Le murmure de mon ennemie (French Edition)

Eva Douffiagues · Chapitre 6 sur 24

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Le murmure de mon ennemie (French Edition)

Chapitre 5

Torride, Cocktail et Amies

Cela fait maintenant trois jours que Maggie est née, Matthew

passe tout son temps à la maternité pour s’occuper de sa femme et de

sa fille. Moi, je passe les voir de temps en temps, mais ils sont

clairement dans leur bulle de bonheur. Je préfère les laisser profiter de

ces précieux moments. Je suis donc seule à la maison à ressasser la

soirée passée avec Kira. Je n’ai pas de nouvelles d’elle. En soi, il ne

sait rien passer de particulier, mais c’est plus fort que moi, elle

m’obsède.

Par moment, je me dis qu’une fille aussi parfaite ne peut pas

s’intéresser à quelqu’un comme moi. Puis, à d’autres moments, je me

dis aussi qu’elle est peut-être en couple, ou simplement hétérosexuelle.

Finalement, je ne connais vraiment pas grand-chose d’elle. Je sais

qu’être en couple n’est pas une obligation et qu’on peut très bien être

heureux en étant seul, mais j’ai vraiment envie de trouver quelqu’un

avec qui partager un petit bout de ma vie.

Depuis que j’attends des nouvelles de Kira, la goule sournoise et

vicieuse ne me lâche plus une seule seconde. Dès que j’approche d’un placard ou du frigo, elle pointe tout de suite le bout de son nez. Tu as tellement de réserve de graisse que tu peux arrêter de manger pendant un long moment. Cela ne te fera pas de mal de te priver, bien au contraire, car si tu avais été moins grosse, Kira aurait certainement repris contact avec toi.

Maintenant que j’y pense, cela fait trois jours que je ne mange plus

grand-chose. Avant-hier, j’ai eu envie de pâtes au fromage sauf qu’une fois que j’ai commencé à manger, je ne me contrôlais plus, je me suis gavée jusqu’à me sentir nauséeuse. L’ignoble voix ne m’a pas loupée. Tu es contente ? J’espère que tu es fière de toi et que tu t’es fait plaisir avec un plat bien gras et bien copieux. Maintenant sort tout ça de ton corps le plus vite possible avant que tu ne le digères. Sinon ça va s’installer et tu auras encore plus de graisse, tu ne pourras plus t’en défaire, car tu n’as aucune volonté pour bouger tes fesses.

Ça a été plus fort que moi, il a fallu que je me libère de ce poids, de cette honte, je ne peux plus accepter le fait de prendre encore plus de poids. Je me suis donc fait vomir.

À présent que je mange moins, c'est beaucoup plus satisfaisant, je suis dans le contrôle de mon corps et j'ai déjà perdu du poids. D'ailleurs, je passe mon temps à contrôler mon poids, à toute heure de la journée et sans vraiment de raison, je file à la salle de bain afin de me peser.

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J’ai pris l’habitude d’observer la page Instagram à Kira quand je

m’ennuie. Je bloque sur une photo particulièrement jolie sur laquelle elle est en soirée avec des amis, un grand sourire aux lèvres et les yeux pétillants de malice. Je suis en pleine admiration quand je fais un bon en attendant mon frère derrière moi. J’étais trop concentrée pour pouvoir l’entendre arriver.

— Tu m’as fait peur ! Tu ne peux pas t’annoncer, te racler la gorge comme un humain normal ? Comment vont les filles ?

— Alicia est crevée et sa cicatrice lui fait très mal, mais l’allaitement se passe bien donc elle est contente. Maggie ne fait que manger et dormir, elle a la belle vie. Elles devraient sortir demain ou après-demain.

Son visage change d’un regard attendri par la pensée de sa fille à un

regard trop sérieux presque en colère. Puis, il reprend :

— Je préfère te prévenir. Kira n’est pas faite pour toi.

— Quoi ? Je n’ai pas... Enfin... Je n’ai jamais dit que j’espérais quoi que ce soit.

— Je l’adore, c’est une amie géniale, mais comme petite amie, elle est horrible. Ses ex ont toutes fini en pleurs. Je ne veux pas que ça t’arrive à toi.

Il a dit "toutes", elle n’est peut-être pas hétérosexuelle finalement. Je

le vois me fixer, il me fait le coup du sourcil remonter par un hameçon qu’il me fait dès qu’il joue au grand frère protecteur.

— Ne t’inquiète pas, grand frère, je n’ai aucun contact

avec elle, même pas son numéro. Et puis, je suis grande, je sais très bien

qui je peux fréquenter ou pas !

— Comme l’autre débile de Franck ?

— Erreur de parcours, ça arrive à tout le monde, mais je te promets de faire attention.

Ma réponse lui convient, car il s’en va dans sa chambre sûrement

récupérer des affaires propres pour Alicia. Pendant ce temps, je reçois un message.

J’ai envie de te voir. Je refais une soirée chez moi ce soir, ça te dit de

venir ? Si ça te tente, on pourrait manger un bout ensemble avant si tu

veux. Kira.

Je pense que je réponds beaucoup trop vite, mais je suis trop contente d’avoir de ses nouvelles. Bien évidemment, je lui réponds par l’affirmatif en essayant de ne pas paraître trop enthousiaste.

OK, je passe te prendre ce soir vers 18h. Bisou.

Je regarde l’heure, il est 15h. J’ai le temps, mais je veux déjà me préparer, j’ai hâte d’être à ce soir. Je passe une bonne heure à me faire des soins pour avoir la peau aussi douce qu’un bébé, puis je me maquille. Des yeux de biche et une mise en valeur de mes jolies lèvres pulpeuses.

Puis, vient le moment fatidique du choix de la tenue. Même avec quelques malheureux kilos en moins, je reste beaucoup trop grosse à mon goût. J’ai envie de remettre ma robe pin-up dans laquelle je me sens si bien, mais je crains qu’elle vienne me chercher à moto. J’opte donc pour un pantalon noir élégant et mise tout sur le haut. Un cache-cœur qui met en valeur ma poitrine et fait oublier mon ventre.

Si tu penses une seule seconde qu’un joli haut va camoufler ce corps disgracieux, tu te fourvoies lourdement. Aucune tenue, aussi belle soit-elle, ne pourrait embellir un tel désastre.

Je fais la sourde oreille tant bien que mal à ses paroles caustiques. Contre toute attente, les heures défilent à une vitesse folle, je stresse comme une adolescente qui aurait son premier rendez-vous galant. Quand j’entends le bruit de la moto, je me félicite d’avoir mis un pantalon et cours presque la retrouver devant le jardin. Elle n’enlève même pas son casque, elle me tend le mien et me donne le gros sac qu’elle a dans le dos pour que je puisse me mettre contre elle, je m’installe.

— Où allons-nous ?

— Surprise ! me murmure-t-elle mystérieuse.

J’entoure sa taille fine de mes bras, et savoure la promenade à moto en sa compagnie. Je suis pourtant de la région, mais elle m’emmène dans un petit patelin que je ne connais pas. Quand elle s’arrête, je ne vois que de la nature autour de moi. Nous avançons dans un terrain verdoyant d’une herbe magnifique, le clapotis que j’entends me donne un indice sur ce vers quoi nous nous dirigeons.

Arrivées au bord de la rivière, elle sort du gros sac une couverture,

des choses à grignoter comme des chips et des olives. Elle sort également une bouteille de vin rouge accompagnée de deux verres à pied. Je m’installe ravie de cette surprise. Le ciel est bleu et quelques nuages cotonneux viennent adoucir cette clarté. Il fait juste assez chaud pour être à l’aise grâce à une douce brise et le bruit de la rivière est magique et relaxant.

Nous nous installons confortablement sur la couverture face à l’eau,

elle nous sert à boire à toutes les deux et nous commençons à prendre des nouvelles l’une de l’autre. Je lui raconte à quel point ma filleule est merveilleuse, puis elle m’explique qu’elle a eu un travail monstrueux cette semaine et qu’elle a envie de se détendre. Nous parlons bien plus que nous mangeons, d’ailleurs j’évite de manger. Je ne sais pas comment on en arrive à parler de cela, mais elle m’explique son coming- out. — Ma mère a l’esprit ouvert, elle vit dans la spiritualité et l’amour de l’autre je n’avais pas peur de lui annoncer. Mon père est un peu plus de la vieille école et d’une certaine manière je craignais de le décevoir, je ne sais pas pourquoi. Mais quand je lui ai dit, il n’a pas du tout été surpris, pour lui c’était une évidence. Apparemment, c’était plus évident pour mon entourage que pour moi- même. Ce qui a été le plus difficile, ça a été de le dire à ma sœur, elle a eu du mal à accepter que je ne sois pas comme elle. Et toi, comment ça s’est passé ?

— Euh... C’est-à-dire que c’est compliqué.

— Ah mince, tu n’as toujours pas réussi à le faire ? Pourtant ton frère n’était pas surpris de te voir avec moi.

— Non en effet, je ne l’ai pas encore fait. Pour la simple et bonne raison qu’il y a à peine quelques jours, j’étais persuadée d’être hétéro.

