Kismet Bay: Anthologie de nouvelles (French Edition)
Chapitre 5
CH APITRE 5
I vy avait laissé Gabriel dormir sur son canapé. Pour l’éviter au réveil, elle était partie faire l’ouverture de Serendipity Lane. Le magasin n’ouvrait pas avant une heure, mais ça ne la gênait pas. Au moins, elle n’y trouverait pas Gabriel. Elle n’arrivait toujours pas à croire qu’elle lui avait parlé du bébé. Enfin, il était tellement ivre qu’il aurait peut-être tout oublié au réveil.
« Tu es en avance, dit Holly en poussant la porte de l’arrière-boutique. Je croyais que tu ne travaillais pas aujourd’hui. Tu mérites bien un peu de repos après la journée d’hier.
— Je préfère travailler, » répondit Ivy. Ce qu’elle n’avait pas mentionné à sa sœur, c’est que Gabrielle était encore sur son canapé. Ça aurait inévitablement orienté la conversation vers une direction qu’elle ne voulait pas prendre. « Je me serais juste apitoyée sur mon sort si j’étais restée à la maison. » Et elle n’aurait pas pu éviter Gabriel…
« Je vois, répondit Holly. Je vais aller prendre un café à Witch’s Brew. Tu veux quelque chose ? »
Une bonne dose de caféine ne lui ferait pas de mal. « Oui, comme d’habitude.
— Et un moka au chocolat blanc pour la demoiselle. Je demanderai un supplément de crème chantilly.
— Merci, tu es la meilleure, » dit Ivy en souriant. Holly la connaissait par cœur.
« Tu devrais le savoir depuis le temps, fit Holly avec un clin d’œil. On discutera des ventes de Noël à mon retour. J’ai quelques idées pour les cadeaux de dernière minute. Je t’expliquerai plus tard. » Sur ces mots, Holly quitta la pièce en sautillant telle une fée qui aurait perdu ses ailes.
La porte de la boutique s’ouvrit en faisant tinter la sonnette. « Tu as oublié quelque chose ? » demanda Ivy sans lever les yeux. Holly était parfois tête en l’air.
« Oui, répondit une voix d’homme. J’ai oublié de te dire que je t’aimais. »
Ivy leva la tête et croisa le regard de Gabriel. Pourquoi était-il venu ? Il avait une mine affreuse avec ses yeux rouges. « Je pensais que tu te lèverais plus tard, je t’ai laissé un mot.
— Merci de m’avoir accueilli. On sait tous les deux que je ne le mérite pas. »
Gabriel s’avança et s’arrêta au comptoir pour y déposer un paquet. C’était une petite boîte blanche enrubannée d’un nœud argenté. « Je l’ai depuis plusieurs années. Je voulais te l’offrir, mais comme tu le sais, j’ai pris une autre décision. »
Elle posa les yeux sur la boîte. Ivy avait trop peur de l’ouvrir et de découvrir son contenu. « Qu’est-ce que c’est ?
— Ouvre-la, tu verras. »
Ivy prit la boîte sans l’ouvrir. Elle continua de la fixer, comme si elle pouvait l’attaquer à tout moment. « Tu as ça depuis combien de temps ?
— Depuis le dernier Noël qu’on a passé ensemble. Avant que je ne reçoive la bourse. J’avais de grands projets et tu en faisais partie. Je n’aurais jamais imaginé que je partirais et que tu resterais. J’ai commencé à l’emporter partout avec moi depuis mon retour. Juste… Au cas où… » Il ravala sa salive. « Ouvre-la »
Elle tira délicatement sur le ruban pour le dénouer et le posa sur le comptoir, puis ouvrit lentement le couvercle et en sortit un boîtier en velours bleu. Elle posa la boîte blanche et mit le boîtier de velours dans le creux de sa main. Le couvercle s’ouvrit pour dévoiler une bague en argent. L’anneau en platine était couronné d’un flocon en diamant entouré de petits saphirs bleus étincelants. « Je ne comprends pas.
— Ce n’est pas une bague de fiançailles, dit-il. C’est une promesse. Quoi qu’il arrive, nous serons toujours ensemble et tu pourras toujours compter sur moi. Je ne pouvais pas te l’offrir alors que je n’avais pas tenu cette promesse. Si j’avais su que tu étais enceinte… » Il s’arrêta un instant et prit une profonde inspiration. « Les choses auraient peut-être été différentes. J’aimerais te dire que je serais resté, mais j’étais égoïste. Je m’en veux de t’avoir abandonnée et je veux me faire pardonner. Si tu es d’accord, je veux te faire cette promesse maintenant. »
Ivy était submergée par ses émotions. « C’est trop… » Elle voulait lui dire qu’elle était prête à lui donner une seconde chance, qu’elle aimait encore. « Tu viens juste de revenir.
— Je sais. Je suis prêt à attendre le temps qu’il faudra. Tu en vaux largement la peine. Tout ce que je demande, c’est que tu me laisses une chance de te prouver mon amour.
— Et si tu peux miraculeusement reprendre le football ? Tu m’abandonneras encore une fois ? »
Il secoua la tête. « J’ai appris de mes erreurs. Même si je pouvais rejouer, je resterais. Il m’a fallu du temps pour comprendre ce qui était important. J’espère juste qu’il n’est pas trop tard. »
Elle sortit la bague de la boîte. « Je ne vais pas la mettre. Je veux que tu la gardes et si tu es encore là dans un an, redemande-moi. » Ivy remit la bague dans le boîtier, ferma le couvercle et lui rendit.
« Très bien. Je demanderai tous les Noëls jusqu’à ce que tu dises oui. Je n’ai jamais cessé de t’aimer, pas même une seconde.
— Moi aussi, je t’aime. Mais parfois, l’amour ne suffit pas.
— J’en ai conscience, répondit-il. Mais le nôtre suffira. Je vais passer tous les Noëls avec toi jusqu’à ce qu’on ait notre happy end. »
Un Noël éternel… L’idée lui plaisait. Elle sourit. « J’ai hâte de voir ça. » Il se pencha par-dessus le comptoir pour l’embrasser. Elle ne pensait pas que la journée se déroulerait ainsi, mais celle-ci avait dépassé toutes ses attentes. Ils n’auraient peut-être pas leur happy end, mais ils étaient heureux aujourd’hui.
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