Kismet Bay: Anthologie de nouvelles (French Edition)

Chapitre 5

CH APITRE 5

 

I l n’aurait jamais imaginé fabriquer des lanternes en papier avec Ophelia. Rosaline Strange méritait bien une petite carte de remerciements pour son aide involontaire. Roman avait bien l’intention d’en profiter.

Il jeta un œil au fourbi de papier, de ficelle et de colle qui encombrait la table. Rosaline n’avait pas menti. Des montagnes de papier chiffonné jonchaient le sol. Il était surpris qu’il en reste encore assez pour faire d’autres lanternes. Il ramassa ce qui ressemblait à un cœur découpé et le tendit à Ophelia. « Celui-là ressemble au moins à quelque chose.

— Ça m’étonne que tu saches ce que c’est, rétorqua-t-elle d’un ton cinglant. Etant donné que tu n’en as pas. » Elle lui prit le cœur des mains et le déchira en mille morceaux. « Voilà, c’est ce que tu as fait au mien, au cas où tu ne t’en souviennes pas. »

Roman sentit sa gorge se nouer. Il ne s’attendait pas à cette réaction. Comment lui parler si elle était aussi blessée ? Au moins, cela signifiait qu’elle avait encore des sentiments pour lui. Si elle avait tourné la page, elle ne serait pas autant à fleur de peau. Roman baissa les yeux sur les papiers éparpillés et réfléchit soigneusement à ses prochains mots. Il n’avait pas le droit à l’erreur. « Tu as raison, dit-il doucement. J’ai tout gâché. C’est ma faute si l’on s’est séparé. J’ai trop bu et j’ai fait une erreur. »

Ophelia rit nerveusement. « C’est plus qu’une simple erreur. Tu m’as trahie. Tu ne tenais pas à moi et tu voulais simplement justifier tes actions. Tu n’as même pas essayé de t’excuser.

— Parce qu’il n’y avait pas de raison de s’excuser, répondit-il. Du moins, pas pour ce que tu penses. Il y a beaucoup de choses que je regrette dans cette soirée, mais je ne t’ai pas trahie et je ne te trahirai jamais. Le problème, c’est que tu ne veux pas admettre que tu aies pu te tromper.

— Je ne me suis pas trompée, » répliqua-t-elle en attrapant une paire de ciseaux. Il recula d’un pas. Elle avait un regard si noir qu’il pensait vraiment qu’elle aurait pu s’en servir contre lui. Mais au lieu de ça, elle prit un crayon et commença à décalquer un modèle de lanterne. « J’ai deux yeux, reprit-elle. J’ai vu ce que j’ai vu. » Après avoir tracé les contours du modèle, elle découpa la feuille avec soin jusqu’à obtenir un cœur parfait qu’elle tint devant elle. « Le cœur et l’amour sont des choses fragiles. Il suffit d’une erreur pour tout briser. C’est ce que tu as fait.

— Tu as toujours eu un penchant pour le dramatique, fit Roman d’un ton amer. Mais là, tu vas trop loin. » Allait-elle encore réduire en miettes ce pauvre morceau de papier pour faire passer son message ?

« Tu as peut-être raison. Je suis un peu perturbée. Et je crois que c’est justifié, ajouta-t-elle en reposant sa création. Ce n’est pas moi qui t’ai trompé. Cet honneur te revient entièrement.

— C’est justement là que tu te trompes. » Il ravala sa salive. « Ce n’est pas ce que tu penses. J’en ai marre d’être ton défouloir. » Il tourna les talons, se dirigea vers les escaliers puis s’arrêta. « Peut-être qu’une fois que ta colère sera passée, tu verras que je ne mens pas. Je serai peut-être encore là pour t’expliquer ce qui s’est passé. Peut-être pas. De toute façon, quoi que je fasse, ça ne changera rien. » Roman espérait ne pas se tromper. C’était sa dernière chance. Mais en attendant qu’elle soit prête à l’écouter, il ne pouvait rien faire. « Et pour ton information, je t’aime. Je t’ai toujours aimée. Je ne veux pas changer le passé, mais aller de l’avant ensemble. »

Il monta les escaliers en priant pour que son plan fonctionne. Elle était tout pour lui et il avait déjà perdu assez de temps. Il avait tellement bu à cette fameuse soirée entre copains qu’il ne se souvenait plus de rien. Le lendemain, il s’était réveillé au côté d’une inconnue entièrement nue. Lui aussi était presque nu. Il n’avait plus son pantalon, mais était encore en boxer et T-shirt. Ça n’avait pas convaincu Ophelia. Elle avait mis fin à leur relation en voyant une femme nue dans son lit.

Vanessa, la belle brune inconnue, s’était en réalité trompée de lit. Elle avait passé une nuit très acrobatique avec Troy, selon les dires de son ami. En allant aux toilettes, elle s’était retrouvée dans le lit de Roman et s’était endormie. Aucun d’eux ne s’en était rendu compte avant que les cris d’Ophelia ne les réveillent.

Il avait bien essayé de tout expliquer à Ophelia, mais sans succès. Elle refusait d’envisager une autre version des événements que la sienne. Roman l’aimait, il n’avait pas menti. Il voulait retenter sa chance avec elle et ferait tout son possible pour recoller les morceaux. Encore fallait-il qu’elle accepte de lui laisser une chance de s’expliquer. Si elle n’était pas prête à l’écouter, s’en serait fini d’eux.

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