Les Démons d’Isa - Tome 1 (French Edition)

Evy Danse · Chapitre 35 sur 43

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Les Démons d’Isa - Tome 1 (French Edition)

Chapitre 31

Léo

 

Mon portable n’arrête pas de sonner. À cette heure-ci, ce ne peut être que Maman pour se plaindre de ne pas m’avoir vu hier. J’ai plus important à faire. Je travaille sur de nouveaux projets de développement proposés par Isabelle. Elle est vraiment très efficace et ne manque pas d’idées. 

En voulant rejeter l’appel, je m’aperçois de ma méprise et décroche rapidement.

— Fan…

— Léo, il faut que tu viennes tout de suite ! C’est Isa. Elle fait une crise !

Je me lève d’un bond.

— Fanny, calme-toi. Dis-moi juste où vous êtes et j’arrive.

— Les toilettes pour femmes à notre étage.

Sans un mot supplémentaire, je raccroche et sors de mon bureau. Je presse le pas en me retenant de courir pour les rejoindre.

Mais quel con ! Pourquoi j’ai pas décroché ce portable plus tôt ?!

Certains de mes employés me saluent et je leur réponds rapidement sans lancer la conversation. Je ne veux alerter personne. Il y a trop de commères ici. L’état émotionnel d’Isa ne doit pas alimenter les bruits de couloir. 

Arrivé devant la porte des sanitaires des femmes, je jette un coup d’œil autour de moi avant d’entrer discrètement, puis referme. En me retournant, je manque de percuter Fanny, le téléphone à la main, qui repart déjà en sens inverse.

— J’ai appelé la sécurité. Ce connard ne devrait pas sortir du bâtiment. 

La rage dans sa voix et son empressement me font craindre le pire. Cependant, je m’astreins à écouter la suite de son récit tout en la suivant dans l’une des cabines ouvertes.

— Je lui aurais bien couru après dans les couloirs, mais je ne pouvais pas laisser Isa.

Alors que Fanny s’assoit à ses côtés et l’étreint, je reste figé devant la scène. La voir dans cet état me serre le cœur, tout comme les poings que j’ai envie d’abattre sur ce type qui a osé s’en prendre à ma belle. Son regard se perd dans le vide. Ses joues sont baignées de larmes. Elle est en pleine crise d’angoisse, une crise bien plus forte encore que celle d’hier dans son atelier.

Je m’avance lentement vers les deux femmes et pose une main sur l’épaule de chacune. Chassant ma colère, je tente une approche apaisante.

— Fanny, tu veux bien me laisser essayer de ramener Isa ? J’aimerais aussi beaucoup que tu me racontes ce qu’il s’est passé.

Elle hésite un instant puis nous échangeons nos places dans cette cabine exiguë. J’attire Isabelle tout contre moi. Son corps ne résiste pas et s’affaisse comme un pantin désarticulé. 

— Mon amour, c’est moi. Je suis là. Il ne t’arrivera rien ici. Je te protège. Reviens.

Je répète ces mots inlassablement à son oreille, alors que je la soulève pour sortir de cet espace confiné. Fanny ne peut s’empêcher de toucher son amie. Elle lui tient la main, lui caresse les cheveux et lui dépose un baiser sur le front quand je nous installe au sol au milieu des toilettes. Fanny se laisse tomber à côté de nous. Mes paroles réconfortantes semblent l’aider à relâcher la pression des premiers instants. Une larme lui échappe et elle s’agrippe à mon bras pour trouver la force de me fournir des explications. 

— Je n’arrête pas d’imaginer ce qu’il se serait passé si j’étais arrivée quelques secondes plus tard. Quand je suis entrée… j’ai entendu des cris. Il y avait aussi des bruits de lutte. 

Elle tourne la tête dans tous les sens. Ses larmes reprennent. Même si je ne veux pas la brusquer, je dois absolument comprendre. Avec mon bras droit, je resserre mon étreinte autour de la taille d’Isabelle. J’embrasse ses cheveux. La main gauche sur celle de Fanny, je l’encourage à continuer. J’essaye de garder un visage impassible, mais intérieurement je bous de rage.

— Je comprends que ce soit difficile. Mais tu dois tout me dire. En tant que patron, mais surtout en qualité de petit ami, je dois connaître la vérité. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que plus jamais ça ne se reproduise.

Elle inspire un grand coup.

— OK… Maxime était là. Il la maintenait contre le mur des toilettes et il avait sa main dans… dans sa culotte.

Je vais tuer ce connard. Mais avant, je lui couperai tous les doigts un par un, je lui arracherai la bite et lui la ferai bouffer !

Je retiens les pensées violentes qui me traversent. Je dois garder mon self-control. La priorité est d’aider ma belle.

— Écoute-moi bien, Fanny, insisté-je les dents serrées. Tu vas sécher tes larmes, sortir d’ici et expliquer la situation à Ewan. Il doit convoquer cet enculé et lancer la procédure de licenciement. Je ne veux plus qu’il mette les pieds dans cet immeuble.

Mon assistante reprend doucement son calme alors que je me concentre sur Isabelle. Il faut que je la sorte de son état de crise.

La poignée qui s’abaisse plusieurs fois nous fait sursauter. Heureusement, j’ai eu la présence d’esprit d’enclencher le verrou. Fanny me regarde, perdue. Elle n’ose pas dire un mot.

— Prenez les toilettes à l’autre bout du couloir, crié-je.

En entendant le bruit des talons s’éloigner, Fanny sort de son immobilisme, saisit le visage d’Isabelle à deux mains et appuie sa tête contre la sienne.

— Beauté, reviens. Je t’aime de tout mon cœur. Bats-toi. On est là pour toi et on t’épaulera. 

Fanny lui dépose un baiser sur le front, puis se lève pour rejoindre le miroir. J’attire ma belle encore plus près de moi, la serre, caresse ses bras et glisse mon nez dans ses cheveux. 

— Mon amour. Je te fais la promesse que plus jamais il ne s’approchera de toi, chuchoté-je. Et si tu m’y autorises, j’interdirai à tous les hommes de te toucher. Je t’aime, Isa. Je sais pas si tu m’entends, mais sache que tu es la seule femme capable de faire battre mon cœur. Ta présence dans ma vie m’est indispensable. Reviens auprès de moi. Sans toi, ma vie n’a plus de sens.

Après avoir essuyé ses larmes et enlevé les traces de maquillage, Fanny réexamine Isa et un sourire se dessine sur ses lèvres.

— Tu es de retour, Beauté. Je suis contente. Je dois aller prévenir Ewan. Je te laisse entre les mains de Léo.

Je tourne la tête pour apercevoir les cils d’Isa papillonner. Je ne peux m’empêcher de sourire à mon tour. J’embrasse sa tempe et tente de me redresser.

— Reste où tu es, mon amour. Je vais juste fermer la porte derrière Fanny pour que personne ne nous dérange.

Je culpabilise à l’idée de la lâcher ne serait-ce que quelques secondes. Je l’étreins et dépose un nouveau baiser avant de me lever. Mon assistante se faufile par l’entrebâillement de la porte puis je tourne le verrou.

Lorsque je reviens, Isabelle a déjà changé de position. Elle a replié ses jambes, ses bras les entourent et sa tête repose sur ses genoux. Je m’approche doucement et m’assois à côté d’elle. Je ne voudrais pas la brusquer. J’espère qu’elle n’est pas repartie dans ses ténèbres.

— Isa, tu es toujours là ?

Seul un sanglot me répond. Je tente une caresse du bout des doigts. Elle vient se blottir contre moi. Je l’accueille sans me faire prier et l’enlace. Nous restons silencieux quelques minutes, n’accordant aucune attention à celles qui s’acharnent sur la poignée des toilettes.

— Ma belle, j’adore t’avoir dans mes bras, mais on ne va pas pouvoir passer la journée ici. Est-ce que tu penses être capable d’aller jusqu’à mon bureau ? Le canapé sera plus confortable que ce carrelage et personne ne pourra nous déranger.

Même si mon cul est endolori, je n’ose pas bouger. Je veux la garder près de moi.

— Je suis désolée…

— Ne le sois pas. Tu n’y es pour rien. Et je te promets qu’il va payer pour ce qu’il t’a fait.

Elle agite la tête de gauche à droite.

— Tout est de ma faute… Mon passé me rattrape.

Ses paroles sont entrecoupées de spasmes. Je l’apaise en passant mes doigts dans ses cheveux, lorsqu’une pensée me traverse.

— Tu avais déjà rencontré Maxime ?

