La guerre des pédés
2 - La roseraie de ma mère
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La roseraie de ma mère
Quand je me réveillai, j’étais attaché à mon lit, habillé d’une camisole.
Ils m’avaient enfermé dans ma chambre. Je me retournai pour regarder
l’heure sur le réveil : une heure et demie. J’avais dormi donc près de trois
heures. Je croyais vivre deux aventures simultanées : ma mort imminente et
ma destinée.
J’entendis derrière la porte des débris d’une discussion gauchiste ; tout
le monde parlait en même temps. Les mots « guillotine », « traître » et
« fou » revenaient sans cesse.
— Elles ont évolué, les folles, je me dis.
J’avais les pieds accrochés au pied du lit et les bras noués derrière le
dos ; j’avais mal partout. J’arrivai à décrocher le téléphone sur la table de
chevet en prenant le combiné entre les dents et je composai le numéro de
ma mère dans le Berry. J’y mis au moins cinq minutes ; j’avais des crampes
aux mâchoires. Si Vinicio da Luna n’avait pas encore fait sauter
l’immeuble, c’était certainement parce qu’il croyait que Conceïçâo n’en
était pas encore sortie. Ma mère mit au moins trois minutes à décrocher le
téléphone.
— Les rosiers sont en fleur, me dit-elle. Mais tu ne m’avais pas dit que
c’est une fille ! Pourquoi est-ce que tu l’habilles en garçon ? Je lui ai prêté une de mes robes ; elle est en train de désherber la roseraie pendant que je
lui prépare une de mes soupes à l’estragon.
— Merci, maman, je répondis avant de raccrocher avec les dents.
J’entendis un rire ironique derrière moi, le rire inconfondible de Vinicio
da Luna. Il fit briller un couteau à cran d’arrêt devant mes yeux.
— Bravo, me dit-il, vous avez joué mieux que je ne pensais.
Il coupa les cordes qui me liaient les chevilles, les genoux et les coudes.
— Buvez ça, me dit-il.
Je refusai, craignant que ce ne fût du curare.
Il en but une longue rasade lui-même, et me roffrit la bouteille. Ça
sentait le rhum et la grappa, je pris une gorgée. Je me sentis mieux. Vinicio
me frotta les articulations.
— Pourquoi est-ce que vous avez peur de moi ? Vous avez peur de tout
le monde !
Je rebus une gorgée de son breuvage.
— J’attends votre réveil depuis dix heures et demie ; j’ai une Rolls-
Royce garée au coin de la rue.
Je réalisai qu’il était habillé en chauffeur, une casquette bleue sur la tête,
enfilée jusqu’aux sourcils.
— Habillez-vous comme vous voulez, me dit-il, quand on a un
chauffeur comme moi, on peut s’habiller n’importe comment. Mais ne
restez pas nu, enfilez au moins un bikini et un chapeau.
J’avais du mal à bouger ; il me fit prendre une douche tiède en me
massant le dos. Pendant que nous étions dans la salle de bains, quelqu’un
rentra pour faire pipi ; Vinicio l’égorgea de son cran d’arrêt. Il hurla avant
de s’écrouler tout en pissant. Les autres pédés frappaient à la porte de la
chambre à coucher.
— Ouvre-nous, assassin ! criaient-ils en chœur.
— Ouvrez et cachez-vous derrière la porte ! m’ordonna Vinicio.
J’obéis. Il s’avança, empoignant une mitraillette, et descendit ceux qui
se précipitaient dans la chambre les premiers. Il enjamba les corps et sortit
dans le couloir. J’entendis le crépitement de la mitraillette dans la cuisine et
dans la bibliothèque. Les folles criaient comme à l’Opéra avant le dernier
rideau. Je m’affaissai derrière la porte, tremblant de tous les membres.
Vinicio vint me mettre debout.
— Vous avez toujours peur ! Mettez cet imperméable, il pleut.
Nous traversâmes l’appartement. Je vis pêle-mêle les corps des
candidats homosexuels du dix-huitième et du sixième arrondissements, d’un
journaliste de Libération et un autre de Paris-Match, plus une journaliste de
Charlie-Hebdo, tout ça sur mon Chesterfield. Par terre, quelques hommes
de théâtre gauchistes, morts dans de macabres positions. Sylvia Monfort
s’accrochait au cou de Coluche, le mime Marceau était accroché au lustre.
Deux dessinateurs humoristiques, Wolinski et Topor, gisaient enlacés dans
l’entrée. Mais le vrai carnage s’était produit dans la cuisine. Parmi les
célébrités, Michel Foucault gisait sur le carrelage, accroché aux cheveux du
coiffeur Alexandre, Daniel Cohn-Bendit était mort en étreignant une
serpillière. Il y avait au moins une dizaine de travelos du Palace et de
Madame Arthur, c’étaient les blondes en blouson de cuir, on aurait dit des
poupées gonflables. Les autres, je n’ai pas eu le courage d’aller regarder
leur visage de près, mais en tout il devait bien y en avoir plus de quarante,
quelques-uns dans des postures hallucinantes : Marguerite Duras se trouvait
en position de fœtus à l’intérieur de ma grande poubelle ; elle avait dû s’y
cacher lors de la fusillade.
