Le Coeur d'une sirène Lova

Lova · Chapitre 27 sur 35

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Le Coeur d'une sirène Lova

Chapitre 27

Deux heures plus tard

Le sol sur lequel je me réveillai était froid et dur. Je me redressai péniblement, à l’aide de mes mains tremblantes. Je me frottai les yeux et balayai la pièce du regard. C’était une sorte de cave, sombre, éclairée par un étroit soupirail.

J’examinai mes membres endoloris. Un cercle de fer retenait mon pied droit, m’empêchant de me mettre debout. J’étais prisonnier. Mais qui était mon geôlier ?

La réponse me fut donnée quelques minutes après.

La porte de la cellule grinça quand elle s’ouvrit sur une personne de sexe masculin.

Les sens en alerte, je bondis sur mes pieds, oubliant pendant un instant que j’étais attachée. Le métal lacéra la peau de ma cheville. La souffrance me fit gémir.

L’individu s’avança vers moi avec une lenteur calculée. Mes yeux rencontrèrent ses iris sévères. Tout mon corps se crispa lorsque je reconnus Alex.

— Libère-moi tout de suite ! exigeai-je de mon bourreau.

Le triton claqua de la langue.

— Ça dépendra de ta bonne volonté, mon grand. Si tu coopères, tout ceci ne sera qu’une formalité.

Ma bouche se tordit en un rictus rageur.

— C’est toi qui as attaqué Liam ? m’égosillai-je.

— Si j’étais toi, j’économiserais ma salive et mon énergie. La séance risque d’être longue.

— Réponds ! crachai-je.

Il haussa les épaules d’un air d’indifférence.

— À ton avis ? Tu penses qu’on va laisser un humain connaissant notre existence dans la nature ? Dire que ce type se croyait malin ! Il ne se doutait de rien, le bougre. Il avait l’impression de maîtriser son affaire.

— « On » ? Qui sont tes complices ?

— Toutes les sirènes qui se préoccupent de la destinée de leur espèce. Mon périple à Boston a été fructueux. J’ai rallié William et quelques-uns de ses amis à ma cause. Seule une révolution nous sauvera. Nous devons nous rassembler autour d’un leader puissant en vue de l’avènement du Grand Soir où le peuple de l’Eau prendra sa revanche sur le peuple de la Terre.

— Aux armes, citoyens de la mer, c’est ça ? me moquai-je.

— Tu rigoles, mais nous pouvons y arriver. Nous sommes bien plus forts que vous. Notre point faible, c’est que nous sommes désorganisés, mais si nous nous unissons, nous formerons une armée redoutable.

— Laisse-moi deviner… Tu veux prendre la place de Gavin en faisant bannir sa fille. Je dois donc révéler à l’Autorité de l’Atlantique que j’ai eu une liaison avec Margo ?

Alex plaqua un sourire hypocrite sur son visage.

— Cela me rendrait service.

— Je ne la trahirai pas, assenai-je avec aplomb.

Il m’envoya son poing dans la figure. Je tombai sur mon dos et le choc me fit hurler.

— Ne m’oblige pas à te brutaliser, Ethan. Je te demande juste de témoigner contre Margo. Elle n’est de toute façon pas taillée pour prendre le relais de son père. Elle a eu son heure de gloire quand elle était championne. Elle aurait pu accomplir de grandes choses pour son peuple. Mais elle raisonne trop comme une humaine. Elle est devenue faible. La mort de sa mère adoptive l’a transformée. Qu’elle aille faire des photos pour les magazines et nous laisse tranquilles !

— Je ne dirai rien contre elle, répétai-je en me redressant.

Alex me flanqua une gifle phénoménale qui me fit de nouveau perdre l’équilibre.

— Tu veux vraiment que je te torture ? s’énerva-t-il. Tu es déjà à moitié K.O. Tu ne supporteras pas la suite.

— J’accepte de souffrir le martyre, énonçai-je sans ciller.

Un pli barra le front de mon geôlier. Son regard se durcit. J’inspirai pour offrir un visage neutre à mon ravisseur, tandis qu’au fond de moi, mon sang martelait mes veines.

— Tu es bien présomptueux, petit.

Ses yeux étaient à présent menaçants. Il tritura les boutons de ma chemise d’un air vicieux. Mon cœur s’emballa. L’angoisse s’insinua dans chaque parcelle de mon être. Ses traits devinrent sauvages. Bestiaux. Je vis le poisson en lui. Un piranha, mangeur d’hommes. C’était ses dents qui avaient conduit mon ami à l’hôpital.

— Liam n’était pas mort quand je l’ai découvert. Pourquoi ne l’as-tu pas tué ? Tu as changé d’avis à la dernière minute ?

— Oui. Il était si terrifié que j’ai eu pitié et je l’ai épargné. J’ai refermé sa plaie avec ma magie. Autrement, il se serait vidé de son sang. Je me suis dit qu’un avertissement suffirait pour le moment. Je ne suis pas sadique.

Non, pas du tout. Un vrai enfant de chœur. La nausée me dévora.

Un éclat d’inspiration brilla dans ses pupilles. Le coin de sa bouche se mit à tressauter.

— À force de jacasser, tu m’as donné une idée, exulta-t-il. Ce n’est pas toi, mais elle que je vais démolir. Je peux menacer Margo de m’en prendre à toi. Si elle croit que je vais te faire du mal, elle cédera et se dénoncera elle-même à l’Autorité.

À cet instant, j’aurais voulu mourir.

— Espèce de monstre, larmoyai-je. Tu me débectes.

Il éclata d’un rire sardonique.

— Comme tu es simpliste dans tes analyses ! Au contraire, je suis altruiste. J’agis pour la survie de mon espèce. Depuis quand est-ce un défaut ? Il me semble que tu as besoin de réfléchir. La question que tu dois te poser, c’est : qu’est-ce qui ferait le plus mal à ta chérie ? D’être vendue par toi, ou de se rendre elle-même, de crainte qu’il ne t’arrive malheur ?

Il me quitta sans une once de compassion. Je le vomis.

Une fois seul dans ma cellule, j’ouvris les vannes de ma tristesse. Mes yeux se remplirent de larmes. Il n’y avait pas d’issue positive à ma situation. J’eus beau me creuser la cervelle pour imaginer des solutions, dans tous les scénarios, Alex était le gagnant et Margo la victime. Cela me révulsait, même si quelques heures plus tôt, j’étais en rogne contre elle. Elle ne méritait pas un tel traitement.

Je pleurais aussi sur le sort de Liam. J’ignorais s’il s’en était sorti et cette incertitude exacerbait mon anxiété.

Une violente migraine lancinait mon crâne. Ça tambourinait si fort dans ma tête que mes tempes étaient au bord de la rupture.

Le pire, c’était que ma mort ne serait même pas une délivrance, en sachant ce qui attendait Margo.

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