Le joug: roman

Marion Gilbert · Chapitre 12 sur 19

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Le joug: roman

Chapitre IX

Quand Berthe poussa ses volets, le soleil mangeait déjà le brouillard. Les nuages de vapeurs condensées sur la Seine pendant la nuit débordaient à présent d’une mousse laiteuse la large coupe verte de l’estuaire.

La Hêtraye, village, église et mare, se dressait à l’extrémité de la plaine que terminait la ferme accrochée au rebord du plateau et surplombant la vallée profonde où siège Villebonne, entre son cirque romain, son clocher gothique et sa tour féodale. Villebonne ceinturée de la verdure affolée par l’humus des falaises et prolongée sans fin par les marais où fuit, vers le sud, tout droit depuis deux mille ans, la chaussée de Jules César.

Il était de fondation dans la famille Bernage, depuis qu’elle avait quitté son berceau de la Hêtraye, de garder un pied-à-terre à la ferme. Elle possédait une assez jolie maison d’habitation à un étage, remplie de vieux meubles d’héritage, et plantée au milieu d’un clos de pommiers vénérables. Les fermiers logeaient plus loin, dans une chaumière, petitement et humblement, à la mode de jadis.

Cette fois encore, les sœurs étaient parties à la brune dans une voiture réquisitionnée chez l’oncle Nathan absent. Et aucune ombre suspecte ne s’était mêlée aux commères de la route, extasiées de curiosité sur ce nouveau départ.

Sur sa porte, l’instituteur fumait une cigarette. Il les salua gravement, mais Fanny ne put voir dans l’ombre l’expression de ses yeux.

Ce matin-là, elle dormait d’un sommeil accablé après une longue insomnie dans laquelle ses soucis avaient pris le grossissement accoutumé. Pourtant, elle ouvrit les yeux, dès que Berthe la toucha.

—Qu’est-ce qu’il y a? demanda-t-elle en s’asseyant, lucide et prête à souffrir.

—Il y a, il y a… viens voir ce qu’il y a…

Elle la prit sous le bras. Encore engourdie, Fanny se mit à bas du lit. Berthe la tirait vers la fenêtre. Elle se frotta les yeux, où le sommeil persistait.

—Regarde! dit Berthe dans un souffle.

Elle regarda et, rouge et bleu sur le paysage embrumé, elle vit le soldat adossé à la haie du clos, et qui considérait la maison.

Quand elle ouvrit les yeux après le demi-évanouissement où elle venait de sombrer, elle vit Berthe, debout devant elle, droite, grande, sévère et comme pleine de résolution.

—Ah! c’est passé? fit-elle. Je peux m’en aller, à cette heure?

—Où? questionna Fanny.

—Lui parler, à la fin des fins, à ce gars-là, et tu vas voir si je vais me faire écouter!… Tu trembles tout le temps, toi; il le voit bien. Mais attends qu’il trouve quelqu’un en face de lui et tu verras!

Déjà elle semblait en route pour la bataille. Fanny, des deux mains, l’arrêta.

—Ne fais pas ça! Lui parle pas mal! Te fâche pas! Qu’est-ce qu’on fera s’il crie des choses?…

Violemment, Berthe s’arracha.

—Qu’est-ce que ça me fait! Et sa persécution, crois-tu que ça ne nous compromet pas?

Elle était dans l’escalier. Fanny la perdit de vue. Les verrous glissèrent, la clef grinça; puis, dans l’herbe noyée de rosée, elle l’aperçut qui passait, laissant un sillage plus foncé derrière elle. Chaussée de sabots, elle levait haut les pieds, marchant redoutablement vers le petit soldat immobile.

Fanny vit l’abordage. Haute et vaste, plus grande que le garçon, Berthe le lui cachait. Le dos véhément de sa sœur, vêtu d’une camisole bleu foncé à pois, faisait une grande tache dans le pré, où le soleil commençait de glisser obliquement mille rayons que renvoyaient dix mille gouttes de rosée. Et cette chose un peu grotesque, un dos de grosse femme en déshabillé, qui bougeait dans la lumière du matin, lui paraissait décider de son avenir.