— Du courage, me dit Vinicio da Luna, nous ne sommes qu’au début.
Nous descendîmes dans la rue. Il pleuvait à verse ; Vinicio ouvrit un
parapluie vert et me protégea pour arriver jusqu’à la Rolls, garée dans la rue
Houdon. Le tonnerre succédait à un éclair ; apparemment, personne dans le
quartier n’avait entendu les rafales de mitraillette. Je m’assis derrière, Vinicio me couvrit les genoux d’un plaid, je m’endormis avant même que la
voiture démarre.
Je me réveillai sur une autoroute.
— Vous voulez qu’on s’arrête pour prendre un Nescafé ?
— Ça m’est égal.
— Nous sommes presque arrivés.
— Où ?
— Chez votre mère, dans le Berry. Et n’oubliez pas que je suis votre
chauffeur !
Mon cœur battait à tout rompre à l’idée de revoir Conceïçâo do Mundo.
— C’est vrai ? je murmurai.
— Vous croyiez que j’avais l’intention de vous enlever ? (Il rit.) Vous
avez toujours peur ; vous êtes un vrai pédé, ma parole !
Il était six heures du soir ; nous arrivions chez ma mère ; Conceïçâo et
ma mère prenaient le thé dans la roseraie, je sautai de la voiture avant
qu’elle se soit arrêtée, je courus vers Conceïçâo qui courait vers moi, elle
était habillée d’une robe imprimée 1930 de ma mère, elle portait une
capeline. Nous nous enlaçâmes, nous roulâmes par terre.
— Je t’aime, je t’aime, je t’aime, je lui murmurai à l’oreille.
— Attention à mes rosiers, nous dit ma mère. Tu ne m’as pas encore
présenté ton chauffeur !
Vinicio da Luna claqua les talons avant de s’incliner deux fois. Ma mère
le prit par le bras.
— Je vous suis reconnaissante d’être le chauffeur de mon fils, lui dit-
elle, il est d’une distraction parfaite ! Il a oublié de me dire qu’il était
fiancé ! Il m’avait juré qu’il avait adopté un enfant du tiers monde alors
qu’il s’agit de la fille la plus ravissante au monde ! Mais venez, que je vous
montre ma roseraie. Ici, à droite, c’est mes roses thé ; à gauche, les
cramoisies, on les appelle « Bouche de velours », elles sont rares. Mais
venez que je vous montre mes roses bleues !
Ma mère bavardait toute seule, comme d’habitude, accrochée au bras de
Vinicio da Luna qu’elle croyait mon chauffeur. Je déshabillai Conceïçâo, je
n’en pouvais plus. Je lui suçai la bite devenue énorme ; elle m’encula, nous
roulâmes dans les rosiers de ma mère.
— Mais enfin, mes enfants, mes rosiers ! vint nous dire ma mère.
Nous éjaculâmes ensemble, hurlant de plaisir.
— Ces jeunes ! murmura ma mère avant de s’éloigner *1.
Nous nous étreignîmes avant de nous essuyer le foutre avec un
mouchoir.
— Je t’aime pour la vie, Conceïçâo, je lui affirmai, les yeux dans les
yeux.
— Ta mère est gentille, me dit-elle, je veux bien accepter de t’épouser.
— Mais tu es mineure ! Nous devons attendre au moins quatre ans !
Elle se suça le pouce.
— Alors je rentre au Brésil, j’épouserai mon fiancé amazone !
— Mais non, mon amour, attendons quatre ans !
— Et si j’étais enceinte ?
Cette idée ne m’avait pas effleuré.
— Tu prends des contraceptifs ?
— Qu’est-ce que c’est ?
— Tu as déjà été enceinte ?
— Oui, une fois. C’est le côté des femmes qui me dégoûtait.
— Tu as avorté ?
— Non. J’ai enfanté d’une fille blonde, elle s’appelait comme moi.
— Où est-ce qu’elle est ?
— Ils l’ont sacrifiée.
— Comment ça, sacrifiée ?
Elle se suça le pouce avant de répondre.
— Parce qu’elle était blonde.
— Mais moi aussi, je suis blond !
— Oui. Voilà le problème !
— Conceïçâo, je te jure que si nous avons un enfant, il ne sera pas
sacrifié ; nous l’élèverons ensemble ici, dans le Berry ! Reste avec moi pour
la vie !
— Mais alors, il faudrait tuer mon père !
Elle ne disait que des phrases brèves mais elle allait jusqu’au fond des
choses. Mon intention était déjà de tuer Vinicio da Luna, mais je ne l’avouai
pas à Conceïçâo.
— Viens, je lui dis, on va se promener le long du ruisseau.
Je lui rajustai la robe et la capeline. Ma mère et Vinicio bavardaient
dans le jardin potager. J’enlaçai la taille de Conceïçâo, nous descendîmes le
sentier qui mène au ruisseau ; on entendait coasser les grenouilles ; on en
vit sauter une toute petite.
— Pourquoi est-ce qu’elles sont si petites, les grenouilles françaises ?
En Amazonie, elles sont aussi grosses que des chiens !
— Ça ne doit pas être des grenouilles, mais des crapauds-buffles.
— Non. Les crapauds-buffles, c’est aussi grand qu’un buffle !
Elle s’assit sur une pierre et se mit à mordiller un brin de muguet. Je lui
caressai la joue.
— Tu as la nostalgie de l’Amazonie ?
Elle acquiesça de la tête.
— Les fleuves sont plus larges !
— Ce n’est pas un fleuve, c’est un ruisseau.
— C’est possible, mais on ne peut pas y nager.
— Tu as envie de nager, mon amour ? Demain matin, je t’emmènerai à
la piscine ; il y en a une dans l’auberge à deux kilomètres d’ici.
— C’est quoi, une piscine ?
Je le lui expliquai.
— C’est un fleuve carré ?
— Plus ou moins, sauf que ça ne coule pas.
— Et c’est fait seulement pour y nager ?
— Oui.
Elle éclata de rire. Elle jeta dans le ruisseau la capeline de ma mère ; je
me déchaussai pour aller la chercher ; suivirent mes chaussures, puis sa
robe. Le tout était trempé ; je ne réussis à retrouver qu’un seul de mes
mocassins. Conceïçâo était nue ; elle grimpa sur un noyer avec une rapidité
surprenante et s’assit à la plus haute branche.
— Descends, ma chérie, tu vas attraper froid !
— Je regarde le coucher du soleil !
Je m’assis sur la pierre couverte de musc de mon enfance ; j’avais
l’habitude, à l’âge de huit ans, de cacher mes poupées dessous des colères
de ma mère. Aujourd’hui, j’étais amoureux comme seule une folle de
quarante ans peut l’être, juste avant la ménopause. Je voyais en Conceïçâo
do Mundo tous mes mythes d’enfance réalisés : elle était en même temps
Édith Piaf et Mae West, Jack l’Éventreur et un bambin de la Renaissance.
Et en plus elle m’arrivait de l’Amazonie, une contrée qui se situait
naturellement dans ma tête dans le Royaume des Rêves.
— Qu’est-ce que j’ai vieilli, soupirai-je à haute voix.
Ma mère était à côté de moi, je ne l’avais pas entendue arriver par le
sentier.
— Qu’est-ce que tu dis ?
— Rien, maman.
— Mais cette adorable fille va attraper froid !
Ma mère a l’habitude de répéter tout ce que je pense ; je suis fils unique
et papa s’est suicidé quand j’avais à peine cinq ans, dans ce même ruisseau.
Conceïçâo était accroupie au sommet du noyer, la tête entre les mains,
les yeux fixant l’horizon. Sa bite dépassait largement la branche ;
heureusement que ma mère est plus myope que moi.
J’allai chercher un châle à la maison sous les ordres de ma mère ;
Vinicio da Luna arrosait la roseraie, son cigare entre les dents.
— Votre mère est très instruite, me dit-il. Elle m’a appris beaucoup de
choses sur les rosiers. C’est toujours utile, pour un étranger !
Je me demandai où tout ça allait finir. Le téléphone sonnait. J’allais
répondre dans la cuisine.
— Madame veuve Pico ? (En fait, mon vrai nom est Pico ; Copi est une
anagramme.)
— C’est moi-même, je répondis en imitant la voix de ma mère.
— Bonjour, Madame Pico. Ici l’inspecteur Roux. Est-ce que vous avez
employé dix-huit Brésiliens comme jardiniers ?
Vinicio m’arracha le combiné.
— Inspecteur Roux, je suis el Senhor Vinicio da Luna.
Je pris le deuxième écouteur.
— Je n’avais pas reconnu votre voix, Senhor Embassador da Luna, dit
le préfet Roux. Je vous croyais dans vos mines de diamants en Amazonie !
— Je m’installe dans le Berry ; j’épouse une Berrichonne, Mme veuve
Pico. Vous êtes le premier à le savoir !
— Mes congratulations, Senhor Embassador, et aussi pour la future
Mme da Luna ! Qu’est-ce que je dois faire de vos jardiniers ? Ils se sont
enivrés dans un lieu public à la sortie d’Orléans, les loubards les ont pris
pour des Arabes, il y a eu bagarre.
— Je paierai la caution, relâchez-les-moi tout de suite ! Et je vous
répète que je ne suis pas l’Ambassadeur de la Lune, je suis seulement un
homme riche !
