Le prince en pâte à muffin (French Edition)

Kim Fielding · Chapitre 22 sur 33

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Le prince en pâte à muffin (French Edition)

Chapitre 19

 

MORLI NE S’ÉTAIT PAS INTERROGÉ SUR LA TOURNURE QUE PRENDRAIENT LES événements une fois la princesse saine et sauve. Baxter ne cessait de soupirer à ce sujet et de bougonner des reproches concernant « les incohérences scénaristiques », même lorsque Morli lui fit remarquer que lui non plus n’y avait pas songé.

Heureusement, la princesse Osenne s’avéra ravie de planifier elle-même la suite, une fois qu’on lui eut expliqué la situation.

— Je vais avoir une sacrée discussion avec cette sorcière, déclara-t-elle, une lueur sauvage dans les yeux.

Morli faillit presque se faire du souci pour la sorcière.

Osenne les prit à part, Baxter et lui.

— Très bien. Je suppose que mes parents ont promis ma main à celui ou celle qui me libérerait. Vous avez l’un comme l’autre le droit de me revendiquer, alors lequel le fera ?

Elle avait l’air résigné et pas le moins du monde enthousiaste.

Morli lui sourit.

— Sauf votre respect, Votre Altesse, Baxter et moi préférerions rester l’un avec l’autre. Nous sommes également du même avis, qui est que vous devriez pouvoir choisir d’épouser qui bon vous semble, si tant est que le mariage vous fasse envie tout court.

Elle se fendit d’un énorme sourire et les prit dans ses bras.

— Je suis heureuse de l’entendre ! Je ferai en sorte que votre récompense soit faramineuse.

Osenne passa une journée entière à célébrer sa liberté sur l’herbe, devant la tour, en compagnie de Morli, Baxter et leur troupe. Il y eut du chant, de la danse et des récits exagérés de certains exploits. Même les corbeaux se joignirent à eux avec d’époustouflantes acrobaties aériennes. Tout le monde passa un merveilleux moment et dormit à la belle étoile lorsque tomba la nuit.

Le lendemain matin, Osenne prit les choses en main. Elle choisit trois volontaires pour l’accompagner au palais. Parmi eux se trouvait une jeune femme avec laquelle elle avait dansé de nombreuses fois la veille, aussi y aurait-il peut-être bien un mariage à célébrer prochainement.

— Voilà donc ce que nous allons faire, annonça-t-elle au reste d’entre eux. Vous n’avez plus suffisamment de vivres pour attendre votre récompense. Alors, la plupart d’entre vous devront rentrer au bercail. Mais…

Elle s’adressa à Morli :

— Y a-t-il un village à proximité ?

— À deux heures d’ici.

— Bien. Deux d’entre vous resteront au village. Je m’assurerai que ce soit aux frais de ma famille. Ces deux-là y resteront jusqu’à ce que vos compatriotes soient revenus avec la récompense, que vous emporterez chez vous pour la partager avec les autres.

Elle ne leur demanda pas si cela leur convenait ; elle était une princesse, après tout. Personne ne semblait avoir la moindre objection, quoi qu’il en soit. Tandis que les recrues se rassemblaient pour décider qui parmi eux resteraient, elle attira Morli et Baxter à l’écart.

— Quels sont vos projets ?

Ils échangèrent un regard désespéré. Ils n’avaient pas eu le temps d’en discuter et Morli se rappelait seulement à l’instant que Baxter était coincé, désormais.

— Nous n’avons encore rien décidé, dit-il.

— Vous pouvez m’accompagner ! Je peux vous promettre un bon poste au palais. Nous aurons toujours besoin de héros et de sorciers – de la bonne trempe, j’entends.

Elle semblait sincèrement enjouée par son offre et quelque chose en Morli se mit en place. Non pas parce qu’il avait particulièrement envie de travailler pour la famille royale de Vraelum, mais parce qu’elle en avait envie. Tout comme Baxter, elle voyait sa valeur, même si c’était d’une tout autre manière. Ces deux formidables individus le trouvaient digne de confiance, ce qui devait vouloir dire qu’il l’était.

Il adressa un sourire chaleureux à Osenne.

— Je vous sais gré de votre très généreuse proposition. Je crois toutefois… que j’aimerais rentrer chez moi.

— Sentiment que je partage, lui répondit-elle avec un hochement de tête.

— Baxter ? s’enquit Morli.

— J’adorerais voir d’où tu viens.

Une nouvelle vague de larmes manqua de le submerger.

 

Morli et Baxter réservèrent une chambre à la seule auberge du village ; les frères que son amant avait baptisés « Jethro » en prirent une autre. Les villageois les traitaient tous quatre comme des rois, ce qui ravissait leurs deux compères tandis que Baxter le tolérait à peine et que Morli l’endurait. Ces derniers passaient donc le plus clair de leur temps à se promener dans la campagne en conversant de choses inconséquentes.