Contre toute attente, Kira se met à exploser de rire, son rire est

contagieux et je la suis dans ce fou rire incontrôlable. Elle a un rire mélodieux et entraînant, je ferais tout pour qu’elle ne s’arrête jamais.

— Mais tu n’as jamais eu de signes avant ? Parce que je n’aurais jamais pu croire une seule seconde que tu étais hétérosexuelle. Tu n’as jamais embrassé de fille ?

— Si en soirée étudiante, un peu éméchée. Mais un peu comme tout le monde, je suppose.

— Attends, attends, parce qu’il y a deux façons d’embrasser une fille en soirée. Tu parles d’un smack à une amie pour plaisanter et pour convoiter encore plus de garçons ou bien tout le tralala spontané et bien sexy avec une inconnue ?

— Présenter comme ça je vois bien la différence entre les deux scènes et maintenant que tu le dis j’avais en effet peut-être eu des signes avant-coureurs.

Nous continuons à rire de ma naïveté, et je lui explique que je n’ai jamais eu l’idée de me coller une étiquette. Si une personne me plaît, c’est tout ce qui m’importe, je ne réfléchis pas vraiment au reste. Elle me fixe de ses yeux vairons, brillants d’avoir trop ri. À ce moment-là, le temps ralenti, je suis complètement perdue dans son regard, son sourire change, il devient beaucoup plus mystérieux. L’atmosphère commence à devenir électrique, son corps est si proche du mien, je tente une approche quand son téléphone sonne. Kira décroche et j’entends d’ici la voix à Lucie.

— Mais bordel, qu’est-ce que tu fais ? Ça fait une heure qu’on a commencé sans toi !

Nous nous sommes perdues dans le fil de notre discussion jusqu’à en oublier le temps, nous sommes en retard. Nous jetons les affaires dans le sac, puis nous

enfourchons la moto et nous rentrons rapidement jusque chez elle. Une

fois arrivées, nous pouvons constater qu’il y a déjà une douzaine de personnes chez elle.

Lucie s’approche de nous, un sourire moqueur aux lèvres. Kira se fait harponner par un groupe d’amis qu’elle n’avait pas vu depuis longtemps, d’après ce que je comprends de leur conversation. Lucie rejointe par Ninon attaque l’interrogatoire qui lui brûle les lèvres.

— Où étiez-vous ? Vous avez fait quoi ? C’est officiel entre vous ? Dis-nous tout !

Lucie trépigne d’impatience, une véritable enfant frôlant l’hystérie.

Ninon est plus posée, mais on voit quand même qu’elle est curieuse d’en savoir plus.

— Désolée de vous décevoir, mais il n’y a rien du tout. Nous ne nous sommes même pas embrassées.

— Impossible ! Vous avez passé tout le reste de la nuit sur le toit rien que toutes les deux, on connaît Kira s’est une tombeuse. Et là, vous étiez où ?

— Kira m’a emmené à la rivière manger un bout et boire du vin. Mais c’est tout, nous n’avons fait que discuter.

Lucie reste convaincue que je ne lui dis pas toute la vérité, mais

Ninon capitule est m’invite à danser. Je la suis contente de pouvoir enfin m’amuser. Avec ses longs cheveux flamboyants et sa combi-short très près du corps, elle n’a rien à envier à aucune Barbie top model.

Pour une personne qui d’ordinaire est calme et posée, elle offre un

véritable spectacle quand elle se met à danser. J’ai l’impression que tout le monde a les yeux fixés sur elle, je ne me sens pas du tout à la hauteur pour pouvoir danser à ses côtés. Je vais pour retourner voir Lucie quand elle m’entraîne dans un coller serrer qu’elle dirige d’une main de maître, je me laisse donc mener en profitant de la danse.

— Lucie est trop gentille pour dire quelque chose de méchant d’une amie, mais tu as vraiment l’air d’une fille bien et je préfère t’avertir. Méfie-toi de Kira, elle a brisé un nombre incalculable de cœurs, disons qu’elle n’aime pas se poser, elle est plutôt volage.

Sortie de nulle part, Kira me prend par la main et m’écarte de Ninon.

Ninon ouvre de grands yeux, son visage passe d’une expression choquée à un amusement taquin.

— Kira Khanilov ! Serais-tu jalouse ?

— Mais non n’importe quoi, Meryl fait ce qu’elle veut, c’est juste que j’ai un truc à lui dire, c’est tout.