Il raccrocha.
— Bien joué, me dit-il, vous avez été parfait dans le rôle de votre mère.
— Mais tôt ou tard ils vont nous retrouver !
— Pourquoi ?
— Et les quarante cadavres de pédés chez moi, à Montmartre ?
— L’immeuble a sauté ; j’ai déposé une bombe à minuterie dans votre
appartement avant de le quitter. Pourquoi est-ce que vous avez toujours peur ?
— Il y a de quoi ! J’ai peur de la guillotine !
— C’était un immeuble à pédés ; allez fouiller dans le passé de quarante
pédés en plein mois d’août ! Vous êtes en vacances chez votre mère comme
n’importe quel bourgeois ; il n’y a plus un seul témoin de vivant.
— Vous oubliez le téléphone ! Quand les pédés sont arrivés chez moi
pour le petit déjeuner, tout Paris était déjà au courant !
— Demain, il n’y aura plus de Tout-Paris. Il n’y aura même plus de
Paris du tout ! Vous serez le seul à être sauvé, le seul acolyte en Occident de
Conceïçâo do Mundo ! Un jour, vous serez son Mari Éternel ; ce jour-là, on
vous appellera mon Gendre !
— Où comptez-vous installer votre Royaume ?
— En Amazonie, forcément ; nous connaissons tout le monde. Quand
j’aurai épousé votre ravissante mère, elle deviendra la Reine Mère de
l’Amazonie ! Excusez-moi, je vais arroser les choux.
Il ressortit dans le jardin potager. Je me précipitai sur le poste de télé, il
était presque huit heures. Les informations : l’occupation amazone. On
montra la rue André-Antoine, on aurait dit Brest en quarante et un, il ne
restait pratiquement que les escaliers et le haut de la rue. Ils n’avaient pas
encore identifié les cadavres ; ça me parut bizarre. Incroyable : ils avaient
aussi fait sauter deux immeubles au carrefour de Buci, la maison de mode
Yves Saint-Laurent et la Comédie-Française ! Tout Paris était mobilisé,
c’était une vraie guérilla. On voyait le jardin des Tuileries occupé par les
Amazones, ils avaient coupé des arbres pour barrer les entrées ; au milieu
ils avaient allumé un brasier où ils faisaient brûler des douzaines de vaches
et des moutons entiers ; ils avaient dévalisé Rungis. C’était pris en direct
d’un hélicoptère ; le jardin des Tuileries était entouré de cars de l’armée. Ils
avaient installé des tanks entre les statues de Maillol, on les sommait de se
rendre par un haut-parleur, mais les Amazones étaient armés. Ils avaient une
bombe atomique installée là, au beau milieu des Tuileries ! Ils n’étaient que deux cents, mais parfaitement entraînés ; ils étaient nus, paradant leur
énorme sexe enrubanné de plumes ; la plupart avaient des seins. Ils
portaient des turbans de peaux de fauves et des fusils-lasers très légers
accrochés à l’épaule droite. Ils étaient tous gauchers !
J’éteignis la télé avant l’entrée de ma mère. Elle tenait Conceïçâo nue
par la main.
— Qu’est-ce qu’elles sont développées, les jeunes filles d’aujourd’hui !
Mon chéri, c’est un vrai morceau de femme !
Je n’avais jamais écouté un tel langage chez ma mère. Vinicio da Luna
avait dû lui faire boire un de ses breuvages. Elle abandonna Conceïçâo dans
mes bras pour aller dans la cuisine. Conceïçâo avait les yeux humides, elle
se mordillait le petit doigt.
— Pourquoi est-ce que tu es si triste ?
— Parce que vous n’avez pas encore tué papa !
— Conceïçâo, mon amour, en Europe, on ne tue pas ses parents, même
si on les déteste !
Elle piqua une crise d’hystérie ; elle me griffa le visage, je la maîtrisai,
lui tenant les poignets.
— Tu as si peur de lui ?
— C’est le Démon !
— Ton père n’est pas le Démon, c’est un homme malade, c’est un fou !
— C’est ce que je suis en train de vous répéter ! Qu’est-ce que vous
attendez, qu’il me sacrifie à la pleine lune ? C’est ce soir !
Je me rappelai d’un coup les dix-huit Amazoniens qui devaient arriver
incessamment dans un camion.
— Ils m’ont enlevée pour me sacrifier le jour de mes quinze ans,
sanglota-t-elle, et c’est aujourd’hui !
— Te sacrifier ?
— De la même façon qu’ils ont sacrifié ma fille, la petite Conceïçâo,
parce qu’elle aussi elle était hermaphrodite ! Ils vont me couper la bite et ils m’étoufferont avec !
— C’est quel feuilleton qu’ils passent à la télé ? demanda ma mère dans
la cuisine.
— Tuez mon père, je vous en supplie ! Ou alors vous aussi vous êtes un
sadique comme les autres ! Vous avez envie de me voir suppliciée ?
— C’est incroyable ce qu’ils passent à la télé en ce moment, dit ma
mère. Que des films érotiques brésiliens mal doublés !
Elle rentra dans la pièce avec un plateau couvert de canapés à
l’estragon, c’était sa spécialité, et son cocktail préféré : le Wojtyla, un
mélange de vodka au poivre rouge et de martini blanc, quelque chose
d’écœurant.
— Est-ce que vous buvez des boissons alcoolisées, mon lapin ?
demanda-t-elle à Conceïçâo.
Elles trinquèrent avant d’en boire chacune deux verres sec.
— Maman, est-ce que tu gardes toujours le revolver ?
— Celui avec lequel ton pauvre père s’est suicidé ? Il est toujours caché
dans le tiroir à mouchoirs de son armoire. Mais je t’en prie, mon chéri, ne
fais pas une bêtise !
J’allai chercher le revolver et je le gardai dans ma poche. Maman
bavardait familièrement avec Conceïçâo.
— J’ai la hantise du suicide, ma belle-fille ; je n’y peux rien : mon père
s’est suicidé, ma mère s’est suicidée, mon mari s’est suicidé, mes trois
sœurs se sont suicidées. Mon fils et moi sommes les seuls dans la famille à
avoir résisté à la tentation du gouffre !
Je sortis dans le jardin potager. Vinicio da Luna creusait un puits au
milieu des citrouilles.
— Qu’est-ce que vous faites ?
— Vous le voyez bien, je creuse un puits à l’aide d’une pelle.
Il s’arrêta de travailler pour me tendre l’énorme diamant dont j’avais
oublié l’existence.
— Tenez, vous pouvez l’offrir comme cadeau de mariage à votre divine
mère !
Il se remit à sa pelle.
— Vous êtes en train de creuser votre propre tombe, Senhor da Luna !
Je sortis mon revolver, il relâcha la pelle, il croisa les mains derrière la
nuque.
— Qu’est-ce qui vous prend ? Tout se passe normalement !
— Vous oubliez que vous êtes un ennemi de l’Europe et que je me
trouve dans mon Berry natal, Senhor da Luna !
— Je vous croyais socialiste ?
— Je le suis, Senhor, c’est vous qui ne l’êtes pas !
— Alors parlez carrément comme un capitaliste mais sans le revolver,
ça ne se fait pas ! Vous nous avez construit un barrage au beau milieu du
fleuve Amazone – la moitié de la population en est morte de sécheresse –,
et vous avez le culot de vous fâcher parce que nos gars se sont installés aux
Tuileries pour protester ? Vous y allez fort, pour un socialiste !
— Je m’en fous de votre politique, faites sauter Paris si vous voulez, je
veux Conceïçâo do Mundo !
— Mais elle est déjà à vous ! Je vous répète que demain il n’y aura plus
de Paris ! Et vous serez le prince consort de Conceïçâo do Mundo !
— Pourquoi moi ?
— Ce n’est pas moi qui vous ai choisi, c’est elle ! Elle est en pleine
crise d’adolescence ; elle voit en vous un deuxième père, vous êtes le
premier homme qu’elle adore enculer ! C’est la raison pour laquelle je vous
ai demandé la main de votre charmante mère, tout resterait en famille !
— Conceïçâo vient de me dire que vous vouliez la sacrifier à la pleine
lune !
— Elle vous a dit ça ? Je lui donne une paire de claques !
Il sauta hors du puits.
— Rentrez dans votre tombe, Senhor da Luna !
J’appuyai trois fois sur la gâchette ; il s’écroula à l’intérieur du puits ; il
resta là, à me regarder en riant.
— Expliquez-moi pourquoi vous voulez me descendre, me dit-il. Ça
devient agaçant, je passe mon temps à charger vos revolvers à blanc ! Je
vous ai déjà concédé la main de Conceïçâo, je vous ai fait cadeau d’un
diamant qui coûte plus cher qu’une pyramide, je vous ai débarrassé de
quarante pédés qui voulaient vous envoyer en asile psychiatrique et je mets
à la disposition de votre chère mère dix-huit jardiniers pour sa roseraie.
N’exagérons rien : je ne suis pas un si mauvais parti pour M me veuve Pico !
Je suis ce qu’on peut trouver de mieux dans le Berry, le préfet Roux peut
vous le dire.
Il ralluma son cigare, je m’assis sur une citrouille.
— Mais pourquoi détruire Paris ? Vous auriez pu détruire Brasilia, ça
aurait été déjà assez !
— Nous avons détruit Brasilia à midi trente heure brésilienne. Et dans
les dernières informations, vous verrez la statue de la Liberté cassée en
mille morceaux dans le fleuve Manhattan. Tokyo, Moscou et Berlin
sauteront en même temps. Nous épargnerons l’Italie en entier, c’est trop
beau. J’installerai Venise à l’embouchure de l’Amazone pour y passer mes
vieux jours.
