La bibliothèque nationale

Th. (Théodore) Mortreuil · Chapitre 2 sur 12 · partie 1/3

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La bibliothèque nationale

La

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.

BIBLIOTHÈQUE NATIONALE

SON ORIGINE ET SES ACCROISSEMENTS

JUSQU’A NOS JOURS.

 

ORIGINES DE LA BIBLIOTHÈQUE.

CHARLEMAGNE ET SES SUCCESSEURS.

 

[Note: Charlemagne et ses successeurs.]

La Bibliothèque nationale a une origine ancienne. Il faut remonter jusqu’au siècle de Charlemagne pour trouver les premiers éléments de ses collections. A côté de l’école que l’empereur avait instituée dans son palais même, il avait rassemblé à Aix-la-Chapelle un certain nombre de livres qui, pour l’époque, était considérable. Quelques-uns des manuscrits de Charlemagne sont parvenus jusqu’à nous; le plus remarquable est un évangéliaire qui, après avoir été longtemps conservé à Saint-Sernin de Toulouse, fait maintenant partie de nos collections.

A la mort de l’empereur qui, par son testament, avait ordonné que ses livres fussent vendus et que le prix en fût distribué aux pauvres, la Bibliothèque qu’il avait formée fut dispersée. Cependant son successeur, Louis-le-Débonnaire, posséda quelques volumes.

Les manuscrits datant du règne de Charles-le-Chauve qui existent à la Bibliothèque prouvent le goût de ce prince pour les livres. Son livre d’heures, ses bibles et ses évangiles sont des modèles achevés de la calligraphie du IXe siècle.

[Note: Saint-Louis. (1226 à 1270).]

En même temps qu’il poursuivait son œuvre de restauration du royaume, Saint-Louis s’occupait de relever les lettres et de protéger les travaux des savants.

Geoffroi de Beaulieu, dans un passage de sa Vie de Saint-Louis, témoigne en ces termes de la création de la Bibliothèque du roi: «Le bon roi apprit, quand il était outre-mer, qu’un grand roi des Sarrazins faisait rechercher avec soin les livres de tout genre qui pouvaient être utiles aux savants de son pays, qu’il les faisait copier à ses frais et garder dans son trésor, afin que les hommes lettrés pussent avoir à leur disposition tous les livres dont ils avaient besoin. Il conçut alors le projet de faire transcrire à ses frais et garder, dès son retour en France, tous les livres d’Ecriture sainte utiles et authentiques qui pourraient être trouvés dans les abbayes. Il préférait cependant faire copier à nouveau des livres que d’en acheter d’anciens; il disait que c’était un moyen d’accroître le nombre et l’utilité des livres sacrés. Il fit, dans ce dessein, ménager un endroit bien approprié et sûr, dans le trésor de la Chapelle, à Paris; là il rassembla avec soin le plus grand nombre possible d’ouvrages de Saint-Augustin, de Saint-Ambroise, de Saint-Jérôme, de Saint-Grégoire, ainsi que d’autres auteurs orthodoxes, et chaque fois qu’il en avait le loisir, il venait volontiers étudier ces ouvrages et il donnait aux autres des facilités pour les faire servir à leurs travaux.»

La Bibliothèque de Saint-Louis, comme celle de Charlemagne, ne survécut pas à son fondateur. Par son testament, Saint-Louis ordonna que ses livres, à l’exception de ceux qui étaient à l’usage de la Chapelle, seraient partagés entre les Dominicains et les Cordeliers de Paris, les religieux de l’Abbaye de Royaumont et les Dominicains de Compiègne.

[Note: De Saint-Louis à Jean-le-Bon. (1270-1350).]

De Saint-Louis à Jean-le-Bon, c’est-à-dire durant près d’un siècle, l’histoire de la Bibliothèque ne présente guère aucun fait qui mérite d’être signalé. Cependant les inventaires qui nous restent de la maison de Philippe-le-Hardi, de Philippe-le-Bel, de Louis-le-Hutin, prouvent que ces princes ont eu des livres. Les manuscrits qui figurent dans les dénombrements de meubles précieux semblent témoigner de l’intérêt que nos rois y attachaient, mais ces livres étaient plutôt pour eux des monuments rares et curieux que des objets d’étude.

[Note: Jean-le-Bon. (1350-1364).]

Jean-le-Bon encouragea les lettres et aima les livres. Le jour où il fut fait prisonnier à la bataille de Poitiers, les Anglais trouvèrent dans ses bagages une bible qui est actuellement conservée au Musée britannique. Dans sa prison, il s’occupait de faire relier des livres et il en achetait aux Anglais. Il avait réuni un certain nombre de volumes qu’il laissa à Charles V et qui devinrent les premiers éléments de la Bibliothèque du roi.

 

CHARLES V. (1364-1380).

L’origine de la Bibliothèque de France date réellement du règne de Charles le Sage. L’amour de ce prince pour les livres, les encouragements qu’il prodigua aux savants, favorisèrent les progrès des collections royales qui, dès cette époque, faisaient l’admiration des contemporains. A lui revient l’honneur de la première organisation d’une Bibliothèque, destinée non-seulement à satisfaire les goûts du roi, mais encore à activer le mouvement littéraire de son époque et à faciliter les travaux des savants.

Le premier acte de Charles V fut d’ordonner en 1367 le dépôt des livres, jusqu’alors conservés au Palais de la Cité, dans la tour du château du Louvre dite la Tour de la Fauconnerie. Les fenêtres de cette tour, qui comprenait trois étages ou chambres, étaient garnies de fils de fer «pour deffense des oyseaux et autres bestes» et les livres y étaient conservés avec le plus grand soin sur des pupitres, placés autour de chaque salle. A la tête de ce dépôt, le roi nomma Gilles Mallet, son valet de chambre, «lequel pour cause que en lui sçavoit plusieurs vertus, moult aimoit» et qui dressa l’inventaire des livres confiés à sa garde. Cet inventaire suivi d’un récolement fait par les soins de Jean Blanchet, en 1380, et complété par les inventaires de Jean le Bègue en 1411 et 1424, est un des documents les plus intéressants pour l’histoire littéraire de cette époque. Il est intitulé: Inventaire des livres du roy nostre Sr estans au chastel du Louvre et donne la description de 973 articles. Gilles Malet rédigea son inventaire en suivant l’ordre des volumes à chaque étage, mais comme ils étaient disposés sans distinction de matières, il s’ensuit qu’il faut lire cet inventaire du commencement à la fin pour savoir ce que la librairie du Louvre renfermait de manuscrits sur tel ou tel sujet. Dans son histoire du Cabinet des manuscrits, M. Delisle a donné une liste résumée, par matière, de ces volumes; la théologie, la littérature, l’histoire y sont largement représentées, mais le droit, la philosophie, les sciences n’y figurent que pour quelques articles.

