Les rêves échoués
Carine Joaquim
Les Rêves échoués
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Du même auteur
Nos corps étrangers
La Manufacture de livres, 2021
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Carine Joaquim
Les Rêves échoués
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ISBN 978-2-35887-881-4
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« En ces heures où le paysage est une auréole de vie, et où rêver n’est que se rêver soi-même, j’ai élevé, mon amour, dans le silence de mon intranquillité, ce livre étrange où s’ouvrent, tout au bout d’une allée d’arbres, les portes d’une maison abandonnée. J’ai cueilli pour l’écrire l’âme de toutes les eurs et, des instants éphémères de tous les chants de tous les oiseaux, j’ai tissé un réseau d’éternité et de stagnation. »
Fernando Pessoa, Le Livre de l’intranquillité
« Pelas rochas se quebrou
E se perdeu a onda deste sonho
Depois cou uma franja de espuma
A desfazer-se em bruma »
« Sur les rochers s’est brisée
Et s’est perdue la vague de mon rêve
Puis il n’est resté qu’une frange d’écume
Qui s’est confondue avec la brume »
Amália Rodrigues, Triste sina,
Jéronimo Bragança/ Nobrega e Sousa
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La porte se referme et nous voilà tous attablés dans un silence lourd, à nous mater les uns les autres, les lèvres tirées dans un simulacre de sourire pour masquer notre anxiété.
Maman triture ses ongles nerveusement. Elle gratte, pince, tord les minuscules peaux qu’elle arrache ensuite d’un geste sec et précis, le regard toujours xé sur la principale assise au centre, juste en face. C’est elle qui préside, évidemment.
À ma gauche, le coude sur la table, la tête appuyée contre son poing en mode j’en-ai-rien-à-foutre, papa semble mourir d’ennui. Il observe lui aussi Mme Salignes qui, occupée à chercher un document au milieu du dossier posé devant elle, prend l’air important et détaché.
À côté de Mme Salignes siège son adjointe. Gênée par ses doigts épais, elle termine avec peine de taper un texto. Mon regard balaie le reste de l’assemblée : M. Cossu, conseiller principal d’éducation, Mme Lamaret, ma prof principale, et Basset, cette salope de prof de maths qui baisse les yeux dès que je la xe. Si je pouvais, je te crèverais, connasse.
« Bonjour à tous, nous sommes ici réunis en commission éducative, pour évoquer la situation de Clarisse Destremont, élève de 4e 1. »
Mme Salignes se tait, m’observe avec un air lourd de menaces et, comme si ma vue lui était insupportable, retire ses lunettes et en replie les branches avec une lenteur excessive. Puis elle invite chacun de nous à se présenter. Et voilà que, les uns après les autres, comme des débiles, nous déclamons docilement notre identité. J’ai honte lorsque ma mère, intimidée, bute sur son propre nom et se mord la lèvre en rougissant. Quand vient le tour de papa, elle arrache un bout de peau de son index droit et une goutte de sang perle sans qu’elle la voie.
Mme Lamaret présente mon cas. Je suis « une jeune lle au pro l