seul. Il faut reprendre du poids pour accepter de guérir. Elle s’est laissé bercer par ce paradoxe, elle s’est laissé faire. Huit kilos qu’elle lui a offerts, ou qu’elle s’est offerts, elle ne sait plus très bien.
Laure sort souvent le soir, à la nuit tombante. L'air de Paris a des parfums d’interdit. Dans la rue elle baisse la tête, elle évite les regards. Parfois elle a peur de croiser sans le voir quelqu’un de l’hôpital. Elle va boire un thé au lait dans les cafés alentour, ou bien elle marche jusqu’à la galerie commerciale de la rue Championnet, à la sortie du métro Guy Moquet. Elle flâne. Elle touche les vêtements, les chaussures, les livres. Elle s’enivre. Elle fait semblant de croire qu’elle pourrait rester là, ou rentrer chez elle, ne plus revenir. On s’inquiéterait, on appellerait sa mère, on la chercherait un peu, à la cafétéria, dans les autres chambres de l’unité. Mais toujours elle rebrousse chemin, elle presse le pas. Il passera sûrement ce soir, après sa consultation. Elle rentre parce qu’elle a besoin de lui, et de ce refuge qu’il lui a offert.
Parfois, vers midi, Laure redécouvre le plaisir de manger. Rien à voir avec le soulagement obscène du corps poussé à bout. Juste un petit cri dans l’estomac qui ne demande qu’à être satisfait. Elle aime le gratin de blettes, le poulet rôti et les entremets de semoule. Elle a rangé sa bouillotte au fond du placard avec la couverture en mohair que sa tante lui avait apportée. Elle dort d’un sommeil moins tardif, plus profond. Elle n’a plus peur de la nuit.
A l’abri du monde, la peur s’estompe peu à peu. Tous les jours les mêmes occupations, les mêmes conversations. Là où elle est, elle se sent en sécurité. Il fallait ça. Toute cette vie autour d’elle, comme une bulle. Thermomètre, prise de sang, menu, ménage, plateaux, infirmières, aides-soignantes, surveillante, prévisibles au quart d’heure près. Il fallait ça. Les draps propres et les alèses qu’on change presque tous les jours, la serpillière dans la chambre, la porte qui s’ouvre et se referme vingt fois, le médecin et l’armada des blancs-vêtus, les voisins de palier, la diététicienne. Il fallait bien ça pour éponger l’angoisse et briser la solitude. Un autre danger la guette maintenant ; dans le lino beige elle pourrait prendre racine, s’enchaîner pour toujours à cette maladie, elle pourrait oublier qu’on peut vivre autrement, se contenter de la purée en sachets et des dix mètres carrés qui lui sont impartis, bien au chaud, engourdie, à l’abri de l’angoisse qui ronge l’âme.
Hospitalisée pour décrocher, Julia est arrivée dans le service un matin sous un prétexte hépatique. Elle carburait à l’héroïne. On lui fait des piqûres pour la douleur et on lui fournit des tranquillisants. Le soir de son arrivée, Laure fume une cigarette avec elle, dans le salon de repos. Elle a laissé Fatia en tête-à-tête avec Colombo. Elles échangent quelques banalités en guise d’approche. Pourquoi t’es là, depuis quand. Julia boirait bien quelque chose de chaud. Laure galope ventre à terre chercher sa Thermos et ses sachets de tisane. Elles s’enfoncent ensemble dans la nuit, elles comparent leurs histoires, elles ne peuvent plus s’arrêter de parler. En écho à la défonce de Julia, Laure raconte l’ivresse du jeûne, les crises d’angoisse comme des crises de manque. Elles ont en commun ce sentiment de puissance, ce sentiment de déchéance, inextricablement mêlés. Elles savent aussi qu’il est trop tard pour mourir. A mesure que le temps passe, Julia a les yeux de plus en plus jaunes. Laure sent que la fatigue creuse son visage. L'infirmière de nuit leur ordonne d’aller dormir.
Dans le noir, Laure a mis son walkman sur ses oreilles pour ne pas entendre le ronronnement de la machine. Elle se laisse bercer. Elle attend le sommeil. Elle revoit soudain cette femme avenue René-Coty qui l’avait arrêtée en pleine course pour lui demander si elle entendait les moineaux. Elle cherche dans son souvenir les rues, les boulevards, les quartiers qu’elle a traversés de long en large, elle retrouve les itinéraires, calcule le nombre de kilomètres qu’elle s’enfilait chaque jour. Elle ne savait plus rien faire d’autre.
Fatia part ce matin. Elle est vêtue de noir. Laure regarde ces minuscules tatouages sur son visage, comme des points de suspension, dont elle ignore la signification. Son mari n’a pas pu venir la chercher, il travaille sur un chantier. Elle va rentrer chez elle, juste à côté de l’hôpital, elle va fermer les rideaux, faire la vaisselle, éplucher des légumes. Elle allumera la télé, elle regardera les feuilletons du matin, et ceux de l’après-midi. Des femmes en tailleur mauve qui pleurnichent sur leur canapé de cuir, des vieux beaux en costume trois pièces qui noient leurs soucis dans des verres de whisky, des adolescentes aux cheveux blonds, offertes au soleil de Californie. Ses yeux sont tristes. Fatia sait qu’elle reviendra, le temps de perdre tous ces kilos qu’on lui a collés sur le corps. Elle est anorexique, un mot qui n’existe pas dans sa langue, ni dans sa culture, un mot qui s’est accroché à elle, dans l’humidité de sa cuisine, porte de Clignancourt.
Laure l’accompagne en bas, jusqu’aux portes vitrées. Elles s’embrassent. Fatia lui dit quelque chose en arabe, un vœu ou une prière. Laure regarde sa petite silhouette brune s’éloigner. Elle a mal au cœur.
Laure a renoncé au tricot. Elle est trop nulle. Elle a donné ses pelotes de laine à Catherine, la jeune femme obèse qui réapprend à boire de l’eau avec modération. Elle a décidé de se mettre au collage. Elle commence par découper. Ça prend plusieurs jours. Elle réclame à ses amis des magazines, elle descend au kiosque en acheter quelques-uns. Elle découpe au fil des pages des paquets de pâtes, des boîtes de conserve, des plats cuisinés, des crèmes renversées, des tablettes de chocolat, des sachets de bonbons, des rôtis crus, des poissons morts, des marmites fumantes, des poulets ficelés, des pamplemousses ouverts en deux, des tubes de mayonnaise, des bouches ouvertes. Maintenant elle colle. Scientifiquement. Amoureusement. Elle remplit une large feuille de ces victuailles de papier, serrées les unes contre les autres, elle ne laisse pas d’espace. Et puis elle découpe des lettres dans les journaux. Elle les colle une à une. Elle écrit : « la bouffe c’est pas du gâteau. » Quand son œuvre est achevée, tandis qu’elle la tient à bout de bras devant elle, face à ce désordre absolu, illogique, elle éprouve soudain un sentiment de satisfaction immense. Le soir même, elle offre au docteur Brunel ce cadeau encombrant qui pèse beaucoup plus lourd qu’il n’y paraît.
Un autre jour elle commence une lettre pour lui. Par petits morceaux. Elle abandonne provisoirement son cahier. Elle lui écrit la peur d’hier et celle d’aujourd’hui. Elle lui parle pour la première fois de Lanor, baptisée ainsi à une heure tardive tandis qu’elle retrouvait sa mine blafarde et ses yeux cernés dans le miroir de sa salle de bains. Lanor, l’anorexique, le squelette titubant pendu à ses basques, qui lui chuchote encore son dégoût à l’oreille et se réjouit de ses errances. Lanor qui la brûle de l’intérieur. Elle écrit par petits bouts ce cri infini jusque-là resté muet. Ce cri qu’ils n’ont pas su entendre. La vacuité de sa carcasse mise à nu, tout ça pour rien.
Un jour elle lui donne la lettre. Plus tard, il lui demande s’il peut la lire à ses étudiants. Elle cherche à mettre des mots sur ces petits îlots de vie qui recommencent peu à peu à battre en elle. Elle refait le chemin à l’envers. Elle écrit encore. Des lettres à Pierre qu’elle ne lui envoie pas, des lettres à Tadrina, à ses grands-parents, une lettre au prof de français qu’elle avait en Seconde et en Première, qui lui a donné le goût des Lettres. Elle découpe tout ce qui lui tombe sous la main. Elle colle sur des feuilles Canson de couleur. Elle accroche les collages dans sa chambre. Elle écoute la radio de plus en plus fort. Elle danse quand la porte est fermée. Elle téléphone debout. Elle fait des abdos sur son lit. Elle descend à la cafétéria, se fait de nouveaux amis dans d’autres services, va leur rendre visite, revient, repart. Elle ne tient plus en place. Elle s’étourdit pour ne pas penser à son corps qui gonfle à vue d’œil.
Fatia disait toujours si tu ne penses pas, alors ça va.
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