Lettres à Jean Voilier

Paul Valéry · Chapitre 11 sur 15

Pages du PDF

Lettres à Jean Voilier

Jeanne Loviton

Indications biographiques

 

Jeanne Loviton, dite Jean Voilier en littérature, naît à Paris le 1er avril 1903. Elle poursuit des

études à la faculté de droit de Paris et obtient le 20 février 1925 une licence en droit. Elle fait la

connaissance de l’auteur dramatique et romancier Pierre Frondaie (de son vrai nom Albert René

Fraudaie), qu’elle épouse le 24 mai 1927 à Saint-Raphaël. Il lui a été présenté par Louise Léouzon

Le Duc. C’est au domicile parisien de celle-ci que Jeanne rencontre Maurice Garçon, avocat à la

cour d’appel de Paris, qui l’engage aussitôt comme collaboratrice dans son cabinet, et, pour la

première fois, Paul Valéry qui lui propose de devenir son professeur de poésie (il lui dédicace un

exemplaire de Variété : « Avocate jamais vit-on / Paraître et vaincre en toute cause / Si ce n’est

Jeanne Loviton / Éloquente comme une rose ? / P. V. »). Le 13 avril 1926, Jeanne obtient sa carte

d’avocat stagiaire : elle est la treizième femme admise à la pratique du droit en France. Séparée de

Pierre Frondaie en 1931, elle emménage seule au 5, rue de Champigny dans le VIIe

arrondissement de Paris. Le lieu sera fréquenté, notamment, par Cocteau, Fargue, Brisson

(directeur du Figaro) et le colonel de Lattre de Tassigny. À la suite du deuil de sa mère, décédée le

16 avril 1935, Jeanne entame la procédure de divorce, prononcé le 11 février 1936. Elle emménage

cette même année dans une petite maison offerte par son père, Ferdinand Loviton, au 11, rue de

l’Assomption dans le XVIe arrondissement, qu’elle transformera et agrandira au fil des ans.

Dans les années 1930, Jeanne a notamment collaboré en tant que journaliste au Journal des

débats, à Paris-Midi et à Paris-Soir. Elle publie un premier roman, Beauté raison majeure, chez

Émile-Paul en février 1936. Travaillant à l’écriture d’un second roman mettant en scène un jeune

Irlandais émigré outre-Atlantique et accompagné d’une Américaine dont il est tombé amoureux,

elle effectue, seule, un voyage en Irlande en voiture (elle avait obtenu son permis de conduire en

juillet 1933) puis, afin de parfaire le portrait du personnage principal et de parler du roman,

s’embarque sur le paquebot Île-de-France à destination des États-Unis. Arrivée le 7 juillet 1937,

elle demeure une dizaine de jours à New York avant de se rendre au Canada. À son retour, après un

bref passage par Paris, elle poursuit la rédaction de son roman à la clinique de Valmont près de

Montreux en Suisse, où elle reçoit la première lettre de Paul Valéry, datée du 21 décembre 1937.

Elle lui fait parvenir le 16 juillet 1938 pour relecture les épreuves du roman auquel elle a mis la

dernière main du 26 avril au 30 juin 1938 aux Sablines à Arcachon, dans la villa « La Piade » que

Pierre Frondaie a mise à sa disposition. Le livre, auquel elle apporte les toutes dernières

corrections du 29 août au 10 septembre 1938 chez Françoise Pagès du Port à Castelfranc (Lot),

paraît le 22 décembre chez Émile-Paul sous le titre Jours de lumière. Il est pressenti pour le prix

Femina.

Le 5 mars 1939, Jeanne embarque à Marseille pour le Maroc après une halte à Aix-les-Bains, en

compagnie d’une amie, Charlotte Mourier, épouse de l’avocat Jacques Mourier avec lequel elle a

travaillé dans le cabinet de Maurice Garçon. De retour en France, elle se met en quête, à la

demande de son père, d’un lieu sûr au cas où la guerre éclaterait. Elle achète finalement à Robert et

à Yvonne de Billy, le 8 juillet 1939, le château de Béduer, près de Figeac (Lot), tandis que son père

fait l’acquisition de la ferme attenante. Le château étant situé en zone libre, une grande partie des

films de la Cinémathèque française y seront mis à l’abri avec l’accord de Jeanne durant la guerre.

