Les douze nouvelles nouvelles
Chapitre III
Quelques jours après, un de mes amis—un dilettante,—qui avait rencontré Vallia et Double-Croche chez une femme du monde, m'écrivait ces lignes,—où je n'ai rien compris:
«Ces trois symphonies n'ont jamais été plus adorables que ce soir-là; elles chantaient touts les trios qui eussent ravi Auber et Rossini, ces libertins en SOL, LA, SI.
«Oh! la musique! quelle force sur les âmes! Leurs yeux flambaient, leurs bouches ardentes et inapaisées couraient du sourire à l'éclat de rire; l'éclat de rire se mouillait de larmes; et puis elles tombaient brisées avec un voluptueux abandon.
«Elles passaient de la marche triomphale aux mélodies plus intimes, et plus caressantes; on quittait les feux d'artifice de Liszt pour les douceurs de Schubert; puis tout à coup ces trois musiciennes partaient pour l'horizon radieux à la découverte des mondes nouveaux. J'étais sous le charme de leurs inspirations. Je vois avec plaisir que les femmes du monde—et du beau monde—deviennent de grandes musiciennes.»
III
Un an après, la comtesse de la Châtre, me rencontrant un matin au coin de la rue Balzac, me dit en me tendant la main:
—Vous ne savez pas où je vais?
—Vous n'allez pas au sermon?
—Mieux que cela; je vais voir une mourante.
—Qui donc?
—Vous rappelez-vous cette jolie joueuse de harpe que vous avez vue chez moi l'autre hiver?
—Mlle Vallia? Elle se meurt!
Je ressentis un coup au coeur, car j'avais gardé comme une douce image le souvenir de la jeune musicienne.
—Oui, mon ami, Mlle Vallia va mourir à vingt ans et jolie comme un ange.
—Et de quoi meurt-elle?
—D'une maladie de coeur. Je lui ai envoyé mon médecin, qui me conseille d'aller la voir si je veux la revoir. Voulez-vous venir avec moi?
La comtesse prit mon bras; il n'y avait qu'un pas à faire, car Vallia restait toujours à son petit rez-de-chaussée, presque en face, dans la maison qui porte le numéro 121 ou 123 de l'avenue des Champs-Elysées. La clef était sur la porte; la comtesse ne fit pas de façons pour ouvrir sans sonner.
Je la suivis; nous assistâmes au spectacle le plus touchant.
Vallia, toute blanche, agenouillée sur son lit, recevait l'extrême onction, avec la ferveur d'une fille de Dieu.
Aussi ne nous regarda-t-elle pas quand nous entrâmes.
La comtesse s'agenouilla et pria, je m'effaçai discrètement contre le rideau d'une des fenêtres.
Naturellement, Henri Delaage était là. Il me dit par un regard:
—C'était fatal.
Quand le prêtre eut consolé par l'espérance celle qui avait la foi, la comtesse prit Vallia dans ses bras et l'embrassa doucement sur le front.
—C'est bien, dit-elle, de vouloir revivre en Dieu.
—Ah! je suis bien heureuse, murmura Vallia. Je sens que je suis sauvée.
La comtesse, se méprenant sur ces paroles, lui dit: