Mon curé chez les pauvres
Chapitre VIII
L’AUMONIER DE LA SOCIALE
—Vous vivrez avec nous, avait dit Jeanne Réveil à l’abbé Pellegrin.
—Oui, insista Pierre Rouge, nous avons à l’_Humanitaire_ des chambres où nous hébergeons les camarades qui viennent nous voir de la province ou de l’étranger. Vous y serez très bien… Et vous prendrez vos repas avec les militants.
—Qui paiera?
—La caisse du parti. Nous avons des amis, des gens qui nous aident. Et puis, il y a les cotisations…
Le curé secoua la tête et répliqua:
—Cette combine ne me va pas. Je ne veux pas vivre aux frais de la princesse, même si cette princesse est dans nos idées. Je consens à habiter ici, ma place n’étant plus dans les hôtels pour ecclésiastiques et ne pouvant pas être dans les hôtels pour laïques… Votre boîte est une espèce de couvent: j’y cantonnerai en attendant les événements. Pour le reste, je veux me débrouiller. Je pense, en effet, que je ne dois pas me faire entretenir par les camarades.
—Mais c’est ce que font les dirigeants, fit Pierre Rouge.
—Je le regrette pour eux, déclara Pellegrin… Les apôtres, ça ne doit pas devenir des fonctionnaires.
—Le prêtre vit cependant de l’autel, dit Jeanne Réveil avec un sourire ironique…
—Il en vit, d’ordinaire, assez mal… Mais, à mon avis, c’est encore trop. Et je peux le dire, car ma paroisse ne m’a jamais grassement entretenu. Je me serais mis souvent la ceinture, si je n’avais pas eu mon potager, mes abeilles et ma machine à tricoter. Car, le soir, parfois, je tricotais des chandails… Je ne me suis jamais plaint… J’aime assez que le curé gagne sa vie en dehors de son sacerdoce: comme ça, au moins, il n’a pas l’air de débiter de la religion comme de la bibine et de mettre une rallonge à la sainte table pour y faire servir son frichti.
—Soit, dit Jeanne Réveil, mais vous n’allez pas installer des ruches ici. Et le tricotage à la machine…
—Je pourrais me faire jardinier. Fallait voir mon potager, à Sableuse!
—A Paris, vous trouveriez difficilement à vous placer, objecta Pierre Rouge. Et puis, la propagande vous prendra de plus en plus. On nous demande d’organiser de nombreuses réunions: tout le monde veut vous entendre et comme vous faites faire de grands progrès à la cause, mieux vaut vous consacrer à votre tâche essentielle…
—Non, je veux, d’abord, gagner ma croûte. Quand on prétend avoir le droit de parler aux ouvriers, il faut pouvoir leur montrer ses mains en disant: «Vous voyez, ce ne sont pas celles d’un avocat… Elles ont tenu l’outil, levé le marteau, saisi la lourde pierre, elles portent les saints stigmates du travail, elles sont sœurs des vôtres. Dieu en avait de pareilles quand il prêchait l’Évangile au coin des rues. Car il ne faudrait pas croire tous ces sculpteurs et tous ces peintres qui représentent notre Sauveur avec des mains blanches et fines d’aristo ou de gentil petit vicaire pour dévotes de luxe. Il avait travaillé pendant vingt ans et plus comme compagnon charpentier. C’est un boulot qui abîme les pattes: aussi, pas d’erreur, sur le doigt de Dieu, il y a des durillons.»
Ces propos parurent gêner les dirigeants de l’_Humanitaire_, semi-intellectuels qui vivaient en parasites du parti, sortes de bureaucrates de la Sociale à qui ne manquaient même pas les manches de lustrine et le rond-de-cuir.
—Ce sacré curé, fit l’un d’eux après la sortie de Pellegrin, finira par gâter le métier!
Mais Jeanne Réveil n’était pas une révolutionnaire professionnelle; son enthousiasme, mystique aussi, s’accordait fort bien avec la foi austère du prêtre et elle répondit:
—Il en sera de notre religion comme de la sienne si les malins remplacent les sincères qui l’ont fondée.
Pierre Rouge approuva:
—La citoyenne a raison… Nous manquons de saints et même de martyrs. Il nous faudra, un jour, prouver notre sincérité en faisant quelque chose qui nous expose à un danger. Nous sommes trop sages, trop prudents. Nous n’agissons pas. L’acte seul est une preuve…
—Oui, dit Jeanne Réveil, mais que faire?
—J’ai une idée.
—Laquelle?
—Inutile d’en dire plus long puisque, le moment venu, nous ne trouverions pas le bras nécessaire.
—Ce bras existe.
—Celui de notre pauvre curé? Non, impossible…
—Il existe, vous dis-je.
—Faites voir…
—Le voici.
Et Jeanne Réveil montra son bras nu, maigre et nerveux.
L’abbé Pellegrin trouva sans difficultés—car la main-d’œuvre manquait—un emploi de laveur de voitures dans un garage d’automobiles. Vêtu en ouvrier, la casquette sur l’oreille, la pipe aux lèvres, il fut accueilli assez froidement par le chef d’équipe.
—Je n’aime pas les fantaisistes, lui annonça ce personnage… Ici, faut être sérieux.
—Je suis très sérieux.
—Vous n’en avez pas l’air, c’est tout ce que je peux vous dire. Mais je ne demande qu’à vous croire. Ça dépend de vous.
L’expérience prouva que le nouveau venu était un bûcheur infatigable: toujours de bonne humeur, content de son sort, il ne ressemblait en rien à ses camarades qui rechignaient à la besogne, se plaignaient sans cesse et le blâmaient de faire en conscience ce détestable métier. Un seul d’entre eux paraissait s’accommoder de sa destinée et cependant il paraissait fait pour mener un autre genre d’existence: il parlait peu, mais s’exprimait en termes choisis, prononcés avec l’accent slave, portait des vêtements qui, en des temps lointains, avaient dû être à la mode et mettait des gants pour manier brosses et chiffons.
Pellegrin et ce mystérieux bonhomme ne tardèrent pas à sympathiser. Ils s’étaient devinés réciproquement sous leurs masques: tous deux étaient évidemment des transfuges, des évadés ou des exclus.
—Tel que vous me voyez, fit l’étranger, j’ai eu mon auto: maintenant, je lave les autos des autres. Je suis le prince Serge Pakounine, ancien chambellan de Sa Majesté le tzar… J’ai été ruiné par la Révolution, mais je ne me plains pas trop, car j’aurais pu être fusillé. Je me suis réfugié en France où je croyais avoir quelques amis… Je me trompais: on se trompe souvent, car l’amitié s’imite fort bien et il faut la mettre à l’épreuve pour savoir si elle n’est pas en simili. J’ai donc vite constaté que je n’avais pas d’amis. Je suis tombé rapidement dans la misère et, pour vivre, j’ai dû faire tous les métiers. Enfin, j’ai trouvé ma voie… Laveur de voitures! Qui l’eût dit alors que je montais dans les carrosses de gala de la Cour impériale? Je ne veux d’ailleurs d’aucune pitié: somme toute, je ne suis pas tellement intéressant puisque je suis libre et que je mange tous les jours. Mais je pense à ceux des miens qui sont restés là-bas. Que sont-ils devenus? Morts sans doute dans quelque prison, ou exécutés, à moins que la faim… Et tant d’autres ont péri aussi! Monsieur, c’est affreux, une révolution! Cela fait couler trop de larmes, trop de sang… Et après, est-on plus heureux?
Comme Pellegrin ne répondait pas, il reprit:
—Vous devez avoir horreur aussi de ces convulsions… Vous avez l’air d’un brave homme, si différent de ceux qui nous entourent et qui sont des brutes!
—De pauvres diables, des ignorants…
—C’est cela, oui, des ignorants. Cependant, écoutez-les, ils disent aussi qu’ils veulent devenir les maîtres. Et penser que des hommes intelligents, instruits, qui ont lu l’Histoire, répètent à ces gens qu’ils ont raison, que leur heure est venue, que tout ira mieux quand ils auront tout détruit. Ce sont de grands coupables, des criminels, car eux, ils savent…
L’ancien curé de Sableuse parut gêné, mais il questionna:
—Vous êtes donc de cet avis que la justice règne et qu’il ne faut rien changer à ce qui est?
—Je pense, dit le prince Serge Pakounine, que la justice n’est jamais dans la violence et le meurtre… Et toutes les révolutions sont cruelles.
Il hésita, puis:
—Êtes-vous chrétien, monsieur?
Le prêtre sursauta et répondit:
—Certes…
—Eh bien, souvenez-vous que le Christ n’a voulu faire régner la justice que par la bonté, par l’amour… Nous l’avons tous oublié, les uns et les autres: ceux qui, lorsqu’ils étaient riches et puissants, manquaient de charité et ceux qui, les ayant remplacés, se montrent pires encore, car ils sont animés de l’esprit de vengeance. Excusez-moi, monsieur, de vous dire ces choses, d’autant plus, je le vois, qu’elles vous déplaisent.
—Pas du tout, fit Pellegrin, mais ne pensez-vous pas qu’une révolution peut être pacifique?
—J’en doute… Avez-vous lu les pensées de Rivarol?
—Non, vous savez, moi, je ne lis guère que mon…
L’abbé allait dire «mon bréviaire», mais il se reprit à temps et prononça: «mon feuilleton».
—Eh bien, continua le Russe, il y a une de ces pensées que je trouve admirable entre toutes. La voici: «Malheur à qui remue la lie d’une nation.»
Puis, empoignant une éponge, le prince Serge Pakounine se mit à laver avec entrain une splendide limousine.
—C’est la voiture d’une poule à la mode, lui dit le chef d’équipe… Gaby de Fontanges, tout le monde la connaît.
L’ancien chambellan du tsar parut ne pas avoir entendu, mais un sourire ironique plissa ses lèvres. Et s’adressant au curé qui astiquait le cuivre des phares, il s’exclama:
—Gaby de Fontanges? Une jolie fille… J’ai été dans ses bonnes grâces, autrefois. Elle m’a gentiment croqué un million, peut-être deux. A cette époque je ne comptais pas. Ce serait drôle, n’est-ce pas, si elle avait acheté, avec ce qui lui reste de mes roubles-or, cette limousine que je suis en train de nettoyer?
—Encore une conséquence de la Révolution!
—Celle-là, au moins, est amusante…
Et reprenant, non sans avoir poussé un soupir, son air impassible et mystérieux, le prince se remit au travail.
L’abbé Pellegrin n’avait pas écouté ces propos sans ressentir quelque trouble… Jusque-là, il avait entrevu la révolution sous l’aspect d’une métamorphose presque idyllique: les détails réalistes, il n’y songeait pas. Les émeutes dans la rue, les rencontres sanglantes, les exécutions en masse, tous ces à-côtés du drame, il ne les imaginait pas dans sa candeur évangélique, car, pour lui, la bonté et la fraternité devaient triompher sans lutte… Les hommes pouvaient-ils se refuser à la conquête du cœur? Non, certes, et le curé de Sableuse était persuadé que la bonne nouvelle serait accueillie avec joie par le peuple méconnu et persécuté: les martyrs, s’il devait y en avoir, se compteraient, non parmi les pharisiens et les mauvais riches, mais au contraire parmi les militants de la justice et de la vérité… Une fois de plus, les apôtres devaient souffrir et c’est du sol fécondé par leur sang que jaillirait la moisson promise aux heureux habitants de la Cité de Dieu.
Des femmes avaient été embauchées pour compléter l’équipe des laveurs qui, le plus souvent, s’absentaient sous des prétextes divers et même sans aucun prétexte. L’une d’elles, robuste et belle fille aux yeux hardis, à l’allure déhanchée, au verbe libre, s’adressa un jour à l’abbé Pellegrin et lui déclara carrément:
—Vous me plaisez.
—Ah!… Je n’ai rien fait pour ça.
—Justement. J’aime les types qui ne font pas de l’œil aux femmes. Mais on se comprend tout de même… Vous m’avez regardée et moi, je vous ai vu. Alors, pas la peine de tourner autour du pot. Je cherche un homme… Je suis dans mes meubles, j’ai un peu de linge et je ne demande qu’à me mettre en ménage. Ça vous dit?
—Il faut que je réfléchisse, fit Pellegrin, embarrassé.
—Vous savez, à part ça, je suis gentille… On ne s’embête pas avec Titine.
—Je n’en doute pas.
—Venez donc chez moi, un de ces soirs… On prendra le café.
Et comme Pellegrin rougissait, elle se mit à rire:
—Vous me trouvez bien hardie, n’est-ce pas? Mais pourquoi faire des chichis? C’est ainsi qu’on perd du temps et qu’on gâche à jamais sa jeunesse. Et puis, quoi, faut pas être timide comme ça avec les femmes. Voyons, approchez-vous donc un peu… On dirait que je vous fais peur.
—Non, mais…
—Mais quoi? Vous me trouvez moche? Vous seriez le premier, mon petit…
Cette incompréhensible froideur vexa Titine qui n’admettait pas que ses avances fussent ainsi éludées. Une occasion décisive se présenta… Le garage comportait une annexe où étaient remisées les autos qui ne devaient pas sortir de longtemps. Pellegrin, devenu homme de confiance, était chargé de leur entretien; parfois il se réfugiait dans cet endroit silencieux, prenait place sur les coussins d’une voiture et lisait tranquillement son bréviaire. C’était l’oasis de sa dure journée.
Un après-midi, comme l’ancien curé de Sableuse goûtait le charme reposant de cette retraite, la portière de la limousine qu’il avait choisie s’ouvrit brusquement et Titine, bondissant sur le marchepied, entra dans la place avec une autorité irrésistible.