Elle hoche la tête pour confirmer mes soupçons. Les questions se bousculent dans mon esprit, tout est confus. 

— Je voudrais pouvoir t’expliquer mais… j’ai peur. Je vais te dégoûter et… tu me détesteras pour tout ce que j’ai dû faire pour… survivre.

— Isa, regarde-moi, chuchoté-je. J’ai bien compris que tu avais un passé compliqué et très dur à porter. Ma proposition d’hier tient toujours. Je peux être l’oreille attentive dont tu as besoin. Je veux t’aider. Je veux que tu puisses avoir une vie heureuse, et si possible avec moi, ça m’arrangerait.

Mon trait d’humour a le mérite de lui tirer un timide sourire. Elle essuie ses joues. Je la laisse prendre appui sur moi pour se relever avant de suivre son mouvement et de l’entraîner vers les lavabos. Elle s’asperge plusieurs fois le visage d’eau froide. Je me tiens prêt et lui tends du papier.

Lorsqu’elle croise son reflet, son regard se trouble. Elle retient ses larmes. Sans attendre qu’elle se calme, je lui fais faire volte-face.

— Ne regarde que moi. Accroche-toi à moi, puise la force dont tu as besoin en moi. Je serai là pour te rattraper.

Je l’enlace de nouveau et rapproche sa tête de mon cœur. Elle passe ses bras dans mon dos pour me serrer fort. Son étreinte m’a l’air désespérée. Je sens son souffle dans mon cou. Sa respiration ralentit pour devenir de plus en plus profonde.

— Tu sens tellement bon…

— Si ça peut te soulager, tu peux me renifler aussi souvent que tu le souhaites. Mais je te propose de sortir de cet endroit. As-tu la force de marcher jusqu’à mon bureau ?

Après un signe de tête, elle inspire pour s’encourager. Je la guide jusqu’à la porte. Avant de l’ouvrir, je m’assure qu’elle est prête à affronter les coups d’œil des employés de l’étage. Elle me donne le top départ d’un nouveau hochement de tête.

Je la laisse passer devant moi. C’est ma façon à moi de veiller sur elle. Je me tiens près d’elle. Si son courage flanche, je n’hésiterai pas à la prendre dans mes bras pour l’éloigner des personnes indiscrètes.

— Monsieur Pazio, vous avez…

— Pas maintenant, mademoiselle. S’il y a un problème, voyez ça directement avec mon assistante. Je ne veux pas être dérangé jusqu’à l’heure du déjeuner.

Dans l’open space, j’ai l’impression que tous les regards sont braqués sur nous. Le temps semble s’être arrêté. Notre sortie n’est pas passée aussi inaperçue que je l’aurais espéré. La traversée paraît interminable. Lorsque nous arrivons enfin à notre objectif, j’expire longuement en fermant la porte à clé. Isabelle s’effondre au sol. Je la rejoins et lui offre mes bras pour qu’elle puisse s’y réfugier.

— Je ne suis pas sûre de supporter un deuxième passage dans le couloir. Est-ce que je peux rester ici jusqu’à ce soir ? me supplie-t-elle.

— Tu peux rester autant de temps que tu le souhaites, mais nous devons parler des suites à donner à ton agression. Je comprends que tu ne veuilles pas revivre ce moment, pourtant c’est le seul moyen pour que ce connard ne pose plus les mains sur toi ni aucune autre de mes employées.

Je la sens hésitante, une nouvelle technique d’encouragement s’impose. Je la prends dans mes bras et la soulève pour l’installer sur le canapé.

— On sera bien mieux ici. J’ai mal au cul à force d’être assis par terre.

Ses lèvres s’étirent légèrement. C’est un bon début.

— Je comprends ta réserve, mais ce qui vient de se produire est très grave. Je m’en veux terriblement de ne rien avoir vu. Je connais un commissaire qui pourrait venir prendre ta plainte ici. Plus tôt elle sera déposée, et plus tôt Maxime sera licencié et jugé pour ses actes. Tu veux bien que je l’appelle ?

Elle agrippe ma chemise. Je resserre mon étreinte et attends sa décision. Je ne me sens pas de la forcer, il faut qu’elle accepte d’elle-même. J’en ai besoin. Après un temps qui me paraît interminable, sa tête bouge dans un signe d’acquiescement.

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