Elle accueille Paul Valéry à Béduer du 11 au 25 août 1941 et lui fait lire une partie de son

troisième roman, Ville ouverte, qu’elle a commencé d’écrire au château. Conquis, Paul Valéry

accepte de réaliser les lithographies qui illustrent le livre. Il sera publié en 1942, toujours aux

Éditions Émile-Paul Frères. Entre-temps survient le décès, le 23 janvier 1942, de Ferdinand

Loviton qui sera inhumé auprès de son épouse à Versailles. Durement éprouvée, Jeanne prend en

charge la direction des deux sociétés fondées par son père : les « Cours de droit », institution

d’enseignement du droit par correspondance qui publie les cours prodigués à la faculté de droit de

Paris ; et les Éditions et la librairie Domat-Montchrestien, spécialisées dans la publication et la

vente de livres juridiques et économiques. Tandis qu’elle réunit géographiquement les deux

maisons, déménageant les Cours de droit des locaux vétustes de la place de la Sorbonne au 158-

160, rue Saint-Jacques, elle réorganise et modernise la copie des cours de droit en leur ajoutant

notamment celle de l’Institut d’études politiques. Elle adjoint une branche littéraire aux Éditions

Domat-Montchrestien qui publieront, sous la dénomination Domat, des livres d’histoire, des essais

et des mémoires, réservant l’appellation Montchrestien aux ouvrages de droit et d’économie. Le

catalogue de novembre 1943 porte la mention « Ouvrages parus sous presse J. Loviton et Cie ».

Parmi les auteurs publiés : Dominique Aubier, Claude Aveline, Lucien Fabre, Georges Vedel... elle

lance aussi de jeunes écrivains tels que René Fallet, Jean Hougron et Christian Chéry. Elle ouvre

également une nouvelle librairie et crée une association d’aide aux étudiants en droit. C’est à cette

époque qu’elle fait la connaissance de l’éditeur Robert Denoël, avec lequel elle forme des projets

de mariage.

Jeanne continue de recevoir au cours des années 1942-1943 de nombreux amis et personnalités,

tant à Béduer, où elle accueille à nouveau Paul Valéry du 6 au 8 septembre 1943, qu’à Paris où elle

organise, le 1er août 1944, la lecture par Paul Valéry de Mon Faust (« Lust »). De lui paraîtront, à

l’enseigne de Domat-Montchrestien, les premiers livres de la luxueuse collection « Au Voilier »,

Voltaire, discours prononcé le 10 décembre 1944 en Sorbonne (achevé d’imprimer du 8 mars

1945), et Henri Bergson, allocution prononcée à la séance de l’Académie du 9 janvier 1941

(achevé d’imprimer du 15 mai 1945). Bien qu’ayant rompu avec Paul Valéry le 1er avril 1945,

Jeanne reste proche de l’écrivain jusqu’à sa mort survenue le 20 juillet 1945. Elle perd peu de

temps après Robert Denoël, assassiné le 2 décembre 1945 dans des conditions demeurées

mystérieuses.

À partir des années 1950, Jeanne se désengage progressivement de ses activités éditoriales et

effectue de nombreux voyages, en France comme à l’étranger. Elle est promue chevalier de la

Légion d’honneur le 1er septembre 1953. En 1985, Jeanne vend le château de Béduer qu’elle

n’avait cessé de moderniser, de transformer et d’embellir pendant près de cinquante ans. Elle

décède le 20 juillet 1996 à son domicile de l’avenue Montaigne où elle avait emménagé au début

des années 1970.

MIREILLE FELLOUS-LOVITON

OceanofPDF.com