L'Enlèvement (French Edition)
Troisième partie
Dès que nous arrivons, il m’ordonne de me dévêtir. Il critique le fait que j’ai laissé mes vêtements en tas où je me suis déshabillé.
— Je n’aime pas le désordre. Plie tes vêtements et mets-les temporairement sur n’importe quel meuble. Tu les rangeras plus tard ou tu te rhabilleras, si je te le permets. Mais tu ne laisses rien traîner. Compris?
— Oui, Maître.
Il va alors chercher le collier de cuir et me le met presque solennellement au cou.
— Alors? me demande-t-il ensuite.
Je ne comprends pas le sens de cette question et je m’attends à le voir me reprocher le temps que je mets à lui répondre. Il est bien capable d’ajouter ce retard à ma faute précédente. Ah oui, j’ai compris. Il veut que je lui rappelle mon erreur.
— Maître, je dois vous rappeler que je dois être puni pour avoir grimacé à l’idée des tâches qui m’attendent.
— Pourquoi est-ce inacceptable pour un esclave d’agir de cette façon?
— Je ne sais pas, Maître.
— Tu m’as demandé de te donner du temps pour ordonner tes pensées, n’aurais-tu pas pu au moins utiliser ce temps pour réfléchir à ma question et à une réponse appropriée?
— Désolé, Maître.
Je réfléchis. J’ai fait plusieurs recherches sur Internet la semaine dernière à propos des relations Dominant/soumis et Maître/esclave. En gros, on y disait que le soumis doit s’efforcer de se réjouir de tout ce que son dominant lui demande ou lui fait, dans la mesure, bien sûr, où il ne fait rien d’inadmissible.
— En tant qu’esclave, Maître, je devrais être heureux de pouvoir vous aider de toutes les façons.
Il me sourit.
— C’est normal que tu n’aimes pas tout ce que tu feras, Sam. Moi, non plus, je n’aime pas tout avec la même intensité. Il y a même certaines choses qui m’ennuient royalement et dont je me passerais volontiers. Mais à quoi bon se révolter à l’idée de devoir les faire? Qu’est-ce que ça changerait?
— Ça ne changera pas le fait que ces tâches doivent être faites, mais ça pourrait changer quelque chose sur la manière de les faire et par qui elles devraient être faites, dis-je.
— Ah. Tu veux me dire, tout de suite en commençant, comment fonctionner.
Je lui souris.
— Qui est le maître ici, Sam?
— Vous, Maître.
— Et qui est l’esclave?
— Moi, Maître.
— Et qui est censé obéir à qui?
Je lui souris malicieusement.
— Je crois que d’ordinaire, c’est l’esclave qui obéit au maître.
— Ah, tu crois. Tu n’en es pas certain?
— Je blaguais, Maître.
— Pour tes premières semaines ici, veux-tu éviter de blaguer sur ton statut et sur le mien et t’appliquer à collaborer aussi bien que possible? Est-ce que je peux attendre au moins ça de toi?
— Maître, puis-je vous poser une question?
Il me regarde longuement et n’a pas l’air d’être sûr de vouloir me permettre de le questionner.
— Vas-y.
— Supposé, Maître que, sans me prendre pour un génie ni vous prendre idiot, il m’arrive de trouver une méthode de fonctionnement qui soit plus efficace que la vôtre, ne devrais-je pas, pour répondre à votre exigence de collaboration optimale, vous présenter cette méthode?
Il sourit encore.
— Sam. Pour les prochaines six semaines, contente-toi de m’obéir de ton mieux. Tu auras bien assez à faire et à apprendre sans te mêler de changer mes méthodes de fonctionnement. Si après ce délai, il te semble toujours que ce serait mieux de faire autrement, alors oui, je te permettrai de me présenter ton idée. Mais tu devras le faire très respectueusement et tu devras accepter que je n’accepte pas forcément de suivre ton idée, bonne ou pas. Et si je la rejette, je ne t’en donnerai pas toujours la raison. Tu devras me faire assez confiance pour ne pas te poser de questions et accepter ma volonté.
— Mais…
— Une question t’a été permise, Sam. Pas deux. Ne crois-tu pas que tu devrais d’abord t’efforcer de me faire confiance avant de vouloir faire la révolution? Après tout, c’est moi qui vis cette vie depuis des années. Je dois bien avoir appris certaines choses et en avoir quelques-unes à t’apprendre également, non?
— Oui, Maître. Je ne l’ai jamais nié. C’est même en grande partie pour ça que je suis ici.
— Six semaines, Sam. D’accord?
— Oui, Maître.
— D’abord, réglons cette question de faute à punir, puis nous discuterons de nos visions de l’esclavage. Sam, je ne t’en avais pas parlé avant parce que tu n’étais pas encore vraiment mon esclave, mais j’aimerais que tu me dises si tu sais ce que sont des mots de sécurité?
— Oui, Maître. Ce sont des mots pour arrêter temporairement ou complètement ce qui se passe.
— As-tu pensé à des mots qui conviendraient pour toi?
— Pas vraiment, Maître. Je veux dire que j’y ai pensé, mais rien ne me venait à l’esprit qui serait significatif pour moi.
— Alors, nous utiliserons simplement « jaune » pour arrêter temporairement ce que nous faisons et « rouge » pour tout terminer. Samuel, si tu utilises « rouge », ça signifiera que tu veux mettre un terme à notre relation. Quant à « jaune », tu ne l’utilises pas que parce que tu te sens inconfortable dans l’exécution de quelque chose, mais s’il y a un obstacle majeur à la poursuite de l’activité. Par exemple, si je voulais te donner un lavement et que tu souffrais depuis quelque temps de douleurs abdominales, tu devrais m’en faire part, car il faudrait veiller à connaître la source de tes douleurs et à les soigner d’abord. Comprends-tu?
— Je crois que oui, Maître, mais puis-je vous poser une autre question?
— Oui.
— Si je ne suis pas certain que la raison pour laquelle je voudrais employer le mot de sécurité est bonne, dois-je l’employer ou pas?
— Oui. Mais considère que si tu passes ton temps à arrêter la scène pour toutes sortes de considérations plus ou moins valables, il se peut que je te punisse pour l’avoir fait. Autrement dit, ce n’est pas un jeu, Sam. Mais je suis sûr que tu n’en abuseras pas. Maintenant, va dans l’armoire dans l’entrée et apporte-moi ce que tu y trouveras accroché au mur à droite de la porte.
J’y vais. Je trouve une nouvelle canne. Ouille! Je l’apporte et la lui présente à deux mains, comme je l’ai vu faire par des soumis sur Internet.
— Bel effort. Mais baisse un peu la tête et les yeux en la présentant.
Je corrige ma posture. Il prend la canne.
— Combien? me demande-t-il.
Je le regarde les yeux ronds. Je ne sais pas quoi dire. Avant, c’était toujours lui qui décidait.
— Considère la gravité ou la futilité de l’erreur commise et dis-moi, selon toi Samuel, si cette faute est importante ou pas.
— Oui, Maître. Elle l’est.
— Pourquoi?
— Parce qu’elle touche les fondements de la relation Maître/esclave. Je suis censé m’efforcer d’accepter de mon mieux votre volonté et même de trouver du plaisir à vous servir. Et j’ai montré que l’idée de faire ce que vous vouliez me déplaisait.
— Bien. Vraiment bien, Samuel. Maintenant, dis-moi combien de coups de canne conviendraient pour te corriger de cette attitude négative.
Je me mets alors à pleurer. Il sait que je hais la canne. C’est probablement pour ça qu’il s’en est procuré une nouvelle d’ailleurs.
— Ne laisse ni parler ton orgueil ni ta peur, Samuel, et dis-moi un nombre qui te semble raisonnable, pas pour n’importe quel soumis dans la même situation, mais pour toi.
— Quinze, Maître.
Il me regarde avec l’air de quelqu’un qui ne sait pas s’il va accepter la réponse telle quelle ou la modifier. Mais je ne sais pas dans quel sens il la modifierait : à la hausse ou à la baisse.
— Tu en es bien certain, Sam?
Je me mets à sangloter.
— Vous savez que la canne me fait peur. Je ne peux pas… peux pas dire… plus.
Je pleure si fort maintenant que je hoquette.
— Allons, mon bébé, me dit-il en me serrant dans ses bras. Je ne voulais pas que tu m’en dises plus. Je trouvais que tu avais demandé beaucoup plus que tu n’as l’habitude d’en supporter. C’est pour ça que je voulais savoir si tu étais certain.
Il me frictionne le dos en me serrant contre lui et je me calme.
— Nous allons commencer et à chaque cinq coups, je te demanderai si tu crois que nous devrions continuer. Si tu crois que c'est suffisant, que je dois m'arrêter, je le ferai. Es-tu d’accord?
— Oui, Maître.
— Bien. Mets-toi en position.
Je vais m’étendre à plat ventre sur le tabouret.
— Prêt?
— Oui, Maître, dis-je d’une voix tremblotante.
Il se met à me frapper. Il ne retient pas ses coups. Il frappe toujours avec force. Après cinq coups, il me semble que je suis déjà prêt à dire « jaune », mais quand il me demande s’il doit continuer, je réponds : « oui, Maître ». Et il continue. Il me donne cinq autres coups. Je me suis remis à pleurer en silence. Il me pose encore la même question. J’hésite, mais il attend. Puis, après plusieurs secondes, il insiste.
— Demande-moi de continuer, Sam, me dit-il sur un ton mêlé de douceur et de fermeté.
— Veuillez… continuer, Maître, dis-je dans un souffle de voix. Il me donne encore deux coups. Ces deux coups m’ont fait hurler. Quand il s’arrête, je m’attends à l’entendre me poser la même question, mais il s’approche et me caresse doucement, si doucement les fesses que j’en frissonne. Il a l’air de les examiner pour voir si quelque chose ne va pas.
— Tu en as assez eu, affirme-t-il.
Je me jette à ses pieds et les embrasse en disant : « Merci, Maître, pour cette leçon ».
— Magnifique, Sam! Je suis très fier de toi. Relève-toi.
Je le fais. Il me serre dans ses bras. Je me remets à sangloter, mais je ne sais même pas pourquoi. Je ne sais pas si c’est de soulagement que ce soit fini ou de fierté de lui avoir plu. Je ne savais pas avant de venir ici que je pourrais un jour demander à être puni ni que je pourrais en ressentir de la fierté. Je ne sais vraiment plus où j’en suis.
— Tu peux te rhabiller et parler librement. As-tu dîné? Moi, je suis parti à six heures sans manger pour me rendre au bar.
— Non. Je n’avais pas très faim.
— Nous allons préparer le repas, puis nous discuterons de ta nouvelle vie en mangeant.
Il me donne des légumes à couper et il s’occupe de la préparation de la recette.
— Que préparez-vous?
— Une pizza. J’ai des restes de fromages que je vais perdre si je n’en fais pas quelque chose très vite. Je n’avais pas prévu, il y a quelques semaines, que je te permettrais de rentrer chez toi aussi rapidement. J’avais déballé du fromage de chèvre en prévision de ton séjour ici. J’en ai utilisé une partie, mais le reste était en train de se perdre et j’ai horreur de jeter de la nourriture. Et ces légumes sont mes derniers du jardin, qui ne sont ni déshydratés ni en conserve.
— Est-ce qu’ils sont coupés à votre goût?
— Tant qu’ils sont tous à peu près de la même taille et pas trop gros, c’est correct. Tu te débrouilles comme un chef, m’encourage-t-il.
Il vient travailler à la table près de moi. Il prépare une sauce tomate simple. Je le regarde faire pour voir ce qu’il y met. De temps en temps, quand je lève les yeux, je vois qu’il me regarde et me sourit. — Tu as l’air horriblement tendu, Sam. Relaxe-toi un peu. Tout ce que nous ferons ce soir sera de discuter du futur. Pas de quoi fouetter un… esclave, dit-il en me souriant malicieusement.
— Je… j’ai trouvé le moyen de commettre une erreur alors que nous n’étions même pas arrivés. Je pourrais très bien en com…
Les larmes me montent à nouveau aux yeux. Je me sens complètement puéril. Mais je n’y peux rien. Pierre laisse sa sauce et s’approche de moi. Il me force à me lever, puis me serre dans ses bras.
— Je suis si heureux que tu sois ici, Samuel. Tu n’as pas idée!
Il me serre si fort contre lui que j’en étouffe presque. Je ris. Il se penche et m’embrasse. Il a les lèvres douces et humides. D’abord, je m’abandonne à son baiser, puis j’y participe. J’en viens même à avoir la tête qui tourne. Il me transporte dans ses bras à sa chambre, me pose sur son lit, puis va chercher une serviette géante et une bouteille de je-ne-sais-quoi et il s’approche de moi. J’essaie de ne pas m’inquiéter à propos de ce qui va se passer, mais je n’y arrive pas.
Il me dévêt complètement, puis il me dit de me coucher sur le ventre sur la serviette. Sa bouteille contient de l’huile pour les massages. Il me masse si lentement et voluptueusement que je m’endors. C’est vrai que j’ai mal dormi ces derniers temps et quand je dormais, je faisais des cauchemars où je voyais Pierre avec le canon d'un pistolet entre les dents et je me réveillais en sueurs.
C’est l’odeur de la nourriture qui me réveille cette fois-ci. Puis je vois Pierre dans le cadre de la porte qui m’annonce que la pizza est prête. Je cherche mes vêtements.
— Non. Reste comme ça. J’aime la vue de ton corps tout brillant d’huile. Tu es magnifique, Samuel. Le sais-tu?
— Merci, Maître. Je… Non. Personne ne m’avait dit ça avant vous.
— Allez. Viens manger.
Lorsque je m’installe à la table, je vois que mon assiette est déjà servie et placée à côté de la sienne. La table est joliment dressée. Je m’assois. — Désolé, Maître. Quel esclave, je fais! Je me fais masser, vous préparez mon repas et me servez à la table. Vous ne voudriez pas me faire une pipe avec ça?
Je ne suis pas sûr d’avoir eu raison de blaguer de cette manière. Il m’a dit de ne pas blaguer sur nos rôles respectifs pendant les prochaines semaines.
— Désolé, Maître, j’avais oublié…
— Tes six semaines commencent réellement demain. Ce soir, je te veux décontracté. Pour la pipe… peut-être après le repas, termine-t-il en riant.
Il me sert du vin.
