Le murmure de mon ennemie (French Edition)

Eva Douffiagues · Chapitre 5 sur 24

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Le murmure de mon ennemie (French Edition)

Chapitre 4

Tête à tête, Conversation et Accouchement

Sur le trajet, il est clair qu’elles n’ont pas prévu de papoter. La

musique est à fond, les trois chantent à tue- tête et chacune a un sourire

accroché jusqu’aux oreilles. L’ambiance est contagieuse. Nous

rentrons dans le bar au style irlandais et je me commande un cocktail

qui est présenté comme une spécialité de la maison, je n’ai pas tout

compris, mais il serait principalement composé de vodka et de

framboise. Lucie et Juliette me parlent comme si nous nous

connaissons depuis toujours et je fais également la rencontre de Ninon

et Ashley.

Pendant que nous discutons et que nous faisons connaissance, je

n’arrive pas à quitter des yeux Kira qui danse sur une musique rock. Je

ne peux m’empêcher de penser qu’à sa place je serais ridicule, mais

elle, elle ressemble à une rockeuse qui met le feu à la scène et son

public. Je suis admirative. Sa confiance en elle me renvoie de plein

fouet mon manque d’assurance face à des filles si charismatique.

Tu es grasse et sans aucune prestance, tu fais tache dans un groupe

aussi magnifique. Tu ne devrais même pas être là.

Mes pensées nocives s’estompent petit à petit grâce à l’ambiance

générale. Je discute avec l’adorable Lucie, la blonde fofolle qui parle de plusieurs sujets à la fois et qui m’offre un verre à chaque sujet. Puis avec Ninon, qui m’explique qu’elle est cheffe dans un grand restaurant étoilé et elle me décrit avec passion les coulisses de son travail.

Je passe une superbe soirée, avec des personnes qui me font rire. Je

ne sais pas très bien combien de verres j’ai bu, trois, peut-être quatre, mais ce qui est sûr c’est que l’effet commence à se faire sentir. J’ai des fourmis au bout des doigts et mon esprit s’embrume. Mes pieds m’emmènent, un peu malgré moi, vers la piste de danse.

Je crois que la goule ne supporte pas l’alcool, car après quelques

verres je n’entends étrangement plus ses critiques acerbes.

La musique est passée à un style un peu plus pop, je danse avec un

flagrant manque d’assurance. Kira me sourit, se moque-telle de moi ? Je décide de retourner au comptoir quand elle me prend les mains et se met à danser avec moi. Nos mouvements se synchronisent, sa confiance m’aide à oublier ce qui nous entoure et je profite simplement du moment. Je ne sais pas combien de temps nous passons à danser, mais le barman nous signale que le bar va bientôt fermer.

Sur la dizaine de filles avec qui nous étions arrivées, nous ne sommes plus que cinq ; Lucie, Juliette,

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Ninon, Kira et moi. Kira propose alors que nous finissions la soirée

chez elle, car elle habite à deux pas d’ici. Moi je préfèrerais que cette soirée ne finisse jamais.

Nous partons alors à pied jusqu’au loft à Kira. Sur la route, nous

chantons, nous nous amusons et nous parlons beaucoup trop fort. Quand je vois les filles se diriger vers une porte en fer forgé donnant sur une bâtisse industrielle qui semble abandonnée, je me demande pour la première fois de la soirée dans quoi je me suis embarquée sachant que je ne connais personne. Je regarde mon téléphone, il est 1h20, il serait peut-être temps que je rentre.

À croire que Kira lit dans mes pensées, elle me sourit et me demande

de la suivre pour qu'elle puisse me faire visiter. Après avoir pénétré cette entrée lugubre, je suis stupéfaite par le contraste entre l'extérieur et l'intérieur. Je viens d'arriver dans un loft immense avec une hauteur sous plafond vertigineuse. Décoré avec tant de goût, un mélange de design moderne et de minimalisme.

Nous nous installons toutes les cinq dans un canapé en forme de U,

posé autour d’une table basse qui doit être hors de prix. Kira sort des chips et des crackers, cinq verres et quelques bouteilles d’alcool. Elle met en fond sonore une musique lounge, qui nous permet de discuter enfin sans crier. La taille disproportionnée du canapé nous permet de nous installer à notre guise. La discussion revient d’abord sur le match, les filles racontent quelques anecdotes sportives et moi j’écoute intéressée.

— Et une de moins !

En disant cela, Lucie se met à rire en voyant Ninon qui s’est

endormie en plein milieu d’une phrase, la bouche entrouverte. Alors que Lucie et Juliette se montrent mutuellement des vidéos sur leurs portables, Kira me propose d’aller sur la terrasse, je la suis curieuse de visiter un peu plus ce magnifique loft.

La vue sur la pinède est féerique à la lumière des étoiles. L’air est

doux et une odeur de sève me replonge dans mes escapades photographiques. Nous nous installons sur un pouf géant sur lequel nous pouvons nous allonger toutes les deux. Même si le silence qui règne n’est pas du tout pesant, c’est moi qui le romps la première.

— Dans quel domaine travailles-tu pour pouvoir te louer un

 palace pareil ?

—Je l’ai acheté. Mais ce n’était pas dans cet état à l’origine, ça

ressemblait plutôt à une vieille grange. On a tout refait avec mon père, c’est une chance qu’il soit dans le métier. Moi je suis avocate dans le droit pénal.

— Dans le genre meurtrier et tueur en série ?

Elle sourit, je ne sais jamais si elle se moque de moi. Ai-je dit une bêtise ?

— C’est quasiment ça, mais la plupart du temps je défends surtout des voleurs ou des homicides involontaires. J’adore mon job, je ne m’ennuie jamais. Et toi, que fais-tu ?

— Je suis professeur des écoles. Je viens enfin d’être mutée ici. J’ai travaillé deux ans dans le centre du pays, à la rentrée ça sera ma première année dans la région. J’adore ton prénom, c’est japonais ?

— Non, c’est russe. Je m’appelle Kira Khanilov, mon père est russe et ma mère anglaise.

— Le mélange des deux est magnifique.

Silencelourd,jemerendscompte des mots que

je viens de prononcer.

— Non, mais je veux dire que ce sont de jolies origines, enfin je veux

dire... Bref, tu m’as comprise.

—Tu me fais rire Meryl.

Elle s’installe de sorte à poser sa tête sur mes genoux,

bizarrement ça ne me gêne pas du tout. J’entreprends à caresser les

mèches de sa longue chevelure. Ses cheveux lisses et soyeux glissent

entre mes doigts, c’est très agréable. Ils sentent bon la noix de coco.

Elle a le regard perdu dans les étoiles et le mien se perd sur son visage.

Elle est si belle.

Nous continuons naturellement à parler de sujets aussi variés les

uns que les autres. Elle est très cultivée, elle a des opinions et des

connaissances sur le cinéma, la littérature, la photographie et même

des sujets plus légers comme les dessins animés. Il est possible de

parler de tout en sa compagnie. Dans un geste machinal, je finis sans

m’en rendre compte par lui caresser l’épaule. Sa peau est chaude, mais

je suis étonnée de l’effet que ça me fait d’être en contact avec son

corps. Étrangement, la réaction se fait ressentir au niveau du ventre,

voire du bas ventre.

Quand je ressens cette excitation, j’arrête immédiatement mon

geste perplexe de mes ressentis. Je ne la touche plus, mais elle est là,

allongée à côté de moi, la tête posée sur mes cuisses, ses mains

délicatement entrelacées autour de ma jambe. Son croc-top ne cache

pas grand-chose, et je finis par la caresser du regard.

D’abord ses épaules nues, puis les courbes de ses seins, ils sont

moins imposants que les miens, mais d’une forme parfaite comme

dessinée par un artiste. Mes yeux continuent leurs caresses et

descendent le long de son ventre, descendent encore, jusqu’à la

barrière frustrante de son pantalon qui dissimule ses formes tant il est

ample. Perdue dans mes pensées, je me surprends à être bien plus

humide que prévu, beaucoup trop. J’essaie de penser à autre chose

quand elle me dit :

— Continue de me caresser s’il te plaît, j’adore ça.

Bien sûr, elle pense aux caresses que je lui fais dans les cheveux, moi

je pense à tout autre chose. Elle se redresse, les sourcils froncés, elle fait la moue. Son visage est bien trop proche du mien.

— Tu vas bien, Meryl ? Tu sembles préoccupée ? Raconte- moi.

Il est clair que je ne vais pas lui raconter ce que j’ai en tête, elle

prendrait peur. Mais je ne la regarde déjà plus dans les yeux, je suis focalisée par ses lèvres qui sont à quelques centimètres des miennes. Je suis sûre qu’elles sont délicieusement douces et sucrées, j’ai envie de vérifier. Je détourne les yeux vers la pinède, pour éviter de me faire hypnotiser par ses beaux yeux vairons.

— Raconte-moi, je vois bien que tu es troublée. J’ai envie que tu te sentes bien. Je peux faire quelque chose pour toi

?

Pourquoi faut-il que chacun des mots qu’elle prononce soit interprété autrement par mon esprit tordu. C’est plus fort que moi, je détourne le regard de la pinède qui est à présent insignifiante pour me replonger dans ses yeux. Je me mords la lèvre pour ne pas succomber à mes envies charnelles. Mais il se trouve qu’elle se met à son tour à regarder successivement mes yeux puis mes lèvres, puis mes yeux et de nouveau mes lèvres. Elle qui est déjà très proche de moi, glisse une main chaude dans ma nuque, elle rapproche son visage du mien. Je suis excitée comme une adolescente, j’ai les hanches en feu. Je vais pour céder à mes pulsions quand mon téléphone se met à sonner.

La sonnerie coupe nette Kira dans son élan, et à ce moment précis le mot frustration prend tout son sens pour moi. Il est 4h du matin, qui ça peut bien être ? Elle rigole en voyant ma tête plus que frustrée. Elle me caresse la joue et elle me conseille de répondre, car à cette heure- ci ça doit être important. Je regarde mon téléphone et je vois alors que c’est Matthew qui m’appelle, je réponds aussitôt. Il a une voix tremblante, je l’entends en panique, donc je panique aussi sans savoir ce qu’il se passe et je vois Kira s’inquiéter à son tour en voyant mon visage.

— Meryl ‘tite sœur ! Ça y est, c’est le moment, je vais être papa, mais je panique, ça ne va pas, ça ne devait pas se passer comme ça. J’ai besoin que tu sois là, je t’en supplie, je ne peux pas gérer sans toi. Viens vite, s’il te plaît.

— J’arrive tout de suite.

Kira fronce immédiatement les sourcils, son air sévère me fait fondre.

— Tu comptes aller où dans cet état-là ? Tu es chez moi, tu es donc sous ma responsabilité.

— Mais Matthew va être papa d’une minute à l’autre, il a besoin de moi !

— Si tu me promets de ne pas vomir, je t’y emmène. Moi je n’ai que dansé, je n’ai pas bu.

— Promis, je serais sage ! Mais tu es sûre que ça ne te gêne pas, à cette heure-ci ?

Elle me sourit, ça ne la gêne donc pas. À défaut d’autre chose, je

l’embrasse sur la joue pour la remercier. Quand on retourne dans le salon, les trois filles dorment profondément. Kira prend quelques secondes pour les couvrir et je la suis jusqu’au garage. Mais il se trouve que dans le garage il n’y a pas de voiture, mais à la place se trouve une moto. Je la regarde un peu apeurée.

— On n’a pas le choix, ma voiture est en révision.

Elle me donne une veste et un casque, en effet je ne préfère pas

vomir une fois que je serais affublée d’un casque, je n’ose pas imaginer les dégâts si cela devait se produire. Elle démarre la moto, le ronronnement du moteur est agréable. Je monte derrière elle, je me positionne tout contre son dos et je m’accroche avec plaisir à son ventre. Même avec les deux grosses vestes en cuire, j’aime être en contact avec son corps. Elle vérifie que je me tiens bien et démarre en trombe.

Sur la route, mes pensées sont en pleine éruption volcanique. Je vais

être tata. Matthew qui est si fort habituellement, panique. Je croyais que j’étais hétérosexuelle ? Je dois être présente pour mon frère. Peut-être est-ce à cause de l’alcool ? Je ne connais pas grand-chose de cette fille en plus. Je m’égare un peu là. Avec la vitesse, l’air est froid. Je frissonne et sors de mes rêveries sensuelles. Je dois me ressaisir. La situation a failli déraper à cause de l’alcool et de cette ambiance si romantique. Si ça se trouve, je me suis fait des films, elle n’allait même pas m’embrasser.

À l'allure où elle roule, on arrive à l'hôpital en quelques minutes.

Quand elle descend de la moto et qu'elle enlève son casque, je me rends compte que l'alcool n'a rien à voir avec ce que je ressens. Elle m'arrange une mèche de cheveux qui tombe sur mon visage, elle me prend la main et m'entraîne jusqu'au service de maternité.

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Dans la salle d'attente, Matthew est là, même si son niveau d'anxiété est

à son summum, il ne manque pas le fait que Kira et moi nous nous tenons la main. Kira me lâche comme si elle s’était brûlée. Je me concentre d’abord sur Matthew, je m’occuperais de Kira plus tard.

— Qu’est-ce que tu fais là ? Pourquoi tu n’es pas avec Alicia ?

— Je n’ai pas droit d’y aller. Elle s’est réveillée en criant, elle ressentait une douleur insoutenable, il y avait du sang dans le lit, elle s’est mise à paniquer. Alors pour la rassurer j’ai fait en sorte d’être calme tout le temps qu’elle avait besoin de moi, je te jure, je ne voulais pas lui faire peur. Mais quand le médecin l’a ausculté, il a crié ‘’ code orange’’ et tout le monde s’est affolé. Ils l’ont emmené au bloc et moi je suis là comme un con et j’attends.

