Le livre noir de Vladimir Poutine
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La religion orthodoxe comme arme politique
Antoine Arjakovsky
L’utilisation par l’État russe de l’Église orthodoxe comme arme politique ne date pas de Vladimir Poutine. Elle se trouve aux origines mêmes de cette Église. Mais elle s’est tellement accentuée au e XX siècle sous le régime communiste qu’elle a produit en retour, à partir des années 1990, par une sorte de syndrome de Stockholm religieux, un asservissement amplifié de la part du patriarcat de Moscou. La responsabilité particulière de Vladimir Poutine fut d’avoir utilisé ce servilisme de l’Église russe pour décomplexer son appareil d’État à l’égard des crimes du passé et pour déployer sa politique néo-impériale à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières de la Fédération de Russie.
La manipulation de l’Église orthodoxe par l’État russe n’est pas nouvelle. Lors de la fondation du patriarcat de Moscou en 1448, le grand prince Vassili II voulut libérer l’Église de Moscovie de la domination de Byzance et de Rome, afin de mieux combattre l’occupant tatare et musulman. Enfin reconnu par Constantinople en 1588, ce patriarcat fut transformé, en 1721 sous Pierre Ier, en une structure impériale. Le Règlement spirituel rédigé par le Kiévien Théophane Prokopovitch institua alors le très saint-synode comme une direction collégiale de l’Église russe sous le contrôle de l’État en s’inspirant du modèle des consistoires protestants. La courte parenthèse qui, de 1917 à 1925, vit l’Église russe rétablir le patriarcat et affirmer son indépendance à l’égard de l’État fut vite refermée à la mort du patriarche Tikhon (Vassili Belavine). À partir de la déclaration de loyauté à l’égard du pouvoir communiste formulée par le
métropolite Serge Stragorodsky le 29 juin 1927 1, il ne resta plus que les Églises de l’émigration russe pour s’opposer à l’emprise du Kremlin. Certaines de ces paroisses situées dans la juridiction de l’Église russe hors frontières, dont le siège fut d’abord à Sremski Karlovci (Serbie), puis déménagea à New York, étaient de tendance monarchiste. La majorité des paroisses russes en Europe occidentale, administrées par le métropolite Euloge (Basile Guéorguiévsky), se placèrent sous la juridiction du patriarcat de Constantinople en 1932.
Lors de la refondation du patriarcat à Moscou décidée par Staline en septembre 1943, l’Église russe fut autorisée à nouveau à fonctionner comme institution. L’objectif du Vojd était d’utiliser le réseau des paroisses encore existantes pour lutter contre l’envahisseur nazi et surtout pour imposer une nouvelle mutation de l’idéologie communiste, afin qu’elle devienne pleinement socialiste et nationale. Cela ne remettait pas en cause l’athéisme militant du régime soviétique qui avait décimé l’essentiel des clercs orthodoxes entre 1921 et 1941. L’Église russe ne disposait plus d’aucune indépendance en raison du contrôle de la nomination de ses dirigeants par les services secrets du régime. Comme des archives récentes
publiées en Ukraine l’ont prouvé 2, le premier concile de l’Église russe, tenu en janvier 1945, fut soigneusement organisé par le colonel du NKVD Gueorgui Karpov, l’un des bourreaux les plus cruels de la Grande Terreur de 1937-1938, afin que le nouveau patriarche de Moscou fût le métropolite Alexis (Sergueï Simanski). Le nom même d’« Église orthodoxe russe » fut choisi par le NKVD contre le titre, encore utilisé avant la révolution, d’« Église orthodoxe catholique gréco-russe ». Cette totale dépendance de l’Église à l’égard du pouvoir soviétique, qui obligea la très grande majorité des clercs à collaborer avec les services secrets soviétiques, fut décrite par Vassili Mitrokhine, un agent du renseignement soviétique passé à l’Ouest en 1991. Les Archives Mitrokhine montrent, documents à l’appui, comment les principaux évêques de cette Église recevaient leurs ordres du KGB pour infiltrer les organisations internationales, à commencer par les Conférences internationales pour la paix tenues à Prague, ou le Conseil œcuménique des
Églises dont le siège est à Genève 3. Cette infiltration était utilisée en particulier pour détruire l’Église grecque-catholique ukrainienne. Ainsi, de février 1945 à mars 1946, le patriarcat de Moscou fut utilisé pour supprimer cette Église comptant plus de quatre millions de fidèles en Ukraine et pour intégrer en son sein ses paroisses. Encore le 4 avril 1969, Iouri Andropov approuva de nouvelles « mesures pour intensifier la lutte contre l’activité subversive du Vatican et des uniates sur le territoire de l’URSS en 1969-
1970 4 ».
Grâce à ces documents, dont certains furent confirmés par d’autres publiés en Estonie et par le père Gleb Yakounine (1934-2014) – un célèbre théologien dissident russe qui eut accès aux archives du Politburo au début des années 1990 –, on sait qu’un certain nombre de hiérarques actuels de l’Église russe, à commencer par le patriarche Kirill (Vladimir Goundiaïev, nom de code « Mikhaïlov ») et avant lui les patriarches Alexis Ier, Pimène et Alexis II (Alexeï Ridiger, nom de code « Drozdov »), ont collaboré activement avec le KGB et les services secrets soviétiques.
Cependant, dans les années 1990, malgré le prestige dont elle bénéficiait grâce à d’authentiques figures de la dissidence comme le père Alexandre Men, l’Église russe n’a pas reconnu sa collaboration avec le
régime communiste 5. Une seule fois, en 1991, Alexis II avoua sa collaboration personnelle avec les services secrets. Un peu plus tard, l’archevêque Chrysostome de Lituanie déclara lui aussi avoir travaillé comme agent du KGB. Et ce fut à peu près tout. L’Église décida de se présenter comme victime et entra dans une période de glorification de son propre passé en canonisant plusieurs centaines de martyrs du régime soviétique, à commencer par le tsar Nicolas II. Cette absence de repentir conduisit progressivement cette Église à justifier son passé de collaboration, puis, en consonance avec une partie de l’Église russe hors frontières demeurée monarchiste, à développer une nouvelle théologie politique légitimant l’Empire, consolidant ainsi sa propre position de soumission à l’égard du souverain.
Plusieurs personnages de l’entourage de Vladimir Poutine, se désignant tous comme chrétiens orthodoxes, furent responsables de cette auto-justification et de cet embrigadement de l’Église russe. Ce fut en premier lieu Kirill, patriarche de l’Église orthodoxe russe depuis 2009, mais aussi Alexandre Douguine, idéologue influent au sein de l’eurasisme et de l’impérialisme russes, et Konstantin Malofeïev, un oligarque dévot qui finance la guerre en Ukraine. Par leur intermédiaire, ainsi que par l’entremise de quelques autres personnages comme Tikhon Chevkounov ou Vladimir Medinski, Poutine parvint assez aisément à instrumentaliser l’Église orthodoxe, comme à l’époque stalinienne.
Lorsque Kirill fut élu patriarche le 27 janvier 2009, son principal détracteur, le père Gleb Yakounine, était déjà entièrement délégitimé. Trois ans plus tard, le 1 er février 2012, Kirill put s’adresser à Poutine en affirmant que ses douze années au pouvoir avaient été un véritable « miracle de Dieu » pour la Russie. Se prononçant contre les manifestants qui, à Moscou en 2011 et 2012, protestaient contre la réélection de Poutine, il demanda à ses fidèles de rester chez eux, en affirmant que le mouvement de fronde des organisations humanitaires et des partis d’opposition était « anti-national ». Le groupe punk des Pussy Riot ne manqua pas de réagir le 21 février 2012, quand les chanteuses Nadejda Tolokonnikova, Ekaterina Samoutsevitch et Maria Alekhina se présentèrent devant l’iconostase de la cathédrale du Christ-Sauveur et entonnèrent un Te Deum punk : « Vierge Marie, chasse Poutine, et toi, chien de patriarche, tu crois en Poutine alors que tu ferais mieux de croire en Dieu. » Deux d’entre elles furent condamnées à deux ans d’emprisonnement en camp de travail, « une punition correcte » selon le patriarche. À partir de cette date, plus personne n’osa en Russie s’opposer frontalement au patriarche. Les courants les plus fondamentalistes s’emparèrent de l’Église et anesthésièrent durablement à travers elle une
« âme russe » déjà bien malade depuis des décennies 6.
