La Marche du canard sans tête
Texte
En septembre et octobre de l’année Covid, tandis que monte la deuxième
vague et que les peuples d’Europe, inquiets, se demandent à quel rythme on
mettra leurs libertés fondamentales sous bracelet électronique, il apparaît
que les gouvernements n’ont rien préparé, rien prévu, ou si peu. Ça ne veut
pas dire qu’ils restent inactifs, hélas. Il se met à pleuvoir pédagogie,
restrictions, couvre-feux, confinements. Un bazar sans foi ni réflexion : les
formules inventées un lundi sont modifiées le mardi, deviennent obsolètes
mercredi, sont remplacées par d’autres jeudi, elles-mêmes amendées
vendredi, et oubliées samedi. Pour une société se réclamant de la rationalité,
idolâtrant les modèles mathématiques et les feuilles d’impôts préremplies,
ce n’est pas le moindre des paradoxes que d’assister à l’improvisation
érigée en principe de gouvernement.
Il faut néanmoins souligner que la France, pays sur lequel ce livre va
s’acharner pour une question pratique – il est sous la main de l’auteur –,
n’est nullement isolée dans sa volonté farouche de ne pas établir de
stratégie pour faire face à la crise. Les administrations irlandaise, belge,
anglaise, espagnole, et bien d’autres, ont choisi le doigt mouillé comme
phare, diluant leur responsabilité dans la sacralisation de l’hôpital, faisant
porter aux jeunes et aux actifs un fardeau économique aussi lourd
qu’injuste, triant les citoyens en « essentiels » et « non essentiels »,
infligeant à la société des dommages collatéraux dramatiques. Dans cette
fièvre collective, nous n’avons pas fait mieux, et nous n’avons pas été pires,
que certains de nos voisins immédiats. D’aucuns en tirent grande
consolation. On se demande cependant comment une telle faillite, doublée
d’une capitulation intellectuelle sans précédent, a été possible.
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