Outre les indications relatives à la composition de la librairie du Louvre, les inventaires de Gilles Malet et de Jean le Bègue contiennent les détails les plus minutieux sur l’état matériel des volumes, sur leur provenance et aussi sur leur emploi et sur leur sort. C’est ainsi qu’ils nous apprennent que Charles V donna et prêta plusieurs des volumes qu’il avait réunis dans sa librairie. Le duc d’Anjou, d’autres princes, des parents et des amis du roi, des grands officiers de la couronne, le collége de l’Université, les églises profitèrent de sa libéralité. Ces anciens catalogues et différentes pièces de comptabilité nous font également connaître les noms des copistes, librairies, enlumineurs que le roi récompensa généreusement, comme il se plaisait à encourager les travaux des savants tels que Nicole Oresme, Raoul de Presle, qui traduisaient pour son compte, l’un les œuvres d’Aristote, l’autre la Cité de Dieu de Saint-Augustin.

 

CHARLES VI. (1380-1422).

A la mort de Charles V, Gilles Malet conserva ses fonctions de garde de la librairie, et un récolement fait par Jean Blanchet constata la présence des livres portés sur l’inventaire, à l’exception de ceux qui avaient été prêtés ou donnés par le roi. En 1410, G. Malet mourut et Jean le Bègue, au nom d’une commission de la Chambre des Comptes, procéda à un nouvel inventaire de la collection royale. A cette date, elle s’était accrue de 210 volumes, les uns provenus du duc de Guyenne, les autres, en langue hébraïque, abandonnés par des Juifs dans une maison du faubourg St-Denis.

Le successeur de Gilles Malet fut Antoine des Essarts, seigneur de Thieux et de Glatigny «écuyer valet tranchant conseiller et garde des deniers de la librairie du roi», remplacé lui-même en 1412 par Garnier de Saint-Yon. Celui-ci, échevin de la ville de Paris, appartenait au parti des Bourguignons. L’arrivée au pouvoir des Armagnacs l’obligea à quitter ses fonctions, et Jean Maulin, clerc du roi, fut nommé garde de la librairie (1416). A cette époque, plus de deux cents volumes manquaient dans la librairie du Louvre. Les princes empruntaient les livres et ne les rendaient pas, le roi en faisait présent aux membres de sa famille et aux souverains étrangers, c’était une véritable dispersion de la précieuse collection réunie par son père; sa mort acheva de la ruiner.

Garnier de Saint-Yon ayant recouvré sa charge en 1418, fit dresser en 1424 un troisième inventaire des livres du roi avec leur évaluation en sols parisis. Ils furent estimés à la somme de 3,323 livres, 4 sols, et la collection entière, vendue pour ce prix au duc de Bedfort, passa en Angleterre. Soigneusement conservée par le duc, elle ne dut être dispersée qu’à sa mort, en 1435.

 

CHARLES VII. (1422-1461). LOUIS XI. (1461-1483).

La ruine de la librairie du Louvre ne fut pas réparée par Charles VII; les préoccupations d’intérêt politique l’empêchèrent de songer à la reconstituer. Son successeur Louis XI ne travailla guère davantage à en hâter le relèvement. Cependant l’introduction de l’imprimerie en France, la protection dont ce prince encouragea les premiers imprimeurs, les actes importants qui marquèrent sa politique intérieure font de son règne une époque mémorable dans l’histoire de nos collections. Il eut pour garde de ses livres Laurent Paulmier, et peut-être après celui-ci, suivant Gabriel Naudé, Robert Gaguin, qu’il aurait nommé son bibliothécaire. Jean Fouquet, de Tours, reçut le titre d’enlumineur du roi. Malheureusement Louis XI ne sut pas enrichir la Bibliothèque de toutes les grandes collections que les événements pouvaient mettre entre ses mains.

La valeur et l’éclat de ces richesses étaient cependant assez grands pour exciter la convoitise d’un roi plus scrupuleux. Déjà, avant l’époque où sous le coup des malheurs qui désolaient la France la librairie du Louvre tombait au pouvoir de l’étranger, les princes du sang avaient, comme le roi, formé de précieuses bibliothèques. Celle du duc de Berry, mort en 1416, ne lui avait pas survécu, mais les livres des ducs d’Anjou ne furent dispersés qu’à la mort de Charles d’Anjou, en 1472, et Louis XI ne chercha point à les recueillir. Il en fut de même, après la victoire du roi sur Charles le Téméraire, de la plus célèbre et de la plus nombreuse de ces collections, la bibliothèque des ducs de Bourgogne fondée par Philippe le Hardi et enrichie par ses successeurs, Jean-sans-Peur et Philippe-le-Bon. La ruine de la maison de Nemours, qui possédait de beaux livres, ne profita pas davantage au fonds royal; il ne s’accrût que d’une partie des livres du duc de Guyenne et de ceux du cardinal Balue dont le roi avait confisqué les biens.

 

CHARLES VIII. (1483-1498).

Charles VIII apporta de nombreux accroissements à la Bibliothèque que ses aïeux avaient réunie. Le département des manuscrits renferme de splendides volumes qu’il fit exécuter. Après son expédition d’Italie, il rapporta de Naples la meilleure partie de la Bibliothèque des rois d’Aragon.

Sous son règne, les développements de l’imprimerie vinrent ajouter un nouvel appoint aux collections de la Bibliothèque. On compte parmi les plus précieux volumes du département des Imprimés ceux dont les libraires firent hommage à ce prince.

 

LOUIS XII. (1498-1515).

L’arrivée au trône du descendant de la maison d’Orléans fut un heureux événement pour la Bibliothèque du roi. Louis XII aimait les livres et il avait hérité de ses ancêtres d’une magnifique collection; son avènement au pouvoir fut marqué par la réunion de cette librairie à celle du roi, qui, dès lors, eut son siége à Blois, au château des ducs d’Orléans.

La bibliothèque que Louis XII, en prenant la couronne, apportait à la France, avait été fondée par Louis, fils de Charles V. Ce prince, avait rassemblé, à prix d’argent, une collection de livres, dont on ignore le nombre précis, mais qui, pour cette époque, était considérable. Son fils Charles d’Orléans, le poëte gracieux d’Azincourt, avait hérité des goûts de son père, et il employa de fortes sommes à l’achat et à l’exécution de beaux livres. L’inventaire de sa bibliothèque qui fut rédigé, au moment de sa captivité, par P. Renoul, son secrétaire, mentionne 91 ouvrages. Leur valeur vénale nous est prouvée par l’idée qu’on eut en 1427 de les aliéner pour payer la rançon du duc. Heureusement ce projet ne fut pas mis à exécution, mais en 1428, les succès des Anglais et leur présence sur les bords de la Loire menaçaient la bibliothèque de Blois. Comprenant le danger que couraient ses livres, Charles les fit transporter d’abord à Saumur, puis à La Rochelle, où ils restèrent jusqu’en 1436, confiés à la garde de Jean de Mortemart, sire de Rochechouart. A son retour en France, Charles ne cessa d’augmenter sa précieuse collection et à sa mort elle renfermait plus de 200 ouvrages dont une soixantaine figurent encore à la Bibliothèque nationale.

Telle était la bibliothèque que le fils de Charles, qui devait être Louis XII, reçut des mains pieuses de sa mère Marie de Clèves. Duc d’Orléans, il s’appliqua à accroître ce précieux héritage, et sur le trône il continua les nobles traditions de sa famille. C’est à lui que revient en effet l’honneur d’avoir fait entrer dans la librairie de Blois, à la suite de la conquête du Milanais, une partie des livres rassemblés à Pavie par les Visconti et les Sforza; le département des manuscrits possède plusieurs manuscrits ayant cette origine. On peut encore y voir une dizaine de volumes qui ont appartenu à Pétrarque et qui ont été rapportés en France à cette époque.

