Kismet Bay: Anthologie de nouvelles (French Edition)

Chapitre 4

CH A PITRE 4

 

A Happenstance, Gauvain faisait les cent pas dans sa chambre. Il ne l’avait pas quittée depuis son arrivée. Heureusement, Desdemona n’avait dit à personne qu’il était arrivé et l’avait laissé tranquille. Mais il n’avait pas fermé l’œil. Dès que ses paupières se fermaient, le visage de Caprecia apparaissait. Quoi qu’il fît, c’était son image qu’il voyait en rêve. Encore et toujours Caprecia. Il fallait qu’il fasse quelque chose. Il lui était impossible de remontrer le temps et changer le cours de leur histoire. Gauvain aimait sa vie à Hollywood. Il avait toujours voulu être acteur et ne savait pas ce qu’il deviendrait sans cette partie de sa vie.

Il prit son visage entre les mains. Rien ne servait de s’apitoyer, il devait bientôt se préparer pour aller à l’église. Son estomac se noua à l’idée de revoir Caprecia. Pourquoi était-elle la demoiselle d’honneur qu’il devait accompagner dans l’allée ? Holly soupçonnait-elle quelque chose ? Essayait-elle de le torturer ou de les torturer tous les deux ? Non, ça ne ressemblait pas à Holly. Et puis personne n’était au courant de leur été passionnel. Caprecia n’avait voulu en parler à personne. Non pas qu’elle avait honte de lui, mais elle avait toujours été réservée et les Strange étaient la cible préférée de toutes les commères du village.

S’ils étaient restés ensemble, s’il n’était pas parti, elle aurait fait savoir à tout le monde qu’elle tenait à lui. Il en était certain. Caprecia lui avait offert son cœur et lui le sien. C’est son départ qui avait mis fin à leur histoire.

Il secoua la tête et prit une profonde inspiration. Il aurait peut-être besoin d’un verre ou deux avant la réception. Desdemona lui avait proposé du vin. Gauvain se dirigea vers la porte et sortit de sa chambre. La décoration d’Happenstance était élégante et chaleureuse. Desdemona avait réussi à transformer l’auberge en un lieu cosy et ravissant à la fois.

Gauvain descendit les escaliers et s’arrêta net à la dernière marche. La porte s’ouvrit et Caprecia entra. Elle tenait une grande caisse dans les mains qu’elle laissa presque tomber en croisant son regard. Il sauta la marche pour la rattraper. « Donne, je vais t’aider. » Il ne s’était jamais senti aussi bête.

« Ça va, merci. » Sa voix était à peine plus forte qu’un murmure. « Je vais me débrouiller. »

Elle essaya de passer, mais il resta cloué devant elle. Maintenant qu’il lui suffisait de tendre le bras pour la toucher, Gauvain aurait voulu prendre Caprecia dans ses bras et l’embrasser. Il voulait goûter encore une fois au parfum de ses lèvres. Il pouvait encore se rappeler leur douceur. Caprecia brûlait-elle aussi de désir à l’idée de l’embrasser ou est-ce qu’elle le repousserait ?

« Non, j’insiste. » Il la débarrassa de la caisse et l’amena dans la cuisine. Caprecia le suivit.

« Gauvain… »

Il déposa le vin et se retourna pour lui faire face. « Oui ? »

Elle ouvrit et referma la bouche plusieurs fois. Sa Caprecia avait perdu ses mots. Il se réconforta à l’idée qu’elle était aussi mal à l’aise que lui. Ils avaient au moins une chose en commun. Elle prit une profonde inspiration et formula enfin un mot. « Merci.

— Pas de quoi, » répondit-il d’un air désinvolte. Il avait l’air d’un crétin maintenant. « Comment vas-tu ? »

Elle baissa un instant les yeux pour éviter son regard. Et si elle avait rencontré quelqu’un d’autre ? Il parlait souvent à Perceval et Tristan, mais jamais ils n’auraient pensé à lui donner des nouvelles de Caprecia. Ils ne savaient rien de leur relation. Cet été-là, Tristan avait passé ses journées avec Sage et Perceval préparait son concours de détective. Aucun n’avait posé de question à Gauvain sur son emploi du temps.

« Je vais bien, » répondit-elle enfin.

Elle n’en avait pourtant pas l’air. Sa présence la troublait-elle autant que la sienne ? « Tu vas à l’église ? » La conversation manquait cruellement de naturel et la gêne s’installait. Il ne savait pas quoi lui dire.

« Oui. » Elle leva enfin les yeux sur lui. Elle lui semblait aussi jolie qu’avant, mais elle avait perdu l’éclat de ses yeux. Ils semblaient vides. De toute évidence, elle n’allait pas aussi bien qu’elle voulait le faire croire. Comment personne ne l’avait-il remarqué ?

« Je peux t’accompagner sur le trajet ?

Elle le fixa, incrédule. Il n’avait pas réfléchi à ce qu’il disait. Les mots étaient allés plus vite que sa pensée. « Je… » Elle marqua une pause. « Si tu veux. De toute façon, on va devoir rester ensemble la plupart du temps jusqu’à la fin du mariage.

— C’est vrai, » dit-il. Gauvain s’efforçait en vain de ne laisser transparaître aucune émotion. « J’espère que tu vas survivre. » Il agissait comme s’ils ne s’étaient jamais pris dans les bras l’un de l’autre, comme s’ils ne s’étaient jamais embrassés. Rien de tout ça n’avait de sens. Il devait trouver le moyen d’arranger les choses.

« Je promets que rien ni personne ne gâchera le mariage de ma cousine, dit-elle se redressant. Même si cela veut dire sourire bêtement à côté de celui qui m’a brisé le cœur il y a deux ans. Après tout, personne n’est au courant de ce qu’il s’est passé entre nous. Je devrais pouvoir faire facilement semblant d’être ravie d’avoir à mes côtés le célèbre Gauvain Daly ! »

Sur ces mots, elle tourna les talons et le laissa seul dans la cuisine. Ils ne feraient pas le trajet ensemble jusqu’à l’église… Il ne pensait pas l’avoir autant blessée. Gauvain devait se faire pardonner et lui avouer qu’il l’aimait encore. Il fallait trouver le moyen d’être avec elle.

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