Dès lors, Kirill n’hésita plus à réhabiliter des figures telles que Staline et Lénine lors de l’inauguration d’une exposition à Moscou en 2015, à promouvoir une nouvelle religion à forte connotation païenne – encourageant par exemple le culte de la force lors de l’inauguration de la
cathédrale des forces armées en 2020 7 –, à contester ouvertement l’autorité du patriarche Bartholomée de Constantinople sur l’ensemble du monde orthodoxe en refusant de se rendre au concile pan-orthodoxe de Crète en 2016. Il envisagea même de créer un équivalent de la cité du Vatican à Serguiev Possad, près de Moscou, pour régner sur l’ensemble des Églises
orthodoxes qui lui feraient allégeance 8. Il est aussi le principal idéologue du « monde russe », théorie selon laquelle l’Ukraine, le Belarus, mais aussi la Moldavie ne disposeraient pas d’indépendance politique dans la mesure où ils appartiennent au même espace civilisationnel, défini selon lui par l’appartenance à la foi orthodoxe, par la diffusion de la langue russe et par une culture commune pluriséculaire. Cette théorie a été condamnée comme hérétique par plusieurs centaines de théologiens orthodoxes, ce qui, selon le journaliste russe réfugié en Ukraine Alexandre Soldatov, n’a pas empêché le patriarche d’encourager cette nouvelle théologie de la guerre inconnue par le passé. Ainsi, par exemple, le protodiacre Vladimir Vassilik, enseignant à l’Académie théologique de Saint-Pétersbourg, a placé les événements de l’est de l’Ukraine dans une perspective eschatologique et publié des appels aussi absurdes que prétentieux : « Après avoir pris Kharkiv, nous devons aller à Kiev, de Kiev à Lviv, de Lviv à Varsovie, de Varsovie à Berlin. Mais notre assaut contre Berlin se réalisera finalement lors de la seconde venue du Christ, où le Christ lui-même est le vainqueur. Et notre travail est de garder les hauteurs qu’Il nous a assignées. Mais
persévérez jusqu’au bout 9. »
En 2014, conscient du rôle trouble joué par Kirill avec le colonel Igor Guirkine – connu sous le pseudonyme de Strelkov – en Crimée peu avant l’annexion de la presqu’île par la Russie, le gouvernement ukrainien lui refusa le droit d’entrer en Ukraine. Cela ne fit qu’aviver sa colère, et en août, au moment de la bataille d’Ilovaïsk – quand la Fédération de Russie décida de sauver de la défaite les séparatistes de Donetsk et Louhansk –, le patriarche adressa un message aux primats des Églises orthodoxes du monde entier où il qualifia la guerre du Donbass de « guerre civile » et de guerre « interconfessionnelle ». Il affirma en effet que c’étaient principalement des « uniates » et des « schismatiques » qui se battaient aux côtés de l’Ukraine, et des enfants fidèles de « l’Église canonique » qui luttaient aux côtés de la « milice » du monde russe. Par la suite, il encouragea Alexandre Chtchipkov, son adjoint pour les relations avec la société et les médias, à publier en 2021 un ouvrage incendiaire accusant les
Ukrainiens de « génocide » contre les russophones du Donbass 10. Le patriarche a décoré publiquement Dmitri Kisselev, présentateur et grand propagandiste du régime de Poutine, directeur adjoint de l’Audiovisuel d’État (VGTRK), chargé de discréditer le gouvernement ukrainien en attisant la haine à son égard.
Le 13 mars 2022, trois semaines après l’extension de la guerre à toute l’Ukraine, Kirill répéta sa vision mythologique de l’Histoire selon laquelle la Fédération de Russie était l’unique et légitime héritière de la Rus de Kiev, une théorie qui a pourtant été maintes fois contredite par les
historiens 11 : « Que le Seigneur préserve notre Église, fortifie notre peuple et nous aide tous, peuple orthodoxe russe. Je le répète : quand je dis “Russes”, je veux dire les mots “d’où vient la terre russe” de la “Chronique des temps passés”. Je prie pour tous ceux qui vivent en Ukraine, au Belarus, dans notre pays russe, pour que nous soyons tous unis dans l’esprit et que nous maintenions l’unité dans la foi. […] Si nous survivons, alors notre terre russe, qui comprend maintenant la Russie, l’Ukraine, le Belarus et notre Église, dont les enfants vivent dans différents États presque partout
sur la planète, sera préservée 12. » Par la suite, en avril 2022, alors que plus de 20 000 soldats russes étaient déjà morts à cause de la guerre en Ukraine, il appela encore les Russes à « faire corps » pour combattre les « ennemis extérieurs et intérieurs » de la Russie. Mais à mesure que la guerre faisait toujours plus de victimes, le patriarche a perdu toute légitimité en Ukraine. En mai 2022, l’ensemble des paroisses encore dépendantes de Moscou situées en Ukraine indépendante ont fait sécession.
D’autres idéologues se présentant comme chrétiens orthodoxes cherchèrent à satisfaire le désir du président russe de disposer d’une idéologie capable de cimenter le peuple autour de son pouvoir. Konstantin Malofeïev et Alexandre Douguine, bien que très différents l’un de l’autre, firent équipe au sein du site katehon.com. Malofeïev fonda en 2005 Marshall Capital, l’un des principaux groupes d’investissement russes qui se concentrent sur les investissements dans les télécommunications, les
médias et la technologie, ainsi que dans l’immobilier et l’agriculture 13. Il préside le conseil d’administration de la chaîne de télévision d’extrême droite Tsargrad TV qui disposerait d’une audience de plus de sept millions de téléspectateurs. Vice-président du Conseil mondial du peuple russe, il promeut la foi orthodoxe et défend les valeurs de la famille, notamment à
travers la fondation Saint-Basile-le-Grand 14.