La célèbre bibliothèque de Louis de Bruges, seigneur de la Gruthuyse, fut également recueillie en partie par Louis XII; elle est représentée dans nos collections par plus de cent vingt volumes.

Ces précieux accroissements donnèrent à la librairie de Blois une grande renommée. L’ambassadeur d’Alexandre VI en France, Bologninus, en vantait l’éclat dans son livre sur les Quatre merveilles de France. On peut dire que c’est au règne de Louis XII que commence l’histoire moderne de la Bibliothèque.

 

FRANÇOIS Ier. (1515-1547).

La collection royale ne pouvait que s’enrichir dans les mains d’un prince ami des lettres tel que le fut François Ier, dont le règne marque une époque si brillante pour les productions de l’esprit en France.

Comme son prédécesseur, il tenait de ses aïeux une belle bibliothèque, celle des comtes d’Angoulême; son avènement en procura la possession à la France. C’était pour la librairie de Blois un important développement. L’origine de cette bibliothèque remontait à Jean le Bon, fils de Louis d’Orléans et frère de Charles, dont il avait les goûts littéraires. Fait prisonnier, comme ce dernier, à la bataille d’Azincourt, il occupa, à son exemple, les loisirs de son exil à rechercher, à faire exécuter et à copier lui-même des manuscrits. Le manuscrit 3638 du fonds latin conservé à la Bibliothèque nationale est écrit de sa main. La collection qu’il avait rassemblée s’augmenta par les soins de son fils, Charles d’Angoulême, qui, indépendamment des manuscrits, voulut posséder des volumes imprimés, et François, avant d’être roi, l’avait encore enrichie d’une dizaine de manuscrits qui lui avaient été dédiés.

Le règne de François Ier commençait ainsi bien heureusement pour la Bibliothèque. Le goût marqué du roi pour les manuscrits, et surtout pour les manuscrits grecs ou orientaux, fit faire de rapides progrès à cette partie de nos collections. Pour avoir ses livres sous la main, François Ier les plaça dans la galerie supérieure du château de Fontainebleau. En même temps il en faisait rechercher et acheter en Italie, en Grèce et en Orient. C’est ainsi que Jérôme Fondule procura au fonds royal 60 volumes grecs pour lesquels il reçut une somme de 4000 écus d’or. Jean de Pins, évêque de Rieux, notre ambassadeur à Venise, avait recueilli 18 manuscrits grecs qui, après sa mort, entrèrent à la Bibliothèque de Fontainebleau. Guillaume Pélicier, évêque de Montpellier, son successeur à Venise, y fit copier, pour le compte du roi, des volumes grecs et hébreux. Nos ambassadeurs à Rome, George de Selve, évêque de Lavaur, George d’Armagnac, en rapportèrent également des manuscrits grecs. En Orient, Guillaume Postel, Juste Tenelle, Pierre Gille travaillèrent à l’accroissement des collections royales. Les étrangers mêmes, Ant. Eparque, le poëte de Corfou, Jean Gaddi, Antoine Asulan, Jean Lascaris, firent don au roi de manuscrits exécutés ou recueillis par leurs soins. A la tête de tous ces hommes éminents par la science et par les fonctions, se place le célèbre helléniste Guillaume Budé. Nommé par le roi maître de la librairie en 1522, titre nouveau qui remplaça désormais celui de garde de la librairie, il mit au service de la Bibliothèque sa grande influence auprès de François Ier et sa vaste érudition. Sous sa direction, la collection royale parvint à un haut degré de prospérité. En 1527, la confiscation des biens du connétable de Bourbon vint encore l’enrichir et lui ajouter un nouvel éclat.

Guillaume Budé mourut en 1540; il eut pour successeur dans la charge de maître de la librairie Pierre Du Chatel. Ce fut sous l’administration de ce dernier que la Bibliothèque de Fontainebleau s’accrût des livres qui composaient la librairie de Blois. Cette collection avait été soigneusement conservée par les hommes qui, après le règne de Louis XII, en avaient eu la garde, Adam Laigre, aumônier de la reine, Guillaume Petit, l’auteur de l’inventaire de 1518 et Jacques Lefèvre d’Etaples. Au moment où la Bibliothèque de Blois fut installée au château de Fontainebleau, elle se trouvait placée sous la direction de Jean de la Barre. Ce fut celui-ci qui, conjointement avec le poëte Mellin de Saint-Gelais, maître de la Chambre des comptes de Blois, fut chargé de dresser un nouvel inventaire et de faire transporter les livres au nouveau palais de François Ier. Cette réunion eut lieu entre les mains de Mathieu Lavisse, le 15 juin 1534. Mellin de Saint-Gelais suivit les collections de Blois à Fontainebleau, où il exerça les fonctions de garde de la librairie. A la fin du règne de François Ier, il y avait donc à la tête de la Bibliothèque de Fontainebleau un maître de la librairie, P. Du Chatel, et deux gardes, Mellin de Saint-Gelais et Mathieu Lavisse.

 

DE HENRI II A HENRI IV. (1547-1559).

François Ier ne se contenta pas de réunir des livres; il les livra généreusement aux savants qui avaient besoin d’y recourir. Le premier résultat de ces mesures libérales fut la mise en état des volumes qui étaient l’objet de communications et le développement de l’art de la reliure. A cette époque, la reliure était un art et, à ce titre, François Ier lui devait une protection qu’il ne lui marchanda pas. On compte dans les collections de la Bibliothèque nationale un assez grand nombre de volumes manuscrits et imprimés, reliés aux armes de François Ier: les couvertures attestent le bon goût de ce prince et le talent de l’artiste qui les a exécutées. Elles sont en cuir et portent généralement les armes de France accompagnées d’F couronnées et de la salamandre.

Henri II aimait, comme son père, les belles reliures. On n’évalue pas à moins de huit cents le nombre des volumes qui ont été reliés pour son compte. Ils se distinguent par des H couronnés, des D et des C entrelacés, des croissants, des arcs et des carquois. Les uns ont cru voir dans ces emblèmes les marques de l’amour du roi pour Diane de Poitiers, les autres un hommage à Catherine de Médicis. Quoi qu’il en soit, tous ces volumes se recommandent à notre admiration par la beauté et la richesse des ornements qui les décorent, par la variété et la délicatesse des dessins qui les recouvrent. Les reliures aux armes de François II, de Charles IX, de Henri III, encore plus rares, ne sont pas moins dignes d’attention, ce sont des monuments précieux qui prouvent le degré de perfection auquel l’art de la reliure était parvenu à cette époque, en même temps qu’ils rappellent la protection et les encouragements que les Valois lui accordèrent. Des amateurs célèbres, les Grolier, les Maïoli, dont les reliures sont aujourd’hui si hautement appréciées, furent leurs contemporains.

Ce n’est d’ailleurs qu’en raison de leur goût pour les belles reliures que les descendants de François Ier méritent d’être cités dans une histoire de la Bibliothèque du roi, car à part la collection de livres du président Aymar de Ranconnet qui, à ce qu’on pense, fut réunie aux biens de la couronne par François II, la Bibliothèque ne reçut, sous leur règne, aucun accroissement sérieux. Les guerres civiles et religieuses qui déchiraient alors la France arrêtèrent ses progrès malgré les efforts des hommes remarquables auxquels ces princes en avaient confié la garde.

A la mort de François Ier, Pierre Du Châtel avait continué ses fonctions de maître de la librairie, et il avait usé de son crédit auprès de Henri II pour attirer la protection du roi sur la Bibliothèque. Sous sa direction, Ange Vergèce travailla à la rédaction d’un inventaire des manuscrits grecs de la librairie de Fontainebleau, contenant l’indication de 260 volumes, suivi bientôt d’un second catalogue dressé par Constantin Palœocappa. P. Du Châtel mourut en 1552 et fut remplacé dans la charge de maître de la librairie par Pierre de Montdoré, conseiller au grand Conseil. Ce savant mathématicien resta à la tête de la Bibliothèque du roi jusqu’en 1567; à cette époque, il fut accusé d’être partisan de la réforme et obligé de s’enfuir. Son successeur fut le célèbre traducteur de Plutarque, Jacques Amyot. Plus heureux que P. de Montdoré, Amyot garda sa charge jusqu’à sa mort en 1594, mais il ne paraît avoir apporté à la Bibliothèque que l’éclat de son nom: son administration n’a guère laissé que le souvenir des facilités qu’il donnait aux savants pour consulter les livres du roi.

Au-dessous de J. Amyot, Jean Gosselin exerçait les fonctions de garde de la librairie, et ce fut lui qui, sous le règne de Charles IX, reçut l’ordre de faire venir la Bibliothèque de Fontainebleau à Paris[1]. Transporter la Bibliothèque de Fontainebleau au milieu des troubles de la Ligue, c’était l’exposer à de terribles dangers, et elle ne put y échapper. Gosselin a rappelé les péripéties par lesquelles passèrent les collections royales pendant cette triste période. Dans la crainte d’être compromis comme ligueur, il s’enfuit de Paris croyant les livres du roi à l’abri des convoitises parce qu’il les avait renfermés dans une salle dont il avait barricadé la porte avec une barre de fer et qu’il en emportait la clef. La serrure fut crochetée, la muraille enfoncée et le président de Nully et ses amis pénétrèrent dans le dépôt d’où on les vit «s’en aller portant d’assez gros paquets sous leurs manteaux.» Livrée à leurs mains, la librairie entière aurait probablement été pillée, sans l’intervention du président Brisson qui «à ma requeste et sollicitation» ajoute Gosselin «a empêché leur intention.»

 

[1] Sous le règne de Louis XIII, il fut un instant question de

rétablir une bibliothèque à Fontainebleau, mais ce projet ne fut pas

mis à exécution. Néanmoins en 1627, Abel de Sainte-Marthe fut nommé

garde d’une bibliothèque qui n’existait pas. Son fils hérita de ce

titre et le conserva jusqu’à sa mort en 1706. Cette charge ne fut

définitivement réunie à celle de Bibliothécaire du roi qu’en 1720.

 

HENRI IV. (1589-1610).

En raffermissant par son habileté et son courage l’autorité royale si fortement ébranlée, Henri IV rendit l’ordre et la sécurité à la Bibliothèque. Son premier soin fut de lui assurer un emplacement en rapport avec l’importance qu’elle avait acquise. Le collége de Clermont, aujourd’hui Lycée Louis-le-Grand, était devenu libre par l’expulsion des Jésuites; c’est là que le roi fit installer ses collections. Elles y restèrent jusqu’en 1604, époque où elles furent transportées au couvent des Cordeliers[2], dans la salle du cloître. Dix-huit ans après, elles étaient encore déplacées pour occuper, rue de La Harpe, au-dessus de l’église Saint-Côme, une maison appartenant aux Cordeliers.

 

[2] L’Ecole Clinique de Médecine.

Dans l’intervalle de ces deux déplacements, la Bibliothèque s’était accrue de la riche collection laissée par Catherine de Médicis, collection qui renfermait près de huit cents volumes dont un grand nombre de manuscrits grecs et qui avait été formée par le cardinal Ridolfi, neveu du pape Léon X. Achetée par P. Strozzi, maréchal de France, «qui aimoit passionnément les livres, et qui sçavoit le grec aussi bien qu’aucun homme de son siècle,» elle vint en France avec lui. La mort de Strozzi, tué au siége de Thionville en 1558, la fit tomber entre les mains de Catherine de Médicis, qui se l’appropria en promettant au fils du maréchal une somme qui ne lui fut jamais payée. C’était une des nombreuses dettes que la reine laissait en mourant et l’acquisition de sa bibliothèque rencontra de sérieuses difficultés. Mais à cette époque, J. Auguste de Thou, le célèbre historien, avait remplacé Amyot et il employa tout son zèle pour mener à bien cette importante affaire. Sur ses instances, le roi ordonna par lettres patentes du 15 juin 1594 que tous les livres de la feue reine seraient réunis à la Bibliothèque royale. Les créanciers de Catherine de Médicis s’émurent à cette nouvelle et entreprirent de s’opposer à l’exécution de la mesure. Une commission composée de François Pithou et de deux autres membres fit l’évaluation de la collection qui fut estimée 5,400 écus. Les choses traînèrent ainsi en longueur pendant quatre ans; le 15 novembre 1598, le roi écrivait au président de Thou: «Je vous ay ci-devant escript pour retirer des mains du nepveu du feu Sr Abbé de Bellebranche[3] la librairie de la feue royne, mère du roy, mon seigneur, ce que je vous prie et commande encores un coup de faire, si jà ne l’aviès faict, comme estant chose que je désire, affectionne et veulx, affin que rien ne s’en esgare et que vous la faciés mettre avec la mienne.» A la suite de deux arrêts du Parlement des 25 janvier et 30 avril 1599 la bibliothèque de Catherine de Médicis fut enfin réunie à la Couronne.

 

[3] Benciveni, abbé de Bellebranche, aumônier de la reine, avait été,

à la mort de Catherine de Médicis, chargé de la garde des livres qui

avaient été mis sous scellés.

Cette acquisition fut la plus importante mais non la seule qui fut faite sous le règne de Henri IV. Auparavant, la bible de Charles-le-Chauve avait été incorporée dans la Bibliothèque du roi. Ce précieux monument, que Charles-le-Chauve avait donné à l’abbaye de Saint-Denis, fut remis au président de Thou, conformément à une décision du Parlement du 20 août 1595.

En même temps qu’il s’occupait des accroissements de la Bibliothèque, Henri IV savait choisir les hommes auxquels il en confiait la garde. Il avait nommé, en 1593, J.-Auguste de Thou, maître de la librairie, en remplacement d’Amyot; en 1604, il désigna Isaac Casaubon comme successeur de Gosselin, qui mourut presque centenaire, après avoir passé une grande partie de sa vie dans l’emploi de garde de la librairie.

 

LOUIS XIII. (1610-1643).