Elle tremblait comme une fiévreuse. «Qu’est-ce qu’il va dire? Pauvre malheureux, tout de même! Si je pouvais faire quelque chose pour lui?»

Et toute sa volonté disait au dos qui tachait le pré lumineux:

«Pas si fort! Il me ressemble peut-être, au fond, et ça fait si mal, la brutalité!»

Par moments, elle était secouée de la terreur de le voir se dresser en colère contre sa sœur et lever la main, peut-être, ou tirer son coupe-choux.

Et soudain elle revit le visage de Berthe, qui reprenait le chemin marqué de sombre sur la cour miroitante. Elle revenait vers la maison, et, à grandes enjambées paisibles d’homme de la terre, le gars la suivait. Affolée, elle se dit: «Le voilà! le voilà! Je vais le voir!» sans démêler si elle se désespérait ou si elle se réjouissait. Elle fit sa toilette avec des gestes d’automate. Pourtant, au dernier moment, sa pâleur la frappa, dans le miroir à col de cygne du lavabo d’acajou.

«Il va me trouver vilaine!» songea-t-elle.

Et, pour la première fois de sa vie, elle fit un geste de coquette pour se frotter les joues d’une serviette rêche.

Le gars était dans la cuisine, où la mère Laurent, la fermière qui aidait les sœurs quand elles venaient seules, allumait la cuisinière et tournait le moulin à café. Berthe devait finir sa toilette dans sa chambre. Il fallait donc, seule, prendre une attitude, choisir, agir. Elle baissa les yeux. Avant tout, il fallait empêcher son amour maternel captif et torturé de se montrer par là.

—Bonjour, dit-elle doucement.

—Bonjour, dit le gars.

Sa figure pointue portait un air de ruse satisfaite. On le sentait apaisé pour le moment, comme l’est un méchant chien en train de lécher un os. Encore cette fois, la mère sentit son cœur entr’ouvert se rétracter.

Aussitôt, un nouveau souci lui vint. Qu’avait dit Berthe à la fermière? Mais déjà la loquacité de la vieille femme lui venait en aide.

—Alors, c’est le neveu de c’te pauv’ Marthe, comme ça? fit-elle en affirmation-interrogation, car la mode paysanne aime à greffer une conversation sur une branche solide.

C’était une petite vieille que l’âge tassait. Sa figure de fin ivoire mille fois creusé sertissait deux malins yeux d’agate. Elle était la première à poser à Fanny la question redoutée.

—Son neveu, répéta celle-ci en écho, heureuse de ne pas trop mentir.

Berthe entrait justement. Sans doute n’avait-elle pas osé laisser longtemps sa sœur privée de soutien dans la dangereuse entrevue. Pourtant, elle paraissait bien ajustée dans sa robe grise du matin, avec un petit tablier à carreaux bleus et jaunes en mouchoirs du pays; et ses joues luisaient de savon sous la torsade magnifique de ses cheveux de blé mûr.

—Oui, mère Laurent, il nous est tombé du ciel, Félix.

La mère Laurent plaça:

—Félix Leplay, comme Marthe?

Berthe resta court un instant, puis elle se remit:

—Les neveux ne s’appellent pas toujours comme la tante! Une nombreuse famille qu’elle avait, Marthe, n’est-ce pas?

Elle regarda le gars comme pour le presser de venir à l’aide. Déjà, ils étaient complices.

—Non, fit-il avec calme. Elle n’avait «pas» qu’une sœur.

—Donnez-moi le moulin, cria Berthe. Dépêchons-nous. J’ai faim, moi!

Elle poussait la mère Laurent vers l’armoire et c’était comme si, en même temps, elle poussait ses questions hors du chemin.

En un instant, la table de chêne lavé et poli par cinq générations de Bernages fut couverte d’assiettes à coq et à roses, de bols et de cuillères. Une livre de beurre tout frais moulé y prit le milieu avec le lait fumant et le café qui finissait de passer.

Ils s’assirent tous, sauf la mère Laurent, pressée de retrouver son homme. Le gars Félix atteignit son couteau en poussant un soupir retentissant de contentement.

—On n’est pas mal ici, fit-il.

Et, coupant à la miche une énorme tranche, il entama le beurre.

Ils mangèrent sans parler, puisqu’il devenait évident que le soldat possédait la religion des repas. Fanny le regardait à la dérobée, anxieuse, troublée, un peu heureuse et très triste. Qu’il était épais et rustaud! Comme tous ceux de la vallée, elle exagérait la distance qui les sépare des paysans. Avec effort, elle détourna les yeux de lui, se contraignant à les tenir sur son assiette.

Néanmoins elle les releva bientôt, tant le silence lui causait de malaise: quelque chose de subtil flottait dans l’air, sans qu’elle pût le localiser. Et, tout à coup, en regardant Berthe, elle comprit: il n’y avait plus d’hostilité sur le visage, sur la personne tout entière de sa sœur.

«Qu’est-ce qu’elle a pu lui dire, tout à l’heure, dans la cour?» songea-t-elle.

D’ailleurs, ce ne fut qu’un éclair, une de ces intuitions certaines qui sont comme des ponts jetés sur l’avenir. Et elle retomba dans son incertitude, tandis que la voix de Berthe s’élevait plus aigre que jamais.

—Ils vous ont donné une bien longue permission au régiment, Félix?

«Elle l’appelle Félix, songea Fanny avec attendrissement. Comme ça doit lui coûter!»

Il réfléchit un peu avant de répondre.

—Ça tire à sa fin!

—Ah! dit seulement Berthe.

Et personne n’ajouta rien, tant chacun sentait les mots prochains difficiles à manier.

Berthe se leva avec décision.

—On va se mettre au ménage, ma sœur et moi. Allez vous promener, mon garçon. Il y a de quoi voir dans la campagne «du moment».

—Et dans la propriété, ajouta le gars presque spontanément.

Après quoi, il serra les lèvres comme pour les empêcher de lâcher d’autres paroles trop pleines de signification.

Berthe fit la moue.

—Oh! la propriété!

Elle n’ajouta rien. Entre eux venait de tomber le mot décisif: la propriété, l’argent, le bien, l’appât qui, de si loin, attirait ici le gueux renié, comme une charogne attire les bêtes puantes.

De la journée, il ne rentra à la maison. Après avoir rejoint le père Laurent aux champs, où il coupait du seigle, il dut fraterniser avec lui et le journalier qu’il employait, car les sœurs le virent de loin qui faisait «mézienne», endormi sous une haie. Le soir, il rentra avec les hommes, les outils sur l’épaule, de la marche lente et lourde des fins de journée.

Elles étaient devant la porte, à regarder le soleil s’enfoncer dans l’estuaire lointain, jouissant comme jouissent les gens de la terre de cette beauté dans laquelle ils baignent sans vouloir l’exprimer.

Le gars arriva par le sentier de l’est. Tournées vers le couchant, elles ne le voyaient pas, et il resta là, à deux pas d’elles, immobile, attentif et muet.

Ce fut Fanny qui l’aperçut la première. Elle sursauta et faillit crier, comme s’il l’avait surprise dévêtue. Berthe le regarda tranquillement.

—Vous voilà, mon garçon. On a soupé, nous. Va falloir que vous alliez avec le père Laurent.

Le gars eut un mince sourire assuré.

—J’ vas manger la soupe avec eux, toujours, fit-il.

D’une seule pièce, à la paysanne, il se tourna et partit.

Quand il eut fait quelques pas, Berthe cria:

—L’ père Laurent vous prendra avec lui, à l’écurie, pour coucher!