Alexandre Douguine est aussi de confession orthodoxe, de la tendance « edinoverie » qui appelle à surmonter le schisme entre l’Église actuelle et les Vieux-Croyants. Il a publié plusieurs dizaines d’essais pour démontrer que le libéralisme est aussi responsable que le fascisme et le communisme de la crise de la modernité. Influencé par René Guénon et Alain de Benoist, proche d’Alain Soral, il considère que seul un empire eurasiatique saura mettre fin à la décadence postmoderne et permettre à la civilisation russe de protéger en une forteresse imprenable sa vérité, d’ordre religieux, qu’il appelle « la tradition primordiale ». Auteur d’un livre sur Vladimir Poutine, il justifie depuis longtemps un pouvoir autoritaire, voire dictatorial en Russie et croit en la capacité du maître du Kremlin de s’opposer au pouvoir libéral de l’Antéchrist. Douguine pense que la démocratie russe a trouvé une figure capable de garantir un bon fonctionnement du pouvoir : « L’équilibre entre les trois branches [du pouvoir] est maintenu au profit de l’autorité transcendante, qui est représentée par Poutine. C’est, à mon avis, un modèle monarchiste-autoritaire très correct. Tant le pouvoir exécutif représenté par le gouvernement que le pouvoir législatif représenté par la Douma d’État, et même le pouvoir judiciaire représenté par la Cour suprême n’ont aujourd’hui aucune autonomie. Et c’est très bien. Car le pouvoir subjectif autoritaire n’est pas en eux, ni dans leur ensemble ni
individuellement, mais ailleurs. Il se trouve en Poutine 15. »
Douguine s’est particulièrement impliqué dans le soutien à la guerre en Ukraine au nom de la protection des russophones dont il a écrit, dès 2014, qu’ils étaient victimes d’un « génocide » de la part des autorités ukrainiennes. Le 6 mai 2014, dans une interview accordée à l’agence de presse du réseau ANNA-News, commentant les événements d’Odessa le 2 mai 2014, à savoir l’incendie de la maison des syndicats qui causa la mort de 43 personnes, il a appelé à « tuer, tuer, tuer… ceux qui ont commis l’anarchie du 2 mai ». Or, les services secrets ukrainiens ont identifié par la
suite les noms des personnes du drame et qui étaient originaires de Russie 16. En réaction, les livres d’Alexandre Douguine, « La Revanche eurasienne de la Russie » (en russe, paru en 2014) et « Ukraine. Ma guerre. Journal géopolitique » (en russe, paru en 2015) furent interdits en Ukraine.
L’oligarque Konstantin Malofeïev partage cette vision belliciste et impérialiste de son mentor. En effet, le 24 octobre 2016, le groupe de hackers ukrainiens Cyber Alliance annonça avoir pris le contrôle de la boîte aux lettres de Vladislav Sourkov. Parmi les premiers dossiers rendus publics figurait le « plan de déstabilisation de l’Ukraine » (le plan dit « Chatoune »). Le 25 octobre, de nouvelles fuites de Sourkov eurent lieu, qui toutes ont montré le rôle déterminant de Malofeïev dans la
déstabilisation du Donbass en 2014-2015 17. C’est lui qui, le 13 mai 2014, indiqua à Vladislav Sourkov, l’homme de liaison de Poutine avec les républiques auto-proclamées du Donbass, quelles personnes devaient être
nommées à Donetsk et Louhansk aux postes décisionnels 18.
Le 2 novembre 2020 à Moscou, à l’occasion du 6e congrès de l’Union des volontaires du Donbass, Malofeïev déclara : « Nous vivons dans une sorte de délire dû au fait que l’État a été divisé en morceaux. Et quand on nous dit qu’il y a une certaine Ukraine souveraine et un certain Donbass, c’est un non-sens. Pourquoi l’Ukraine est-elle souveraine ? Qui l’a laissée partir ? Est-ce le résultat de la conspiration ivre de Belovej, qui doit maintenant être reconnue par tout le peuple russe du fond du cœur ? J’insiste : la Crimée et le Donbass, qui se sont tournés vers la Russie, ne sont que les premiers signes. Toute l’Ukraine doit faire partie de la Russie. Si quelqu’un ne veut pas […], les régions occidentales peuvent retourner en
Pologne, en Autriche, où elles veulent 19. »
Sous sanctions de l’Union européenne pour son implication dans la guerre contre l’Ukraine, Malofeïev publia en 2021-2022 un essai historiosophique en trois volumes intitulé L’Empire, pour apporter une justification historique à son engagement dans les guerres du Kremlin et à sa réhabilitation du pouvoir impérial. Sa vision manichéenne de l’Histoire considère que, depuis plusieurs millénaires, deux forces s’opposent dans le monde : la force noire du royaume de Canaan et la force lumineuse de l’Empire. Selon lui, cette lutte connut en Russie même un tournant déterminant en 1945 : « Afin de vaincre le Troisième Reich, la Russie soviétique devait redevenir la Troisième Rome. Et elle le devint en mai 1945. L’Empire soviétique doit son apparition à la personnalité et à la vision du monde du Géorgien Joseph Djougachvili, qui est entré dans
l’Histoire sous le nom de parti Staline 20. »
Malofeïev est l’un des principaux financeurs de la guerre en Ukraine. Il a soutenu activement en 2014 le colonel Igor Guirkine (Strelkov) dans son opération d’annexion de la Crimée et de déstabilisation du Donbass. Ce dernier est aujourd’hui sous le coup de sanctions internationales et d’une condamnation à la prison à perpétuité par contumace pour avoir donné l’ordre d’abattre l’avion du vol MH17 avec un missile sol-air « BUK »,
provoquant la mort des 298 passagers 21. Malofeïev l’avait accompagné en Crimée en janvier 2014 alors qu’il se trouvait dans la délégation du patriarche Kirill. L’objectif de cette visite était de faire vénérer des reliques religieuses aux habitants de la presqu’île et de préparer son annexion. En 2015, Guirkine raconta qu’il avait bénéficié en mars-juin 2014 d’un soutien actif de l’Église russe dans le Donbass :
« Premièrement, dès le début de notre “épopée slave”, tant à Slaviansk qu’à Donetsk, nous avons constamment ressenti le soutien du clergé de l’Église orthodoxe russe, des moines, de la laure [ou monastère] de Sviatogorsk en premier lieu. Malgré les répressions possibles, ils ont ouvertement circulé et béni la milice. Y compris en passant par les points de contrôle ukrainiens et en professant clairement leur position. […] Tous les prêtres que j’ai rencontrés ont soutenu notre combat. Et ils ne l’ont pas fait d’un point de vue national, mais d’un point de vue religieux : ils ont compris qui est arrivé au pouvoir à Kiev. Des forces sont venues que l’on peut qualifier de sataniques, car toutes leurs actions sont initialement basées sur des mensonges
frénétiques et concentrés 22. »
Pour Malofeïev, la constitution de cet empire justifie tous les combats, à commencer par la guerre en Ukraine. Il s’est appuyé sur des évêques de l’Église orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Moscou pour préparer le rattachement des républiques auto-proclamées de Louhansk et de Donetsk à la Russie. La journaliste ukrainienne Tetyana Derkatch a publié un ouvrage
très documenté 23 montrant l’implication directe de dizaines d’évêques et de milliers de prêtres orthodoxes ukrainiens du patriarcat de Moscou dans cette
opération 24. Cependant, cette guerre et l’implication massive de l’Église russe n’auraient pu avoir lieu sans que Vladimir Poutine y engage toute sa responsabilité.
La responsabilité personnelle de Vladimir Poutine
Avant sa venue au pouvoir, l’État russe s’inclinait devant les victimes de la terreur communiste – ce fut encore le cas en juillet 1998, quand Boris Eltsine présida au transfert des restes de la famille impériale de Iekaterinbourg à la cathédrale Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg. Tout changea avec l’accession à la présidence de Poutine le 26 mars 2000. Dès mars 2002, une église orthodoxe restaurée dans le centre de Moscou fut consacrée par le patriarche Alexis II comme « église paroissiale du FSB » afin de répondre aux besoins spirituels précédemment négligés de son personnel. L’événement eut lieu en présence du directeur du FSB Nikolaï Patrouchev, devenu secrétaire du Conseil de sécurité, qui reçut du patriarche en cadeau l’icône de la Mère de Dieu, « l’Éléousa », et une autre
représentant son saint patron 25.
Dès sa prise de pouvoir, Poutine perçut tout l’avantage qu’il y avait à s’appuyer sur l’Église orthodoxe pour reprendre le rôle de ciment identitaire autrefois dévolu au Parti communiste et pour résister à la poussée irrésistible des mouvements démocratiques en Europe centrale et orientale. Car ces mouvements ne pouvaient que remettre en cause sa fortune personnelle et sa propre conception mafieuse de l’État, comme l’explique Jean-François Colosimo : « À l’intérieur, l’Église reprend le rôle dévolu autrefois au Parti communiste. Elle est en charge du patriotisme, de la moralité, des normes sociales et du recrutement des élites. Kirill entend dans ce contexte imiter la représentation qu’il se fait d’un catholicisme du XIXe siècle qui n’a jamais existé, une Église-caserne régissant la société. Il
veut lui faire jouer, à contretemps, les grands combats contre la Modernité avec une dimension inquisitoriale qui n’est pas traditionnellement
orthodoxe 26. »
Lors de ses deux premiers mandats, entre 2000 et 2008, Poutine caressa les sentiments chauvins et xénophobes des Russes en les dressant contre les
communautés caucasiennes et en particulier contre les Tchétchènes 27. Mais la deuxième guerre de Tchétchénie provoqua la mort de dizaines de milliers de personnes, des destructions massives et l’installation au pouvoir en mars 2007 de Ramzan Kadyrov, dont le pouvoir néo-féodal s’appuyait sur les courants les plus fondamentalistes de l’islamisme sunnite. Les forces de sécurité du président tchétchène, les kadyrovtsy, furent accusées par plusieurs ONG d’être impliquées dans des enlèvements, des actes de torture et des assassinats, dont celui de Boris Nemtsov à Moscou en 2015, dans le but d’asseoir son autorité en Tchétchénie et auprès du président russe.