Isaac Casaubon ne resta pas longtemps attaché à la Bibliothèque. En 1610, il y reçut le jeune roi Louis XIII, qui se montra très-satisfait de sa visite. Mais cette année même, il fut obligé, à cause de ses opinions religieuses, de quitter la France. Il se réfugia en Angleterre, où il mourut en 1614.

Le garde de la librairie qui lui succéda fut Nicolas Rigault, dont la nomination n’eut lieu qu’en 1615. Deux ans plus tard, la charge de maître de la librairie passa de J.-A. de Thou à François de Thou, son fils, le même qui devait payer de sa tête son dévouement à l’amitié. Il n’avait alors que neuf ans, et ce fut Nicolas Rigault qui exerça effectivement toute l’autorité. Celui-ci usa de son pouvoir au grand avantage des collections dont il avait l’administration. Déjà au mois d’août 1617, il avait fait rendre une déclaration qui prescrivait le dépôt à la Bibliothèque de deux exemplaires de tout ouvrage imprimé. Cette mesure importante fut suivie, quelques années plus tard, de la confection du premier catalogue de la Bibliothèque vraiment digne de ce nom. Jusqu’alors il n’y avait eu que des inventaires partiels, N. Rigault entreprit de rédiger un catalogue général de toutes les collections. Son travail, auquel Saumaise et Hautin s’associèrent, fut achevé en 1622. Il est divisé en cinq sections: trois sont consacrées aux manuscrits et deux aux livres imprimés; il renferme la désignation de près de 6,000 volumes, dans lesquels les imprimés ne comptent que pour un faible nombre.

L’année même où ce catalogue fut terminé, la Bibliothèque reçut par voie d’acquisition les manuscrits de la famille Hurault. Jean Hurault, seigneur de Boistaillé, ambassadeur à Constantinople sous Charles IX, avait rapporté du pays où il avait séjourné une centaine de manuscrits grecs. Philippe Hurault, comte de Cheverny, avait, de son côté, réuni une belle série de manuscrits, la plupart sur l’histoire de France. Les livres des deux membres de cette famille devinrent l’héritage de Philippe Hurault, évêque de Chartres, qui mourut en 1621. A sa mort, un arrêt du Conseil d’Etat ordonna l’estimation de la collection par les soins de Pierre Dupuy et de Rigault, et l’acquisition en fut faite au prix de 12,000 écus. Plus de 400 volumes entrèrent ainsi dans la Bibliothèque du roi. Il n’en fut pas de même des manuscrits orientaux que M. de Brèves avait recueillis pendant qu’il était ambassadeur à Constantinople. Ils furent bien achetés au nom du roi en même temps qu’une série de caractères d’impression orientaux; mais le cardinal de Richelieu ne les laissa pas arriver à la Bibliothèque; le tout vint enrichir ses collections personnelles. On sait qu’à sa mort ses livres restèrent à la Sorbonne; la Bibliothèque ne se les vit attribuer que beaucoup plus tard.

Une autre acquisition, faite également au nom du roi, ne profita, à cette époque, qu’au puissant cardinal. Antoine de Loménie, ancien ministre d’Etat, avait formé une célèbre collection en 358 volumes de copies de documents diplomatiques et administratifs. En 1638, elle fut cédée par son fils, le comte de Brienne, pour la somme de 38,000 livres. Le duc de Richelieu s’empara des manuscrits, et la collection de Brienne, après avoir passé aux mains du cardinal Mazarin, n’entra à la Bibliothèque qu’à la mort de ce dernier.

 

COLBERT et LOUVOIS

LA BIBLIOTHÈQUE DE 1643 A 1661.

 

La fin tragique de François de Thou laissa vacante en 1642 la charge de maître de la librairie. Elle fut donnée à Jérôme Bignon, qui en obtint la survivance pour son fils en 1651. Jérôme Bignon se contentait de visiter la Bibliothèque une ou deux fois par an; son fils, alors âgé de vingt-neuf ans, ne montra pas plus de zèle dans ses fonctions, et tous deux abandonnèrent la direction de la Bibliothèque à N. Rigault et à ses successeurs les frères Dupuy.

Pierre et Jacques Dupuy ne furent pourvus de leur titre qu’en 1645; mais déjà, avant le départ de N. Rigault, nommé conseiller au Parlement de Metz, ils avaient été mêlés aux affaires de la Bibliothèque et en particulier aux acquisitions des manuscrits de la famille Hurault et de la collection de Brienne. Le goût des livres, héréditaire dans leur famille, leur érudition, tout les désignait au choix du roi. L’un et l’autre avaient fait leurs preuves dans l’administration de la bibliothèque du président de Thou; eux-mêmes avaient réuni, à prix d’argent, une importante collection dont les premiers éléments avaient été formés par leur père, le jurisconsulte Claude Dupuy.

Leur entrée à la Bibliothèque du roi, en 1645, fut signalée par la rédaction d’un nouveau catalogue. Ils révisèrent et augmentèrent le catalogue de N. Rigault. Leur travail est divisé en trois parties: les deux premières, consacrées aux manuscrits, contiennent 3,930 numéros; la troisième, affectée aux imprimés, mentionne 1,329 volumes.

La mort ne donna pas le temps à ces deux hommes de science et de bien de rendre à la Bibliothèque tous les services dont ils étaient capables. P. Dupuy mourut en 1651, et J. Dupuy «tout le portrait de son frère[4]» ne lui survécut que quelques années. Avant sa mort, arrivée en 1656, J. Dupuy avait, par des dispositions testamentaires, donné sa bibliothèque au roi. Le 25 mai 1652, il avait assuré le sort de ses livres par un testament qui mérite d’être reproduit non-seulement à cause de l’importance de la donation, mais encore pour les idées élevées et généreuses qu’il exprime. Voici les termes de cet acte: «Me trouvant seul possesseur d’une assès grande bibliothèque, composée de toutes sortes de bons livres, curieusement reliés et amassés avecq une recherche et dépense extraordinaires, tant par Me Claude Dupuy, mon père, conseiller du roi en sa cour de parlement, de très-glorieuse mémoire, que par mes frères Christophe, Augustin, Pierre et moy, et ayant veu avecq desplaisir depuis plusieurs années qu’un grand nombre de rares et bonnes librairies, amassées avecq jugement par des personnes de condition et de grande érudition, ont esté vendues et misérablement dispersées pour estre tombées entre les mains de personnes avares, ou qui n’avaient nulle affection aux livres, ny aucune cognoissance des bonnes lettres, il m’a semblé estre important pour le public qu’un choix de livres, si exquis et si bien ordonné, comme est celui de ma bibliothèque, ne soit dissipé, ce que je prévoy infailliblement devoir arriver après mon décès, au cas que je n’en aye disposé auparavant. Une aultre raison aussy, qui m’a grandement fortiffié dans cette résolution, est que mon frère Pierre, conseiller du roy en ses conseils, le dernier décédé de mes frères, tant par son testament que par les discours qu’il m’a tenus pendant sa maladie et peu de jours avant son décès, m’a conjuré plusieurs fois de ne souffrir la dissipation d’un meuble si précieux; de sorte qu’ayant toujours vescu ensemble dans une parfaite union et amitié très-estroite, et ayant conformé mes sentiments, autant que j’ay peu, aux siens, j’ay jugé à propos, pour conserver ma dicte bibliothèque en son entier, et en empescher, autant qu’il se peut, la dissipation, d’en tester au profit du roi… Je lègue et donne à Sa Majesté ma bibliothèque, comme aussi mes anciens manuscrits, tant ceux que mon père nous a laissez que les autres qui y ont esté adjoustez depuis sa mort, ensemble les deux volumes in-folio, escrips de ma main, contenant l’inventaire ou catalogue tant de mes dits livres imprimés que manuscrits.[5]»

 

[4] «Totus fratri similis» dit son épitaphe.

 

[5] Le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale, par M. L.

Delisle. T. I, p. 263.

La donation de J. Dupuy fut acceptée dans le cours de l’année qui suivit sa mort. Par lettres patentes enregistrées au Parlement le 7 avril 1657 le roi ordonna que «la bibliothèque, ensemble les manuscrits et autres livres, cartes et tableaux à luy léguez par ledit feu sieur Du Puy seraient réunis à sa Bibliothèque pour n’en composer à l’advenir qu’une seule qui demeurera soubs la garde de son ami et féal conseiller en ses conseils, le sieur Colbert, prieur de la maison de Sorbonne.» Toutefois la remise n’eut lieu que le 1er août 1658.

Cette importante collection, dont J. Dupuy avait pris le soin de dresser lui-même l’inventaire, apportait à la Bibliothèque plus de 9,000 volumes imprimés et 260 manuscrits. Presque tous les volumes dont elle se composait se reconnaissent aux armes de la famille Dupuy qui ornent la reliure généralement en veau et très-simple, et aux deltas d’or entrelacés qu’ils portent sur le dos.

 

DE 1661 A LA MORT DE COLBERT (1683).

L’acte de libéralité accompli par J. Dupuy ouvre une période de grandeur et de prospérité pour la Bibliothèque. La protection constante dont Louis XIV encouragea les lettres, les marques d’intérêt qu’il donna en personne à la Bibliothèque, soit en venant la visiter, soit en intervenant directement dans les affaires qui en intéressaient le développement, attirèrent sur elle l’attention publique et provoquèrent d’importantes donations. Mais ce fut surtout au génie, à l’activité infatigable de Colbert, à son amour ardent pour le bien public que notre établissement national dut ses nombreux accroissements au XVIIe siècle. Bien que chargé d’attributions qui forment aujourd’hui cinq ministères, le grand ministre, durant le temps qu’il passa aux affaires, ne laissa échapper aucune occasion d’enrichir nos collections. Qu’il s’agisse d’une acquisition de premier ordre ou des détails les plus minutieux, de mesures à prendre en France ou d’instructions à donner à ses agents à l’étranger, il songe à tout. Il imprime, en un mot, à cette partie de son administration la marque d’un des plus grands et des plus puissants génies que la France ait vus naître. Ses efforts furent couronnés de succès, les innovations dont il avait été l’auteur lui survécurent et son nom est resté attaché dans nos annales à la formation de collections toutes nouvelles dans la Bibliothèque. Quand Colbert arriva au pouvoir, elle ne renfermait que des livres imprimés et des manuscrits; à sa mort, en 1683, elle s’était accrue de médailles et d’estampes, et sans être encore constituée en quatre départements, comme elle l’est aujourd’hui, elle avait déjà pris ce caractère d’universalité qui en fait un établissement sans rival dans le monde.

Colbert fut d’ailleurs secondé dans son œuvre par deux hommes de mérite et de science, son bibliothécaire, Pierre de Carcavy et Nicolas Clément de Toul, fonctionnaire aussi zélé que modeste, qui passa dans la Bibliothèque près de quarante ans de sa vie et s’y livra à des travaux importants soigneusement exécutés, utiles, même encore de nos jours, à ses successeurs.

P. de Carcavy et N. Clément furent les seules personnes effectivement attachées à la Bibliothèque, sous l’administration de Colbert. En effet, Nicolas Colbert, frère du ministre, le même qui s’était vu chargé de la garde de la collection Dupuy, avait été nommé évêque de Luçon, et tout en conservant son titre de garde de la librairie, il laissa à son frère l’entière direction de la Bibliothèque, qui se trouvait dans les attributions du ministre, surintendant des bâtiments et des maisons royales. Nous allons voir comment Colbert fit usage de ce pouvoir.

L’exemple que Jacques Dupuy avait si noblement donné fut presque immédiatement suivi: il le fut dans la famille même du roi, et par un prince qu’on n’aurait pas soupçonné d’aussi bienveillantes dispositions pour la Couronne. Gaston d’Orléans possédait dans son palais du Luxembourg un cabinet de raretés, livres, manuscrits, médailles, pierres gravées qui faisaient l’admiration des amateurs. Le P. Louis Jacob, dans son Traité des Bibliothèques, en parle ainsi: «Je puis dire de ce prince sans flatterie, que ny Alexandre Sévère, empereur des Romains, ny Atticus, grand amy de Cicéron, ny le très-docte Varron n’ont eu une cognoissance des médailles comme luy; et sa curiosité ne se termine pas en icelles, mais encore dans la recherche des bons livres, desquels il orne sa très-riche et splendide bibliothèque qu’il a dressée depuis peu dans son hostel de Luxembourg, au bout de cette admirable gallerie où toute la vie de la feue reine Marie de Médicis a esté dépeinte par l’excellent ouvrier Rubens.» Gaston d’Orléans, en mourant, donna ses collections à Louis XIV; ce legs fut accepté par lettres patentes du mois de novembre 1661, mais il ne fut incorporé dans le fonds royal qu’en 1667. La Bibliothèque s’accrut ainsi de cinquante-trois manuscrits, parmi lesquels se trouvait l’original du recueil des rois de France par Du Tillet. La donation faite par Gaston d’Orléans apportait en outre un nombre assez considérable de livres imprimés, presque tous reliés par Le Gascon aux armes du prince, et une série remarquable de dessins de botanique exécutés sur vélin par le peintre Nicolas Robert. Ces pièces curieuses, retenues par le premier médecin du roi Fagon, qui les garda près de lui au Jardin des Plantes dont il était le directeur, ne figurèrent à la Bibliothèque qu’au XVIIIe siècle. Un décret de la Convention du 10 juin 1793 en ordonna la remise au Muséum d’histoire naturelle, où elles sont encore conservées.

Ce qui donne surtout de l’importance au legs de Gaston d’Orléans, c’est qu’il fut le premier fonds et l’origine du Cabinet des Médailles. Déjà, avant Louis XIV, plusieurs de nos rois avaient eu le goût des antiquités. François Ier fit rechercher des médailles et des pierres gravées. Le P. du Molinet dit en avoir vu dans le garde-meubles qui y avaient été placées de son temps: «J’y ai observé un certain bijou de vermeil doré, fait en manière de livre, à l’ouverture duquel on remarque, de chaque côté, une vingtaine de médailles d’or et du Haut-Empire, qui y sont enchâssées et dont la netteté est plus considérable que la rareté.»