— Qui est le chef de votre mouvement ? je demandai.
— C’est Conceïçâo. C’est elle, la Conception du Monde ! Je ne suis
qu’un de ses multiples metteurs en scène !
Conceïçâo et ma mère arrivaient de la maison, se tenant par la taille. Ma
mère était nue, comme Conceïçâo ; j’eus des frissons dans le dos ; je
n’aurais jamais imaginé que ma mère fût une femme nue comme les autres.
— Qu’est-ce que vous lui avez donné à boire ? demandai-je à Vinicio.
— Nous avons pris un trip d’acide ensemble !
Ma mère sauta dans le puits et s’accrocha au cou de Vinicio ; il baissa
ses pantalons, ils roulèrent au fond du puits. Je pris Conceïçâo par le bras, je l’entraînai vers la maison.
— Pourquoi est-ce que vous ne l’avez pas encore tué ?
— Je t’expliquerai plus tard ! Viens avec moi !
Je mis précipitamment dans une valise quelques robes de ma mère et je
m’emparai de ses papiers dans son sac, j’enveloppai Conceïçâo de sa cape
en plumes de paon que j’avais pris soin de récupérer dans mon appartement
à Paris et nous courûmes vers la voiture de ma mère, une deux-chevaux
bien modeste à côté de la Rolls-Royce de Vinicio da Luna garée devant
l’entrée du garage. La clé était sur le tableau, je démarrai sans peine, certain
que ni ma mère ni Vinicio, dans l’état où ils se trouvaient, ne
s’apercevraient de notre départ avant cinq bonnes minutes.
Nous sommes arrivés à Montluçon juste au moment où le camion plein
d’Amazones débarquait sur la place, faisant fuir les derniers paroissiens du
café-tabac. Je pris la route d’Orléans. Conceïçâo m’étreignit la main.
Sauvés *2 !
La lune brillait comme un sou neuf, il était dix heures du soir.
Conceïçâo se blottit contre moi, je l’enlaçai de mon bras droit ; je tenais le
volant de la main gauche.
— Nous ne sommes pas sauvés, me dit-elle, ils vont nous retrouver !
Vous auriez dû tuer mon père !
Je sentais naître en moi ce confus héros dont nous avons tous soupçonné
l’existence à force de le voir représenté à longueur d’année dans les films
par des comédiens divers, mais dont la possibilité nous a toujours paru
imaginaire. En ce moment précis, c’était moi, cet être unique auquel le
destin a bien voulu faire croire qu’il est un demi-dieu. Moi, René Pico,
dessinateur humoristique à l’anagramme de Copi, fils pédé d’une
Berrichonne un peu excentrique, je me trouvais au centre d’une guerre
mondiale.
— Il n’y a pas de différence entre le Brésil et le Berry dans la langue
amazone, me dit Conceïçâo, c’est pour ça qu’ils ont choisi le Berry pour installer les fusées. Le Berry est le centre géographique de la France, tout
comme l’Amazonie est le centre géographique du monde.
Des fusées dans la roseraie de ma mère !
Je caressai ses tétons sous la cape en plumes de paon.
— C’est mon père le Démon qui le veut, ô maldito Vinicio da Luna !
L’odeur de ses aisselles m’enivrait. J’arrêtai la deux-chevaux sur une
plate-bande. J’étais fou d’excitation, je voulais revenir à ce moment
d’extase épileptique où je découvris son sexe de femme.
— Lâchez-moi, crétin, je n’ai pas envie !
Elle sauta de la deux-chevaux. Mon excitation arrivait à son comble.
L’hermaphrodite de mon imagination, d’inspiration plutôt grecque, était
devenu, dans ce décor banal d’autoroute, une mineure à violer. Je la
poursuivis et je la rattrapai sur un buisson d’orties. Elle me mordit
sauvagement la main qui caressait son visage inondé de larmes. Je bandais
dur, je la maîtrisai, j’introduisis ma verge tout d’un coup dans son cul, ça la
fit crier ; j’éjaculai tout de suite, à l’arabe.
Elle pleurait. Je me sentis horriblement humilié, comme si, après le coït,
j’étais resté vide d’essence. Je ramassai la cape en plumes de paon sur les
orties et aidai Conceïçâo à se mettre debout. Nous n’osions pas nous
regarder dans les yeux.
Après être rentré dans la voiture, je murmurai :
— Excuse-moi, ma chérie, je me suis pris pour un vrai homme, brutal et
tout. Je te promets que ça ne se répétera jamais !
J’étais stupéfait, j’ignorais qu’on puisse devenir d’un coup un violeur.
Plus que misérable, je me sentais las. En cette maudite journée, j’avais
perdu le respect de ma mère et le self-respect dont j’étais si fier du temps de
ma militance homo sexuelle anglo-saxonne.
— Mais où est-ce que nous allons, espèce de crétin ?