Une semaine après le sauvetage, ils étaient assis sur un tronc renversé sur la berge d’un petit ruisseau et regardaient les feuilles qui flottaient au rythme du courant assez important. Ils avaient fait l’amour dans un pré non loin de là, mais avec un certain empressement, car l’air était devenu un peu trop frisquet pour les peaux nues. Baxter soupira et se pencha contre lui.

— Tu sens si bon. Tu sens toujours tellement bon.

— C’est pour ça que tu me tolères ?

— Je t’aime. Et non, mais c’est un agréable bonus.

Son bras se serra autour de Morli et il lui embrassa la tempe.

Le prince prit une profonde inspiration.

— Baxter, il faut que nous…

— Oh non. Ne dis rien. Je déteste cette phrase.

— Mais c’est vrai. On ne peut pas éviter le sujet indéfiniment.

— Pourquoi pas ?

Baxter retira son bras et ses épaules s’affaissèrent dans un soupir.

— Grr. Je déteste ce genre de conversation.

— Nous pourrions trouver un autre sorcier, déclara Morli avec fermeté. Un mage très puissant, qui fait le bien. Un mage qui, euh…

— Qui sait ce qu’il fait, lui ?

— Certes. Et qui pourra trouver un moyen de te renvoyer chez toi. J’en suis certain.

Oui, il l’était. Si la magie l’avait emmené à Modesto et les avait tous deux transportés dans ce monde-ci, il devait être possible de renvoyer Baxter. Morli se dit qu’il aurait préféré que ce ne soit pas le cas et se sentit aussitôt affreusement coupable.

— Chez moi, lâcha Baxter d’une voix creuse.

Puis, il se tourna de sorte à regarder Morli en face.

— Dis-moi la vérité. La vérité la plus absolue, sinon je… je te transforme en grenouille. As-tu envie que je m’en aille ?

— Non, répondit Morli dans un murmure en détournant le regard. Un tel égoïsme me désole, mais je n’ai pas envie de te perdre.

— Jamais ? Je veux dire, es-tu prêt à ce que je te colle au train jusqu’à la fin des temps ?

— Plus que tout au monde.

Un sourire apparut et s’étira sur les lèvres de Baxter, ses yeux brillant comme du miel.

— Tant mieux. Parce que j’aimerais ça aussi.

Qu’il était difficile de parler quand votre cœur essayait de sortir de votre poitrine.

— M-mais ta maison…

— Ma maison, répéta Baxter avec un geste de dédain. Que me reste-t-il là-bas qui est aussi précieux que toi ? Je ne manquerai à personne. Mon patron trouvera bien quelqu’un pour s’occuper de Mr Saucy.

— Mais à Modesto, tout est tellement plus… sophistiqué. Ton ordinateur, ta télévision, ton téléphone et ta voiture. Il n’y a pas toutes ces choses, ici.

— Non, et il n’y a pas non plus de poison dans l’air. Je ne vais pas mentir : la plomberie moderne me manque et je parie qu’à la minute où l’hiver pointera son nez, je regretterai le chauffage central.

Baxter prit le visage de Morli en coupe.

— Mais, ici, je t’ai, toi, et rien au monde ne peut surpasser ça.

Ils s’embrassèrent, naturellement. Avant de s’unir une seconde fois, sur les galets en bordure du ruisseau, sans que l’air frisquet les dérange. De fait, Morli ne pensait plus jamais pouvoir attraper froid. Pas avec Baxter à ses côtés.

Main dans la main, ils retournèrent au village à leur aise. Un gros oiseau noir faisait des cercles au-dessus d’eux.

— Que voudras-tu faire lorsque nous partirons d’ici ? demanda Baxter. Parce que je suis prêt à tout, du moment que ça te fait plaisir.

— Nous devons emmener les corbeaux au marché et je t’ai promis un dragon.

— En effet. Et après ça, nous improviserons ? Ou tu as un plan ?

Morli hésita. Il avait une idée, qu’il ruminait depuis plusieurs jours, sans savoir s’il serait assez courageux pour la lui révéler. Alors, il se souvint qu’il avait affronté des ronces ensorcelées par deux fois et que son courage était donc une évidence. Il prit une profonde inspiration.

— Une boulangerie ?

Baxter ne rit pas, ne se moqua pas et ne rejeta pas l’idée. Au contraire, il sourit pour l’inviter à poursuivre.

— Ah oui ? Je t’écoute.

— Si notre part de la récompense est suffisante, j’aimerais retourner dans ma ville natale et y ouvrir une boulangerie. Je ferais du pain, que je vendrais sur place, et quelques pâtisseries aussi, je crois. J’introduirais la pizza en Udrodie.

— Ai-je le droit de t’assister et de m’occuper de la publicité ?

— Avec plaisir, répondit-il dans un murmure à peine audible.

Baxter le fit s’arrêter le temps de sceller leur accord d’un baiser.

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