Sous Henri II, les médailles que Catherine de Médicis avait rapportées de Florence furent déposées à Fontainebleau. Charles IX fit l’acquisition de la collection du fameux Grolier, dont il réunit les antiquités au palais du Louvre. Cette collection, assez importante pour donner lieu à la création d’une place de garde particulier des médailles et antiquités, fut malheureusement dispersée pendant les troubles de la Ligue. Henri IV chercha à reformer le cabinet royal; un gentilhomme provençal, Rascas de Bagarris, qui lui était connu par son amour des antiquités et par la collection qu’il possédait fut appelé à la cour. A la suite d’une entrevue avec le roi, il fut chargé de reconstituer le Cabinet d’antiquités, dont il obtint l’intendance sous le titre de maître du Cabinet des Médailles et Antiques. Des pourparlers étaient engagés pour l’acquisition de sa collection particulière lorsque la mort d’Henri IV vint détruire ces projets. Les évènements politiques empêchèrent Louis XIII de reprendre cette idée; néanmoins en 1664 le Cabinet du roi passait, au dire du P. Jacob, «pour une merveille du monde pour ses raretés et antiquités, outre ses pierreries.» A cette époque, Jean de Chaumont, conseiller d’Etat, en avait l’intendance avec la garde de la bibliothèque particulière que le roi possédait au Louvre.

Le legs de Gaston d’Orléans enrichit le cabinet du Louvre d’un grand nombre de médailles, de figures de bronze, de pierres gravées. Le P. du Molinet nous apprend qu’il reçut de ce chef «24 belles boëtes d’agathes dont la plupart étaient en relief.» A l’époque de l’acceptation du legs, toutes ces raretés furent laissées à la garde du bibliothécaire du prince, Bénigne Breunot[6], abbé de Saint-Cyprien. Il reçut l’ordre d’en dresser un inventaire, et quand la collection fut portée au Louvre, il se vit accorder l’intendance du Cabinet des Antiquités du roi. En 1666, l’abbé Breunot fut assassiné au Louvre et le Cabinet confié à la garde de P. de Carcavy fut réuni à la Bibliothèque.

 

[6] Dans une curieuse brochure intitulée: _Recherches sur les

origines du Cabinet des Médailles_; Paris, 1874, M. Chabouillet,

conservateur du département des médailles, a démontré que tel était

le véritable nom du bibliothécaire de Gaston d’Orléans, appelé tour à

tour Brenot, Bruno et Bruneau.

Les collections de Gaston d’Orléans n’étaient pas encore entrées dans le fonds royal que Louis XIV recevait une autre donation non moins importante, faite dans les conditions les plus honorables par Hippolyte, comte de Béthune. Philippe de Béthune, son père, lui avait laissé une série de documents originaux consistant surtout en lettres échangées par les plus importants personnages de France depuis le règne de Louis XI jusqu’à celui de Louis XIV. Il y avait là pour l’histoire et la politique d’inappréciables matériaux dont la valeur était d’ailleurs bien connue non-seulement en France, mais encore à l’étranger. La reine Christine de Suède offrit à Philippe de Béthune d’acheter sa collection moyennant 100,000 écus. Loret a rappelé ce fait dans ces vers de la Muse historique:

 

L’ilustre reine de Suède

Qui, comme sçait, possède

Un esprit haut et généreux,

Des belles-lettres amoureux,

Ayant appris, des fois plus d’une,

Que le sieur, comte de Béthune,

Dans son cabinet de Paris,

Avait d’excellents manuscrits,

Comme aussi plusieurs antiquailles,

Sçavoir quantité de médailles,

Reliefs, portraits, crayons, tableaux,

Des plus rares et des plus beaux,

A fait proposer audit comte

Une somme d’or qui se monte

Tant en juste qu’en quart d’écus

Justement à cent mille écus,

S’il voulait vendre sa boutique,

A cette reine magnifique,

Ou pour parler un peu plus net,

Les pièces de son cabinet.

Et Loret ajoute:

 

La proposition est forte

Et pourtant l’histoire rapporte

Que ledit comte a refuzé

Ce grand prix d’argent propozé,

Aimant mieux ses portraits et livres

Que d’avoir trois cens mille livres.

Philippe de Béthune avait en effet refusé de vendre sa collection, mais ce que Loret a omis de dire, c’est que celui qui n’avait pas voulu s’en dessaisir à prix d’argent en fit généreusement présent au roi. Louis XIV s’empressa d’accepter par lettres patentes du 21 décembre 1662, «ce recueil de très-grand nombre de manuscrits originaux… montant à 2,000 volumes et plus… Comme c’est une recherche et un travail de 70 années, bien avancé par le père, amplifié et achevé par le fils, et que la dignité et la rareté des matières dont il est remply, a donné subject aux princes étrangers de luy en faire proposer le transport hors le royaume avec des avantages qu’un autre moins zélé et fidèle que luy eust pu n’en estre pas seulement tenté, mais les eust volontiers acceptez, il a creu aussi qu’un ouvrage, de cette nature et de cette importance devait estre conservé en son entier, et que pour empescher qu’après sa mort il ne fust divisé par ses héritiers en autant de portions qu’il y aurait de testes au partage desdits biens, ces manuscrits devoyent estre unys et incorporez aux autres pièces rares de notre couronne.»

Une donation aussi précieuse méritait bien qu’on prît des dispositions spéciales pour en assurer la conservation. 1,923 volumes manuscrits «contenant tous les secrets de l’Etat et de la politique depuis quatre cens tant d’années» prirent place dans la Bibliothèque du roi. Ils furent immédiatement l’objet d’un travail de catalogue exécuté par Clément. Répartis aujourd’hui dans le fonds français et le fonds latin du département des manuscrits, ils rendent les plus grands services à l’historien et au critique qui y suivent pas à pas, et pour ainsi dire en prenant les personnages sur le vif, les événements dont la France fut le théâtre du XVe au XVIIe siècle.

A la collection donnée par le comte de Béthune vinrent s’ajouter une partie des manuscrits qui avaient appartenu à Raphaël Trichet du Fresne. Ce libraire, un des plus habiles bibliophiles de l’époque, possédait une collection assez nombreuse de livres imprimés et manuscrits, la plupart sur l’histoire d’Italie, dont le catalogue fut publié en 1662. A sa mort, sa veuve les mit en vente; Colbert ordonna d’en faire l’acquisition; mais Fouquet, alors au comble de la fortune, acheta la partie relative à l’histoire d’Italie: la Bibliothèque ne put se procurer que cent cinquante manuscrits environ. Cependant les livres vendus au surintendant ne devaient pas tarder à entrer dans le dépôt royal.

Par suite de ces importants accroissements, le local de la rue de la Harpe devenait bien insuffisant. Colbert, dont l’action s’étendait de plus en plus sur la Bibliothèque et qui venait d’y attacher par un titre officiel son bibliothécaire, Carcavy, lui trouva une installation dans les maisons qu’il possédait «au bout de ses jardins» rue Vivien, ou, comme on dit aujourd’hui, rue Vivienne. De cette façon, il pouvait plus facilement surveiller les progrès des collections qui lui étaient si chères. Le temps s’est chargé de démontrer qu’en cette circonstance le choix du grand ministre ne fut pas moins heureux que l’ensemble de ses efforts pour le développement des richesses déposées à la Bibliothèque, puisqu’après tant d’années et de projets successifs de changement, celle-ci occupe encore un emplacement voisin de celui que Colbert lui avait assigné.