— Est-ce que vous faisiez ça souvent avec Louis?
— À chaque occasion importante, comme nos anniversaires de naissance, celui de notre rencontre et, parfois, sans raison particulière, mais juste parce que nous en avions envie. Il nous est même arrivé d’intervertir nos rôles.
— Vraiment? Et comment était-il comme maître?
— Cruel, dit-il en souriant, le regard tourné vers le passé. — Réellement?
— Oh, que oui! Je lui offrais d’intervertir les rôles quand je le sentais tendu, frustré à cause de quelque chose qui s’était passé entre nous ou lorsqu’il me disait que j’avais été injuste envers lui.
— Et c’était vrai? Vous aviez été injuste?
— Quelquefois. Toujours involontairement, mais je suis un être humain, Sam. Je peux me tromper, tu sais. Parfois, je ne lui avais rien fait d’injuste, mais il avait le sentiment que quelque chose était trop difficile pour lui ou… Peu importe. Quand je sentais que ça n’allait pas et qu’il en avait besoin, je lui offrais d’intervertir nos rôles pour quelques heures ou quelques jours.
— Qu’est-ce qui déterminait la durée?
— Lui. Il aurait pu laisser l’interversion durer indéfiniment s’il avait voulu. Mais il jouait le maître quelques heures et il en avait assez. Il était heureux de retrouver son rôle d’esclave. La plus longue période de domination qu’il ait duré est deux jours. Pas tout à fait deux jours, en fait.
— Et il était vraiment cruel?
— Il se défoulait de toutes ses frustrations sur moi. Il savait que j’étais prêt à tout ce qu’il pourrait me faire ou exiger de moi. Il me servait de défouloir parfois alors, quand il en avait la chance, il ne se gênait pas. Mais quand il retrouvait son vrai rôle, il était… Je ne sais pas comment te dire. Il me suffisait alors de lui dire « offre-toi à moi, Louis » et il le faisait en paroles, en actes et en pensées. Je le voyais rentrer en lui-même et se métamorphoser sous mes yeux. Il redevenait cet esclave parfait qu’il savait si bien être. Il était à nouveau totalement à moi. — J’aurais aimé le connaître.
— Tu l’aurais aimé. C’était presque impossible de ne pas l’aimer.
— Alors, pour vous, être un maître, ça ne signifie pas un rôle figé. Vous avez parlé tantôt de vous adapter à moi. Sur Internet, on dit que c’est le soumis ou l’esclave qui doit s’efforcer de s’adapter à son dominant ou à son maître.
— Pour moi, être un maître, ce n’est définitivement pas un rôle en carton. Tout ce qu’on lit sur le Net, c’est si ritualisé, figé et caricatural. Nous, nous avions nos propres rituels. Ce n’était pas ceux de tout le monde et ils ont évolué au fil des années.
— Qu’est-ce qui est différent entre votre vision des choses et ce qu’on voit sur le Web?
— Par exemple, on demande aux soumis, aux esclaves surtout, de garder les yeux baissés en présence d’un ou de plusieurs dominants. J’ai horreur de cette idée. Tu vois, dans la camionnette en venant ici, tu as détourné les yeux. Je déteste ça parce que je ne peux pas te lire, voir dans tes yeux, dans ton visage ce que tu ressens. Et parfois, il faut du courage pour regarder son dominant en face. Si tu as commis une erreur importante et que tu baisses les yeux, pour moi c’est plus une fuite qu’une marque d’humilité ou de respect. J’aime mieux qu’on me regarde en face.
— J’aime bien cette idée. Puis-je corriger quelque chose que vous avez dit?
— Corriger? questionne-t-il, visiblement intrigué.
— Je devrais plutôt dire « compléter ».
— Oui, complète, permet-il en me reversant du vin.
— Quand j’ai détourné les yeux, ce n’était définitivement pas par humilité, mais j’avais besoin de réfléchir à ce qui s’était passé. Je n’étais plus sûr d’avoir eu raison de vous suivre. Mais je ne voulais pas abandonner si vite pour si peu. J’avais besoin de… retrouver mes esprits, de me calmer. Vous pourriez considérer ça comme une fuite, mais ça n’en était pas vraiment une.
— Je comprends, Sam. Mais ne pourrais-tu pas arriver à te calmer sans t’évader, sans te libérer de tes chaînes?
Je le regarde et j’essaie de comprendre sa métaphore. Il a raison, en un sens, c’est comme quand je me débats pour essayer de fuir ses coups. Je cherche à lui échapper, à échapper à ma situation parce que je la trouve trop difficile. Je lutte contre « mes chaînes ». Il aimerait que je ne lui résiste pas, que je me soumette vraiment. Je sens un tourbillon dans mon ventre qui se propage vers mon sexe et le dresse un peu.
— Je vois que cette idée ne te déplaît pas trop, dit-il en regardant ma queue.
— Rien ne vous échappe, hein?
— Pas une réaction aussi intéressante. Dis-moi, qu’est-ce qui t’excite dans cette idée?
— Elle implique que je ne me protège pas de vous, que je vous fasse confiance pour me comprendre et faire ce qu’il faut autant pour moi que pour vous.
— Pendant que j’attendais ta réponse au sujet de certaines chaînes dont tu ne devrais pas te libérer, tu avais l’air perdu dans tes souvenirs. À quoi as-tu pensé en lien avec cette idée?
J’ai soudain envie de me protéger et de ne pas lui parler des coups qu’ils me portent. Mais je me dis que si je dois jouer le jeu, je dois le faire à fond dès maintenant.
— J’ai pensé à mes tentatives de fuite quand vous me frappez, à mes efforts pour me protéger.
— Alors, quelle conclusion en tires-tu?
— Je pense que si je crois mériter ces punitions, je ne dois pas m’en protéger.
— Si tu ne crois pas mériter une punition, mais que tu la mérites selon moi, aurais-tu le droit de fuir?
— S’il m’est permis d’expliquer pourquoi je crois ne pas la mériter, peut-être pourrez-vous me faire comprendre que j’ai tort. Alors, je ne la fuirais pas.
— Je ne t’expliquerai pas toujours tout, Sam. Il faut que tu aies assez confiance en moi pour t'efforcer de comprendre pourquoi j’ai raison, même s’il te semble que j’ai tort. Et je crois que c’est dans ces circonstances que tu me démontres le plus ta soumission. Le cadeau de ta soumission m’est alors bien plus précieux. Comprends-tu?
— Oui, je crois. Mais j’ai peur d’avoir du mal à m’y faire. J’ai toujours été le premier à m’élever contre toute forme d’injustice, pas seulement celles qui m’étaient faites, mais toutes celles auxquelles j’assistais. Si je pouvais y changer quelque chose, j’essayais de le changer.
— Oui, il n’y a rien de mal à ça. Mais ça implique que tu es certain qu’il s’agit d’une injustice. Si je te dis que ça n’en est pas une et que je ne t’explique pas pourquoi, te révolteras-tu?
— J’espère que non, mais je n’en suis pas certain, Maître.
— Je te promets, Sam, de ne rien te demander ou te faire sans une excellente raison. Et si j’ai la preuve de m’être montré injuste envers toi, si cette injustice menace notre relation, je t’offrirai ce que j’offrais à Louis : nous intervertirons notre rôle pour le temps qu’il te plaira. D’accord?
— Oui, Maître.
— Et comment réagiras-tu si je te dis quelque chose qui te trouble ou te blesse?
— Comme dans la camionnette, quand vous m’avez dit que je faisais ce que je voulais de mes parents?
— Par exemple.
— J’ai détourné la tête pour mieux y penser. Je voulais réfléchir pour savoir si vous aviez raison. J’ai du mal à réfléchir pendant que quelqu’un me regarde fixement et attend ma réponse.
— C’est pourquoi tu m’as demandé du temps pour ordonner tes pensées. Et quelle était la conclusion de ces pensées?
— Vous avez raison. Je ne me souviens pas de quelqu’un qui m’ait forcé à me soumettre.
— Forcé? Pourquoi faut-il te forcer, Sam?
— Je ne sais pas. Je pense que les gens que j’ai connus qui se soumettaient à la volonté des autres le faisaient soit par manque de volonté propre ou d’intelligence, ou encore ils le faisaient par lâcheté. Et puis… je n’avais jamais rencontré quelqu’un qui méritait que je m’agenouille devant lui.
— Oh, alors je devrais me sentir flatté, c’est ça?
Il semble en colère tout à coup, pourquoi?
— Vous agenouilleriez-vous devant le père de Louis? Les gens en position d’autorité que j’ai connus abusaient de leur petit pouvoir ou ne savaient pas quoi en faire. Ils l’utilisaient mal ou pas du tout. Je ne sentais pas de force ou de dignité derrière cette autorité. Il me suffisait de discuter un peu avec eux pour les faire changer d’avis. Et les rares fois où ils se sont entêtés, c’était pour de mauvaises raisons. Ils ne voulaient pas changer leurs mauvaises habitudes, par exemple, parce que ces habitudes les rassuraient ou leur plaisaient pour une raison sans rapport avec la valeur de leurs actes.
— Samuel. Je suis sûr que si tu m’avais eu comme prof d’histoire, tu aurais dit que je n’étais pas digne que tu t’agenouilles devant moi. La valeur de quelqu’un ne saute pas toujours aux yeux. Il faut prendre le temps de connaître les gens et de mieux les comprendre avant de les condamner. Au bar, si je t’avais parlé de ma vie et de celle que je t’offrais, tu m’aurais juste pris pour un vieux fou et tu te serais probablement empressé de m’oublier. C’est trop facile de mettre tout le monde dans le même panier et de le jeter ensuite.
