Les Démons d’Isa - Tome 1 (French Edition)

Evy Danse · Chapitre 33 sur 43

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Les Démons d’Isa - Tome 1 (French Edition)

Chapitre 29

Léo – Retour au présent

 

— Mon chéri ! C’est la jeune femme du parc, celle qui m’a convaincue de te parler de Flore. 

Surpris, nous nous tournons tous vers Isabelle. Elle s’est figée, dos à nous. Je ne vois pas l’expression de son visage, mais je devine sa peur. Ses doigts se sont refermés sur la peluche de Clara pour former un poing. Fanny, Vinia et Éric se lèvent et la rejoignent en quelques enjambées.

— Vraiment ? demande Vincent. Si c’est le cas, je dois te remercier pour tout le bonheur que ton aide nous a apporté.

Toujours immobile, Isa ne réagit pas. Ses amis tentent de la rassurer. Je ne peux rester assis et m’approche de ma belle. 

L’annonce de la grossesse de Sophie est une belle histoire. Elle était terrifiée, seule la présence d’une inconnue a permis de faire la différence. Vincent n’a pas hésité. Il a proposé à sa copine de venir vivre chez nous et a promis de veiller à son bien-être et celui du bébé. Après les examens de fin d’année, il a obtenu un poste chez un gros promoteur immobilier pour subvenir aux besoins de sa famille. Deux ans plus tard, ils avaient suffisamment d’économies pour déménager en banlieue. Ç’avait été un déchirement pour moi de les voir partir, mais ils ne voulaient pas élever la petite au milieu de quatre célibataires.

Je dépose ma main sur l’épaule d’Isa et essaye de l’apaiser avec quelques mots murmurés à l’oreille.

— C’est merveilleux ce que tu as fait pour eux. S’il te plaît, ne t’enfuis pas dans ton monde.

— Attendez ! s’écrie Nolan. Sophie, tu n’avais pas dit que cette personne était dans notre promo ?

Les muscles d’Isabelle, déjà tendus, se raidissent encore un peu plus. Elle se tourne lentement et observe mon ami qui la dévisage. Nolan recule de trois pas. Il l’étudie attentivement, place une main devant lui et ferme un œil. C’est comme s’il essayait de cacher la cicatrice d’Isa pour mieux la visualiser. Et d’un coup, il semble avoir trouvé ce qu’il cherchait. Son regard s’illumine, son sourire s’agrandit et il l’enlace.

— Bordel ! L’intello coquine, j’avais perdu l’espoir de te revoir !

Je n’ai d’autre choix que de m’écarter. 

Qu’est-ce que c’est que cette histoire d’intello coquine ? Ils se connaissent ? C’est quoi encore ce bordel ? Tout le monde a rencontré Isa dans le passé sauf moi !

— Kikirou lâche-moi, tu me fais mal à me serrer comme ça.

— Kikirou ! Ça sort d’où ce surnom ? demande mon frère hilare.

— Beauté ! Tu avais promis de ne pas le dire ! s’indigne Vinia.

Nolan attrape ma belle par le cou. Il coince sa tête sous son bras pour la décoiffer. Les éclats de rire fusent dans le salon. La bonne humeur et la joie sont revenues. J’aimerais sourire devant cette scène, pourtant je suis perdu et Isa n’a pas l’air aussi détendue que les autres.

— Appelle-moi encore une fois comme ça et je te jure que…

— Je te jure que rien du tout, le coupé-je. Est-ce que quelqu’un pourrait m’expliquer ce qu’il se passe ?

La colère m’a pris de court. Nolan relâche Isabelle puis la reprend dans ses bras pour un câlin plus tendre. Quand elle se tourne légèrement vers moi, je me perds dans son regard bleu. J’y cherche des réponses, de la reconnaissance d’avoir calmé l’enthousiasme de mon ami et de l’amour, surtout de l’amour.

— Les gars, je vous présente la major de notre promo HEC. Celle qui nous a sauvés d’une note catastrophique aux partiels de droit des affaires. Alors, raconte-moi ce que tu es devenue depuis l’époque des cours d’anglais.

Il rigole puis marque une pause. Ses yeux se sont posés sur la cicatrice. Il avance ses doigts vers la marque. Je me crispe. Je ne veux pas qu’il lui fasse peur et qu’elle se laisse envahir par des pensées néfastes comme ce matin.

— Et dis-moi, qu’est-ce qui t’est arrivé ? demande-t-il plus doucement.

Je m’attendais à ce qu’il pose la question. Depuis qu’elle est entrée dans ma vie, je meurs d’envie d’en savoir plus et le redoute en même temps. Je ressens la tension d’Isa. L’appréhension et la tristesse se lisent dans les yeux de ses amis.

Je voudrais étudier les moindres réactions de son visage, mais elle me tourne le dos. Elle a lâché le doudou de Clara pour agripper le bas de son t-shirt. Ses épaules sont tendues. Tous les regards sont braqués sur elle. Ils attendent un mot ou un geste de sa part. Du coin de l’œil, j’aperçois Fanny prête à réagir au moindre signe de faiblesse. Je me tiens également prêt, je ne l’abandonnerai pas.

— Je ne peux pas.

La peine s’entend dans sa voix. Contrairement aux autres fois, elle reste digne et tente de donner le change. Elle fixe encore quelques secondes Nolan, jette un coup d’œil à la table puis se tourne vers ses amis. Lorsqu’elle me regarde enfin, je sens toute sa détresse. J’aimerais pouvoir lui venir en aide et chasser tous les démons qui l’habitent.

Fanny fait un pas vers Isa, cependant ma belle se réfugie dans mes bras. Je deviens l’homme le plus heureux du monde. 

Elle vient de me choisir. J’ai sa confiance. 

Je sais que ce n’est pas le meilleur moment pour me réjouir, mais c’est plus fort que moi. Je resserre mon étreinte, un bras autour de sa taille et l’autre au niveau de ses épaules. Je veux lui transmettre tout le bonheur qu’elle vient de me donner. Je veux chasser ses mauvais souvenirs. Je veux qu’elle sente que je suis la personne capable de lui offrir un avenir heureux.

Le nez dans son cou, j’inspire profondément son parfum. J’aime pouvoir la sentir tout contre moi. Ces moments-là sont rares. D’ordinaire, nous ne résistons pas à nous déshabiller et à nous laisser porter par la passion.

Je relève les yeux vers les autres. Attendris, les amis d’Isa me sourient alors que mon pote m’adresse une moue désolée.

— Viens ma belle. Allons discuter tranquillement dehors.

Elle s’accroche à moi pour éviter de s’effondrer. Sentant son chagrin, je nous conduis à l’extérieur. Sur la terrasse, je m’assois sur un transat, à l’abri des regards, et l’invite à s’installer à califourchon face à moi. Isabelle dépose un baiser sur la ligne de ma mâchoire, glisse sa main sur mon torse puis s’arrête sur mon cœur qui bat plus fort pour elle. J’aime la sentir câline.

À mon tour, je tente de l’apaiser en alternant entre caresse légère et massage le long de son dos. J’ai l’impression de vivre un moment hors du temps. Tout est si calme. Je m’en veux de troubler le silence, malheureusement j’ai besoin de réponses tant au sujet des dernières révélations que de notre relation. 

— Isa, je comprends que ce soit compliqué pour toi, mais j’aimerais beaucoup que tu m’expliques cette histoire de cours d’anglais avec Nolan.

Se donnant du courage, elle inspire bruyamment.

— Tout ce qu’il a dit était vrai. Nous étions ensemble à HEC. Le cours de commerce international de dernière année était mon préféré. Vous étiez au premier rang et je t’observais du fond de l’amphi. À l’époque, tu me plaisais déjà beaucoup.

Cette nouvelle me surprend.

Comment j’ai pu ne pas la remarquer ?

Nous aurions pu être ensemble bien avant.

— Pourquoi t’es jamais venue nous parler ? Tu connaissais déjà Nolan, tu aurais pu rentrer dans notre groupe.

— Pour m’attirer les foudres de toutes les autres filles de l’école et des alentours, non merci. De toute façon, je me rendais le plus invisible possible. Nolan était le seul à qui j’adressais la parole. Il m’a proposé plusieurs fois de vous rejoindre en soirée, mais j’évitais ces fêtes étudiantes. Et avec le recul, je crois que je referais la même chose.

