La guirlande de Julie: augmentée de documents nouveaux

Chapitre 1848

L’auteur des Historiettes, le calomniographe Tallemant des Réaux[89], montra un échantillon de son savoir-faire galant dans un madrigal sur les Lys, et il s’en tira assez délicatement pour recevoir tous les éloges.

 

[89] Gédéon Tallemant, seigneur des Réaux, né en 1619, mort en

1692. MM. Monmerqué et Paulin-Paris ont écrit sur Tallemant une

longue et savante étude, insérée dans les Historiettes,

publiées chez Techener.

Arnauld de Corbeville[90] emprunta le pinceau de Flore pour donner le plus vif coloris et les tons les plus fins à la fleur qu’il cueillit; sa Tulipe, superbe d’éclat, reste l’emblème du plus parfait amour sous la forme la plus élégante.

 

[90] Pierre-Arnauld de Corbeville, mestre de camp, général des

carabiniers, de la grande famille des Arnauld, que Balzac

appelait la famille éloquente: mort en 1651.—Voiture parle

souvent de lui dans ses poésies et ses lettres, et c’étoit au

moins, dit Tallemant, le Racan de Voiture en poésie burlesque.

Habert de Montmor[91] eut le choix original; il rima sur une robuste mais modeste petite fleur: La blanche Perce-Neige prêta à l’imaginative de l’auteur une grâce et un esprit qui font de son madrigal un des plus réussis de la Guirlande.

 

[91] Henri-Louis Habert, sieur de Montmor, conseiller du roy en

ses conseils, maître des requêtes, de l’Académie française, et

cousin de Philippe et Germain Habert, cités plus haut.—Mort vers

1635.—Cet auteur fit peu de vers français; à part quelques

épigrammes, on ne connaît de lui que des études latines.

Le marquis de Rambouillet[92] enfin, qui n’était assurément pas le courtisan ordinaire des Muses, essaya, pour la première fois peut-être, de les invoquer, afin de couronner son admirable fille. A travers la métamorphose de l’Hyacinthe qu’il choisit, il trouva matière à un aimable sixain, assez agréablement tourné pour faire honneur à un poëte de profession.

 

[92] Charles d’Angennes, marquis de Rambouillet, né en 1577, mort

en 1652.

Avec le père de la princesse Aminte se termine notre étude sur la Guirlande. Nous aurions pu étendre cette Notice, l’augmenter de nombreuses pièces, y joindre des poésies à la louange de Julie, et faire ressortir davantage la flore de chaque madrigal; mais nous avons craint d’alourdir de trop de plomb le fragile canevas sur lequel se joue, en légères arabesques, la délicatesse des plus doux madrigaux.

Nous avons reproduit avec une grande exactitude, l’orthographe de la Guirlande de Julie, extrêmement surannée même pour l’époque où elle fut calligraphiée par le célèbre Jarry. Après avoir revu sur tous les textes connus le texte original de l’œuvre de Montausier, nous en avons minutieusement recueilli les variantes pour les placer à la fin de ce volume, et, sans vouloir parler du luxe typographique dont nous entourons cette réimpression, nous croyons, grâce aux sérieuses études auxquelles nous nous sommes livré, donner une édition justement recommandable par sa clarté, ses annotations, ses documents inédits et les soins scrupuleux que nous avons apportés dans les plus petits détails.

La Guirlande de Julie devait figurer dans notre collection des Poëtes de ruelles au XVIIe siècle.—Le concours de tant de brillants esprits, réunis pour une œuvre si fameuse qu’elle est, en quelque sorte devenue classique, est d’un vif attrait pour la savante curiosité des lettrés.—Nous ne prétendons pas cependant présenter au public un chef-d’œuvre littéraire: ces petites pièces de poésie, ainsi que nous le fait remarquer un bibliographe judicieux, ont un mérite assez mince quand on les considère séparées des peintures pour lesquelles elles ont été faites, et privées d’une circonstance unique dans l’histoire de la galanterie; mais, en souvenir et pour le respect que nous portons à Mlle de Rambouillet, la Guirlande de la princesse Julie restera toujours le livre de l’imagination la plus française, l’Anthologie galante la plus précieuse de notre littérature, et comme un monument d’illustre courtoisie, à cette époque admirable et de suprême politesse où le talent tenait à honneur de couronner dignement et de fleurs immortelles la vertu, le mérite et la beauté.

 

OCTAVE UZANNE.

[Illustration]

[Illustration]

 

LA

GVIRLANDE

DE

IVLIE,

 

pour

Mademoiselle de Rambouillet,

IVLIE-LVCINE

D’ANGENNES.

 

[Illustration]

 

Escript par N. Jarry.

 

1641

 

[Illustration]

 

ZEPHIRE A IVLIE[1].

Madrigal.

 

Recevez, ô Nymphe adorable,

Dont les cœurs reçoiuent les loix,

Cette COVRONNE, plus durable

Que celle que l’on met sur la teste des Roys.

Les Fleurs dont ma main la compose

Font honte à ces Fleurs d’or qu’on voit au Firmament;

L’eau dont Permesse les arrose

Leur donne vne fraîcheur qui dure jncessamment:

Et tous les jours ma belle Flore,

Qui me chérit et que i’adore,

Me reproche, auecque courroux,

Que mes soupirs iamais pour elle

N’ont fait naistre de Fleur si belle

Que i’en ay fait naistre pour vous.

 

De M. le marquis DE MONTAUSIER.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

LA COVRONNE IMPERIALE[2].

Madrigal.

 

Ie suis ce Prince glorieux

De qui le bras victorieux

A terracé l’orgueil d’vn redoutable Empire.

Au plus froid des climats je me sentis brusler

Par vn nouueau Soleil que l’vniuers admire,

Et que celuy des Cieux ne sçauroit égaler.

Du riuage inconnu de l’aspre Corélie,

Où la mer sous la glace est toute enseuelie,

Le flambeau de l’Amour mes voiles conduisant,

Ie vins pour rendre hommage à l’auguste IVLIE;

Mais, iugeant ma Couronne vn indigne présent,

Ie voulus conquérir le riche Diadême

Dont iadis les Cæsars en leur pompe suprême

Eurent le front si reluisant.

Au comble d’vn succés qui les peuples étonne,

Vainqueur des ennemis et vaincu du malheur,

Ie rencontray la mort dans le champ de Bellonne.

L’Amour vid mon désastre, et, flattant ma douleur,

Me conuertit en vne illustre Fleur

Que de l’EMPIRE il nomma la COVRONNE.

Ainsi ie fus le prix que cherchoit ma valeur,

Ainsi par mon trépas i’acheuay ma conqueste.

En cet état, IVLIE, accorde ma requeste,

Sois pitoyable à ma langueur;

Et si ie n’ay place en ton cœur,

Que ie l’aye au moins sur ta teste.

 

De M. CHAPELAIN.

[Illustration]

 

LA COVRONNE IMPERIALE.

Madrigal.

 

BIEN que de la Rose et du Lys

Deux Roys, d’éternelle mémoire,

Facent voir leurs fronts embellis,

Ces Fleurs sont moindres que ta gloire;

Il faut vn plus riche ornement

Pour récompenser dignement

Vne vertu plus que Royale;

Et si l’on se veut acquitter,

On ne peut moins te présenter

Qu’vne COVRONNE IMPERIALE.

 

De M. DE MALLEVILLE.

[Illustration]

 

LA COVRONNE IMPERIALE[3].

Madrigal.

 

Qvelqve diuersité que le parterre étale,

Ie me treuve sans effroy:

LA COVRONNE IMPERIALE

Est seule digne de toy.

Tant de Fleurs que la nature

Esmaille de sa peinture

N’ont rien qu’on doiue estimer.

Voy l’éclat qui m’enuironne:

Moy seule fais LA COVRONNE

Que tant d’autres ensemble ont peine de former.

 

De M. DE SCUDERY.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

LA ROSE.

Madrigal.

 

Alors que ie me voy si belle et si brillante,

Dans ce teint dont l’éclat fait naistre tant de vœux

L’excés de ma beauté moy-même me tourmente;

Ie languis pour moy-même, et brusle de mes feux,

Et ie crains qu’aujourd’huy la ROSE ne finisse

Par ce qui fit iadis commencer le Narcisse.

 

De M. HABERT, abbé de Cérisy.

[Illustration]

 

LA ROSE[4].

Madrigal.

 

Devant ce teint d’vn beau sang animé,

Ie ne parois que pour ne plus paroistre;

Ie n’ay plus rien de ce lustre enflamé

Que de Vénus le sang auoit fait naistre.

Le vif éclat de ce teint nompareil

Me fait paslir, accuser le Soleil,

Seicher d’enuie et languir de tristesse.

O sort bizarre! ô rigoureux effet!

Ce qu’a produit le sang d’vne Déesse,

Le sang d’vne autre aujourd’huy le défait.

 

De M. DE MALLEVILLE.

[Illustration]

 

LA ROSE[5].

Madrigal.

 

Assise en majesté sur vn Throsne d’épines,

Ie porte le Sceptre des Fleurs,

Qui cédent à l’éclat de mes grâces diuines,

Quand l’Aurore au matin m’arrose de ses pleurs;

Mais, beauté que le monde adore,

Et qui sçais doucement rauir,

I’estime beaucoup plus l’honneur de vous seruir

Que celuy de régner dans l’Empire de Flore.

 

De M. le marquis DE MONTAUSIER.

[Illustration]

 

LA ROSE.

Madrigal.

 

Si vous n’auiez banny l’ardeur démesurée

Qui du cœur des mortels fait triompher l’Amour,

Ma beauté prés de vous seroit mal assurée:

Aux chaleurs de l’esté ie ne dure qu’vn jour.

Mais vn sort plus heureux en ce lieu m’enuironne:

Le temps, dont le pouuoir de toute chose ordonne,

Par vos charmes puissans se trouue surmonté;

I’ay de vous obtenu la faueur desirée,

Et sur vostre visage, où règne la beauté,

Ie suis d’éternelle durée.

 

De M. COLLETET.

[Illustration]

 

LA ROSE[6].

Madrigal.

 

Qvoy que la Fable nous raconte,

Iamais la Reine d’Amathonte

Ne changea ma couleur ni mon lustre ancien.

Si quelque trait de flame à ma neige s’allie,

C’est de honte que i’ay que le teint de IVLIE

Est estimé plus frais et plus beau que le mien.

 

De M. COLLETET.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

LE NARCISSE[7].

Madrigal.

 

Ie consacre, IVLIE, vn NARCISSE à ta gloire;

Luy-mesme des beautez te céde la victoire.

Estant iadis touché d’vn amour sans pareil,

Pour voir dedans l’eau son image,

Il baissoit toujours son visage,

Qu’il estimoit plus beau que celuy du Soleil.

Ce n’est plus ce dessein qui tient sa teste basse;

C’est qu’en te regardant, il a honte de voir

Que les Dieux ont eu le pouuoir

De faire vne beauté qui la sienne surpasse.

 

De M. le marquis DE MONTAUSIER

[Illustration]

 

LE NARCISSE[8].

Madrigal.

 

Ie suis ce NARCISSE fameux

Pour qui iadis Echo répandit tant de larmes,

Et de qui les appas ne cédent qu’à vos charmes,

Qui viens pour vous offrir mes vœux.

Qu’on m’accuse, belle Ivlie,

D’auoir en ce dessein plus de temerité

Que ie n’eus iamais de folie

Adorant ma propre beauté,

Ie ne puis m’empescher de commettre ce crime,

Ie le trouue trop glorieux.

Oyez donc ce discours que ma pasleur exprime,

Et qui ne s’entend que des yeux:

Si vous me voyez le teint blesme,

Ce n’est plus moi, c’est vous que i’ayme.

 

De M. le marquis DE MONTAUSIER.

[Illustration]

 

LE NARCISSE[9].

Madrigal.

 

Epris de l’amour de moy-même,

De Berger que i’estois ie deuins vne Fleur;

Faites proffit de mon malheur,

Vous que le Ciel orna d’vne beauté suprême;

Et pour en euiter les coups,

Puisqu’il faut que tout ayme, aymez d’autres que vous.

 

De M. HABERT, cap. de l’artillerie.

[Illustration]

 

LE NARCISSE[10].

Madrigal.

 

Qvand ie voy vos beaux yeux si brillans et si doux,

Qui n’ont plus desormais rien à prendre que vous,

Leur éclat m’est suspect, et pour vous i’appréhende.

Souuent ce riche don est chérement vendu:

Je sçay que ma beauté ne fut jamais si grande,

Et pourtant chacun sçait comme elle m’a perdu.

 

De M. HABERT, abbé de Cérisy.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

L’AMARANTHE[11].

Madrigal.

 

Ie suis la Fleur d’Amour, qu’AMARANTHE on appelle,

Et qui viens de IVLIE adorer les beaux yeux.

Roses, retirez-vous, i’ay le nom d’Immortelle!

Il n’appartient qu’à moy de couronner les Dieux.

 

De M. DE GOMBAUD.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

L’ANGELIQVE.

Madrigal.

 

Recevez mon service, adorable IVLIE,

Seule que la nature a fait naistre accomplie.

Ah! que i’estimeray mon destin glorieux,

Si vôtre belle main sur vos cheueux m’applique!

Ie suis fauorite des Cieux,

Ie porte le nom d’ANGELIQVE;

Mais ie n’ignore pas qu’au jugement de tous,

Ie la suis beaucoup moins que vous.

 

De M. le marquis DE MONTAUSIER.

[Illustration]

 

L’ANGELIQVE[12].

Madrigal.

 

Qvand toutes les Fleurs prennent place

Sur l’yuoire de vôtre front,

Il faut par raison que ie face

Ce que par audace elles font;

Et certes, si la voix publique

Me nomme partout ANGELIQVE,

Et me donne tant de renom,

Ie répons mal à ses louanges,

Et ne mérite plus mon nom,

Si ie ne couronne les Anges.

 

De M. DE MALLEVILLE.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

L’OEILLET.

Madrigal.

 

Bien que dans l’Empire des Fleurs

I’espere emporter la Couronne

Dessus toutes mes autres sœurs,

Au moins si la beauté la donne,

Deuant ton teint vif et vermeil,

De qui l’effet, plus grand que celuy du Soleil,

Des cœurs les plus gelez fond la plus dure glace,

Mon éclat se ternit et mon lustre s’efface;

Mais dessus tes cheueux ie reprens ma beauté,

Et i’emprunte de toy ce que tu m’as osté.

 

De M. le marquis DE MONTAUSIER.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

LA FLEVR DE THIN[13].

Madrigal.

 

Sans beauté, sans grandeur, sans éclat et sans grace,

Ie nays, par un arrest de mon jniuste sort,

Incapable d’vn bel effort

Pour acquérir l’illustre place

Où mon ambition m’ose faire aspirer.

Toutesfois, ô belle IVLIE,

Si de tes doux regards tu daignes m’éclairer,

Ie renaistray par eux de tant d’attraits remplie

Que i’auray suiet d’espérer

De rendre ta COVRONNE et ma gloire accomplie.

Sois donc fauorable à mes vœux,

Embellis ma laideur, releue ma bassesse,

Des Destins montre-toy maîtresse,

Metz-moy, malgré leur haine, en vn état heureux.

La Nature, pour moy non moins barbare qu’eux,

En vain t’oppose ses obstacles;

Tes beaux yeux chaque iour font de plus grans miracles.

 

De M. D’ANDILLY le filz.

 

[Illustration]

 

LE IASMIN.

Madrigal.

 

Cavse de tant de feux, source de tant de pleurs,

Ivlie, accorde ma requeste;

Comme à toutes ces autres Fleurs,

Donne-moy place sur ta teste:

Deuant le lustre de mon teint

L’éclat des plus beaux Lys s’éteint;

Par tout ailleurs ie leur fais honte;

Seulement dans ton sein leur blancheur me surmonte.

 

De M. le marquis de Montausier.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

L’ANEMONE.

Madrigal.

 

Ie m’offre à vous, belle IVLIE,

Mais ne refusez pas mes vœux;

La COVRONNE qu’on met dessus vos beaux cheueux

Sans moy ne peut estre accomplie.

Ie dois entre les Fleurs tenir le premier rang;

On ne sçauroit cueillir que parmy les épines

Cette Fleur que Vénus fit naistre de son sang,

Et ie n’en mesle point à mes beautez diuines;

Mais l’éclat de votre beauté

M’accuse de temerité,

Ie céderai toujours aux Roses,

Tandis qu’elles seront sur vôtre teint écloses.

 

De M. le marquis DE MONTAUSIER.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

LA VIOLETTE[14].

Madrigal.

 

Franche d’ambition, ie me cache sous l’herbe,

Modeste en ma couleur, modeste en mon séiour;

Mais si sur vostre front ie me puis voir vn jour,

La plus humble des Fleurs sera la plus superbe.

 

De M. DES MARESTZ.

[Illustration]

 

LA VIOLETTE.

Madrigal.

 

De tant de Fleurs par qui la France

Peut les yeux et l’ame rauir,

Vne seule ne me deuance

Au juste soin de te seruir.

Que si la Rose en son partage

Fait gloire de quelque auantage

Que le Ciel daigne luy donner,

Elle a tort d’en estre plus fiére,

I’ay l’honneur d’estre la premiére

Qui naisse pour te couronner.

 

De M. DE MALLEVILLE.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

LES LYS.

Madrigal.

 

Merveille de nos jours, dont les charmes vainqueurs

Rauissent les esprits et regnent dans les cœurs,

Rare present du Ciel, adorable IVLIE;

Lors que toutes les Fleurs d’vn email precieux

Viennent rendre à l’enuy ta COVRONNE embellie,

C’est sur moy que tu dois arrester tes beaux yeux.

De la Reyne de l’air ie suis la fleur diuine,

Ma blancheur de son lait tire son origine,

Il se fait voir encor sur mon teint sans pareil;

Et le Dieu dont les loix forment la destinée

Veut que le plus grand Roy qu’éclaire le Soleil

Ayt de moy seulement la teste couronnée.

Au temple de Thémis ie preside auec luy;

Son Throsne glorieux est mon illustre appuy;

La valeur de ce Mars fait pour moy des miracles,

Et ie dois espérer que par son bras puissant

S’accompliront bien-tôt les celebres oracles

Qui me promettent place au dessus du Croissant.

Mais parmy ces grandeurs, le bruit de ton merite

A me donner à toy si fortement m’jnuite,

Que ie veux de ma gloire enrichir ta beauté.

En vain toutes les Fleurs, dans leur pompe suprême

Se vantent de t’orner d’vn Royal Diadême,

Leur plus superbe éclat n’a point de majesté.

Nulle autre que le LYS sans audace n’aspire

A te rendre vn honneur qui soit digne de toy:

Elles parent ton front, et ie t’offre vn Empire,

Puis qu’en te couronnant, ie t’égale à mon Roy.

 

De M. D’ANDILLY.

[Illustration]

 

LES LYS[15].

Madrigal.

 

Le plus ardent de tous mes vœux

Est de couronner tes cheueux,

Et ie croy, si ie ne me flatte,

Que ie puis aspirer à cet honneur nouueau;

Car par moy ton visage est beau,

Et par moy de nos Roys le Diadême éclatte:

Mais i’ay plus de gloire cent fois,

Et ie tire plus d’auantage

D’éclatter dessus ton visage

Que dessus la teste des Roys.

 

De M. le marquis DE MONTAUSIER.

[Illustration]

 

LES LYS[16].

Madrigal.

 

Reçoy les LYS que ie te donne,

Pour en former vne Couronne

Par qui ton pouuoir soit dépeint;

C’est l’ornement que ie t’apreste:

Pour rendre ce qu’on doit aux LYS de ton beau teint,

Il t’en faut mettre sur la teste.

 

De M. DE MALLEVILLE.

[Illustration]

 

LE LYS.

Madrigal.

 

Devant vous je pers la victoire

Que ma blancheur me fit donner,

Et ne preten plus d’autre gloire

Que celle de vous couronner.

Le Ciel, par vn honneur insigne,

Fit choix de moy seul autres fois,

Comme de la Fleur la plus digne

Pour faire vn present à nos Roys.

Mais si i’obtenois ma requeste,

Mon sort seroit plus glorieux

D’estre monté sur vôtre teste

Que d’estre descendu des Cieux.

 

De M. DES REAUX-TALLEMANT.

[Illustration]

 

LES LYS.

Madrigal.

 

Ie puis mettre, entre les louanges

Qui me rendent si glorieux,

D’auoir fleury dedans les Cieux,

Cultiué de la main des Anges;

Mais, certes, c’est y retourner

Que de vous pouuoir couronner.

 

De M. MARTIN.

[Illustration]

 

LES LYS[17].

Madrigal.

 

Qve i’ay de gloire à cette fois,

Que j’ombrage ces belles tresses!

Ie ne couronnois que les Roys,

Et ie couronne les Déesses.

 

De M. MARTIN.

[Illustration]

 

LES LYS[18].

Madrigal.

 

Vn diuin oracle, autres fois,

A dit que ma pompe et ma gloire

Sur celle du plus grand des Roys

Pouuoit emporter la victoire;

Mais si i’obtiens, selon mes vœux,

De pouuoir parer vos cheueux,

Ie dois, ô IVLIE adorable,

Toute autre gloire abandonner,

Car nul honneur n’est comparable

A celuy de vous couronner.

 

De M. C… (?)

[Illustration]

 

LES LYS[19].

Madrigal.

 

Belle, ces LYS que ie vous donne,

Auront plus d’honneur mille fois

De seruir à vôtre COVRONNE

Que d’estre couronnez aux armes de nos Roys.

 

De M. DES MARETZ.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

LA TVLIPE[20].

Madrigal.

 

Ie fus vn Berger, autres fois,

Qui, poussé d’vne belle audace,

Alla cueillir dessus Parnasse

Des lauriers plus fameux que les lauriers des Roys.

Ce genereux desir d’vne éternelle gloire

Ne m’empécha pas de seruir

Auec les Filles de Mémoire

Les mortelles beautez qui me sceurent rauir.

Mais mon âme fut si volage,

A tant d’obiets diuers elle rendit hommage,

Et les bergeres si souuent,

En me reprochant leurs caresses,

Se plaignirent que mes promesses

Se perdoient parmy l’air dessus l’aile du vent,

Qu’Amour vint d’vne main puissante

Me transformer en cette Fleur,

Qui, comme i’eus l’ame inconstante,

Est inconstante en sa couleur.

Miracle de nos iours, si mes yeux t’eussent veuë

Avec tous ces appas dont le Ciel t’a pourueuë,

Mon cœur n’eut point esté leger;

Mais mon sort me console, et pour ma gloire ordonne,

Depuis que i’ay l’honneur d’embellir ta COVRONNE,

Que mes viues couleurs ne pourront plus changer.

 

De M. GODEAU.

[Illustration]

 

LA TVLIPE.

Madrigal.

 

Ie suis le plus brillant ouurage

Dont le pinceau de Flore embellit les estez,

Et sur les autres Fleurs i’ay le même auantage

Qu’a le feu de tes yeux sur les autres clartez.

Mais dans l’éclat qui m’enuironne,

Et qui de cent couleurs reléue mes beautez,

La gloire que le Ciel me donne,

D’estre vne fleur de ta COVRONNE,

A pour moy de si doux appas,

Que, bien que de ma mort ma gloire soit suiuie,

Pour mourir d’vn si beau trépas,

J’ayme mieux la mort que la vie.

 

De M. ARNAUD DE CORBEVILLE.

[Illustration]

 

LA TVLIPE, AV SOLEIL[21].

Madrigal.

 

Bel Astre à qui je dois mon estre et ma beauté,

Ajoûte l’jmmortalité

A l’éclat nompareil dont ie suis embellie;

Empêche que le temps n’efface mes couleurs:

Pour Throsne donne-moy le beau front de IVLIE;

Et si cet heureux sort à ma gloire s’allie,

Ie seray la Reyne des Fleurs.

 

De M. C. (CORNEILLE.)

[Illustration]

 

LA TVLIPE

NOMMÉE FLAMBOYANTE.

Madrigal.

 

Permettez-moy, belle IVLIE,

De mesler mes viues couleurs

A celles de ces rares Fleurs,

Dont vôtre teste est embellie:

Ie porte le nom glorieux

Qu’on doit donner à vos beaux yeux.

 

De M. le marquis de MONTAUSIER.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

LA IONQUILLE[22].

Madrigal.

 

Dans la Fable, ni dans l’Histoire

Il ne se parle point de moy;

Je ne me puis vanter de posséder la gloire

De descendre du sang ni d’vn Dieu ni d’vn Roy:

Mais la passion véritable

Que vous témoigne ma couleur,

Plus qu’vne plus illustre Fleur

Me doit rendre recommandable.

O beauté qu’on doit adorer!

Permettez-moy de vous parer,

Et ie m’estimeray cent fois plus glorieuse

Que celle dont l’histoire est cent fois plus fameuse.

 

De M. le marquis de MONTAUSIER.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

L’HYACINTHE[23].

Madrigal.

 

Ie n’ay plus de regret à ces armes fameuses

Dont l’jniuste refus précipita mon sort;

Si ie n’ai possedé ces marques glorieuses,

Vn destin plus heureux m’accompagne à la mort;

Le sang que i’ay versé d’vne illustre folie

A fait naistre vne Fleur qui couronne IVLIE.

 

De M. le M. DE R. (marquis DE RAMBOUILLET).

[Illustration]

 

L’HYACINTHE.

Madrigal.

 

Depvis mon changement, tout l’Vniuers remarque

Que d’vn triste et muet discours

Ie me plains qu’en mes plus beaux jours

I’ai ressenti la rigueur de la Parque;

Mais ie cesse de murmurer;

Car l’extrême plaisir que i’ai de te parer

Efface maintenant la plainte

Que mes feuilles portoient empreinte.

 

De M. le marquis DE MONTAUSIER.

[Illustration]

 

L’HYACINTHE[24].

Madrigal.

 

D’vn éternel bonheur ma disgrace est suiuie;

Ie n’ai plus rien en moy qui marque mon ennuy,

Autres fois vn Soleil me fit perdre la vie;

Mais vn autre Soleil me la rend aujourd’huy.

 

De M. C. (?)

[Illustration]

 

[Illustration]

 

L’ELIOTROPE

OV TOVRNESOL.

Madrigal.

 

A ce coup, les Destins ont exaucé mes vœux;

Leur bonté me permet de parer les cheueux

De l’jncomparable IVLIE;

Pour elle, Apollon, ie t’oublie,

Ie n’adore plus que ses yeux.

C’est auecque leurs traits qu’Amour me fait la guerre;

Ie quitte le Soleil des Cieux,

Pour suiure celuy de la terre.

 

De M. le marquis DE MONTAUSIER.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

LE SOVCY.

Madrigal.

 

Si l’on vous donne vn Lys, vn OEillet, vne Rose,

Ie vous veux présenter aussy

Vn triste et languissant SOVCY:

Le sort ne me laisse autre chose.

Ie souffre vne telle douleur

De vous offrir la moindre Fleur,

Qu’on verra dans vôtre COVRONNE

Que ie deuiens ce que ie donne.

 

De M. le marquis DE MONTAUSIER.

[Illustration]

 

LE SOVCY.

Madrigal.

 

Favt-il donc que la Rose ait sur moy l’auantage

D’étaler ses beautez dessus vôtre visage,

D’y charmer tous les cœurs et d’y donner des loix?

Luisez, Astre viuant, dessus ma dernière heure,

Vne jalouse ardeur ordonne que ie meure,

Pour vn second Soleil, vne seconde fois.

 

De M. HABERT, C… de l’artillerie.

[Illustration]

 

LE SOVCY.

Madrigal.

 

Ne pouuant vous donner ni Sceptre, ni Couronne,

Ni ce qui peut flatter les cœurs ambitieux,

Receuez ce SOVCY, qu’aujourd’huy ie vous donne,

Pour ceux que tous les jours me donnent vos beaux yeux.

 

De M. HABERT, C… de l’artillerie.

[Illustration]

 

LE SOVCY AV SOLEIL.

Madrigal.

 

Qvoy que tu sois pourueu d’vn éclat nompareil,

Ce n’est pas de ton feu que ie suis embellie;

Si ie suis la Fleur du Soleil,

C’est du Soleil qui luit dans les yeux de IVLIE.

 

De M. COLLETET.

[Illustration]

 

LE SOVCY[25].

Madrigal.

 

Iadis les rigueurs du Soleil

Me coûtérent la vie;

I’attens vn accident pareil

A cause que i’ai même enuie;

Mais il m’importe peu qu’elle me soit rauie,

Puisque, même après le trépas,

Ie sçay l’art de suiure ses pas.

 

De M. DE SCUDERY.

[Illustration]

 

LE SOVCY[26],

SOVS LE NOM DE CLYTIE.

Madrigal.

 

Mortels, qu’on ne m’accuse pas

D’estre jnfidéle, ni volage,

Bien qu’vn miracle de cet âge

Ait pris mon âme en ses appas;

Ie puis sans crime, et sans folie,

Cherir cet objet nompareil;

Aymer Apollon, ou IVLIE,

C’est toujours aymer le Soleil.

 

De M. DE MALLEVILLE.

[Illustration]

 

LE SOVCY,

SOVS LE NOM DE CLYTIE.

Madrigal.

 

Ie suis l’Amante, et l’Image

De l’Astre étincellant qui regne dans les Cieux,

Et ie puis sans orgueil prétendre l’auantage

De parer son front glorieux;

Mes riualles ont eu l’audace,

Dans leur plus superbe appareil,

De t’oser demander ma place;

Mais, jncomparable Soleil,

Plus digne de mes vœux que celuy qu’on adore

Nulle dans l’Empire de Flore

Ne me peut disputer cet honneur sans pareil.

Ie n’exalte point ma naissance,

Ie ne vante point mes appas;

Pour conceuoir cette espérance,

I’ay ce que les autres n’ont pas:

De rayons éclattans ie suis enuironnée;

Telle est ma destinée,

Que tu ne peux qu’à moy cette gloire donner:

Qui pourroit, qu’vn Soleil, vn Soleil Couronner?

 

De M. D’ANDILLY le filz.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

LA PENSEE.

Madrigal.

 

Vovs qui suiuez l’Amour, dont le feu vous égare,

Ne jettez point les yeux sur vn obiet si rare;

C’est auecque respect qu’il en faut approcher:

Quoy que de ses beautez vôtre âme soit blessée,

Apprenez que les mains n’ont pas droit d’y toucher,

Et que cet heur n’est deu qu’à la seule PENSÉE.

 

De M. COLLETET.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

LES SOVCYS ET LES PENSÉES.

Madrigal.

 

Lors que, pressé de mon deuoir,

Ie veux t’offrir vne GVIRLANDE,

Ta beauté m’oste le pouuoir

D’accomplir ce qu’il me commande;

 

Ce qui te la fait mériter

Empesche que tu ne l’obtiennes:

Ton beau teint ne peut supporter

D’autres merueilles que les siennes;

 

Par luy la Rose est sans couleur,

Les OEillets ont perdu la leur,

Les Tulipes sont effacées,

 

Les Lys n’ont plus de pureté;

Et pour toy rien ne m’est resté

Que des SOVCYS et des PENSÉES.

 

De M. DE MALLEVILLE.

 

[Illustration]

 

LA FLEVR D’ORANGE[27].

Madrigal.

 

Dv palais d’emeraude où la riche Nature

M’a fait naistre et regner auecque maiesté,

Ie viens pour adorer la diuine beauté

Dont le Soleil n’est rien qu’vne foible peinture.

Si ie n’ay point l’éclat ni les viues couleurs

Qui font l’orgueil des autres Fleurs,

Par mes douces odeurs ie suis plus accomplie,

Et par ma pureté plus digne de IVLIE.

Ie ne suis point suiette au fragile destin

De ces belles infortunées

Qui meurent dès qu’elles sont nées,

Et de qui les appas ne durent qu’vn matin;

Mon sort est plus heureux, et le ciel fauorable

Conserue ma fraîcheur et la rend plus durable.

Ainsi, charmant objet, rare présent des Cieux,

Pour mériter l’honneur de plaire à vos beaux yeux,

I’ai la pompe de ma naissance,

Ie suis en bonne odeur, en tout temps, en tous lieux,

Mes beautez ont de la constance,

Et ma pure blancheur marque mon jnnocence;

I’ose donc me vanter, en vous offrant mes vœux,

De vous faire moy seule vne riche Couronne,

Bien plus digne de vos cheueux

Que les plus belles Fleurs que Zéphire vous donne.

Mais si vous m’accusez de trop d’ambition,

Et d’aspirer plus haut que ie ne deurois faire,

Condamnez ma présomption,

Et me traittez en temeraire;

Punissez, i’y consens, mon superbe dessein

Par une seuére défense,

De m’éleuer plus haut que iusqu’à vôtre sein,

Et ma punition sera ma récompense.

 

De M. C. (CORNEILLE).

[Illustration]

 

[Illustration]

 

LE SAFFRAN.

Madrigal.

 

Ie viens m’offrir à vous pour parer vos cheueux,

Diuin obiet de mille vœux,

Par qui toute ame est enflammée;

La Nature, Mere des Fleurs,

Pour me distinguer de mes sœurs,

De langues m’a toute formée;

Mais, aymable IVLIE, il le faut auouër,

Ie n’en ay pas encore assez pour vous louër.

 

De M. le marquis DE MONTAUSIER.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

LA FLAMBE.

Madrigal.

 

Ie ne croy pas que ces GVIRLANDES,

Dont chacun vous fait des offrandes,

Conseruent toutes leurs couleurs;

Si votre bel œil les éclaire,

Ie m’attens bien de luy voir faire

Des FLAMBES de toutes les Fleurs.

 

De M. DE MALLEVILLE.

[Illustration]

 

LA FLAMBE.

Madrigal.

 

Parmy toutes ces autres Fleurs,

Receuez cette FLAMBE, ô IVLIE adorable!

C’est le viuant portrait des mortelles douleurs

Que cause dans mon sein vne playe jncurable;

Pour vous montrer l’état de mon cœur consumé,

Ie ne pouuois choisir qu’vn obiet enflammé!

 

De M. le marquis DE MONTAUSIER.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

LE MVGVET[28].

Madrigal.

 

I’abandonne les bois, dont les feüillages sombres,

Malgré l’Astre bruslant qui répand les clartez,

Conseruant ma fraicheur sous leurs épaisses ombres,

Pour venir rendre hommage à tes rares beautez.

Mais ie crains, en voyant l’éclat qui t’enuironne,

Que ton feu sans pareil,

Ne me soit plus fatal que celuy du Soleil.

N’jmporte, toutes fois, quoy que le Ciel ordonne,

Ou i’embelliray ta COVRONNE,

Ou, mourant au feu de tes yeux,

Mon sort égalera le sort des demy-Dieux.

 

De M. DE BRIOTTE.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

LA FLEVR DE GRENADE[29].

Madrigal.

 

Dans l’Empire fameux de Flore et de Pomone,

Mon pere a mille enfans qui portent la Couronne;

Mais, préférant mon sort au leur,

I’ay mieux aymé demeurer Fleur,

Auec le vif éclat dont ie suis embellie,

Afin de m’offrir Vierge à la chaste IVLIE.

O perte fauorable! ô change précieux!

Ie quitte vne gloire mortelle,

Pour l’jmmortel honneur de parer cette belle,

Et le destin des Roys pour le destin des Dieux.

 

De M. C… (?)

[Illustration]

 

LA FLEVR DE GRENADE.

Madrigal.

 

D’vn pinceau lumineux l’Astre de la lumiere

Anime mes viues couleurs,

Et regnant sur l’Olympe en sa vaste carriere,

Il me fait regner sur les Fleurs;

Ma pourpre est l’ornement de l’empire de Flore;

Autres fois ie brillay sur la teste des Roys,

Et le riuage More

Fut suiet à mes loix;

Mais, méprisant l’éclat dont ie suis embellie,

Ie renonce au Flambeau des Cieux,

Et viens, ô diuine IVLIE!

Adorer tes beaux yeux,

Pour viure par le feu d’vne plus noble vie,

Ie viens par vne belle ardeur,

A la honte du Ciel, acheuer ta grandeur;

Il te deuoit vne Couronne,

Et moy ie te la donne.

 

De M. DE BRIOTTE.

 

[Illustration]

 

LA FLEVR D’ADONIS[30].

Madrigal.

 

Si quelque soin vous tient de vous rendre jmmortelle,

Et de voir vôtre nom par le monde semé,

Rendez-vous à l’Amour, ne soyez plus rebelle;

Si ie fleuris encor, c’est pour auoir aymé.

 

De M. DE MALLEVILLE.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

LA PERCE-NEIGE.

Madrigal.

 

Fille du bel Astre du jour,

Ie nays de sa seule lumiere,

Alors que sans chaleur, à son nouueau retour,

Des mois il ouure la Carriere.

Ie vis pure, et dans la froideur;

Et mon teint, qui la NEIGE efface,

Conserue son éclat dans l’extréme rigueur

De l’hyver couronné de glace.

Fleurs peintes d’vn riche dessein

Que le chaud du Soleil fait naistre,

Et qui, peu chastement, ouurez votre beau sein

Au Pere qui vous donna l’estre;

Vous qui sans pudeur aux Zéphirs

Souffrez découurir vos richesses,

Et vous laissant toucher à leurs foibles soupirs,

Ployez sous leurs molles caresses;

Osez-vous, peu modestes Fleurs,

Prétendre Couronner cette beauté séuère?

Et ne craignez-vous point les cruelles froideurs

Dont elle sait punir vne ame temeraire?

N’ayez plus cette vanité,

Puis que seule ie dois obtenir l’auantage

D’orner de son beau chef l’auguste maiesté,

Lors que de tous les cœurs elle reçoit l’hommage,

Au Throsne de la pureté.

 

De M. DE MONTMOR-HABERT.

[Illustration]

 

LA PERCE-NEIGE[31].

Madrigal.

 

Sovs vn voile d’argent la Terre enseuelie

Me produit, malgré sa fraicheur;

La NEIGE conserue ma vie,

Et, me donnant son nom, me donne sa blancheur;

Mais celle de ton sein, nompareille IVLIE,

Me fait perdre aujourd’huy le prix

Que ie ne cede pas au Lys.

 

De M. DE BRIOTTE.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

LE PAVOT.

Madrigal.

 

Accordez-moy le priuilége

D’approcher de ce front de nége;

Et si ie suis placé (comme il est à propos)

Auprès de ces Soleils que le Soleil seconde,

Ie leur donneray le repos

Qu’ils dérobbent à tout le monde.

 

De M. DE SCUDERY.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

L’IMMORTELLE[32].

Madrigal.

 

Foibles Fleurs, à qui le destin

Ne donne jamais qu’vn matin,

Reconnoissez vôtre folie;

Moy seule dois prétendre à couronner IVLIE.

Digne objet des plus dignes vœux,

Placez-moi dessus vos cheueux;

I’aspire à cet honneur, faites que ie l’obtienne;

Ainsi puisse le Ciel vous combler de plaisirs,

Faire que tout succéde à vos justes desirs,

Et que vôtre beauté dure autant que la mienne!

 

De M. DE SCUDERY.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

L’IMMORTELLE BLANCHE[33].

Madrigal.

 

Donnez-moy vos couleurs, Tulipes, Anémones;

OEillets, Roses, Iasmins, donnez-moy vos odeurs:

Des contraires saisons le froid, ni les ardeurs,

Ne respectent que les Couronnes

Que l’on compose de mes Fleurs;

Ne vous vantez donc point d’estre aymables ni belles;

On ne peut nommer beau ce qu’efface le Temps,

Pour couronner les beautez éternelles,

Et pour rendre leurs yeux contens,

Il ne faut point estre mortelles.

Si vous voulez affranchir du trépas

Vos brillans, mais frêles appas,

Souffrez que i’en sois embellie;

Et si ie leur fais part de mon éternité,

Ie les rendray pareils aux appas de IVLIE,

Et dignes de parer sa diuine beauté.

 

De M. C. (CORNEILLE).

 

[Illustration]

 

LE MELEAGRE[34].

Madrigal.

 

Ie vay finir pour IVLIE:

O que Mon destin est beau!

La glorieuse folie!

Dieux! le superbe tombeau!

Ie suis Fleur, et fus jadis Homme;

Mon sort vne autre fois se trouue au même point,

Car un feu secret me consomme,

Qui me brusle et ne paroist point.

 

De M. DE SCUDERY.

[Illustration]

[Illustration]

 

MADRIGAUX

DESTINÉS

A LA GUIRLANDE DE JULIE

 

[Illustration]

 

AVERTISSEMENT

 

Il avoit cueilli sur le Parnasse _toutes les

plus belles fleurs_ qui composoient cette

fameuse Guirlande, dont les Muses françoises

couronnèrent à l’envie l’illustre Julie.

 

NICOLAS PETIT, Vie de Montausier.

 

Le baron de Sainte-Maure s’occupait depuis longtemps de la composition de sa Couronne poétique, avant que Jarry ne se mît à l’œuvre, et l’idée de la Guirlande fut au moins conçue, selon nous, dans le courant de l’année 1632[93].

 

[93] Voyez la note que nous donnons plus loin, aux Madrigaux de

Scudéry, imprimés en 1636, avec un très-intéressant

Advertissement.

 

M. Amédée Roux, dans son remarquable ouvrage _Montausier, sa vie

et son temps_ (Paris, Didier, 1860), relève une erreur du père

Petit, jésuite, qui porte la présentation des deux Montausier à

l’hôtel de Rambouillet en 1634. C’est dans l’hiver 1631-1632 que

cette présentation eut lieu (affirme M. A. Roux). Or, par un

curieux rapprochement qui vient fortifier notre assertion sur la

date où fut conçue la Guirlande, Tallemant nous apprend que le

baron de Sainte-Maure fut amoureux, dès qu’il la vit, de Julie

d’Angennes, et que cette dernière dut s’en apercevoir, «_car dès

le temps du Roy de Suède il avoit commencé à travailler à la_

Guirlande». Le temps du Roi de Suède, n’est-ce pas l’époque des

grandes guerres et de la mort du héros, c’est-à-dire 1631 et 1632?

(Voyez Tallemant des Réaux, historiette de Montauzier.)

Plus guerrier que poëte, et par conséquent moins souvent à Paris qu’au delà du Rhin, l’amant discret de Julie d’Angennes, ne pouvant donner à son œuvre que ses rares moments de loisir, dut convier par avance tous les poëtes à l’illustre galanterie qu’il a su perpétuer.

Les fleurs affluèrent en gerbes, briguant l’honneur d’être nouées à la Guirlande, qui, certes, se fût de beaucoup augmentée si M. de Montausier, forcé de choisir, n’eût fait l’anthologie manuscrite que nous réimprimons.

Le Dignus intrare ne fut donc pas prononcé pour toutes les fleurs, et nombre de pauvres madrigaux durent rester à la porte, honteux et confus de ne pas orner le front de Julie.

Les poëtes de l’époque étaient inconstants, et dans le monde précieux qui fréquentait le Bureau d’esprit, un madrigal ne pouvait rester longtemps inoccupé; il serait donc plausible qu’une partie des fleurs primitivement destinées à la Guirlande, légèrement retouchées et fardées par la suite, fussent passées comme simples bluettes dans les mains de beautés inconnues.

Par un heureux contraste, des fidèles comme Malleville et Scudéry, des madrigaliers modestes comme les anonymes du manuscrit de Conrart, déposèrent intacts dans différents recueils leurs madrigaux rejetés de la Guirlande comme un hommage dévoué que nous devons respecter.

Nous ne saurions, à la suite de notre réimpression, refuser l’hospitalité à ces courageux madrigaux, depuis trop de temps vagabonds; M. Ch. L. Livet, dans la parfaite et sérieuse édition qu’il a donnée de la Guirlande[94], a déjà restitué à leur véritable place les anonymes du manuscrit de Conrart et les pièces de Malleville qui ne figurent pas dans le texte original.

 

[94] Appendice à la savante étude des Précieux et Précieuses

(Paris, Didier, 1870, 2e édition).

Nous suivons cette excellente voie, et ajoutons à notre nouvelle édition sept madrigaux, jusqu’alors inédits, conservés dans les poésies de Scudéry.

En ramassant en quelque sorte les fleurs tombées en dehors de la Guirlande manuscrite, et en les groupant de nouveau, nous faisons plus qu’une restitution, nous adhérons pieusement aux vœux des poëtes qui voulurent payer à la belle Julie leur tribut d’estime et d’admiration.

 

O. U.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

MADRIGAUX INÉDITS

COMPOSÉS POUR LA GUIRLANDE

MANUSCRIT DE CONRART[95]

 

[95] Ces madrigaux inédits, destinés à la Guirlande de Julie

nous sont fournis par une copie, d’ailleurs très-incomplète, qui

se trouve dans un des volumes manuscrits de Conrart, indépendant

des deux collections bien connues de l’Arsenal. (Manuscrit petit

in-f{o}, Mélanges de vers et prose, Belles-lettres, 145, pages

1087 et suivantes.) Les madrigaux de ce manuscrit ne portaient

pas primitivement de noms d’auteurs. M. J. B. A. SOULIÉ a

restitué sa paternité connue à chaque madrigal, et a dressé une

nomenclature des pièces qui manquent à cette version manuscrite.

Tous les madrigaux que nous donnons ici sont anonymes et ne

figurent pas dans le manuscrit original.

 

Ce texte est scrupuleusement conforme à l’orthographe du

manuscrit.

 

SUR LA FLAMBE

GUSTAVE A JULIE

 

_Divine cause de mes pleurs,

Object dont la gloire m’estonne,

Adjouste à tant de belles fleurs

Ceste_ Flambe que je te donne.

 

_Tes yeux peuvent bien approuver

Ce présent d’un cœur tributaire;

La_ Flambe _qui te va trouver

Est un feu qui tend à sa sphere_.

 

_Jette ton regard curieux

Sur les merveilles qu’elle enserre;

Ce qu’est Iris dedans les Cieux,

La_ Flambe l’est dessus la terre.

 

_Ou sois favorable à mes vœux,

Ou tu seras digne de blasme;

Je ne mets que sur tes Cheveux

Ce que tu mets dedans mon âme._

 

_Il faut que son feu nompareil

Cherche un object à qui tout cede,

Et que ce qui vient du Soleil

Un autre Soleil le possede._

 

_A peine luit-elle en ces lieux,

Où l’amour veut que je l’envoye,_

_Que, paroissant devant tes yeux,

Elle s’espanouit de joye._

 

_Tes yeux en cest heureux séjour

Raniment sa grâce premiere,

Et c’est moins de l’Astre du jour

Que d’eux qu’elle tient sa lumiere._

 

_L’Arc-en-Ciel n’a point de couleur

Que le Soleil rende si belle

Que le lustre de cette fleur

Quand tes yeux rayonnent sur elle._

 

_A l’esclat du feu vehement

Dont toutes ses feuilles sont pleines,

Tu pourras juger aysement

Celuy qui brusle dans mes veynes._

 

_Ces feuilles qui dans ce beau lieu

N’ont rien que de vif et de rare,

Sont autant de langues de feu

Par qui mon amour se déclare._

 

_Je ne puis en la vive ardeur

Que me cause ta renommée

Exprimer l’estat de mon cœur

Que par une chose enflammée._

 

_Certes, mon courage est atteint

D’autant de peines violentes

Que l’émail dont elle se peint

Brille de couleurs differentes._

 

_Face l’Astre qui luit aux Roys,

Pour adoucir mon amertume,

Que la_ Flambe _que tu reçois

Passe en ton cœur et te consume_[96]!

 

ANONYME

 

[96] P. 1097 du manuscrit.

 

LA TULIPE[97]

 

_Curieux Enfants d’espérance,

Belle troupe de mes Amans,

Ne vivez plus dans l’ignorance

Du suject de mes changemens.

Je cherche à me rendre embellie

D’un si grand nombre de couleurs

Qu’il ne faille que de mes fleurs

Pour la Guirlande de_ Julie.

 

ANONYME.

 

[97] P. 1100 du manuscrit.

 

EN FAVEUR DE LA GUYRLANDE DE JULIE

MADRIGAL[98]

 

_Quell’ est cette beauté que tout le monde adore?

A voir son front orné de tant de vives fleurs,

Et son teint surmonter l’esclat de leurs couleurs,

On la prendroit pour la Déesse Flore.

Mais non, Flore s’esmeut au doux vent des Zephirs,

Et celle-cy resiste au vent de noz souspirs._

 

ANONYME.

 

[98] P. 1102 du manuscrit.

 

LE NARCISSE

POUR LA GUIRLANDE DE JULIE[99]

 

_Lorsque la Nymphe Écho fut réduitte en servage,

Et ressentit les traicts de ma vaine beauté,

Si de_ Julie _elle eust eu le visage,

J’eusse banny de moy l’insensibilité.

Jamais une fontaine en son cristal mobile_

_Ne m’eust charmé les yeux d’un object decevant,

Un autre plus divin m’eust pris auparavant

Et la Nymphe eust trouvé ma conqueste facile.

Je ne serois pas fleur; mais, ô doux changement,

Mémorable destin d’un bienheureux Amant!

Agréable folie!

Je triomphe en ma perte et deviens glorieux

De pouvoir vivre ainsy jusqu’au temps de_ Julie,

D’embellir sa Guirlande et de plaire à ses yeux.

 

ANONYME.

 

[99] P. 1103 du manuscrit.

 

L’OEILLET A JULIE[100]

 

_La blancheur de ta main m’est un trosne d’yvoire,

Et, bien que par ton teint le mien soit surmonté,

Je suis soubz ton Empire au comble de la gloire,

Et j’emprunte de toy ma plus grande beauté._

 

ANONYME.

 

[100] P. 1104 du manuscrit.

 

L’ANGELIQUE[101]

 

_De tant de fleurs que l’on vous donne

Pour composer cette Couronne,

Celle que je vous viens offrir

Vous sera la plus chere.

Le Ciel qui cognoissoit qu’elle vous devoit plaire,

D’un Amour non commun a daigné la chérir;

A ce que vous aymez ses dons il communique,

Et vous aymez surtout la celeste_ Angelique[102].

 

ANONYME.

 

[101] P. 1106 du manuscrit.

 

[102] Allusion à la sœur de Julie, Angélique-Claire d’Angennes

(mariée à François-Adhémar de Monteil, comte de Grignan, morte le

22 décembre 1664).

 

LA ROSE

A JULIE[103]

 

_Par la loy d’un nouveau Destin,

Ma pourpre, qui jadis ne vivoit qu’un matin,

Conserve son esclat dans ta riche Guirlande._

_Je naquis du beau sang de la Mere d’Amour;

Mais c’est une grace plus grande

De conserver que de donner le jour._

 

ANONYME.

 

[103] P. 1108 du manuscrit.

LA ROSE[104]

 

_Vénus qui veoid les Cieux[105], ainsi que les Mortelz,

Implorer sa clemence au pied de ses autelz,

Se repent que son sang m’ayt donné la naissance,

Et croit recevoir un affront

Me voyant couronner le front

De celle dont le cœur se rit de sa puissance._

 

ANONYME.

 

[104] P. 1108 du manuscrit.

 

[105] Les (?) Dieux.

 

LE NARCISSE[106]

 

_Rien n’est esgal à ma douleur;

Bien que je ne sois qu’une fleur,

J’ayme la fille d’Artenice[107],

Aux flammes de ses yeux je me laisse esblouyr;

Mais je suis sans espoir, car le sort de_ Narcisse

Est d’aymer les objets dont il ne peut jouir.

 

ANONYME.

 

[106] P. 1109 du manuscrit.

 

[107] Arthénice est l’anagramme célèbre que Malherbe composa

pour Mme de Rambouillet (_Catherine_ de Vivonne), mère de Julie.

 

L’HYACINTHE[108]

 

_Alors que d’un Garçon je devins une Fleur,

Le Dieu qui me perdoit voulut que sa douleur

Dessus mes feuilles fût tracée;

Mais te couronnant aujourd’huy,_

_Qu’on ne s’estonne point de la veoir effacée,

Je gaigne plus en toy que je ne perds en luy_[109].

 

ANONYME.

 

[108] P. 1109 du manuscrit.

 

[109] Le titre de cette pièce a été écrit de la main même de

Conrart, ainsi que le mot EN, qui paraît deux fois dans le

dernier vers, comme correctif à

 

Je gaigne plus de toy que je ne perds de lui.

 

[Illustration]

 

[Illustration]

 

PIÈCES

 

CONSERVÉES DANS LES POÉSIES DE MALLEVILLE

 

Sous le titre Madrigaux.

 

LE SOUCY

 

SOUS LE NOM DE CLYTIE

 

AU SOLEIL

 

_Perfide Amant, je te declare

Que mon cœur n’est plus ton captif;

C’est trop chercher un fugitif

Et trop reclamer un barbare.

Un plus admirable flambeau,

Un Astre plus doux et plus beau

Me vient guerir de ma folie.

J’adore son feu nompareil,_

_Et ne cognois plus de Soleil

Que dans les beaux yeux de_ JULIE[110].

 

[110] Poésies de Malleville, in-4º, chez Augustin Courbé,

Paris, 1649, p. 264. (Également dans l’in-12, à Paris, chez

Nicolas Bessin, 1659.)

 

SUR LA FLEUR DE GRENADE

 

_Moy qui pouvois passer pour la Reyne des Fleurs,

Je seiche, je languis, je flestris et je meurs

Quand je voy ces beaux yeux, dont l’esclat me surmonte;

Mon teint n’a plus ce feu qui brilloit vivement,

Et s’il rougit encore, il rougit seulement

De depit et de honte_[111].

 

[111] Poésies, 1649, p. 268.

 

LE NARCISSE

 

_Après m’estre perdu dans une onde perfide,

Je seiche au feu des yeux d’une belle homicide,

Quand je luy rend hommage et m’acquitte d’un vœu._

_O Destin, qui me fais cette injure seconde!

N’estoit-ce pas assez d’avoir pery par l’onde

Sans perir par le feu[112]?_

 

[112] Poésies, 1649, p. 268.

 

LA FLEUR D’ADONIS

 

_Je suis si fragile en mon estre

Que je ne puis longtemps fleurir;

Le vent qui les Roses fait naistre

Est si fort qu’il me fait mourir.

Je dépens du moindre Zephyre,

Et dès le moment qu’il souspire

Je tombe à terre et ne vis plus:

Mais si je suis sur vostre teste,

Ne seray-je pas au-dessus

Et des vents et de la tempeste[113]?_

 

[113] Poésies, 1649, p. 269.

[Illustration]

 

[Illustration]

 

FLEURS INÉDITES

DE M. DE SCUDÉRY

DESTINÉES A LA GVIRLANDE DE LA PRINCESSE IVLIE

 

ADVERTISSEMENT[114]

Tovs les bons esprits de la Cour, ayans trauaillé à la Guirlande de cette excellente personne à qui i’offre ce liure, pour y contribuer quelque chose, j’ay voulu cueillir ces fleurs au pied du Parnasse, où je n’ay pas le droict de monter comme eux.—Leur forme, leur couleur, leur nature, ou les Fables qui s’en voyent, m’ont fourny les pensées sur ce sujet; et je croy que c’estoit ainsy que je le deuois traitter: Sois en iuge comme du reste de mes ouvrages.

 

De Scvdery.

 

[114] Ce curieux avertissement et les madrigaux suivants se

trouvent à la suite du Vassal généreux, poëme tragi-comique,

dédié par M. de Scudéry à Mlle de Rambouillet (Paris, A. Courbé,

1636). Ce qui donne une grande valeur à ce document, c’est

l’année même de sa publication, 1636. La Guirlande ayant été

mise au jour en 1641, il en résulterait que les madrigaux étaient

achevés depuis fort longtemps lorsque Jarry se mit à l’œuvre.

 

Scudéry fut présenté à l’hôtel de Rambouillet, vers 1631, par le

poëte Chandeville, son ami, mort quelque temps après.

 

Suivent douze fleurs destinées à la Guirlande de Julie, parmi

lesquelles les sept madrigaux que nous publions[115], et qui ne

font pas partie du texte original, ni des éditions de la

Guirlande données jusqu’alors.

 

[115] Nous avons suivi textuellement, pour ces sept madrigaux,

l’orthographe de l’édition de Courbé.

 

LA PENSÉE

 

_I’estein mes flames insensées,

Ie reste aux termes du devoir,

Iugeant que vous voulez avoir

De plus hautes pensées;

Je cède vostre front à l’orgueil du Iasmin,

Et suffira pour moy de parer le chemin

(Sans pleurs et sans melancholie)

Que fouleront les pas de la belle_ Ivlie.

 

L’IRIS

 

_Si i’approche de vous avec le moindre orgueil,

Celle qui me nourrit devienne mon cercueil,

Que le froid Aquilon me déclare la guerre,

Que ma feuille se seiche et tombe sous vos pas,

Et qu’on chasse de l’air, ainsi que du parterre_,

(_Afin de vanger vos appas_)

L’IRIS du Ciel et de la terre.

 

LE NARCISSE

 

_Enfin ie le confesse, auprès d’un œil si dous,

Et dont le pouvoir (est) extreme,

Ie suis plus amoureux de vous

Que ie ne le fus de moy-mesme._

 

LA ROSE

 

_Le bel œil qui me surmonta,

Ne voit rien qu’il ne dompte:_

_Et celle qui m’ensanglanta,

Rougira comme moy de despit et de honte._

 

LE SOVCY

 

_Si parmy tant de fleurs, ie puis estre choisie[116],

I’auray bien de l’amour et de la jalousie:

Mais pour rendre vos maux et les miens adoucis

Escartez loing de vous tous les autres_ SOUCIS.

 

[116] Ce premier vers du Soucy vient corroborer notre opinion

sur le tri que M. de Montausier dut opérer, avant que de livrer

sa Guirlande au célèbre calligraphe Jarry.

 

LA FLEVR D’ORANGE

 

_Si pour vous couronner on me croit inutile,

Souffrez qu’en pleurs ie me distile,

Mes larmes vous plairont; et peut estre vos yeux,

En auront par pitié, qui plairont beaucoup mieux:

Ainsy nous ferons un meslange,

De l’eau de Nasse et de l’eau d’Ange._

 

L’OEILLET

 

_Divin object tousjours vainqueur,

Il faut que ie t’approche, il faut que ie te cueilles:

Deusse-ie ressentir plus de pointes au cœur

Qu’on n’en voit à mes feuilles._

[Illustration]

 

[Illustration]

 

NOTES ET VARIANTES

SUR LES

FLEURS DE LA GUIRLANDE DE JULIE

 

1.—Dans l’original, tous les vers, de quelque nombre de syllabes qu’ils soient, commencent à égale distance de la marge.—Nous ne poussons pas le scrupule jusqu’à reproduire dans notre édition cet arrangement disgracieux, tout au plus admissible dans un manuscrit.

Zéphire à Julie est le seul madrigal du marquis de Montausier qui ne soit pas signé dans l’original.

 

2.—La Couronne Impériale, de Chapelain, fut regardée, à l’hôtel de Rambouillet, comme l’un des plus beaux madrigaux de la Guirlande.—Julie professait la plus grande admiration pour le roi de Suède, Gustave-Adolphe, tué à la bataille de Lutzen, qu’il gagna; Chapelain suppose que ce héros ayant voulu conquérir une couronne impériale pour l’offrir à son admiratrice, fut métamorphosé en la fleur à laquelle cet événement fit donner le nom de Couronne Impériale.

Voiture, dans ses Lettres, nomme Chapelain père de la Pucelle et ouvrier de la Couronne Impériale, et ce madrigal, alors si fameux, fut inséré dans le Huétiana (page 105, chap. XLIV) Huet, le vénérable évêque d’Avranches, bien qu’un des plus violents défenseurs de Chapelain, lors de l’apparition de la Pucelle, fait remarquer avec justesse le contre sens des vers suivants:

 

«Du rivage inconnu de l’aspre Corélie,

Où la mer sous la glace est toute ensevelie,

Le flambeau de l’Amour mes voiles conduisant,

Je vins pour rendre hommage à l’auguste Julie.»

Comment, s’écrie le prélat, des vaisseaux pouvaient-ils avancer sur une mer toute ensevelie sous la glace?

L’honnête Chapelain, pour se justifier, eût peut-être répondu que le «_flambeau de l’Amour_, qui conduisait les voiles de Gustave-Adolphe, était assez incandescent pour fondre toute la glace de l’aspre Corélie!»

Le Recueil de Conrart (in-f{o}, Belles-Lettres 145, bibl. de l’Arsenal), page 1087, donne ce madrigal avec le sous-titre: A la Princesse Julie. L’orthographe de ce manuscrit est de beaucoup plus surannée que celle de l’original.

 

3.—Au second vers de ce madrigal, le mot treuve, qui est écrit ainsi que nous le donnons, dans le texte original et dans la copie de Maurepas, subit la variante de trouve dans les éditions Nodier, Didot, et dans les œuvres de Scudéry, qui portent:

 

«Je me trouve sans effroy.»

 

4:.—…..:

 

«Je n’ay plus rien de ce lustre enflammé

Que de Vénus le sang avait fait naistre.»

Quelques auteurs ont fait sortir la Rose d’une piqûre de Vénus, image gracieuse, mais fable peu consacrée.

Voiture fit également une métamorphose en prose de la Rose pour Me de Rambouillet.

 

5.—Les derniers vers de la Rose, de M. de Montausier, se trouvent très-maltraités dans le recueil de Sercy, qui termine ainsi ce madrigal:

 

«Mais beauté que le monde adore,

«_J’estime celuy de règner dans l’empire de Flore_.

Il faut attribuer à une faute d’impression ce non-sens et ce vers faux.

 

6.—Le même Recueil de Sercy fait débuter ainsi la Seconde Rose, de M. Colletet:

 

«Quoyque la fable nous raconte

Jamais la Royne d’Amaronte,» etc.

 

7.—La version manuscrite de Conrart donne ces légères variantes à ce premier madrigal du Narcisse: au troisième vers, jadis estant au lieu de estant jadis, et au sixième vers:

 

Il baissoit toujours son visage,

Qu’il estimoit plus beau que le soleil;

au lieu de:

 

Qu’il estimoit plus beau que celui du soleil.

 

8.—Le manuscrit de Conrart, page 1105, donne cette énorme variante; après le troisième vers, le madrigal continue ainsi:

 

_Je viens pour vous offrir mes vœux,

Unique beauté que j’estime,

Escoutez ce discours que ma pasleur exprime:

Vous pour qui souffrent mille amans

Un nombre infini de tourments,

Si vous me voyez le teint blesme,

Ce n’est plus moy, c’est vous que j’ayme._

 

9.—Le Recueil de Sercy nous fournit cette variante pour la fin du Narcisse de M. Habert:

 

_Et pour éviter son courroux,

Julie, aimez d’autres que vous._

A propos de cet Habert auquel les éditions Didot et Nodier décernent à tort le titre de capitaine, nous rectifions, ainsi que l’a fait M. Ch. L. Livet, cette grosse erreur. Habert était commissaire et non capitaine de l’artillerie. Nous signons donc, ainsi que le manuscrit original et le recueil de Maurepas, les madrigaux de cet auteur: M. Habert, C. de l’artillerie.

NOTA. C’est par suite d’une faute de correcteur que le mot cap. subsiste dans la signature de ce madrigal.

 

10.—Dans la copie manuscrite de Maurepas, le Narcisse, du commissaire de l’artillerie est placé ainsi que nous le donnons. L’édition Nodier, au contraire, place le Narcisse de l’abbé de Cerisy auparavant.

Au sujet de celui-ci, les textes de Didot et Nodier portent cette variante au dernier vers:

 

«_Chacun sçait toutefois_ comme elle m’a perdu.

 

11.—Jean Ogier de Combaud est auteur d’une pastorale également nommée Amaranthe (in-8, 1631). L’allusion qu’il fait dans son quatrain, à l’immortalité de l’amarante, est appuyée par toute l’antiquité.

Homère nous apprend qu’aux funérailles d’Achille, les Thessaliens étaient couronnés d’amarantes, et Malherbe dit, dans une ode à Henri IV (_Sur l’heureux succès du voyage de Sedan_):

 

«La louange dans mes vers,

D’amarante couronnée,

N’aura sa fin terminée

Qu’en celle de l’Univers.»