—C’est comme ça, s’exclamat-elle, qu’on bat la flemme dans les petits coins? Dites donc, vous devez vous ennuyer tout seul?
Pellegrin, ahuri, s’était redressé, mais, déjà, l’entreprenante gaillarde l’avait enlacé et lui tendant ses lèvres, murmurait:
—Allons, embrasse-moi.
Et comme celui qu’elle croyait avoir conquis se détournait en la repoussant, elle se récria:
—Grosse bête! Laisse-toi faire… On est bien ici: personne ne nous dérangera.
Elle s’était laissée tomber sur les coussins, et elle attirait Pellegrin en répétant à mi-voix:
—Profitons-en… L’amour en auto, j’ai toujours eu envie de ça. Et j’ai envie de toi aussi, parce que tu n’es pas comme les autres. Mais grouille-toi un peu… Ce que tu as l’air gourde!
Le prêtre s’était dégagé, presque violemment. Sur son visage se peignait un grand trouble, une sorte d’angoisse, et ses mains tremblaient… Il prononça d’une voix changée, presque rauque:
—Non, laissez-moi… Ne me tentez pas. C’est mal, ce que vous faites là!
—Qu’est-ce qu’il y a de mal? D’ailleurs, je n’ai rien fait et pour cause.
—Vous êtes une créature du diable!
—Moi, Titine? Depuis quand? Et en voilà des manières… Dirait-on pas?
La femme contemplait maintenant Pellegrin avec stupeur… Elle lui lança:
—Espèce de ballot!
Puis, méprisante:
—Fallait le dire tout de suite que tu ne peux pas… Va donc, eh! impuissant!
Mais Pellegrin venait de s’élancer hors de la voiture et fuyait, comme affolé, cette Mme Putiphar. Titine, furieuse, s’apprêtait à descendre à son tour quand elle aperçut un livre à fermoirs qui traînait sur la banquette. C’était le bréviaire de l’abbé. Elle le prit, l’ouvrit et de multiples images s’en échappèrent, éparpillant sur le tapis les effigies coloriées et dorées de toutes sortes de saints personnages. Elle murmura:
—Un livre de messe!…
Puis, se frappant le front:
—J’y suis, c’est un curé… Je comprends, maintenant!
Et Titine, qu’un tel échec avait blessée dans sa vanité féminine mais qui se trouvait maintenant réhabilitée, s’exclama en pouffant:
—Un curé! Ah! ça, par exemple, c’est rigolo!
*
L’abbé Pellegrin ne reparut plus au garage. Il se fit embaucher comme manœuvre dans un chantier de «bois et charbons» à Aubervilliers.
«Déguisé en nègre, se dit-il, je ne serai reconnu par personne… Vous parlez d’un filon!»
C’est que l’«aumônier de la Sociale» prenait la parole, de plus en plus souvent, dans des salles faubouriennes où s’entassaient d’enthousiastes auditeurs. Avec une éloquence drue, directe, brutale même, il dressait contre la Société un réquisitoire à la fois véhément et cocasse où se mêlaient l’esprit révolutionnaire et l’esprit évangélique. Ainsi devaient parler, devant la plèbe des villes, les premiers disciples d’un ouvrier juif, nommé Jésus, crucifié pour avoir prêché aux hommes la justice et la fraternité.
Mais le «camarade» Pellegrin avait remarqué, non sans en ressentir une certaine désillusion, que les foules populaires l’applaudissaient surtout quand il maudissait les riches, les patrons, les exploiteurs, quand il montrait le poing à la «société pourrie» et annonçait la prochaine révolution qui devait faire le bonheur du peuple… Plus il promettait de satisfactions matérielles et immédiates, plus il entraînait ceux qui, tour à tour hilares et animés d’une sombre fureur, acclamaient en lui le prophète de ce «grand soir» qui permettrait enfin aux déshérités, aux parias, de savourer des jouissances depuis si longtemps convoitées.
Un soir, dans la salle de l’_Égalitaire_, l’abbé Pellegrin s’était écrié:
—Croyez-vous donc que je vais vous emmener à la foire d’empoigne? Il ne faudrait tout de même pas croire que j’ai plaqué ma cure—où j’étais mieux qu’ici—pour venir à Paris en apôtre de la paresse et de la rigolade. Minute! Ne confondons pas autour avec alentour… Vous avez des droits mais vous ne les avez pas tous. Et ce ne serait pas la peine de remplacer une injustice par une autre.
Ces paroles inattendues soulevèrent des protestations. Le curé continua, imperturbable:
—Après tout, la révolution ne vous apportera qu’un bonheur matériel… Vous travaillerez peut-être moins, vous prendrez peut-être plus de bon temps… Mais quoi? C’est encore bien peu de chose en comparaison de la bonne vie que vous mènerez là-haut si, bien entendu, vous avez mérité d’être reçus dans le palace du bon Dieu!
