Le Roman Comique du Chat Noir

Gabriel Montoya · Chapitre 29 sur 34

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Le Roman Comique du Chat Noir

Philinte

Mais qu’est-ce donc, mais qu’avez-vous

ALCESTE

Voyons, laissez-moi je vous prie, etc.

ce qui dotait de quatre pieds supplémentaires le premier vers de cette Comédie.

Si je lutinai la muse durant le séjour d’un an que je fis dans la classe du père Milon (nous l’appelions ainsi à cause de sa prédilection marquée pour le pro Milone) ce ne fut pas la faute de ce digne vieillard. Je me souviens comme d’hier d’une semonce terrible qu’il m’adressa pour avoir traduit en vers une Ode d’Horace. La poésie était, je crois, supportable, mais j’avais eu le malheur de l’aggraver de deux ou trois contre-sens qui me furent amèrement reprochés. Encore un détail comique sur ce brave universitaire! Toujours défiant de ses facultés, il avait imaginé le système des poils écrits. Chez lui, la moindre observation tournait au discours et nécessitait une rédaction spéciale dont il donnait lecture au patient.

Une bonne gaîté nous vient à réveiller ces souvenirs, et Bonnaud paraît prendre plaisir à nous entendre ainsi jaser. Or, pendant que nous devisons, Tailhade, dont l’article est sans doute achevé, me vient apporter le numéro qu’on lui remet d’un journal toulousain, le Petit Bleu. En première page, une chronique de lui sur la Décentralisation Littéraire sollicite mon attention et je constate après l’avoir lue, que Toulouse n’est pas seulement une cité gaie, mais aussi un centre littéraire de tout premier ordre. Je détache à votre intention, en même temps que les vers exquis cités au cours de la chronique de Tailhade, quelques phrases de commentaire dont le critique les accompagne.

L’article a été inspiré par une réception que l’Association des étudiants de Toulouse fit au poète pour lui donner, en même temps qu’une preuve d’admiration et de sympathie, un aperçu de la littérature locale! … … … … … … … … .

… … … … … … … . .

 

Le Petit Bleu

(Article Décentralisation, par L. TAILHADE).

Voici d’abord un fragment de grâce toute virgilienne, d’une copieuse églogue donnée par M. Raymond Marival à la beauté classique des filles du Midi. Théodore Aubanel reconnaîtrait dans la «Néère» de Marival une héritière de sa Vénus d’Arles, sœur des belles Provençales qui vont «sous le soleil, la gorge découverte, se réjouissant au combat des taureaux, de l’amour et de la mort.

 

O Néère, la vie au seuil de ma demeure

S’écoule avec lenteur pareille chaque jour,

Et le cadran, où le soleil marque les heures,

Me dit: travail, repos et rêve tour à tour.

 

Cette vigne au ceps d’or prodigues de fruits mûrs

Me donne des raisins becquetés des palombes

Et ce clair ruisseau cèle en ses anses profondes,

 

Des poissons diaprés d’émeraude et d’azur.

Si ta chair délicate et fragile aux ampoules

Répugne au baiser âpre et mâle du soleil,

Je sais, ô mon amie, un coin où le sommeil

 

Sous les saules est doux. Une eau limpide y coule.

Là, les roseaux du bord, garantis des étés,

Berce des songes d’or à leur ombre abrités.

Si les alexandrins de Raymond Marival font songer à Virgile, au charme langoureux des bucoliques, voici d’un panthéisme à la Lucrèce quelques strophes de Maurice Magre, poète plein de promesses et qui a tenu déjà:

 

O creuseurs de sillons ou fils des âpres landes,

Vous qui trempiez vos barbes d’or dans les torrents,

Vos mains lèvent au ciel des branches en offrande

Comme un don printanier des grands bois enivrants…

Sainte voix des troupeaux! Saint cantique des blés!

O victoire de la nature et de la vie!

Vous planterez des arbres verts et sémerez

Sur le sommet des hautes tours ensevelies.

Vous tresserez le chaume avec des mains d’enfant

Et le sang de vos doigts purifiera la terre

Et le soleil fera jaillir entre les pierres

Les divines moissons et les beaux fruits vivants.

Et plus tard, quand les gerbes d’or amoncelées

Remplaceront les temples morts et les maisons,

Quand le sang de la vigne et des grappes foulées

Coulera dans un bruit de rire et de chansons,

Des laboureurs errant sur les grands sillons calmes,

Trouveront en creusant des armes, des colliers,

Ce qui fut la parure et l’éclat des guerriers,

Ce qui fut le caprice et la beauté des femmes…

Je voudrais citer en entier les nobles rimes jeunes et savantes qui sont devant mes yeux, je voudrais proclamer à tous le nom de ces nouveaux venus tenant pour la seule chose d’importance les manifestations de la beauté. Je finirai néanmoins par une brève élégie de Gabriel Tallet, nuancée de gris et de rose mourant comme un crépuscule d’automne: