Kismet Bay: Anthologie de nouvelles (French Edition)

Chapitre 4

CH A PITRE 4

 

 

W itch’s Brew commençait à se remplir pour la soirée de Saint-Valentin organisée par le café chaque année. Perceval était assis sur l’un des tabourets du bar depuis son arrivée. Tristan passait lui parler dès qu’il le pouvait, mais leur conversation était sans cesse interrompue. Perceval ne pouvait en vouloir à son ami. C’était son café et il devait servir les clients. Il aurait aimé partir, mais il devait tenir la promesse qu’il avait faite au préfet. La tristesse l’avait envahi et il n’arrivait pas à se changer les idées. Dès l’arrivée d’Amadea, il avait perçu chacun de ses gestes. Lorsqu’elle avait enlevé son manteau pour dévoiler sa robe noire moulante, il aurait voulu lui arracher et couvrir son corps de baisers. Il ne pouvait pas lui avouer, bien sûr. Même dans leurs meilleurs jours, ils se parlaient à peine. S’il lui dévoilait ses pensées, elle partirait en courant dire à son père que Perceval était un pervers. Il devait à tout prix contrôler son désir brûlant.

Il porta son regard sur les bulles de champagne qui s’échappaient de son verre. Un sentiment de dégoût s’empara de lui. Depuis quand était-il devenu si misérable ? Amadea ne l’avait jamais remarqué et il avait trop peur de l’inviter à dîner. Il n’était pourtant pas timide avec les femmes, mais Amadea était différente. Quel crétin sentimental… Il suffisait de prendre son courage à deux mains et d’aller lui parler.

« Tu n’as pas l’air dans ton assiette, dit Tristan. Tu n’aimes pas le champagne ?

— Je préfèrerais un verre de whisky, répondit-il. Tu n’aurais pas une petite bouteille derrière le bar, par hasard ? »

Tristan gloussa. « Non, désolé. Je ne sais pas si tu as remarqué, mais c’est un café ici. On organise les soirées uniquement parce qu’on est le seul endroit en capacité de le faire.

— Ça ne coûtait rien de demander, » dit-il avant de prendre une gorgée. Le champagne n’était pas mauvais, mais les vins pétillants n’étaient pas ce que Perceval préférait. « Ça vient de Grape Flavors ?

« Oui, répondit Tristan. Esmeralda essaie de soutenir le commerce de ses cousines. »

Les Strange étaient impliqués dans presque toutes les boutiques de Kismet Bay et les femmes de la famille tenaient la plupart des magasins de la rue principale. Amadea s’occupait de la boutique de fleurs avec sa cousine Ophelia. Perceval aurait aimé avoir un prétexte pour entrer dans la boutique et lui parler, mais pour qui achèterait-il des fleurs ? Il avait acheté une rose à Leilia pour le Nouvel An. Malheureusement, Amadea n’était pas au magasin ce jour-là. C’est leur assistante, Jenny, qui l’avait aidé à choisir.

« Pourquoi il y a autant de ballons ? demanda Perceval d’un air perplexe. Je pensais que vous auriez choisi des fleurs.

— Je ne sais pas, répondit Tristan. Il faut demander à Esmeralda. C’est elle qui s’est occupée de la décoration. C’est pas vraiment mon fort.

— On parle de moi ? dit Esmeralda en surgissant derrière Tristan.

— Perceval demande pourquoi il y a autant de ballons. »

Elle haussa les épaules. « Je me suis dit que ça ferait joli. » Esmeralda jeta un œil par-dessus l’épaule de Perceval et fronça les sourcils. Perceval ne connaissait pas cette expression à Esmeralda. Même s’il ne parlait pas à Amadea, il entretenait de bonnes relations avec sa sœur. C’est l’une des raisons pour lesquelles il connaissait autant de choses sur Amadea. Esmeralda parlait souvent de sa sœur et il avait réussi à glaner quelques informations au cours de leurs conversations. Intrigué par le visage tiré d’Esmeralda, il se retourna pour comprendre ce qui avait attiré son attention.

Amadea se trouvait à l’autre bout de la pièce. Un homme, visiblement ivre, lui avait pris le poignet. Elle essayait tant bien que mal de s’en défaire, mais l’homme ne semblait pas vouloir lâcher prise. Perceval ne le connaissait pas, mais il était prêt à l’affronter. « Excusez-moi, dit-il en se dirigeant vers eux. Il y a un problème ?

— Dégage, débita l’inconnu. Je suis en pleine conversation avec cette charmante demoiselle.

— Ça n’est pas l’impression que ça me donne, répondit-il en essayant de garder son calme. On dirait plutôt qu’elle attend la première occasion de s’éloigner le plus loin possible de vous. » Il jeta un œil en direction de ses pieds. « Elle se cassera sûrement la cheville, mais en tous cas, elle n’a pas l’air de vous aimer beaucoup. »

Amadea soupira de soulagement. « Il a raison, dit-elle en faisant un signe de tête à Perceval. Je préfèrerais mille fois passer la soirée en sa compagnie. Lâchez-moi, reprit-elle en regardant l’inconnu. Tout de suite, s’il vous plaît.

— Pas besoin de faire des politesses avec lui, fit Perceval. S’il n’arrête pas, je me ferais un plaisir de l’emmener au commissariat et de l’enfermer en cellule de dégrisement. Vous n’avez qu’un mot à dire.

— Vous êtes flic ? » L’homme lança un regard noir à Perceval.

Il lâcha le bras d’Amadea juste assez longtemps pour mettre un coup de poing à Perceval qui l’évita de justesse. Amadea oscilla légèrement sur ses talons, le lâcher-prise lui avait fait perdre l’équilibre. Perceval tendit les bras pour l’aider alors qu’elle allait tomber en avant et l’enveloppa de ses bras pour arrêter sa chute. Elle leva les yeux et croisa son regard. Perceval pouvait sentir les battements de son cœur accélérer. Il avait toujours rêvé de la prendre dans ses bras. Même dans ses rêves les plus fous, il n’aurait pas pu imaginer une scène pareille. Il dut user de toutes ses forces pour se retenir de l’embrasser alors qu’elle passait la langue sur ses lèvres. Par miracle, il parvint à garder les siennes à distance.

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