Poutine était conscient que, même si en Russie 41 % de la population se déclarent chrétiens orthodoxes, les pratiquants ne sont estimés qu’à environ
6 millions de fidèles 28. Le niveau de l’anticléricalisme s’est particulièrement renforcé en Russie à partir des années Poutine. Le réalisateur russe Andreï Zviaguintsev a dressé en 2014, dans son film Léviathan, un portrait au vitriol de l’alliance dans toute la Russie entre des politiciens corrompus et des évêques ayant perdu le message évangélique des Béatitudes. Mais Poutine favorisa l’Église orthodoxe en lui permettant de récupérer un certain nombre de terres et de bâtiments qui lui avaient été confisqués pendant la période soviétique et même en la dédommageant dans certains cas – par exemple en l’autorisant à vendre le tabac et l’alcool sans payer les taxes à l’État. Une directive de 2009 autorisa l’enseignement de la culture religieuse dans les écoles publiques. Une loi de 2012, annulant celle de 1992 qui interdisait la pratique religieuse, ouvrit la voie à l’enseignement d’un module sur « les fondements de la culture orthodoxe ». Même s’il était censé être non évangélisateur, l’Église l’utilisa avec succès pour renforcer sa propre position dans la société russe et même pour
propager un idéal de l’identité russe proche de celui prôné par le Kremlin 29.
Poutine se rapprocha également du père Tikhon Chevkounov, dont il fit, dit-on, son confesseur, et l’encouragea dans sa réhabilitation du mythe de « Moscou, Troisième Rome ». Ce dernier réalisa alors La Chute d’un empire. La leçon de Byzance, qui fut diffusé à plusieurs reprises à la télévision russe en 2008. Selon Vladimir Mojegov, ce film fut le symptôme de l’avènement en Russie « d’un nouveau fondamentalisme orthodoxe » réhabilitant la toute-puissance de la « symphonie byzantine », sévèrement critiquée par l’archiprêtre Alexandre Schmemann : « En plus de son célèbre Code, Justinien est devenu le créateur de la fatale “théorie symphonique”, une utopie anti-chrétienne et anti-ecclésiale, qui a toujours influencé la conscience de l’Église chrétienne et a été la cause d’innombrables tragédies du christianisme historique. Le caractère funeste de la théorie justinienne réside dans le fait qu’il n’y a en elle aucune place pour l’Église. En plaçant sincèrement le christianisme à la base de toutes les affaires de l’État, le grand empereur n’a pas vu l’Église et, par conséquent, il a déduit toute
compréhension du monde chrétien à partir de fausses prémisses 30. » En effet, cette théorie a conduit à la perte de la frontière entre l’État et l’Église, qui jusque-là préservait la liberté éternelle de cette dernière. Comme l’enseignait l’Évangile de saint Matthieu : « Ce qui est à Dieu appartient à Dieu, ce qui est à César doit revenir à César », ou saint Paul dans sa Lettre aux Galates : « Tiens-toi dans la liberté que le Christ t’a donnée et ne sois plus soumis au joug de l’esclavage ».
Le troisième mandat du président inaugura une nouvelle radicalisation du pouvoir symbolisée par la création en 2012, par Alexandre Prokhanov – rédacteur en chef du journal réactionnaire Zavtra – et Alexandre Douguine, du club d’Izborsk, du nom d’une localité située à la frontière de l’Estonie, afin de promouvoir le « monde russe ». En 2015, le chef du Kremlin soutint, par un don de dix millions de roubles, ce groupe qui publie une revue, dispose d’un site Internet influent et compte en son sein des personnalités d’extrême droite comme Tikhon Chevkounov – devenu métropolite de Pskov et Porkhov en 2018 – mais aussi nombre de personnalités politiques et intellectuelles telles que Zakhar Prilépine, Natalia Narotchnitskaïa, Sergeï Glaziev, etc.
Poutine s’appuya alors sur ce groupe et sur l’Église orthodoxe en 2015-2016 pour réformer la loi relativement libérale de 1997 qui organisait les structures religieuses en Russie et pour faire voter à la Douma des lois obligeant toutes les communautés religieuses n’ayant pas de statut particulier à informer les autorités de leur existence et de leurs activités. La loi de 2016, également connue sous le nom de « loi Iarovaïa », modifia la loi de 2002 sur l’extrémisme, ce qui limita considérablement le prosélytisme extérieur à l’Église orthodoxe et restreignit les rassemblements religieux en les enjoignant de se produire uniquement dans des lieux religieux officiellement reconnus. Même une réunion de prière dans un appartement privé devint interdite, ce qui pénalisa un grand nombre
de communautés protestantes et les Témoins de Jéhovah 31.