Je prends le temps de digérer ses paroles un instant.

— Qu’est-ce qui te retenait ? Tu avais des problèmes à cette période ?

— J’ai toujours eu des problèmes, Léo.

Sa voix flanche. Ses yeux se ferment, retenant ses larmes. Je la vois lutter pour ne pas craquer.

— Seulement, il y a six ans, je n’étais pas stable émotionnellement…

— Ma belle, je suis désolé. Je ne veux pas te faire revivre des souvenirs douloureux.

— Non, attends. Je veux juste que tu saches que j’ai eu cette cicatrice le jour de la remise des diplômes. Et si nous avions été ensemble il y a six ans… tu ne serais certainement plus de ce monde à l’heure qu’il est.

À ces mots, je me fige.

Qu’a-t-elle subi ? Qui a osé lui faire cette marque ? Elle a dû vivre l’horreur pour imaginer que j’en perde la vie. 

— Léo, s’il te plaît, ne m’en demande pas plus. Je ne peux pas tout t’expliquer. Ça serait trop long et bien trop difficile à raconter.

Même si j’aimerais insister pour la connaître, elle, et son passé, je ne peux pas ignorer sa demande ni sa peine. Sans un mot supplémentaire, je guide sa tête sur mon épaule. Nous restons enlacés l’un contre l’autre, chacun perdu dans ses pensées.

Isa, puise en moi toute la force dont tu as besoin. Pour toi, je serais capable de déplacer des montagnes.

Mais qu’est-ce que je raconte ?

Notre relation est toute récente. Comment pourrais-je ressentir autant d’attachement en si peu de temps ? Mon côté romantique veut y voir un coup de foudre, une attraction aussi inévitable que la Terre qui tourne autour du Soleil. Mon côté rationnel est persuadé qu’il ne s’agit là que d’une envie d’aider une personne en détresse. Peu importe quel côté a raison ou tort, je me sens juste bien, ici et maintenant. 

Tu es dans mes bras, Isa, et c’est tout ce qui compte.

— Frangin ?

Je sors de mes réflexions et relève les yeux. La démarche hésitante, Lucas s’approche de nous.

— Je voulais juste vous prévenir que nous allions rentrer. Isabelle, j’ai été ravi de faire ta connaissance, tente-t-il. J’espère que nous aurons l’occasion de nous revoir prochainement.

Isa s’écarte et sa chaleur me manque instantanément. Je caresse son dos pour la rapprocher de moi. Je dépose un baiser sur ses cheveux avant de me lever.

— Je te raccompagne.

Sur le chemin, nous croisons Fanny et Vinia qui rejoignent leur amie. J’essaye de trouver dans leur regard les réponses aux mystères de ma belle. Mais bien vite j’arrive dans le salon, où tout le monde se tourne vers moi. Le silence se fait. Seuls les enfants restent indifférents à ce malaise.

— Lucas m’a dit que vous partiez. Je suis désolé de vous avoir abandonnés, mais Isa avait besoin de moi. 

Nolan baisse la tête au souvenir de ce moment. J’imagine qu’il s’en veut d’avoir semé le trouble. Je ne lui en tiens pas rigueur et conclus cet après-midi.

— J’ai été ravi de vous avoir à la villa. Maintenant que vous connaissez notre secret, vous êtes les bienvenus quand vous voulez. Je compte sur vous pour n’en parler à personne et surtout pas à Maman. Elle serait bien capable de débarquer sans prévenir pour faire une scène.

— Vos secrets seront bien gardés avec nous.

Après leur départ, Éric me retient et m’entraîne à l’écart.

— Léo, la réaction d’Isa était très inhabituelle. Normalement, elle se serait jetée dans nos bras. J’espère que tu te rends compte que sa confiance est à la fois un privilège et une grande responsabilité. Elle a vécu assez de drames pour toute sa vie et ses cent prochaines réincarnations. Je te surveille, et si tu ne prends pas soin d’elle, je saurai te le faire payer au centuple.

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