— C’est vrai qu’on ne voit pas toujours la valeur de quelqu’un au premier coup d’œil, mais, vous, si je vous avais eu comme prof, je crois que je me serais au moins donné la peine d’aller discuter avec vous sur un point intéressant de l’histoire pour avoir votre point de vue. J’aurais vite su ce que vous valiez. J'aurais compris que vous n'étiez pas comme les autres.
— Ne cherche pas à me flatter, Sam. Tous ceux qui l’ont fait ont ensuite cherché à obtenir quelque chose de moi que je ne voulais pas leur donner. Les flatteries me mettent en colère.
— Maître, je ne cherche pas à obtenir quelque chose de vous. C’est vous qui vous êtes donné en exemple. Je n’ai fait que contrer votre refus de reconnaître votre propre valeur. Mais si vous préférez, j’essaierai de mon mieux de tempérer mon admiration, dis-je en lui faisant un sourire espiègle.
— Quand tu parles comme ça, tu me rappelles tellement Louis! Il savait me faire comprendre ce qu’il voulait à travers ses blagues. Il n’était assurément pas de ceux qui se soumettent par lâcheté ou par faiblesse, ni par manque d’intelligence. Bien au contraire. Pour se soumettre, comme il le faisait, il faut énormément d'intelligence, de générosité et de courage. Je me rends compte que le souvenir de Louis, loin de me rendre jaloux ou de me blesser, stimule ma compétitivité. J’espère pouvoir un jour entendre Pierre prononcer autant d’éloges à mon égard qu’il en prononce au sujet de son amoureux décédé.
— Est-ce que vous lui faisiez autant de compliments que vous m’en dites à son sujet? Savait-il que vous l’aimiez et l’admiriez autant?
— Je ne passais pas mon temps à lui dire tout ce qu’il faisait de bien parce que, sinon, je n’aurais fait que ça toute la journée, dit-il en souriant. Mais quand des amis venaient nous visiter, je leur parlais d’une chose ou d’une autre qu’il avait particulièrement bien réussie. Ça le mettait mal à l’aise quand tout le monde se mettait à lui faire des compliments. Mais je lui rappelais qu’il les avait entièrement mérités et qu’il devait les accepter humblement.
— J’avoue que j’ai un peu peur que vous me compariez constamment à lui, dans votre tête, et que vous soyez toujours déçu parce que je ne lui arriverai jamais à la cheville.
— Ne dis pas ça. Je te l’ai déjà dit. Tu lui ressembles sur plusieurs points, mais tu es différent. Tu as tes qualités et si tu t’efforces de me les montrer, je ne pourrai pas ne pas t’aimer. D’ailleurs, je t’aime déjà, Sam. Je crois que je vais cesser de te parler de lui.
— Non, s’il vous plaît, Maître. Je n’ai pas dit ça pour que vous arrêtiez d’en parler. J’aime quand vous le faites. Ça m’aide à mieux vous connaître et à comprendre votre vision de la soumission. Ça ne me blesse pas du tout, je vous assure.
— Tu en es bien certain?
— Écoutez, quand ça fera vingt ans que je serai avec vous, si vous me dites à tout moment que Louis faisait mieux ceci et cela, peut-être que je le prendrai un peu moins bien, mais pour le moment, ce n’est pas le cas. — C’est une belle qualité, Sam. J’aurais détesté que tu sois jaloux, surtout d'un mort. Je ne peux pas effacer le passé et je n’oublierai jamais Louis.
— Je ne sais pas si je ne suis pas jaloux, Maître. Si je restais avec vous depuis quelques mois et que vous reveniez ici avec Nick, peut-être que je n’aimerais pas ça.
Il rit si fort qu’il s’en étouffe. Je vais lui chercher un verre d’eau. Il a fini son assiette. Je vide la bouteille de vin dans nos deux coupes et je vais rincer la vaisselle et la mettre au lave-vaisselle.
— Voulez-vous du café?
— Malheureusement, je n’ai plus de décaféiné. Sers-nous plutôt un digestif et nous allons continuer la discussion au coin du feu.
Il a de l’armagnac. Je nous en sers chacun un petit verre et je vais m’asseoir sur la peau d’ours. Puis, je ne sais quelle impulsion me pousse à aller m’asseoir près de lui, sur le coussin que je n’ai utilisé que la fois où je lui ai fait une pipe. Il a l’air agréablement surpris. Je m'appuie contre l'une de ses jambes. Il me caresse les cheveux. Je frissonne.
— Et toi, Sam, comment vois-tu la soumission?
— Hum. Je n’y avais jamais pensé avant de vous rencontrer. J’avais bien lu quelques textes sur la Domination/soumission et vu quelques images sur des pratiques BDSM sur Internet, mais je ne m’y étais pas tellement attardé. Je trouvais les images BDSM grossières, même choquantes.