Le gars se retourna. Elles aperçurent sa figure soudain convulsée, haineuse, ses yeux durcis. Il ouvrit la bouche, la referma. On vit sa volonté lutter avec sa colère et la dompter. Il répéta:

—Avec les chevaux, bon.

Et il reprit sa marche.

Quand il fut au bout de la cour, Berthe dit orgueilleusement:

—Il n’y a qu’à savoir lui parler.

—Oh! souffla Fanny, tu me fais trembler!

—Quoi! parce que je lui cause dur? D’abord, depuis quand qu’ c’est une honte pour un domestique de ferme de coucher avec les chevaux?

—Pourtant…

—Pourtant, ça lui a pas plu! Mais c’est justement. Ça lui fait voir qu’on ne le supporte que jusqu’à un certain point.

Elle se tut. Sa figure rayonnait positivement sous la clarté immense du couchant. Malgré la victoire évidente que leur parti venait de remporter, Fanny regardait sa sœur avec appréhension.

Berthe se tut un instant, puis elle reprit:

—Et je sais le faire parler aussi. Il m’a dit comment qu’il nous a retrouvées. Car, enfin, c’était drôle, après toutes les précautions que maman avait prises.

Elle s’arrêta, mais Fanny ne dit rien.

—Ça ne te semble pas drôle, à toi? Non? Il n’est pas sorcier, pourtant! J’ m’étais promis de lui tirer ça d’abord, pendant qu’il est pas encore trop «hardi». Eh bien, c’est ton voyage, ma pauv’ fille, ta belle idée d’aller à Bures, y a dix ans.

«Je m’en doutais bien. Mais je me suis trouvée «dupe» quand il me l’a avoué. Oui. L’ fermier Malandain, qui nous a reconduites, connaissait le chef de gare qui lui a dit où que nous allions. Tout ça, mis avec les rapports de la femme du greffier, notre course à Londinières, l’a renseigné. Tout de même, il est pas sot!

Fanny ne s’arrêta pas à songer que ce n’était pas elle, en ce jour lointain, qui avait été prendre les billets pour Beuzeboc à la petite gare, au lieu de retourner couvrir leurs traces à Dieppe. Elle ne portait pas un cœur de créancière, et, pour elle, les moyens employés dans cette patiente chasse à la mère lui importaient peu. Son fils l’avait trouvée parce qu’il devait la trouver. Il ne pouvait pas disparaître de sa vie, elle le voyait bien maintenant. Le voyage à Paris, cette résolution désespérée et la fuite à La Hêtraye, rien ne réussissait à le dépister.

Un peu plus tard, debout en robe de nuit, derrière sa fenêtre entr’ouverte, Fanny regardait au fond de la cour le bâtiment, l’écurie où son fils, toute la nuit et les nuits suivantes, allait dormir dans l’haleine chaude et la forte odeur des chevaux de ferme.

Elle spéculait sur le passé. «Si papa avait vécu, jamais cette chose-là ne serait arrivée… jamais il ne m’aurait laissé arriver du mal… jamais il n’aurait caché la lettre… jamais il n’aurait consenti à ce que j’abandonne mon enfant… il l’aurait aimé.» Et elle reconstruisait ainsi sa vie sur une seule donnée, puisque c’est là la consolation suprême de ceux qui l’ont manquée. Mais son remords montait en elle, formidable, accru, en réalité, de toutes ces années où il avait dormi en elle, alors qu’elle le croyait apaisé, tandis qu’elle regardait l’étable à cause de celui qui y dormait avec la haine au cœur.

«Mon Dieu, priait-elle, mon Dieu, pardonne-moi, j’ai péché en l’abandonnant, je le vois maintenant, tout en obéissant comme il est dit, j’ai péché.»

Elle revoyait son père, ce bon huguenot, et son grand-père qu’elle avait connu, et les aïeux dont il lui parlait quelquefois, ces rocs au milieu de la tourmente des siècles de persécution et de folie. Mais la foi baissait, le siècle reprenait le dessus, le siècle, c’est-à-dire la complaisance au péché qui devient le péché et puis le vice lui-même. Mais comment savoir où est le péché? «Pour maman, se disait-elle, c’est ce petit enfant né de ma faute qui n’en était pourtant pas une. Et, vraiment, le péché, c’est de l’avoir abandonné. O mon petit, mon petit, j’aurais fait un bon garçon de toi! Je t’aurais tant aimé qu’il aurait bien fallu que tu le deviennes.»

Et elle s’arrêtait devant le sentiment de l’irréparable comme devant un mur.

 

*

 

Une pluie fine se tendait devant le paysage comme la chaîne sur le métier, lorsque les sœurs descendirent, le lendemain. Aussi, le gars se trouvait-il dans la cuisine avec l’air désœuvré des paysans contrariés par le temps en pleine saison. Il exhalait une odeur appréciable d’écurie. Berthe fit une grimace qu’il saisit au vol sans maladresse.

—Ça sent son fruit, dit-il. Ah! je n’ai pas d’effets de rechange, ici, et l’écurie, ça tient bon.

Berthe dit rudement:

—C’est pas nos affaires. A vous de vous arranger.

Elle paraissait butée, ce matin, à se montrer intransigeante, autant, la veille, elle avait laissé voir une singulière bonne volonté. Le gars pâlit un peu sous son hâle de paysan.

—Si, c’est vos affaires, dit-il d’une voix sourde en ne regardant que la cadette.

Elle vint en face de lui, à le toucher; les poings aux hanches, dans sa terrible attitude de combat.

—Ah! c’est nos affaires? Eh bien, combien qu’ ça va durer, dites un peu, combien de temps que vous allez rester à la Hêtraye?

Le gars ne répondit pas tout de suite. Il recula, se détourna et s’assit. Puis il se coupa du pain, et alors il parla:

—Ma permission finit dans huit jours. En convalescence que j’ suis.

Fanny fit un pas et un cri.

—En convalescence?

Le gars la regarda comme s’il venait seulement de l’apercevoir depuis son entrée dans la chambre.

—Oui, dit-il, une «purésie» qu’ j’ai eue. Un chaud et froid que j’avais pris, qui m’a tombé sur «l’estomac».

—Une pleurésie? C’est grave, ça, fit-elle sans réfléchir.

Il leva les yeux, qu’il avait baissés sur la tartine qu’il confectionnait. Un peu de surprise y luisait.

—L’ major a dit que j’avais un bon coffre.

Il réfléchit un peu et ajouta:

—Mais que fallait faire attention.

Berthe avança entre eux et, se tournant pour poser le lait sur la table, jeta à Fanny un regard impérieux comme un ordre.

—Déjeunons, dit-elle. Eh bien, mon garçon, puisque vous êtes là encore pour huit jours vous allez demander au père Laurent de vous prêter un pantalon de toile et une chemise.

Le gars et Fanny restèrent bouche bée, littéralement, et Berthe se rengorgea devant leur étonnement:

—Faut ce que faut, dit-elle. Dans huit jours vous partirez…

Il y eut un de ces silences où l’on sent s’amasser les paroles importantes, comme la pause dans l’orage annonce la décharge de la foudre… Et elle ajouta:

—Et on ne vous reverra peut-être jamais.

Fanny songea passionnément:

«S’il avait du cœur, il se lèverait et s’en irait. Oh! comme je l’aimerais s’il faisait ça!»

Et elle entendit encore la voix de Berthe qui ajoutait ces mots indifférents dans lesquels il faut toujours noyer les autres comme la pluie noie le tonnerre et l’éclair:

—On peut bien faire ça: un pantalon et une chemise, c’est pas une affaire… En mémoire de not’ pauv’ Marthe.

Le cœur en suspens, Fanny regarda son fils. Il riait d’un rire silencieux, et sa figure épanouie lui parut l’image même de la bassesse.