Kismet Bay: Anthologie de nouvelles (French Edition)
Chapitre 4
CH A PITRE 4
T ous les membres de la famille et leurs invités s’étaient mis à table depuis 20 minutes. Ophelia avait terminé toutes les lanternes en papier sans l’aide de Roman. Il avait mieux fait de partir. Elle n’arrivait pas à réfléchir quand il était là. S’était-elle trompée ? Devait-elle lui donner une chance de s’expliquer ? Plus elle pensait à ce qui s’était passé et à sa réaction, puis elle pensait qu’elle ne devait pas connaître toute l’histoire. Il avait au moins raison sur ce point. Si elle le jugeait sans savoir, il avait tous les droits de lui en vouloir.
Et puis, elle l’aimait encore.
Elle ne savait pas quoi penser. Valait-il la peine de l’écouter ? Ses yeux étaient rivés sur son assiette. Tout avait l’air délicieux, mais elle n’avait pas faim. Sa tante était peut-être un monstre à Thanksgiving, mais elle restait une cuisinière hors pair. « Ça ne te tente pas ? »
Sa cousine Esmeralda se trouvait à sa gauche et Roman était assis à sa droite. C’était aussi pour ça qu’elle n’avait pas d’appétit. Elle devait prendre sur elle et lui parler, mais rien de ce qu’elle trouvait à lui dire n’aurait apaisé les tensions. Comment pouvait-elle être aimable ?
« Ça a l’air très bon, dit-elle à Esmeralda. Mais je n’ai pas très faim. »
Esmeralda se pencha vers elle et lui murmura à l’oreille. « C’est à cause de l’ami de Nicholas qui est assis à côté de toi ? »
Était-ce si évident ? « Bien sûr que non. » Son ton était plus dur qu’elle ne l’aurait voulu. Ophelia planta sa fourchette dans un morceau de dinde, le mit dans sa bouche et s’efforça de le mâcher.
« Pas à moi, cousine. Tu peux nier tant que veux, mais tout le monde voit qu’il te fait de l’effet, dit Esmeralda. »
Roman se redressa sur sa chaise. Avait-il tout entendu ? « Tu n’en sais rien. » Ophelia ne voulait rien admettre à table. Elle ne savait même plus ce qu’elle aurait pu admettre à ce stade. Après manger, elle essaierait de parler à Roman seul à seul. Elle ne voulait pas prendre de décision avant de lui parler calmement.
Ophelia demeura dans ses pensées pendant le reste du repas. Elle s’excusa et sortit de table pour prendre l’air. Elle ne se rendit même pas compte qu’elle avait oublié sa veste avant d’errer entre les arbres du jardin. Elle se frotta les épaules pour essayer de réchauffer sa peau à travers le coton gris de sa robe. Elle leva les yeux au ciel et joignit les mains, puis ferma les paupières et expira la bouche ouverte.
« Ça doit être urgent, » dit Roman en la tirant de ses pensées.
Elle se retourna pour lui faire face et garda le silence. Ophelia avait prévu de lui parler, mais maintenant qu’il se tenait devant elle, elle ne savait pas quoi lui dire. « Je pensais que tu en avais fini avec moi.
« Jamais, » répondit-il doucement. Il lui tendit sa veste. « J’ai vu que tu l’avais laissée à l’intérieur. Il fait trop froid pour sortir sans manteau. »
Ophelia posa les yeux sur sa veste. C’était attentionné de sa part de lui avoir apporté. Et s’il disait vrai ? Si elle se trompait ? « Elle ne va pas te mordre, » insista-t-il.
Ophelia restait toujours immobile. « Pourquoi tu es si gentil avec moi ? »
Sans dire un mot, il ouvrit sa veste et la posa sur ses épaules. Elle la serra contre elle et plongea ses yeux dans les siens. « Je prête à t’écouter. » Elle devait arrêter de fuir et dépasser sa douleur. « Dis-moi ce que j’avais trop peur d’entendre. »
Il lui raconta tout, jusqu’au moindre détail de sa stupidité. Il lui dit qu’il avait trop bu et s’était endormi. Qu’il s’était réveillé à côté d’une femme nue qu’il ne connaissait pas. La peur qu’il avait eue de l’avoir trompée et qu’elle le découvre. Puis le soulagement de savoir la vérité, même si cela n’avait rien changé. Du moins tant qu’elle ne voulait pas l’entendre. Qu’il avait essayé de tourner la page, tout comme elle. Mais peu importe ce qu’il faisait ou qui il rencontrait, il ne pouvait pas l’oublier.
« Voilà, dit-il doucement en prenant son visage entre ses mains. Tu es la seule pour moi. Il fallait que j’essaie une dernière fois avant d’abandonner. Quand Dexter m’a proposé de venir, je l’ai pris comme un signe. Sans ce prétexte, je n’aurais jamais trouvé le courage de venir à Kismet Bay. Je serais resté seul et amoureux de toi à jamais. »
Une larme coulait sur la joue d’Ophelia. « J’ai menti tout à l’heure. Je suis contente de te voir. Ça fait deux ans que je me sens seule sans toi et je n’en peux plus. J’aurais dû t’écouter plus tôt… »
Il essuya sa larme et se baissa pour l’embrasser. Elle retrouvait enfin ce qu’elle pensait avoir perdu à jamais. Sa place était ici, avec Roman. Ils avaient du chemin à faire, mais tous deux avaient retrouvé espoir.
Roman releva la tête et ramena délicatement une de ses mèches derrière l’oreille. « Je donnerais tout pour changer ce qui s’est passé.
— Je sais, répondit-elle. Je suis désolée d’avoir agi comme je l’ai fait. Promis, je vais m’améliorer. Enfin, si tu veux de moi…
— C’est la seule chose que je désire. » Il l’embrassa de nouveau. Ophelia était plus reconnaissante que jamais en ce jour de Thanksgiving. Elle ne s’était pas sentie aussi légère depuis des années. Après tout, les habitants de Kismet Bay disaient peut-être vrai, la baie réunissait toujours les âmes sœurs.
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