L’amarante d’or était le prix de l’ode dans les jeux floraux.

 

12.—_L’Angélique_, de M. de Malleville, ne se trouve pas dans ses madrigaux (Paris, A. Courbé, 1649). Ce fait est d’autant plus curieux que c’est le seul madrigal de ce poëte qui manque à l’appel dans ses poésies imprimées.

 

13.—Le mot THIN est ainsi écrit dans le manuscrit original; nous faisons cette remarque d’après l’abbé Rive.

 

14.—Ce fameux madrigal de la Violette n’a jamais été attribué qu’à Desmarest; dans l’original il est signé avec cette orthographe: M. Des Marestz; dans la copie de Maurepas, signé: De…..

L’édition de 1729, à la suite de la vie de Montausier, du père N. Petit, porte: «_Anonyme_», et donne cette très-intéressante variante, dont on n’a pas encore fait mention jusqu’ici:

 

«_Fleur sans ambition_, je me cache sous l’herbe.»

 

15.—Au troisième vers du Lys de M. de Montausier, la copie de Maurepas donne, en supprimant la particule négative:

 

«Et je crois si je me flatte.»

 

16.—Dans les poésies de Malleville (1649), il se trouve la variante suivante:

 

«Reçoy les lys que je te donne

Pour en former une couronne

Par qui de ta beauté le lustre soit dépeint.»

 

17.—Le manuscrit de Maurepas donne à ce madrigal le début suivant:

 

«_Que j’ay d’honneur à cette fois._»

Cette variante est intéressante, car la copie de Maurepas suit assez fidèlement le texte original.

 

18.—Cette pièce est seulement signée des initiales M. C. dans l’original et la copie de Maurepas; les textes imprimés de Didot et de Nodier signent: «Conrart», sans motifs connus. Il est vrai que l’abbé Goujet, dans sa Bibliothèque Françoise (tome XVII, page 401, et tome XVIII, page 444) met à l’actif de Conrart quelques-uns des madrigaux de la Guirlande. Mais est-ce là une autorité suffisante? L’éditeur de 1729, plus circonspect, ne garde de Conrart que le silence prudent et signe «M. C.» M. Taschereau, dans son Histoire de la vie et des ouvrages de Corneille (Paris, Jannet, 1855, page 318), revendique pour l’auteur du Cid les six pièces signées «M. C.»

 

19.—Ce dernier madrigal sur les Lys est signé Desmaretz dans le recueil manuscrit de Maurepas. L’édition de 1729 le porte anonyme.

 

20.—Dans la Tulipe, de M. de Vence, la version manuscrite de Conrart remplace ce vers:

 

«Miracle de nos jours si mes yeux t’eussent vue»,

par:

 

«_Julie si je t’eusse vue_».

 

21.—La Tulipe signée M. C., dans l’original et dans la copie de Maurepas, est une des trois pièces attribuées à Corneille. Le Recueil de Sercy, si avare cependant de signatures intégrales, signe ce madrigal: «_Corneille_», et l’abbé Granet, éditeur des œuvres diverses du grand tragique, a inséré dans son édition (Paris, Gissey, 1738, in-12) la Tulipe, ainsi que la Fleur d’Orange et l’Immortelle blanche, de même signées «_Corneille_» dans le Recueil de Sercy.—Madame de Genlis, dans sa Botanique historique et littéraire (Paris, 1810, p. 91), donne également à Corneille la paternité de ces trois madrigaux, et dans la Bibliographie Cornélienne, qui vient de paraître (Paris, Fontaine, 1875), les éditeurs attachent une assez grande importance à ces trois madrigaux, qu’ils attribuent à Corneille, car, page 198 et suivantes, ils ont dressé fort consciencieusement la liste des trois manuscrits et des différentes éditions de la Guirlande de Julie.

Les éditions Didot et Nodier signent: «Conrart».

 

22.—La Jonquille était une fleur rarissime et très-chère en 1641. Mme de Sévigné, en parlant d’une superbe fête, raconte, comme une chose extraordinaire, qu’on y avait prodigué les jonquilles.

 

23.—Le Recueil de Sercy, au deuxième vers de ce madrigal, donne, au lieu de:

 

«Dont l’injuste refus précipita mon sort»,

cette variante:

 

«_Dont mon juste repos_ précipita mon sort».

Dans l’original, la copie de Maurepas et l’édition de 1729, ce sixain paraît signé des initiales: «de M. le M. de R.»—Les textes de Didot et de Nodier, ennemis des initiales, signent à tort: «_M. le marquis de Racan_.»—Le poëte des Bergeries n’est aucunement l’auteur de ce madrigal, généralement attribué, et avec raison, au marquis de Rambouillet, père de Julie.

Tallemant est là, du reste, pour appuyer notre assertion: «Elle remercia, dit-il (en parlant de Julie d’Angennes), tous ceux qui avoient fait des vers pour elle. Il n’y eut pas jusqu’à M. le marquis de Rambouillet qui n’en fist, on y voit un madrigal de sa façon.»—Tallemant (historiette de Montauzier).

 

24.—Ce quatrain de l’Hyacinthe est signé: «M. C.» dans l’original, le manuscrit de Maurepas et l’édition de 1729. Les éditions Nodier et Didot, logiques dans leurs hypothèses, portent: «_M. Conrart_.»

 

25.—Ce madrigal n’est pas inséré dans l’édition de 1729, mais il se trouve dans celle de 1784.

 

26.—A la page 1094 de la version manuscrite de Conrart, nous trouvons, au quatrième vers de ce huitain, cette petite variante:

 

Au lieu de: «Ait pris mon âme en ses appas»,

Il y a: «_Ayt pris âme_ en ses appas».

Le texte imprimé des poésies de Malleville (Courbé, 1649) donne cette autre variante pour les deux derniers vers:

 

«Aymer la divine Julie

N’est-ce pas aymer le Soleil?»

 

27.—La Fleur d’Orange est la seconde fleur de la Guirlande, qu’on attribue à Corneille; Sercy la signe en toutes lettres «_Corneille_» dans son Recueil, et l’abbé Granet l’inséra dans son édition des œuvres diverses de ce poëte.

L’original, la copie de Maurepas et l’édition de 1729 signent de «M. C.». Les textes Didot et Nodier, conséquents dans leur erreur, signent: «_M. Conrart_».

 

28.—Le manuscrit de Maurepas écrit ainsi le pseudonyme du marquis de Pomponne: «_M. de Briotte_». L’édition Livet: «_M. Briote_». Nous adoptons l’orthographe du Recueil de Maurepas.

 

29.—Ce madrigal, signé avec constance «Conrart» dans les textes de Didot et Nodier, ne porte dans l’original et le Recueil de Sercy que les initiales M. C.—Au sujet de cette fleur, on avait donné cette devise à la reine Anne d’Autriche: Une grenade, avec ces mots: Mon prix n’est pas dans ma couronne.

 

30.—Dans les poésies de Malleville (1649, p. 269), ce madrigal subit cette variante au second vers:

 

«_Et de voir votre nom sur la terre estimé._»

Le manuscrit de Conrart donne, page 1095, ce madrigal conforme à l’original, et, page 1097, le même avec la variante de Malleville que nous venons de citer.

 

31.—Mme de Genlis, dans sa Botanique historique et littéraire (Paris, 1810, page 189), s’exprime ainsi sur ce madrigal:

«Le Perce-Neige fut encore une fleur de la guirlande de Julie; Benserade en fit les vers que voici:»

Suit le madrigal avec cette curieuse variante qu’il nous procure pour les derniers vers:

 

«Mais celle de ton sein, _adorable Julie,

Me fait perdre aux yeux éblouis

La gloire désormais ternie

Que je ne cédois pas aux lys_.»

Nous laissons à Mme de Genlis la responsabilité de son affirmation, et nous ne chercherons pas comment Benserade pourrait être auteur d’un madrigal signé «de Briotte» dans l’original.

 

32.—L’Immortelle devient l’Amarante au titre de ce madrigal, dans les poésies de Scudéry, à la suite du Vassal généreux (Paris, Courbé, 1636). Nous devions signaler cette synonymie.

 

33.—L’Immortelle blanche est le troisième madrigal signé «M. C.» pour lequel le Recueil de Sercy ait donné, avec sa puissante autorité, la signature de «_Corneille_». Avec la Tulipe et la Fleur d’Orange, il fait partie des œuvres diverses de notre grand poëte, publiées par l’abbé Granet.

L’original, la copie manuscrite de Maurepas et l’édition de 1729 signent «M. C.»; Conrart est la signature que donnent les éditions Didot et Nodier.

 

34.—Ce madrigal, qui est le dernier du volume, occupe dans le manuscrit original le feuillet 95. (Les feuillets ne sont paginés qu’au recto.)

[Illustration]

 

[Illustration]

 

TABLE ALPHABÉTIQUE DES AUTEURS

AVEC L’INDICATION

DU PREMIER VERS DE LEURS MADRIGAUX

 

Pages

 

ANDILLY (M. d’).

 

Merveille de nos jours, dont les charmes vainqueurs 27

 

ANDILLY (M. d’) le filz.

 

Sans beauté, sans grandeur, sans éclat et sans grace 22

Je suis et l’Amante et l’Image 52

 

BRIOTTE (M. de).

 

J’abandonne les bois dont les feuillages sombres 61

D’un pinceau lumineux l’Astre de la lumiere 63

Sous un voile d’argent la terre ensevelie 67

 

CHAPELAIN (M.).

 

Je suis ce Prince glorieux 5

 

COLLETET (M.).

 

Si vous n’aviez banny l’ardeur démesurée 12

Quoy que la Fable nous raconte 13

Quoique tu sois pourveu d’un éclat nompareil 49

Vous qui suivez l’Amour dont le feu vous égare 54

 

M. C. (?).

 

Un divin oracle autresfois 34

Bel Astre à qui je dois mon estre et ma beauté [Corneille] 39

D’un éternel bonheur ma disgrâce est suivie 44

Du palais d’émeraude, où la riche Nature [Corneille] 56

Dans l’Empire fameux de Flore et de Pomone 62

Donnez-moi vos couleurs, Tulipes, Anémones [Corneille] 70

 

CORBEVILLE (Arnaud de).

 

Je suis le plus brillant ouvrage 38

 

DES MARESTZ (M.).

 

Franche d’ambition, je me cache sous l’herbe 25

Belle, ces Lys que je vous donne 35

 

GODEAU (M.).

 

Je fus un Berger autrefois 36

 

GOMBAUD (M. de).

 

Je suis la fleur d’Amour qu’Amarante on appelle 18

 

HABERT (M.), abbé de Cérisy.

 

Alors que je me voy si belle et si brillante 9

Quand je voy vos beaux yeux si brillans et si doux 17

 

HABERT (M.), commissaire de l’artillerie.

 

Epris de l’Amour de moy-même 16

Faut-il donc que la Rose ait sur moi l’avantage 47

Ne pouvant vous donner ni Sceptre ni Couronne 48

 

MALLEVILLE (M. de).

 

Bien que de la Rose et du Lys 7

Devant ce teint d’un beau sang animé 10

Quand toutes les Fleurs prennent place 20

De tant de Fleurs par qui la France 26

Reçois les Lys que je te donne 30

Mortels, qu’on ne m’accuse pas 51

Lorsque pressé de mon devoir 55

Je ne croy pas que ces Guirlandes 59

Si quelque soin vous tient de vous rendre immortelle 64

 

MARTIN (M.).

 

Je puis mettre entre les louanges 32

Que j’ay de gloire à cette fois 33

 

MONTAUSIER (M. le marquis de).

 

Recevez, ô Nymphe adorable 3

Assise en majesté sur un Throsne d’épines 11

Je consacre, Julie, un Narcisse à ta gloire 14

Je suis ce Narcisse fameux 15

Recevez mon service, adorable Julie 19

Bien que dans l’Empire des Fleurs 21

Cause de tant de feux, source de tant de pleurs 23

Je m’offre à vous, belle Julie 24

Le plus ardent de tous mes vœux 29

Permettez-moy, belle Julie 40

Dans la Fable ni dans l’Histoire 41

Depuis mon changement tout l’Univers remarque 43

A ce coup les Destins ont exaucé mes vœux 45

Si l’on vous donne un Lys, un OEillet, une Rose 46

Je viens m’offrir à vous pour parer vos cheveux 58

Parmy toutes ces autres Fleurs 60

 

MONTMOR-HABERT (M. de).

 

Fille du bel Astre du jour 65

 

M. le M. de R. (marquis de Rambouillet).

 

Je n’ay plus de regret à ces armes fameuses 42

 

RÉAUX-TALLEMANT (M. des).

 

Devant vous je pers la victoire 31

 

SCUDÉRY (M. de).

 

Quelque diversité que le parterre étale 8

Jadis les rigueurs du Soleil 50

Accordez-moi le privilége 68

Foibles Fleurs à qui le Destin 69

Je vay finir pour Julie 71

[Illustration]

 

[Illustration]

 

TABLE

DE LA GUIRLANDE DE JULIE

PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE DES FLEURS[117]

 

[117] Nous donnons cette table d’après celle dressée par l’abbé

Rive à la suite de sa Notice sur la Guirlande.—Pour plus de

commodité, nous avons placé en premier lieu la table par ordre

alphabétique des auteurs.

 

Pages

 

ADONIS (La Fleur d’), madrigal de M. de Malleville 64

Si quelque soin vous tient de vous rendre immortelle.

 

AMARANTE (L’), madrigal de M. de Gombaud 18

Je suis la Fleur d’Amour qu’Amarante on appelle.

 

ANÉMONE (L’), madrigal de M. le marquis de Montausier 24

Je m’offre à vous, belle Julie.

 

ANGÉLIQUE (L’), premier madrigal de M. le marquis de Montausier 19

Recevez mon service, adorable Julie.

 

Second madrigal de M. de Malleville 20

Quand toutes les Fleurs prennent place.

 

ÉLIOTROPE (L’), madrigal de M. le marquis de Montausier 45

A ce coup les Destins ont exaucé mes vœux.

 

FLAMBE (La), premier madrigal de M. de Malleville 59

Je ne croy pas que ces Guirlandes.

 

Second madrigal de M. le marquis de Montausier 60

Parmi toutes ces autres Fleurs.

 

GRENADE (La Fleur de), premier madrigal de M. C. (?) 62

Dans l’Empire fameux de Flore et de Pomone.

 

Second madrigal de M. de Briotte 63

D’un pinceau lumineux, l’Astre de la lumiere.

 

HYACINTHE (L’), premier madrigal de M. le marquis

de R. (de Rambouillet) 42

Je n’ai plus de regret à ces armes fameuses.

 

Second madrigal de M. le marquis de Montausier 43

Depuis mon changement, tout l’Univers remarque.

 

Troisième madrigal de M. C. (?) 44

D’un éternel bonheur ma disgrâce est suivie.

 

IMMORTELLE (L’), madrigal par M. de Scudéry 69

Foibles Fleurs à qui le Destin.

 

IMMORTELLE BLANCHE (L’), madrigal de M. C.

(Corneille) 70

Donnez-moy vos couleurs, Tulipes, Anémones.

 

IMPÉRIALE (La Couronne), premier madrigal de

 

M. Chapelain 5

Je suis ce Prince glorieux.

 

Second madrigal de M. de Malleville 7

Bien que de la Rose et du Lys.

 

Troisième madrigal de M. de Scudéry 8

Quelque diversité que le parterre étale.

 

JASMIN (Le), madrigal de M. le marquis de Montausier 23

Cause de tant de feux, source de tant de pleurs.

 

JONQUILLE (La), madrigal de M. le marquis de Montausier 41

Dans la Fable ni dans l’Histoire.

 

LYS (Les), premier madrigal de M. d’Andilly 27

Merveille de nos jours, dont les charmes vainqueurs.

 

Second madrigal de M. le marquis de Montausier 29

Le plus ardent de tous mes vœux.

 

Troisième madrigal de M. de Malleville 30

Reçois les Lys que je te donne.

 

Quatrième madrigal de M. des Réaux-Tallemant 31

Devant vous je pers la victoire.

 

Cinquième madrigal de M. Martin 32

Je puis mettre entre les louanges.

 

Sixième madrigal de M. Martin 33

Que j’ay de gloire à cette fois.

 

Septième madrigal de M. C. (?) 34

Un divin oracle autresfois.

 

Huitième madrigal de M. Desmarestz 35

Belle, ces Lys que je vous donne.

 

MÉLÉAGRE (La Fleur de), madrigal de M. de Scudéry 71

Je vay finir pour Julie.

 

MUGUET (Le), madrigal de M. de Briotte 61

J’abandonne les bois dont les feuillages sombres.

 

NARCISSE (Le), premier madrigal de M. le marquis

de Montausier 14

Je consacre, Julie, un Narcisse à ta gloire.

 

Second madrigal du même 15

Je suis ce Narcisse fameux.

 

Troisième madrigal de M. Habert, commissaire de l’artillerie 16

Épris de l’Amour de moy-même.

 

Quatrième madrigal de M. Habert, abbé de Cérisy 17

Quand je voy vos beaux yeux si brillans et si doux.

 

OEILLET (L’), madrigal de M. le marquis de Montausier 21

Bien que dans l’empire des Fleurs.

 

ORANGE (La Fleur d’), madrigal de M. C. (Corneille). 56

Du palais d’émeraude, où la riche Nature.

 

PAVOT (Le), madrigal de M. de Scudéry 68

Accordez-moi le privilége.

 

PENSÉE (La), madrigal de M. Colletet 54

Vous qui suivez l’Amour, dont le feu vous égare.

 

PERCE-NEIGE (La), premier madrigal de M. de

Montmor Habert 65

Fille du bel Astre du jour.

 

Second madrigal de M. de Briotte 67

Sous un voile d’argent la Terre ensevelie.

 

ROSE (La), premier madrigal de M. Habert, abbé de

Cérisy 9

Alors que je me vois si belle et si brillante.

 

Second madrigal de M. de Malleville 10

Devant ce teint d’un beau sang animé.

 

Troisième madrigal de M. le marquis de Montausier 11

Assise en majesté sur un Throsne d’épines.

 

Quatrième madrigal de M. Colletet 12

Si vous n’aviez banny l’ardeur démesurée.

 

Cinquième madrigal du même 13

Quoique la Fable nous raconte.

 

SAFFRAN (Le), madrigal de M. le marquis de Montausier 58

Je viens m’offrir à vous pour parer vos cheveux.

 

SOUCY (Le), premier madrigal de M. le marquis de

Montausier 46

Si l’on vous donne un Lys, un OEillet, une Rose.

 

Second madrigal de M. Habert, commissaire de

l’artillerie 47

Faut-il donc que la Rose ait sur moi l’avantage.

 

Troisième madrigal du même 48

Ne pouvant vous donner ni Sceptre ni Couronne.

 

Quatrième madrigal de M. Colletet 49

Quoyque tu sois pourveu d’un éclat nompareil.

 

Cinquième madrigal de M. de Scudéry 50

Jadis les rigueurs du Soleil.

 

Sixième madrigal de M. de Malleville 51

Mortels, qu’on ne m’accuse pas.

 

Septième madrigal de M. d’Andilly le filz 52

Je suis et l’Amante et l’image.

 

Ces deux derniers madrigaux sont intitulés:

Le Soucy sous le nom de Clytie.

 

SOUCYS ET LES PENSÉES (Les), madrigal de M. de

Malleville 55

Lorsque pressé de mon devoir.

 

THIN (La Fleur de), madrigal de M. d’Andilly le filz 22

Sans beauté, sans grandeur, sans éclat et sans grace.

 

TULIPE (La), premier madrigal de M. Godeau 36

Je fus un Berger autrefois.

 

Second madrigal de M. Arnaud de Corbeville 38

Je suis le plus brillant ouvrage.

 

Troisième madrigal de M. C. (Corneille) 39

Bel Astre à qui je dois mon estre et ma beauté.

 

TULIPE (La), nommée flamboyante, madrigal de M. le

marquis de Montausier 40

Permettez-moy, belle Julie.

 

VIOLETTE (La), premier madrigal de M. Desmarestz 25

Franche d’ambition, je me cache sous l’herbe.

 

Second madrigal de M. de Malleville 26

De tant de Fleurs par qui la France.

 

ZÉPHIRE A JULIE, madrigal de M. le marquis de

Montausier 3

Recevez, ô Nymphe adorable.

 

Ce madrigal est sur le huitième des feuillets qui sont à la

tête de ce manuscrit.

[Illustration]

 

TABLE GÉNÉRALE

 

ÉPITRE DÉDICATOIRE.

 

NOTICE.

 

MADRIGAUX DE LA GUIRLANDE DE JULIE.

 

MADRIGAUX DESTINÉS à la Guirlande de Julie:

 

1º Avertissement;

 

2º Madrigaux inédits du manuscrit de Conrart;

 

3º Pièces conservées dans les poésies de Malleville;

 

4º Fleurs inédites de M. de Scudéry.

 

NOTES ET VARIANTES.

 

TABLE de la Guirlande de Julie, par ordre alphabétique des

Auteurs, avec l’indication du premier vers de leurs

Madrigaux.

 

TABLE par ordre alphabétique des Fleurs.

[Illustration]

 

Achevé d’imprimer

LE DIX DÉCEMBRE MIL HUIT CENT SOIXANTE-QUINZE

Pour OCTAVE UZANNE

PAR D. JOUAUST

IMPRIMEUR BREVETÉ

338, Rue Saint-Honoré, 338

A PARIS

Vous avez terminé La guirlande de Julie: augmentée de documents nouveaux

Octave Uzanne

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