— À Paris, mon amour.
— À Paris ? Où ? Votre maison a sauté et la ville est en état de siège !
— J’ai des amis sûrs à Montparnasse ! Nous nous cacherons dans
l’atelier d’un copain le temps de voir ce qui se passe.
Elle n’arrêtait pas de répéter : « Vous auriez dû tuer mon père, espèce de
crétin ! » Je démarrai. Rien n’était plus comme avant. C’est le monde entier
qui n’était plus comme avant. Conceïçâo do Mundo, dont la fascination
avait détruit mon équilibre mental (comme probablement celui d’une foule
de gens depuis sa naissance), me dégoûta à un point à peine soutenable. Elle
se moucha de sa grosse main qu’elle essuya ensuite sur mon pantalon. Elle
ne s’était pas rasée depuis la veille, sa barbe bleuâtre pointait à la lumière
de la lune. Ses énormes seins et sa bite, qui m’avaient excité à la folie, me
firent soudain l’effet de difformités physiques, tels une bosse ou un pied
difforme. Elle péta, je baissai la vitre.
— Arrêtez-vous, j’ai envie de chier !
Je n’avais pas encore arrêté complètement qu’une flaque marron
dégoulinait déjà sur ses cuisses. Elle courut se soulager bruyamment
pendant que je nettoyais le siège avec le plaid écossais de ma mère. L’odeur
était pestilentielle.
— C’est mon ver solitaire qui pique une crise, dit Conceïçâo.
J’avais oublié que dans ces pays, ils ont souvent des vers solitaires ; j’en
avais sûrement attrapé toute une famille.
Elle continuait à péter et à chier de plus belle. Finalement, je lui tendis
le plaid pour qu’elle s’essuie. Elle avait l’air exténuée.
— Ça va me passer tout à l’heure, dit-elle, dès qu’on arrivera dans une
station-service, je me ferai un lavement à l’essence, il n’y a que ça qui
calme mon ténia !
Elle s’enveloppa de la cape en plumes de paon qui ressemblait, après
toutes ces aventures, plus à un paon écrasé par un tracteur qu’à la superbe
cape de haute couture de ce matin, et se coucha en chien de fusil sur le siège
arrière. Elle se mit à ronfler aussitôt.
Je me dis qu’avec un peu de chance, nous arriverions à Paris vers une
heure et demie du matin ; restait à savoir si la ville était ouverte. Je
retrouvais dans mon univers linguistique des expressions propres à la
dernière guerre mondiale que j’avais tant écoutées des lèvres de ma mère.
Ainsi, le mot « ravitaillement » me vint à la mémoire. J’avais à peine quatre
cents francs en liquide et une carte bleue. J’avais aussi dans ma poche un
des diamants les plus chers du monde, mais aucun papier pour prouver sa
propriété. Et qui sait combien de gens à Paris ne cherchaient pas, en ce
moment, à vendre leurs pierres précieuses et leurs lingots ? J’avais oublié
l’existence de la radio. Je l’allumai. On passait de la musique classique sur
toutes les ondes. Typique d’un coup d’État à la « coroneles ». En France,
1981 ! Restait à savoir qui détenait le pouvoir. Certainement pas les
Amazones, malgré l’occupation des Tuileries ; dans ce cas-là, on aurait
passé de la musique tropicale.
Toutes les stations-service étaient fermées ; nous avons traversé Orléans
désert, les gens se terraient dans leur maison ; heureusement, j’avais mon
plein d’essence. Conceïçâo gémissait sur le siège arrière, elle faisait
certainement un cauchemar. Je la secouai pour la réveiller ; elle poussa un
hurlement et me sauta à la gorge, serrant ses grosses mains autour de mon
cou. Je ne sais pas comment je suis arrivé à arrêter la voiture en travers de
l’autoroute. Un poids lourd nous manqua de peu. Je me sentais étouffer, je
ne réussissais pas à desserrer les pinces de Conceïçâo. Soudain, ce fut le
choc. Une voiture nous rentra dedans à la vitesse de l’éclair. Je m’accrochai
au volant, la deux-chevaux fit deux tonneaux, je vis le corps de Conceïçâo,
tel un pantin, traverser la vitre de devant, je sentis une douleur poignante à
la mâchoire. Plusieurs voitures se carambolaient, j’entendais des
hurlements. Ma deux-chevaux s’était couchée sur le dos, j’étais prisonnier à
l’intérieur de la carcasse. Je réussis à me glisser tel un serpent par la vitre
arrière et je me retrouvai sur l’asphalte. Je crachai une incisive inférieure
dans ma main. La deux-chevaux, les quatre roues en l’air, baignait dans un lac d’huile et d’essence. À une dizaine de mètres, un six tonnes s’accouplait
à une Mercedes. On entendait des hurlements à rompre l’âme.
« Conceïçâo ! » je criai. À une cinquantaine de mètres, une voiture
explosa, le feu illumina l’autoroute comme pour un film. Il y avait en tout
une dizaine de voitures sinistrées ; une femme en flammes courait dans tous
les sens, poursuivie par un enfant ; de la carcasse d’une voiture sortait un
visage horriblement brûlé, figé dans un rictus d’horreur ; un transport de
bestiaux s’était renversé sur le côté, les pauvres chevaux, entassés les uns
sur les autres, hennissaient en grillant.
— Conceïçâo ! Conceïçâo do Mundo ! je criai, courant entre les débris
des voitures fumantes.
Je vis d’abord la cape en plumes de paon à moitié brûlée sur la
chaussée, plus loin une de ses bottines rouges. Elle était recroquevillée, à
deux mètres à peine d’une voiture qui brûlait. Je me précipitai et la traînai
loin du brasier. Elle ne paraissait pas sérieusement blessée, à part une
égratignure sur la joue, mais elle respirait à peine. J’étais presque certain
qu’elle avait un traumatisme crânien. Je lui fis la respiration artificielle ;
elle répondit peu à peu à mon souffle. J’étais angoissé. Je compris que,
malgré tout, je l’aimais plus que personne au monde. Je m’en foutais de
l’horreur des blessés autour de moi, je ne pensais qu’à la survie de
Conceïçâo.
Je crus comprendre qu’une voiture de pompiers était arrivée, ou bien il
s’agissait d’une ambulance. Quelqu’un donnait des ordres par haut-parleur,
une lumière aveuglante venait d’une centaine de mètres plus loin, je vis des
gens habillés en blanc passer avec un brancard, je criai au secours. Ils
arrivèrent aussitôt, ils étaient deux Noirs baraqués. Ils déposèrent
Conceïçâo sur le brancard et repartirent presque en courant. Je les suivis en
boitant, je m’étais foulé une cheville par-dessus le marché.
Un engin lumineux de trois étages était là, posé dans une courbe de
l’autoroute. Je ne savais pas si j’étais éveillé ou si je rêvais ; je me dis que
je me trouvais peut-être en enfer. À le voir de plus près (en fait, il était plus
loin que je ne pensais), l’engin avait l’air d’une boule d’un métal lumineux
comme du mercure solide. C’était du mercure ! L’armature était molle, avec
une porte minuscule, telle l’ouverture d’une tente indienne mais plus
élastique, vraiment molle comme de la chair, dans laquelle nous nous
engouffrâmes. Aussitôt entré, j’entendis un bruit de machinerie infernal.
Les deux Noirs que j’avais pris pour de simples infirmiers d’outre-mer
étaient à ne pas douter deux dangereux Amazones. Ils déshabillèrent
rapidement Conceïçâo et la lavèrent assez brutalement, sans s’occuper le
moins du monde de moi, comme si j’étais un chien de la famille. Ils
l’étendirent sur une sorte de fauteuil de dentiste et ils l’enveloppèrent d’une
couverture gonflée, bleu électrique, avant de sortir de la pièce. Celle-ci était
hexagonale, le fauteuil au milieu, six portes en acier, fermées, chacune dans
un pan de mur. Je courus prendre le pouls à Conceïçâo, elle allait beaucoup
mieux. Elle battit des cils et me regarda.
— Protégez-moi, murmura-t-elle. Où sommes-nous ?
— Je ne sais pas, Conceïçâo.
Elle regarda autour d’elle, l’expression ahurie.
— C’est la soucoupe de papa !
La chambre se secoua comme si nous étions victimes d’un tremblement
de terre. J’étreignis Conceïçâo dans mes bras.
Une porte s’ouvrit. Vinicio da Luna, habillé en cuir doré et couvert
d’une cape en soie rose, me sourit de toutes ses dents en or.
— Bienvenue au « Conceïçâo do Mundo », me dit-il. Cet appareil a été
construit entièrement par des savants amazones, ajouta-t-il en tapant de ses
doigts sur une paroi. Officiellement, vous en êtes le premier passager. Nous
allons en Amazonie, mon Beau-Gendre !
Ma mère entra derrière lui, affublée d’un fuseau en fourrure également
dorée et d’un casque avec deux antennes.
— Mon chéri, me dit-elle, Vinicio m’a offert cette soucoupe volante
comme cadeau de fiançailles ! Tous mes rêves d’enfance réalisés en un seul
jour !
Et tous mes cauchemars, je pensai pour moi-même.
Elle avait l’air ravie. Je sentis mes jambes flageoler. Je m’évanouis *3.
*1 o Fin du cinquième épisode paru dans Hara-Kiri n 233 (février 1981) avec un dessin de
. Gébé.
*2 o Fin du sixième épisode paru dans Hara-Kiri n 234 (mars 1981) avec des dessins de Gébé.
. o Fin du septième épisode paru dans Hara-Kiri n 235 (avril 1981) avec des dessins de Gébé.
*3
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