Le roman de la rose / Par Guillaume de Lorris et Jean de Meung; Édition accompagnée d'une traduction en vers; Précédée d'une Introduction, Notices historiques et critiques; Tome I
Partie de Jehan de Meung.
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PARTIE DE JEHAN DE MEUNG.
L'Amant désespéré parle de mourir, lorsque Raison revient le consoler. Il l'éconduit pour la deuxième fois et retourne trouver Ami qui relève son courage et lui indique le chemin pour entrer au château. Mais ce chemin a nom Trop-Donner, et Richesse le garde, qui en a chassé Pauvreté, et le chasse à son tour. Dieu-d'Amours, le trouvant assez éprouvé, vient alors à son aide. Il lui demande d'abord s'il n'a point oublié ses commandements. L'Amant les lui récite. Satisfait, Dieu d'Amours mande aussitôt toute sa baronnie. C'est assavoir: Oyseuse, Noblesse de Coeur, Richesse, Franchise, Pitié, Largesse, Courage, Honneur, Courtoisie, Gaîté, Beauté, Jeunesse, Bonté, Simplesse, Compagnie, Sûreté, Désir, Déduit, Liesse, Amabilité, Patience, Bien-Celer, Contrainte-Abstinence et Faux-Semblant.
Ces deux derniers sont venus, on ne sait pourquoi, et Dieu d'Amours s'en étonne. Mais Faux-Semblant et Contrainte-Abstinence lui fournissent des explications qui l'engagent à utiliser ces deux auxiliaires. Faux-Semblant est nommé chef de l'armée, et les barons délibèrent sur la manière d'attaquer le château. Faux-Semblant et Contrainte-Abstinence, déguisés en pèlerins, vont saluer Malebouche, et pendant qu'il s'agenouille pour se confesser ils lui sautent à la gorge. Malebouche tire la langue, que Faux-Semblant lui coupe avec un rasoir, puis ils jettent son cadavre dans le fossé. Ils pénètrent alors dans le château par la porte que gardait Malebouche, aperçoivent les soldats normands ivres dans le corps de garde, les étranglent et font entrer Largesse et Courtoisie.
[p. XXXI] Reste la tour à prendre. Les assaillants cherchent encore à user de ruse. La Vieille, qui garde Bel-Accueil, passe à l'ennemi, revient trouver son prisonnier avec des présents de l'Amant, et fait tous ses efforts pour le corrompre et le séduire. Bel-Accueil résiste d'abord aux conseils de la Vieille et refuse. Mais elle insiste; il finit par accepter et consent à recevoir l'Amant. Celui-ci arrive aussitôt et va voir combler tous ses voeux. Mais Danger veille. Aidé de Honte et Peur, il accourt, et tous trois se précipitent sur l'Amant. Ils vont l'étrangler, lorsque l'armée de Dieu d'Amours entend ses cris de détresse et vient à la rescousse. Une bataille s'engage. Mais la victoire reste indécise; les pertes sont grandes, surtout dans l'ost d'Amour, et l'on convient d'une trêve de part et d'autre, tout en restant chacun dans ses positions. Amour profite du répit, et aussitôt envoie prévenir Vénus sa mère de sa position critique. Vénus arrive au moment où son fils vient de rompre la trêve et de recommencer le combat. Mais elle et son fils eussent sans doute succombé sans l'intervention de Nature, qui vient réclamer ses droits. Désolée, celle-ci court à son prêtre Génius, se plaint à lui qu'on lui fasse tel outrage et l'envoie au secours de l'Amant. Génius arrive, relève le courage des assaillants et disparaît. L'assaut recommence, et Vénus incendie la tour de son brandon ardent. Panique générale; toute la garnison fuit abandonnant la place. Franchise et Pitié conduisent alors l'Amant à Bel-Accueil, et celui-ci peut enfin cueillir la Rose.