— C’est bien la première fois que je te vois réagir comme ça avec quelqu’un, c’est trop mignon ! En fait, je me suis peut-être trompée sur ce que je viens de te dire Mery

En nous éloignant, je vois Ninon nous regarder d’un air attendri tandis que Kira qui ne m’a toujours pas lâché la main me conduit jusqu’au bar. Je me sers une vodka et elle un whisky. Elle ne parle toujours pas, trop curieuse de savoir pourquoi elle m’a sortie de la piste de dance, je lui demande :

— Qu’est-ce que tu voulais me dire ?

— De quoi ? feint-elle de ne pas comprendre.

— Tu viens de dire à Ninon que tu voulais me dire quelque chose.

Qu’est-ce que c’est ?

Elle balbutie, puis bois quelques gorgées et me reprend la main. Apparemment, elle n’a rien de spécial à me dire, mais je me sens bien mieux là avec elle qu’à danser avec Ninon. On passe le reste de la soirée à parler à toutes sortes de personnes, il y a un grand nombre de filles de l’équipe de roller Derby, des amis d’enfance à Kira, des amis à des amis. Je passe une soirée très agréable d’autant plus que pendant tout ce temps, Kira ne m’a toujours pas lâché la main.

Lucie nous rejoint un peu plus tard, mais beaucoup plus ivre. Kira lui ordonne de dormir sur place, Lucie s’indigne en parlant avec de grands gestes. En expliquant qu’elle rentrerait avec Ninon qui n’a pas bu d’alcool, elle vide d’un grand geste maladroit l’intégralité de son verre sur mon haut. Je suis trempée, son cocktail verdâtre a bousillé ma tenue.

Kira me propose alors d’aller dans sa chambre pour que je puisse me laver et me changer. Je la suis, j’ai horreur de me sentir aussi poisseuse. Mais je commence à angoisser, je n’ai pas envie de me ridiculiser devant Kira, car je suis bien curieuse de savoir par quel miracle je pourrais rentrer dans un de ses vêtements, vu la différence de corpulence qu’il y a entre nous deux.

Sa chambre est très épurée avec des couleurs chaudes. Une suite donne accès à une petite salle d’eau et un dressing. Elle me propose d’aller me rincer pendant qu’elle me trouve un habit de rechange. Je vais dans la salle de bain, mais le tissu trempé de mon t-shirt colle à ma peau et je n’arrive pas l’enlever facilement.

Je suis coincée au niveau de la tête quand je me trouve complètement

bloquée, je me sens vraiment honteuse, mais je l’appelle à l’aide, car je n’ai pas trop le

choix. Je l’entends rire et s’approcher. Quand je suis enfin libérée, je me

trouve tête à tête avec elle, son visage très proche du mien.

Elle se mord la lèvre, elle me fait fondre. Ma respiration devient

malgré moi plus rapide, je n’arrive pas à détacher mes yeux de ses lèvres. Je suis là, devant elle, la poitrine en évidence, je me sens vulnérable, mais l’alcool aidant à oublier mes complexes, je me colle à elle et lui caresse la joue. Elle prend ma nuque dans sa main et m’embrasse enfin.

Ses lèvres sont d’une douceur divine, nos baisers sont doux et

tendres pour devenir de plus en plus torrides. Nos mains se baladent sur le corps de l’autre et sans même y faire attention, nous nous retrouvons nues. Nous allons sous la douche, Kira prend du gel douche dans le creux de sa main et s’applique à me laver le corps de la manière la plus sensuelle qui puisse exister. Elle s’attarde sur ma poitrine qu’elle caresse longuement, puis une fois rincée, elle me dépose de délicats baisers au creux de mon cou. Nos corps sont entrelacés, je n’ai jamais été aussi excitée.

Nous décidons de continuer ce moment de plaisir dans sa chambre.

Avant même d’atteindre le lit, elle me plaque contre le mur, brûlante de désir, et commence à me caresser entre les cuisses. J’ai une envie irrésistible d’embrasser et de caresser sa poitrine. Son corps entier est un appel à la sensualité. Elle est d’une dextérité hors du commun, alors qu’elle commence à peine ses caresses, le plaisir se fait déjà sentir. J’ai envie de lui procurer au moins autant de plaisir alors je joue de mon manque d’expérience pour prendre le rôle d’une élève qu’elle va devoir formée, l’idée lui plait. Je prends mon rôle très à cœur afin de la faire jouir comme elle le mérite, il semblerait que je sois une bonne élève.

Je suis incapable de dire pendant combien de

temps nous faisons l’amour, peut-être toute la nuit, et j’ai arrêté de

compter toutes les fois où elle m’a fait jouir. Au bout d’un certain temps, elle s’endort dans mes bras en souriant. Je lui caresse les cheveux et j’essaie de rester éveillée pour pouvoir admirer son visage, je veux le graver au fond de ma rétine pour l’éternité. Elle est si belle.

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