La Bibliothèque fut transférée rue Vivienne en 1666; elle y reçut aussitôt toutes les collections de Gaston d’Orléans, qui, nous l’avons vu, avaient été d’abord portées au Louvre. Cette annexion, en réalité origine du Cabinet des Médailles, était à peine accomplie que par les soins de Colbert, une importante acquisition, celle de la collection formée par l’abbé de Marolles, devenait le point de départ de séries toutes nouvelles qui devaient constituer le quatrième département de la Bibliothèque, le département des Estampes.

Si l’on excepte «les livres d’antiquités romaines tant en taille douce que faits à la main, tailles douces de Rubens et autres divers portraits aussi en taille douce, soit reliés, soit en feuilles,» qui étaient compris dans le legs de Jacques Dupuy et qui étaient venus se placer pour ainsi dire inaperçus à côté de ses livres imprimés et manuscrits, la Bibliothèque ne possédait aucun recueil du genre de ceux qu’avait réunis l’infatigable traducteur de Virgile, Michel de Marolles, abbé de Villeloin. Le tout présentait d’autant plus d’intérêt pour la Bibliothèque que la collection de l’abbé de Marolles, composée de 123,400 pièces, avait été formée en dehors de tout parti pris, dans l’unique but de satisfaire ses goûts d’amateur éclairé[7]. «Il n’entendait pas se réduire à la possession, encore moins à l’étude exclusive de certaines œuvres une fois recommandées par la célébrité d’une école ou d’un homme. Pour parler le langage du temps, les estampes «des plus grands maîtres de l’antiquité» quels qu’ils fussent, les pièces gravées par les orfèvres italiens du XVe siècle, comme les œuvres des artistes appartenant à l’école de Fontainebleau, les gravures anonymes des vieux maîtres allemands, aussi bien que les eaux-fortes hollandaises, en un mot, tout ce qui pouvait, sous une forme quelconque, caractériser les progrès de l’art ou en résumer l’histoire, était recherché, reconnu, conquis, par l’abbé de Marolles avec un zèle et une sagacité dont ses devanciers ne lui avaient laissé que des exemples très-incomplets.»

 

[7] Le département des Estampes à la Bibliothèque nationale, par M.

le vte H. Delaborde, p. 9, 10 et suiv.

Un tel but n’avait pu être atteint sans coûter à l’abbé de Marolles de grands soins et beaucoup d’argent. Aussi, en vendant son cabinet au roi pour la somme de 30,800 livres, ne faisait-il pas réellement une cession, il accomplissait un acte de généreux désintéressement, en même temps qu’il se rassurait contre les craintes d’une dispersion, craintes naturelles à tout collectionneur. Conformément au désir de l’abbé de Marolles, les recueils cédés par lui ont été soigneusement conservés à la Bibliothèque, comme ils méritaient de l’être. Après avoir été pendant longtemps comme le type caractéristique et l’essence même du département des Estampes, ils en sont encore montrés comme le plus bel ornement.

En même temps que la célèbre collection de l’abbé de Marolles, la Bibliothèque acquérait des séries importantes de livres et de manuscrits. C’étaient, en 1667, à la vente de Gilbert Gaulmin, doyen des maîtres des requêtes, moyennant une somme de 2,685 livres 5 sols, 557 manuscrits orientaux, parmi lesquels se trouvaient 127 manuscrits hébreux et 4 manuscrits en langue syriaque, qu’on peut regarder comme les premiers éléments des fonds hébreu et syriaque, aujourd’hui constitués au département des manuscrits. A la même époque, la disgrâce de Fouquet fut suivie de la dispersion de la magnifique bibliothèque qu’il possédait dans son château de Saint-Mandé. Colbert saisit cette occasion de faire racheter la série relative à l’histoire d’Italie; cet ensemble, payé 19,300 livres, se composait de plus de onze cents volumes, la plupart imprimés.

La Bibliothèque fut également appelée à profiter des collections que Mazarin avait léguées au Collége des Quatre-Nations. Il s’y trouvait des manuscrits et des imprimés qui faisaient défaut à la Bibliothèque, et celle-ci, de son côté, possédait, à la suite des accroissements successifs des dernières années, nombre de doubles qu’elle avait intérêt à éliminer. Il était naturel que l’un des deux établissements cédât à l’autre ce qu’il avait en trop et demandât en retour ce qui lui manquait. Colbert fit ordonner cet échange par un arrêt royal du 12 janvier 1668, «sa Majesté voulant rendre les dites Bibliothèques plus parfaites et d’un plus grand usage pour le public.» Trois états furent aussitôt dressés, le premier contenait les manuscrits de la Bibliothèque Mazarine, le deuxième les imprimés qui manquaient à la Bibliothèque royale, le troisième les doubles dont cette dernière pouvait disposer. Puis on fit une estimation avantageuse pour la Bibliothèque du roi qui, en échange des doubles qu’elle livra, s’accrut de 2,156 manuscrits et de 3,678 volumes imprimés.

Malgré ses efforts, Colbert ne put procurer au roi la célèbre bibliothèque de MM. de Thou, qui fut acquise par le président Ménars. Mais il acheta au prix de 25,000 livres celle du médecin Jacques Mentel, comptant près de 10,000 volumes et 136 manuscrits (1669). En 1672, il obtint des Carmes de la place Maubert, pour une rente de six minots de sel, la cession de 67 manuscrits et de 18 incunables. Quelques années plus tard, la Bibliothèque recueillit une vingtaine de manuscrits qui avaient fait partie de la riche bibliothèque de Pétau.

Non moins que les livres manuscrits et imprimés, les collections de médailles et d’estampes installées par ses soins dans la Bibliothèque du roi étaient l’objet de la sollicitude du grand ministre. Aux antiquités provenant du cabinet de Gaston d’Orléans, s’ajoutèrent successivement et par voie d’acquisition, les médailles de Pierre Seguyn, doyen de Saint-Germain (1669), le cabinet de M. Lauthier, d’Aix (1670), les collections de M. Tardieu, lieutenant-général, celles de M. de Sere, conseiller d’Etat, du comte de Brienne, la suite de médailles modernes de MM. Le Charron et de Trouenne, dans lesquelles étaient venues se fondre une partie des raretés de Peiresc et les pierres gravées de Bagarris. Le fameux cachet dit de Michel-Ange appartenait à cette dernière collection.

A côté de la collection de Marolles, Colbert, autant pour favoriser l’accroissement du cabinet des estampes, que pour encourager les arts, eut l’idée de confier aux artistes contemporains le soin de reproduire par la gravure les œuvres célèbres des peintres de l’époque ou du siècle précédent et les événements les plus remarquables du règne. Dirigée par Nicolas Clément avec l’aide de Goyton, l’imprimeur du roi, l’entreprise réussit pleinement. En treize ans, de 1670 à 1683, près de 1,000 pièces furent gravées; leur ensemble est connu sous le nom de Cabinet du Roi; elles furent, par ordre de Colbert, déposées dans la Bibliothèque, ainsi que les planches en cuivre qui avaient servi à ces reproductions. Ces planches y restèrent jusqu’en 1812, époque où elles passèrent à l’Administration des Musées.

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