— Moi aussi, je trouve la majorité de ce que je vois sur le Net sordide et même sinistre. Il n’y a aucune inspiration, pas de finalité, rien d’émouvant, même pas d’imagination. On y trouve même le moyen de parler de soumission sans parler de dévotion et de domination sans parler de responsabilité. Personne ne parle du respect que les dominants et les soumis devraient avoir l’un envers l’autre. Tout le monde répète les mêmes âneries et les mêmes gestes à peu près de la même manière. C’est comme une tenue de cuir pour toutes les tailles, mais qui ne va bien à personne, qui ressemble juste à un déguisement pour l’Halloween.
— Dévotion? C’est comme ça que vous voyez la soumission?
— Pour moi, la Domination/soumission, ce ne sont pas que des gestes posés dans le seul but d’obtenir du plaisir, le sien ou celui de l’autre. Ce sont des gestes posés dans le but de rendre l’autre aussi heureux que possible en demeurant totalement soi-même. Il y a des gens qui sont doués pour dominer, d’autres pour se soumettre, certains peuvent faire l’un et l’autre, mais dans ce genre de relation, si on ne joue pas notre propre rôle, celui pour lequel on est fait, ou qu’on ne le joue pas parfaitement, si on ne vit pas avec la bonne personne, celle qui nous complète, on risque de ne pas connaître cette paix de l’esprit et ce grand bonheur que j’ai connu grâce à Louis.
— Peut-être que si je me suis toujours rebellé contre l’autorité, c’est parce que je cherchais cette personne qui serait mon parfait complément. Je forçais tous ces gens qui se trouvaient en position d’autorité à me montrer ce qu’ils avaient dans le ventre, mais personne n’a su répondre à mon défi. Ils m’ont tous déçu.
— Et maintenant, Sam, vas-tu te rebeller pour me forcer à te soumettre ou t’offriras-tu à moi, comme tu le devrais?
— Je veux essayer de me soumettre, mais je n’en ai pas l’habitude, vu que j’ai toujours résisté à toute forme d’autorité.
— Tu commences déjà à te trouver des excuses, Sam. Je ne veux pas de ça, tu m’entends? demande-t-il sur un ton ferme, mais dénué de dureté.
Je le regarde avec encore des remous dans le ventre et le sexe. Il ne peut certainement pas ignorer l’effet que ses paroles et son ton de voix autoritaire ont sur moi.
— Oui, je vous entends cinq sur cinq, Maître.
— J’aimerais que tu me dises ce qui, selon toi, déclenche cette réaction, me demande-t-il en regardant ma bite, qui s’est hérissée davantage.
— Quand vous me parlez comme ça, j’arrive à croire à votre autorité.
— Et ça t’excite?
— Oui, bien sûr. Si c’est ce que j’ai toujours recherché en provoquant toutes les personnes qui avaient une certaine forme de pouvoir sur moi, le fait de m’y confronter maintenant me… Je ne sais pas comment dire, c’est comme si j’étais enfin arrivé à bon port après avoir voyagé sur une mer houleuse.
— Jolie comparaison. Mais je crois que tu te racontes des histoires. La vérité est bien plus simple que ça et je ne te lâcherai pas tant que tu ne me l’avoueras pas.
— Quoi? Quelle est la raison de cette réaction alors? — C’est à toi de me le dire, pas le contraire.
Je ne comprenais pas ce qu’il cherchait à me faire avouer.
— Y a-t-il certaines choses en lien avec la D/s que tu as vues ou lues sur le Net ou ailleurs qui t’ont parues moins choquantes, plus intéressantes?
Je réfléchis. Je me rappelle des images qui m’ont excité, mais je ne sais pas pourquoi elles en particulier, mais pas les autres. Quelles différences y avait-il entre celles que me faisaient me sentir mal et celles qui m’excitaient?
Je lui explique ce que je viens de penser, mais il insiste. Il me demande de lui décrire celles qui m’ont excité.
— Il y avait une vidéo sur Internet où un jeune homme se faisait électrocuter. Le Dom montait l’intensité de son appareil peu à peu et le jeune homme semblait avoir de plus en plus mal, mais il ne bougeait pas du tout, ne gémissait même pas. Ce n’est que sa respiration de plus en plus difficile et la douleur dans ses yeux qui nous disaient qu’il souffrait davantage. De toute évidence, le jeune soumis n’était pas masochiste ou l’électrocution ne l’excitait pas, parce que son sexe n’était pas en érection. L’électrocution durait déjà depuis un bon moment quand le dominant a voulu arrêter son appareil; mais le jeune homme a insisté pour qu’il continue. Il a dit qu’il voulait continuer tant que le dominant, qui se masturbait depuis le début de la vidéo, n’aurait pas joui. Pendant tout le temps que la vidéo a duré, le jeune homme a regardé le Dom droit dans les yeux. Il y avait… je ne sais pas quoi dans les yeux de ce jeune soumis, quelque chose de magnétique, quelque chose qui disait « je suis prêt à tout pour vous ». Je me suis masturbé après avoir vu ça parce que j’étais très excité quand la vidéo a pris fin.