Il a les yeux embués de larmes. Je le prends dans mes bras pendant que Kira va prendre des nouvelles. J’essaie de le rassurer comme je peux, mais ne connaissant rien de la situation, je ne peux pas trop m’avancer. Kira revient avec trois cafés ainsi que de bonnes nouvelles. Le bébé a voulu sortir trop rapidement et un bout du cordon se serait déchiré, d’où le sang.

— Ils ont dû faire une césarienne d’urgence pour que le bébé ne manque pas d’oxygène. Mais apparemment tu as réagi super vite. Tu devrais pouvoir aller les voir dans quelques minutes.

Au même instant, une infirmière arrive en expliquant que la maman et le bébé vont très bien grâce à la réactivité du papa. Et que seulement le papa a le droit d’aller les voir pour le moment. D’entendre ses mots, mon frère fond en larme, quand il relève la tête, il porte à ses lèvres un sourire des plus radieux.

— Aller ! File, voir ma nièce. Et dis-lui que je viens la voir dès qu’on m’y autorise.

Il part soulagé d’un poids et il suit machinalement l’infirmière qui le mène auprès de sa femme et de son bébé. Moi je me retourne vers Kira, pour la remercier.

— Merci pour tout, heureusement que j’étais avec toi quand il m’a

appelé, personne n’aurait pu m’emmener aussi vite !

— Tu me fais rire Meryl.

En disant ses mots, elle s’approche de moi, me prends par les

hanches et m’enlace tendrement dans ses bras. J’ai encore plus envie de l’embrasser maintenant que tout son corps est collé au mien. J’ai mon visage au niveau de son cou, je sens son odeur. L’odeur de son parfum a presque disparu pour laisser la place à la véritable odeur de sa peau. L’odeur d’un nectar enivrant. Avant qu’elle ne se détache de moi, je ne peux m’empêcher de déposer un très doux baiser au creux de son cou.

Quand elle s’éloigne de moi, je lui explique que je peux rester là et

que mes parents me raccompagneront. Puisque dans tous les cas, je ne partirais pas sans avoir vu ma nièce. Elle s’assure une dernière fois que tout va bien pour moi et elle s’en va. En la regardant s’éloigner, je me demande vraiment si cette soirée a bien été réelle.

Je pense que ça fait déjà une bonne heure que je suis dans la salle

d’attente. Il est maintenant un peu plus de 5h. Je pique du nez. Je ferme les yeux cinq petites minutes et quand je les ouvre il fait jour. Ça doit être l’instinct animal qui m’a réveillé, je vois mes parents arriver. La dernière fois que je me suis vue dans une glace, c’était pour aller manger chez eux la veille, je dois vraiment avoir une sale tête.

— Coucou,ma puce,tuasvuton frère ? me questionne mon père.

— Juste avant qu’il parte rejoindre Alicia après sa césarienne. Depuis, pas de nouvelles.

Nous attendons encore trente bonnes minutes tous les trois dans la

salle d’attente quand mon frère vient nous chercher. Il a les yeux vitreux, le dos voûté, mais le visage heureux. Il nous conduit jusqu’à la chambre dans laquelle ma belle-sœur et ma nièce se reposent. Et il nous présente enfin sa fille.

— Voici, Maggie, ma fille. Maggie, je te présente papi et mamie, et là c’est ta marraine.

Il m’annonce ça, comme si c’était une annonce sans importance.

Entre la fatigue et l’émotion de la naissance, je pleure de joie d’apprendre que j’ai l’honneur d’être là marraine d’une aussi jolie princesse. Il me prend dans ses bras. Ma mère ne se sentant pas assez au centre de l’attention nous sépare en s’approchant d’Alicia.

— Tiens ma belle, moi, j’ai pensé à t’apporter un cadeau. Et ce cadeau-ci c’est pour ma magnifique petite fille.

Ce moment est beaucoup trop précieux pour que je m’attarde aux paroles à ma mère. Je m’approche de Maggie et admire la magie de la nature. Je suis fascinée de voir ce visage si doux, ses petites mains, ses doigts tout fins, son nez retroussé. Elle me semble si fragile. Je ressens immédiatement un immense amour inconditionnel pour ma filleule, je lui promets intérieurement de toujours être là pour elle.

Nous ne nous attardons pas trop, car Alicia est très fatiguée de son opération, je félicite encore une fois les deux jeunes parents. Puis, je laisse mes parents me ramener chez Matthew. Arrivée à la maison, je prends une douche rapide pour aller aussitôt au lit. À peine les draps de mon lit touchés que je tombe dans un profond sommeil.

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