La guirlande de Julie: augmentée de documents nouveaux
Chapitre 1641
[69] Ms. de Conrart, t. X, p. 604.
M. de Montausier composa seize madrigaux pour sa chère cruelle: l’amant, comme on le voit, avait fait au poëte la part du lion; mais la muse Erato n’inspira pas toujours le poëte comme elle l’aurait dû, et, bien qu’il ait lutté sans trop de désavantage avec ses illustres émules, nous ne pouvons disconvenir que quelques-unes de ses fleurs manquent de coloris et paraissent maussades. L’Alceste de l’hôtel de Rambouillet ne fut pas toujours exempt de cet esprit alambiqué qui fit jaillir la pure critique de l’Alceste de Molière, et, de l’avis de Charles Nodier, l’Oronte de la comédie aurait trouvé place dans la Guirlande[70].
[70] Remarques préliminaires de l’édition donnée par Nodier et
citée plus haut.
Claude de Malleville vient après Montausier par le nombre de madrigaux. L’heureux poëte de la Belle Matineuse, qui remporta le prix sur tous ses concurrents pour ce célèbre sonnet proposé au mérite[71], travailla sur treize fleurs de la Guirlande, dont neuf furent insérées dans le manuscrit original[72]; ses vers, galamment tournés, remplis de délicatesse et de douceur, sont dignes assurément de ses autres poésies.
[71] Malleville avait une telle facilité à composer des sonnets
qu’il en fit trois pour la Belle Matineuse.—L’abbé Ménage les
cite dans une dissertation curieuse qu’il a faite sur tous les
sonnets que produisit cette manière de concours. D’après lui, ce
sont des imitations d’Annibal, célèbre poëte italien qui avait
traité le même sujet.
[72] Voyez Poésies de Malleville, édition A. Courbé, Paris,
1649, in-4°. Tous les madrigaux y figurent.—Nous avons ajouté à
la fin de notre édition les quatre pièces qui manquent au
manuscrit.
Georges de Scudéry vient ensuite avec un bouquet de douze fleurs brillantes et diaprées, parmi lesquelles cinq seulement furent prises et conservées par Montausier. Ces pièces, du fécond auteur d’Alaric, sont empreintes d’une légère affectation, mais le sentiment qui les a dictées est sincère[73], et l’on reconnaît vite d’ailleurs, sous l’aimable tournure de ses madrigaux, le faire original du Poëte guerrier. Scudéry rima souvent pour la marquise de Rambouillet et la charmante Julie. Nous trouvons dans ses poésies, outre de longues stances à Arthenice[74], le sixain suivant sur le portrait de Mme de Montausier, peinte sur marbre en habillement de Pallas, par Stella[75]:
Cette taille, ce port et cette majesté,
Mieux que l’habillement, montrent la vérité
De ce que le pinceau nous a voulu dépeindre.
L’art icy n’a point voulu feindre,
Et sans doute, ayant tant d’appas,
Ou c’est IVLIE ou c’est PALLAS.
[73] Voyez page 92: Fleurs inédites de M. de Scudery.
[74] Scudery, Poésies diverses, Courbé, 1649, in-4°.—_Neptune
à la nymphe de Seine pour Madame la marquise de Rambouillet_, p.