— Et si ce jeune homme avait regardé ailleurs, s’il s’était débattu, s’il avait supplié pour que ça s’arrête plutôt que de demander de continuer ou s’il avait été très excité sexuellement, tu aurais trouvé la vidéo moins intéressante, moins excitante, peut-être même dérangeante?
— Probablement.
— C’est donc pour toi, comme pour moi, plus une question de dévotion et de qualité de la relation entre le dominant et le soumis qui te rend ces images excitantes, tu ne crois pas?
J’essaie de me souvenir des autres vidéos qui m’ont excité. Il n’y en a eu que très peu et aucune ne m’a excité autant que celle que je viens de lui décrire. Parfois, c’était quelque chose de très autoritaire et sûr de soi dans l’attitude du dominant qui m’excitait; parfois, c’était la nature apparemment très docile et serviable du soumis. Mais il faut que je puisse croire à la nature dominante de l’un des participants, au caractère soumis de l’autre et qu’il y ait une évidente harmonie, une osmose, entre les deux personnes pour que la scène provoque en moi une réaction vraiment favorable et très érotique.
— C’est probable. En tout cas, s’il n’y a qu’un seul de ces éléments, ça me semble moins « inspirant », comme vous dites, et beaucoup moins excitant.
— Donc, si tu veux que notre relation fonctionne, il faudra te donner totalement, tu ne crois pas?
J’imagine que s’il ne se donne pas à cent pour cent, lui aussi, notre relation risque de boiter, même si je me donne à lui totalement.
— Dis-moi ce que tu viens de penser.
Je le lui dis.
— Le problème, Sam, dans cette idée, est que tu n’as aucun contrôle sur moi. Si tu attends que je fasse ma part à cent pour cent pour te donner totalement, il se peut que ça ne fonctionne jamais, car tu te demanderas toujours si tu en reçois autant que tu en donnes. Il ne s’agit pas d’un marchandage de services. Il s’agit d’un don. Ce qui implique que tu n’attends rien en retour. Comprends-tu?
— Oui, mais…
— Il n’y a pas de « mais », Sam. Si tu commences avec des excuses et des « mais », pars, car je sais avec certitude que ça ne fonctionnera pas. La seule personne dont tu peux contrôler totalement les actes, c’est toi-même. Parfois, même ce contrôle te sera si difficile qu’il te semblera impossible. La seule façon pour toi de me convaincre de te rendre ce que tu me donnes, c’est en te donnant au meilleur de tes possibilités. Mieux tu le feras, plus je ressentirai du respect, de l’admiration et de l’amour pour toi, plus j’aurai le goût de te rendre heureux.
Peut-être que c’est pour cette raison que mes relations avec les autres étaient souvent si difficiles : j’attendais toujours d'avoir reçu avant de donner et je voulais même être sûr d’en avoir pour mon « argent » avant de me décider à vraiment fournir ma part du « marché ». Mais si l’autre fait pareil, il n’y a pas de relation ou elle ne va nulle part. Il a raison, je ne me suis jamais vraiment donné. J’ai toujours voulu être récompensé à l’avance pour le moindre de mes efforts. Je veux essayer de me donner cette fois-ci. Je veux faire en sorte que cette relation-ci fonctionne. Je l’interroge un peu sur sa famille.
— Vous avez dit que vous étiez le seul de leurs enfants encore vivant lorsque vos parents sont décédés. Combien aviez-vous de frères et sœurs?
— Une sœur aînée et un frère plus jeune. Ma sœur est morte d’un cancer un peu avant le décès de mes parents. Quant à mon frère… Il est parti de la maison familiale à seize ans avec sa guitare sous le bras. Il a toujours été rebelle. Tant qu’il a habité avec nous, les querelles étaient presque continuelles entre lui, ma sœur et mes parents. Moi, j’étais son grand-frère et j’essayais de le protéger de tous ceux qu’il se mettait à dos. Mais il était toujours à se battre avec quelqu’un. Sa seule véritable passion et son seul talent étaient la musique, la guitare surtout. Mais mon père ne voulait pas en entendre parler. Pour lui, une vie de musicien dans un groupe rock était synonyme d’une vie de misère. C’était un sujet de discorde constante, jusqu’à ce que mon frère en ait assez et décide de quitter la maison. Et un jour, nous avons appris qu’il s’était fait tuer dans une bagarre qui avait mal tourné. Toute la famille en a beaucoup souffert, mais mon père n’arrêtait pas de répéter qu’il n’était pas surpris, que ça devait finir comme ça. Moi, je crois que si mon frère avait reçu un peu plus d’encouragements de la part de nos parents, les choses auraient pu tourner autrement.
Nous discutons ensuite de la vie et d’un tas d’autres sujets, puis nous allons nous coucher, lui dans son grand lit, moi, sur mon matelas près du feu.
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