Le président russe justifia cette évolution de la législation sur la base du nécessaire retour aux valeurs conservatrices de la Russie. Il s’afficha à de nombreuses reprises aux côtés de la veuve d’Alexandre Soljenitsyne et cita dans ses discours le philosophe émigré fascisant Ivan Iline à plusieurs reprises. Il expliqua que la Russie ne faisait pas partie de l’Occident en s’appuyant sur l’héritage des penseurs eurasistes réhabilités par Douguine. La journaliste bien connue Ioulia Latynina s’interrogea alors publiquement sur le site de Novaïa Gazeta le 9 septembre 2014 : « Si nous ne sommes pas
l’Occident, alors qui sommes-nous 32 ? » Mais son article fut strié de traits noirs par le Roskomnadzor – le service fédéral de contrôle des médias. Elle y affirmait ceci : « J’ai une mauvaise nouvelle pour le pouvoir, les journaleux et les idéologues du fascisme : la culture russe est devenue grande quand la Russie est devenue européenne. » Lioudmila Oulitskaïa, célèbre écrivaine russe, publia dans les colonnes du Spiegel, au moment de recevoir le prix autrichien de littérature européenne en août 2014 à Vienne, un article au titre retentissant : « Mein Land krankt » (« Mon pays est malade »). « La politique aujourd’hui en Russie est suicidaire, y écrivait-elle. Elle représente un danger en premier lieu pour la Russie mais elle peut
provoquer également une nouvelle guerre, la troisième guerre mondiale 33. »
En matière de politique extérieure, le patriarcat de Moscou, seule institution russe à couvrir encore l’intégralité de l’ancienne URSS, offrit également une plateforme de choix à Vladimir Poutine pour rétablir la puissance de l’État russe. Celui-ci s’est impliqué personnellement pour favoriser en 2007 la réunion de l’Église russe hors frontières, et ses dizaines de paroisses aux États-Unis, en Europe et au Proche-Orient, avec le patriarcat de Moscou. Il s’appuya sur les représentations de ce patriarcat au Belarus, en Ukraine dans les États baltes, au Kazakhstan et dans les républiques d’Asie centrale, pour déstabiliser ces régions. Il utilisa également le réseau des paroisses russes à travers le monde – comme à Paris où fut inaugurée en 2016 une église quai Branly, intégrée dans le Centre spirituel et orthodoxe russe – pour approcher les centres du pouvoir de chaque pays concerné, négocier des contrats militaires – par exemple les navires Mistral avec le président Sarkozy – et promouvoir son agenda illibéral.
Lors de son troisième mandat, le président russe lança en 2015 le projet d’Union économique eurasiatique avec le Belarus, le Kazakhstan, l’Arménie et le Kirghizstan. Il encouragea le patriarche Kirill à rencontrer le pape à Cuba pour faire accroire à l’opinion planétaire que le conflit ukrainien n’était qu’une guerre civile. Face aux hésitations de Barack Obama en Syrie après l’utilisation d’armes chimiques par Bachar al-Assad, il parvint même à se présenter au pape François comme médiateur de paix en Syrie. À partir de son quatrième mandat, qui commença en mars 2018, Poutine fut encore plus offensif pour diviser l’Union européenne et intensifier les différends entre Macédoniens et Bulgares, entre Serbes et Croates, et entre Monténégrins et Serbes.
Ce mépris du droit international et cette instrumentalisation de la croyance populaire à des fins de manipulation des âmes a permis au chef du Kremlin de légitimer les crimes les plus odieux, de la deuxième guerre de Tchétchénie aux massacres de Boutcha et de Marioupol. Il n’a pas hésité à arrêter ses opposants, à empêcher toute liberté d’expression et à menacer de prison ceux qui n’avaient pas encore fui le pays. Le 8 juillet 2022, le rabbin Pinkhas Goldschmidt, qui fut le grand rabbin de Moscou pendant plus de trente ans, a déclaré depuis Israël qu’il avait quitté son poste parce que ses prises de position contre l’invasion de l’Ukraine mettaient en danger la
communauté juive 34.
L’ancien colonel du KGB chercha également à se présenter comme historien pour se revendiquer l’héritier fidèle de l’Empire russe. Le 12 juillet 2021, il publia, en langues russe et ukrainienne – une première sur un site du Kremlin ! –, un article intitulé « Sur l’unité historique des Russes
et des Ukrainiens 35 » dans lequel il affirmait que « les Russes et les
Ukrainiens forment un seul peuple 36 ». Le 24 février 2022, dans son discours d’invasion, il expliqua que l’Ukraine n’aurait pas disposé de souveraineté avant 1992. Or, comme l’a montré l’historien russe Michel
Heller dans son 37 Histoire de la Russie et de son empire, après la Rus de
Kiev il y a bien eu un État cosaque ukrainien dès le e 38 XVII siècle, ainsi que
la République nationale ukrainienne (1917-1920) déclarée dès la chute de l’empire tsariste.
Vladimir Poutine se fit aussi théologien, interprète autorisé des Écritures saintes. Le 18 mars 2022 au stade de Loujniki de Moscou, au cours d’un événement retransmis par plusieurs chaînes de télévision, il cita l’Évangile pour pousser son peuple à combattre en Ukraine : « L’objectif principal et le motif de l’opération militaire que nous avons lancée dans le Donbass et en Ukraine sont de soulager ces personnes de la souffrance, de ce génocide. À ce stade, je rappelle les paroles de la Sainte Écriture : “Il n’y a pas d’homme plus grand que celui-ci, qu’un homme qui donne sa vie pour ses amis.” Et nous voyons à quel point nos militaires se battent héroïquement pendant cette opération. Ces mots viennent de la Sainte Écriture du christianisme, de ce qui est chéri par ceux qui professent cette
religion 39. » Rares sont les prêtres orthodoxes russes, comme Gueorgui Mitrofanov, à oser s’opposer publiquement en Russie à un tel détournement
de l’appel évangélique à se débarrasser de tout glaive 40.
Cela conduit à poser la question de la religion authentique du maître du Kremlin. Bien qu’il fût un agent du KGB ayant participé à des opérations antireligieuses dans les années 1970, il raconte volontiers qu’enfant il a été baptisé secrètement dans l’Église orthodoxe. Il va même jusqu’à raconter que sa conversion au christianisme s’est produite en 1996, alors qu’il prenait un bain de vapeur dans l’une de ses résidences : un incendie s’était soudainement déclaré et il n’eut que le temps de sauver sa fille des flammes et de s’enfuir par la fenêtre. Le lendemain, il fut bouleversé d’apprendre que sa croix de baptême en aluminium n’avait pas fondu. Ce fut pour lui une « vraie révélation », le signe du ciel montrant qu’il avait bénéficié d’une protection spéciale. Depuis il se rend régulièrement aux longs offices du calendrier orthodoxe. Dans Le Second Baptême de la Russie du métropolite Hilarion, un film de 2013 à la gloire du patriarcat de Moscou, présenté sur la première chaîne de télévision russe, Poutine rappelait que sa politique accommodante à l’égard de l’Église russe était en fidélité absolue avec celle de Staline. L’historienne Françoise Daucé est cependant très réservée à l’égard du christianisme affiché du président russe : sa foi serait celle d’un agnostique ayant fait le pari des valeurs patriotiques pour se faire élire et mettre en place une nouvelle « verticale du pouvoir ». Pour celui qui n’a pas oublié ses leçons d’athéisme scientifique et de matérialisme dialectique, « toutes les confessions ont été inventées par les hommes. Et si
Dieu existe, il doit être dans le cœur de l’homme 41 ».
En outre, le patriarcat de Moscou a véhiculé nombre d’hérésies – dont celles du monophysisme, de la sacralisation du pouvoir, du culte de la violence – qui ont conduit à une mutation de la religion civile post-soviétique. Il est donc plus cohérent de relever nombre de signes qui apparentent la foi de Poutine, véritable pontife de la religion néo-impériale de l’Homo post-sovieticus, à celle d’un adepte de la religion polythéiste gréco-romaine. À titre d’exemple, il sélectionne des dates rondes pour ses guerres d’invasion comme le 8-8-2008 pour l’invasion de la Géorgie, ou le 22-2-2022 pour l’extension du conflit en Ukraine (en fait, le 23). On pourrait également citer l’exemple de la cathédrale militaire où les chiffres importants pour l’histoire de la Russie et en particulier pour la Deuxième
Guerre mondiale, ont défini les proportions du temple 42. Ce sens de la numérologie est typique des adeptes du fatum. Le choix qu’il fit en 2016 d’Anton Vaino comme directeur de l’administration présidentielle, un homme connu pour ses théories manichéennes et gnostiques, en dit long aussi sur son évolution religieuse. Et le 12 avril 2022, il expliqua à la presse qu’il n’avait pas d’autre choix que d’attaquer l’Ukraine, que cette opération
militaire était « inévitable 43 ».
Mais il y a plus inquiétant. Le 18 octobre 2018 à Sotchi, le maître du Kremlin déclara qu’en cas de conflit nucléaire, l’agresseur de la Russie mourrait « sans même avoir le temps du repentir ». Les Russes n’auraient
rien à craindre : « Nous irons au paradis en martyrs 44. »
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