La salle devint houleuse et un citoyen se dressa pour lancer d’une voix irritée:
—Le paradis là-haut et pour plus tard? Ah! non, très peu… On nous l’a déjà faite, celle-là. Et nous ne marchons plus. Nous voulons le paradis ici-bas et tout de suite.
Cette interruption fut applaudie frénétiquement. Et ce soir-là, l’orateur sentit son public lui échapper.
Pierre Rouge, qui assistait à la réunion, fit à l’abbé des reproches et lui donna des conseils.
—Vous allez tout gâter, lui dit-il, si vous prétendez faire accepter par les camarades cette idée qu’ils n’obtiendront vraiment ce qu’ils rêvent, ce qu’ils attendent, ce qu’ils exigent, que dans l’autre monde… Ça, c’est la vieille rengaine religieuse: souffrez ici-bas, ça ira mieux là-haut. Ne jouez pas de cette guitare-là!
—Cependant…
—Je connais le peuple: il faut lui promettre du solide. Un «prends», pour lui, vaut mieux que «deux tu l’auras».
—C’est une doctrine toute matérialiste et ce n’est pas pour la prêcher que je suis venu à Paris. Certes, le corps a de légitimes exigences et une société où certains ont trop alors que tant d’autres n’ont pas assez, cette société n’est pas chrétienne: c’est pourquoi je la combats. Mais il n’y a pas que le corps, il y a l’âme… L’âme aussi a faim et soif: seulement sa nourriture ne se vend pas au marché et elle ne va pas boire de l’espérance en chopine chez le bistro. Qu’est-ce qu’il y a pour elle sur votre menu révolutionnaire, camarade? Dites donc, je crois bien que vous l’avez oubliée… Alors, moi, je lui apporte ce qui doit la rassasier et la désaltérer: la foi dans la bonté divine, la certitude qu’il y a, dans le ciel, tout ce qu’il faut pour être heureux à perpète… Là-haut, les bons prolétaires se la couleront douce, le grand patron étant un chic type, tandis que les exploiteurs, les égoïstes, les mufles rôtiront dans les flammes de l’enfer. Car Notre-Seigneur l’a dit: «Il est plus difficile à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu qu’à un chameau de passer par le trou d’une aiguille.»
Pierre Rouge secoua la tête et répondit:
—Tout ce que vous voudrez, camarade curé, mais le prolétaire veut être servi le plus tôt possible. Alors, croyez-moi, si vous tenez à exercer sur lui une action réelle, parlez-lui le moins possible de compensations célestes: il vous prendrait pour un bourreur de crânes et vous ne pourriez plus vous faire écouter.
—L’Évangile…
—Prenez dans l’Évangile ce qui convient à l’heure présente. Après, on verra…
—Je veux réconcilier les pauvres, les malheureux, les victimes avec le Christ qui les a toujours aimés, pour qui il est mort, mais qu’ils ne connaissent plus parce qu’on le leur a changé… Voilà ma vraie mission, mon vrai boulot et il s’agit de ne pas mettre à côté.
—Non, dit Pierre Rouge, il s’agit de conquérir définitivement cette foule qui attend le miracle… Votre Dieu lui promettait aussi des tas de belles choses pour plus tard, beaucoup plus tard, mais il avait soin de lui donner, en attendant, le pain et le vin qui manquaient. Il ne disait pas au paralytique: «Tu marcheras quand tu seras au paradis», il le faisait marcher tout de suite… Le miracle, sous ses yeux, le peuple l’attend d’une minute à l’autre.
—Quel miracle?
—C’est un paralytique: il faut le faire marcher.
—Le faire marcher?
—Sans doute… Mais il y a deux façons de l’entendre.
Et Pierre Rouge, après un silence:
—Le miracle, c’est la Révolution. Tout l’annonce, tout le prépare… L’atmosphère commence à y être et vous savez que les miracles, c’est une question d’ambiance. Chauffez, mon cher, chauffez! La foule est femme: pour la séduire, il faut lui dire des choses qui lui plaisent, quitte, au moment psychologique, à la bousculer un peu…
—Dites donc, camarade, vous oubliez que je suis ecclésiastique et que l’art de séduire les femmes…
—Je ne l’oublie pas du tout et c’est même parce qu’il me semble que vous redevenez parfois un peu trop curé que je vous rappelle notre vrai but en vous indiquant les bons moyens pour l’atteindre.
—Un peu trop curé? Moi, je commence à trouver, au contraire, que je ne le suis pas assez…
Et l’abbé Pellegrin, le front plissé, le regard lointain, parut comme assailli par une pensée douloureuse… C’est qu’il avait reçu, de l’évêque de Merville, des avertissements sévères, bientôt suivis d’impérieuses mises en demeure: il était menacé des pires sanctions s’il continuait à «compromettre l’Église, à laquelle il appartenait encore, dans la plus déplorable des aventures». La foudre épiscopale allait l’anéantir: l’interdiction qui fait du prêtre une manière de hors-la-loi religieuse, ne tenait plus, au-dessus de sa tête, qu’à un fil… Il fallait se soumettre sans retard, aller demander pardon à Mgr Sibuë et accepter, d’un cœur contrit, la pénitence infligée par Sa Grandeur ou rompre définitivement, non pas avec l’Église vivante et militante, que Pellegrin prétendait servir selon les vrais principes de l’Évangile, mais avec tout son passé, toute sa vie, et devenir un de ces lévites rebelles, condamnés et maudits, qui sont la honte et le scandale des diocèses. «Et cependant, se disait-il, sans pouvoir étouffer son angoisse, je ne fais pas de mal… J’apporte au peuple ce qui lui manque le plus. C’est vrai, la lettre, parfois, je l’oublie un peu, mais la lettre tue et si l’Église est en train de claboter, ce n’est pas pour autre chose; en revanche, l’esprit vivifie et il me semble, quand ces milliers de demi-païens m’écoutent, me comprennent, me suivent, malgré tout, sur la route qui conduit au royaume de Dieu, il me semble que je fais mon vrai truc de curé. Si je me trompe, oh! alors, c’est que l’Église doit être ce qu’elle est, une administration, et que le meilleur prêtre est comme qui dirait un saint dont l’auréole est un rond de cuir!»
Le fluide de l’abbé Pellegrin agissait sur les femmes avec une puissance extraordinaire. C’est que, chez elles, la foi n’est pas éteinte et que leur sexe ne résiste guère à l’emprise de ceux qui savent parler au cœur et mêler quelque idéalisme aux choses de la vie. Le prêtre gardait à leurs yeux un prestige que lui refusaient le scepticisme, la blague des hommes: ces Parisiennes de l’atelier et du faubourg riaient à ses brocards, à ses plaisanteries argotiques et crues, mais elles se livraient aussi à l’émotion puissante qui, parfois, vibrait dans son éloquence passionnée. Ainsi renaissait chez beaucoup d’entre elles la foi de leur enfance, mais il s’y mêlait un mysticisme nouveau, une sorte d’exaltation contagieuse qui parfois provoquait des incidents singuliers.
On avait vu, à la fin de certaines réunions, des femmes attendre l’abbé à la sortie de la salle pour se jeter à ses pieds, pour toucher sa soutane élimée, pour prendre ses mains et les baiser en s’écriant avec une ferveur étrange:
—Vous êtes un saint! Vous êtes venu pour nous sauver, pour nous arracher à notre misère, pour guérir nos maux!
Des mères lui présentaient leurs enfants en le suppliant de les bénir… L’une d’elles l’arrêta et, lui tendant un petit être livide, s’écria d’une voix pathétique:
—Il va mourir… Guérissez-le! Vous le pouvez, si vous voulez!
L’abbé Pellegrin se dit, embarrassé: «Ça y est… Me voilà obligé d’y aller d’un miracle. Mais, quoi qu’elles en disent, je ne suis pas un saint et je n’ai pas assez de culot pour essayer de ces coups-là! Mais, des fois, une prière…» Il joignit les mains et dit simplement:
—Mon Dieu, je ne voudrais pas vous forcer la main… Ce que vous faites est toujours bien fait, encore que, parfois, nous nous permettions de vous critiquer. Comme si nous étions plus malins que vous! Mais enfin, il est bien permis de vous exposer de temps en temps notre petit point de vue… Prier, c’est vous parler de nous, c’est vous demander quelque chose… Dans votre position, il faut s’attendre à n’avoir affaire qu’à des tapeurs. Alors, je vous demande de ne pas enlever cet enfant à sa mère. La vôtre a dû vous dire ce qu’elle a souffert quand elle vous a vu mourir sur votre croix… Et cependant, elle savait qu’elle vous reverrait trois jours après. Allons, un bon mouvement… Vous avez des floppées d’anges dans votre paradis… Un de plus, ça ne s’y verra pas. Seigneur, guérissez donc ce gosse-là, comme vous avez sauvé la fille de Jaïre. Amen!
Pellegrin s’était penché sur l’enfant: il lui toucha la joue, comme pour le caresser… Le petit malade ouvrit les yeux, sourit et aussitôt son visage, jusque-là blafard, reprit les couleurs de la vie.
—Non? fit l’abbé, ahuri et cependant sceptique. Est-ce que le bon Dieu marcherait?
Mais la mère, comme folle de joie, s’écriait:
—Il est guéri! Mon enfant était condamné… Plus rien à faire, disaient les docteurs. Et voyez, le bon curé l’a sauvé… Je savais bien, moi, qu’il le guérirait!
—Ne vous emballez pas, la petite mère, dit Pellegrin… Je ne suis pas du tout sûr de mes effets. Faut attendre. En tout cas, le plus épaté, c’est moi!
Une autre fois, au Prolétair’s Palace, où plusieurs milliers de citoyens et de citoyennes avaient acclamé l’aumônier de la Sociale, celui-ci fut mis en demeure d’accomplir un nouveau miracle, cette fois plus net, plus évident et, par conséquent, d’une réussite plus difficile.
Un béquillard, qu’entourait une foule surexcitée, s’approcha péniblement du nouvel apôtre et lui dit:
—Vous seul pouvez me guérir… Cela vous est si facile de me rendre mes pauvres jambes… Vous voyez, elles ne me soutiennent plus.
—Si facile? Dites donc, vous en parlez à votre aise… Les miracles, ce n’est pas mon rayon!
—Guérissez-moi, je vous en supplie.
—J’aime mieux ne pas essayer… Supposez que ça rate. Un miracle loupé, c’est idiot.
—Cela ne sera pas, je le sens, j’en suis sûr. Vous ne pouvez m’abandonner… Par pitié, secourez-moi!
Ému, l’abbé Pellegrin prononça cette prière:
«Mon Dieu, si c’était un effet de votre bonté, rendez-lui donc ses guibolles, à ce pauvre type! Ça me gêne de vous taper encore… D’autant plus que je sais pas si vous ne me faites pas un peu la tête depuis que je me suis lancé dans cette bagarre, pour le bon motif, il est vrai. Mais, justement, voilà une bonne occasion de me faire savoir ce que vous pensez de moi… Si vous me laissez en carafe, c’est que vous me désapprouvez et qu’il faut que je renonce à ce que je crois être ma mission. Vous voyez, Seigneur, je joue franc jeu: pile ou face. Après tout, si je suis dans le bon chemin, c’est bien le moins que vous m’aidiez un peu, puisque, ce que j’en fais, c’est afin que votre règne arrive et que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.»
Et posant sa main sur l’épaule du paralytique, il ordonna:
—Allons, mon vieux, fous tes béquilles en l’air et marche!
L’homme obéit sans hésiter… Les jambes brusquement raffermies, il marcha en criant:
—Cela ne m’était plus arrivé depuis dix ans… Vive le curé! Vive le bon Dieu! Vive la sociale!
La foule poussait des clameurs enthousiastes et l’abbé Pellegrin, pressé de toutes parts par des fanatiques, répétait en s’épongeant le front avec son immense mouchoir à carreaux:
—Ça y est… Pas d’erreur! Je n’ai pas déraillé! Je suis dans la bonne voie et Notre-Seigneur ne me l’envoie pas dire!
Le «miraculé» s’était éclipsé en mettant ses béquilles sous le bras, non cependant sans avoir raconté son extraordinaire aventure aux journalistes qui suivaient, en grand nombre, les réunions où parlait l’ancien curé de Sableuse. Il retrouva, dans un cabaret désert, au bout d’une ruelle obscure, un homme qui l’attendait. C’était Pierre Rouge qui l’accueillit par ces mots, prononcés à voix basse:
—Eh bien, ça a pris?
—Admirablement! Il y en a un de nous deux, l’abbé et moi, qui a marché merveilleusement, mais ce n’est pas celui qu’on pense.
—Gros effet?
—Énorme. Surtout sur Pellegrin. Il n’en revenait pas. Les journalistes m’ont interviewé… Un succès, quoi!
—Bravo!
—Ça ne fait rien, quelle singulière comédie!
—Vous comprendrez plus tard, mon cher… En attendant, tous mes compliments. Vous vous êtes très bien acquitté de votre mission.
Le faux béquillard parut très flatté, serra la main que Pierre Rouge lui tendait et s’en fut… Resté seul, le «militant» se frotta les mains en se disant: «Ce diable de curé semblait moins emballé depuis quelques semaines… Il avait des doutes, des inquiétudes, comme des envies de tout abandonner. Le voilà remonté pour longtemps. Il fait des miracles, donc, il est dans le vrai en prêchant la révolution au nom du bon Dieu. Et quel tintamarre à Paris! Demain, tous les journaux de Paris colleront ce miracle en première page. L’abbé Pellegrin se renouvelle… Il le faut pour entretenir une popularité comme la sienne. Mais nous n’en resterons pas là: nous créerons un grand, un formidable mouvement populaire. Et quand tout sera bien au point, quand il ne s’agira plus que de donner le signal attendu par les camarades, alors, oh! alors…»
*
Le nouvel évangéliste, rassuré par ces prodiges, marques évidentes de l’approbation divine, prononçait devant les foules frémissantes, des harangues plus incendiaires que jamais. La presse multipliait les échos de ces invectives, de ces sarcasmes, de ces menaces qui, parfois, atteignaient la grande éloquence religieuse, celle que devaient avoir les apôtres naïfs, ardents, fanatiques qui vomissaient à la face de la société antique des imprécations à la fois triviales et terrifiantes. Lui aussi reprenait l’anathème lancé par le révolutionnaire Jésus: «Malheur à vous, riches, parce que vous avez déjà reçu votre consolation! Malheur à vous qui êtes rassasiés maintenant, parce que vous aurez faim. Malheur à vous qui riez aujourd’hui parce que vous serez demain dans le deuil et dans les larmes!»
Et la foule l’acclamait…
Ce gros vin de la popularité le grisait, mais, lorsque dans le chantier où, inconnu de tous, il faisait son dur métier, le sentiment d’une réalité bien différente de son rêve l’assaillait… Et, songeant à l’œuvre entreprise, il se demandait si, malgré le secours visible de Dieu, il n’était pas condamné, lui aussi, à l’échec… Après tout, le Christ lui-même avait finalement été vaincu, puisque sa doctrine, déformée par les hommes, n’était plus qu’une sorte de morale utilitaire adaptée aux besoins d’une société dont les lois ne variaient pas à travers les révolutions religieuses et politiques.
L’abbé Pellegrin était de plus en plus frappé par ce fait que le peuple réclamait, avant tout, des satisfactions immédiates… Et se remémorant l’histoire de l’Église primitive, il constatait que le Sauveur avait dû, lui aussi, promettre à ceux qui l’écoutaient leur prompte entrée dans la Cité de Dieu. «Les temps sont proches, disait-il; que vos reins soient ceints et vos lampes allumées. Et soyez semblables à des hommes qui attendent le moment où leur maître reviendra des noces, afin de lui ouvrir dès qu’il arrivera et qu’il frappera. Heureux ces serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera veillant! En vérité, il les fera mettre à sa table, et viendra les servir. Qu’il arrive à la seconde ou à la troisième veille, s’il les trouve dans cet état, heureux ces serviteurs!» Il disait aussi: «Le Fils de l’Homme doit venir dans la gloire de son Père, avec ses anges, et alors, il rendra à chacun selon ses œuvres. En vérité, je vous le dis, quelques-uns de ceux qui sont ici présents ne mourront pas qu’ils n’aient vu le Fils de l’Homme venir dans son règne.» Et les premiers chrétiens attendirent avec impatience le retour du maître. Pour eux, le monde allait bientôt finir, Dieu devait leur apparaître, de leur vivant, dans toute sa gloire et donner, sans plus de retard, l’éternelle félicité.
«Rien n’est changé, se disait Pellegrin, seulement la félicité, c’est ici-bas qu’ils la veulent, ces paroissiens-là, et en vitesse. Pierre Rouge qui les connaît, m’a bien renseigné: ils exigent des miracles, des tas de miracles, à commencer par celui qui remplira toutes les poches et tous les ventres… Notre-Seigneur n’est pas allé jusque-là. Cependant, cela ne lui aurait rien coûté, et il avait les moyens!»
Cette révolution qu’il annonçait, qu’il préparait, il l’entrevoyait maintenant, telle qu’elle ne pouvait manquer d’être: non pas une magnifique éclosion de justice, de fraternité et d’amour, mais une immense ruée des appétits et des instincts, une ribouldingue monstre au milieu des ruines. Et une grande tristesse lui venait… Le contact avec les camarades de l’_Humanitaire_ ne lui apportait aucun réconfort. Depuis qu’il voyait de près ces bergers du troupeau populaire, il n’était plus la dupe de leur pharisaïsme: la plupart cachaient et assez mal, sous une défroque empruntée au magasin des accessoires de la Sociale, une âme de petit bourgeois égoïste et timoré. La grande aventure dont ils parlaient avec lyrisme, ils en avaient, au fond, très peur, mais ils faisaient de la propagande payée en province, vendaient du papier imprimé, des bustes de révolutionnaires fameux, des insignes pour les militants, des images, des chansons, tenaient boutique, avec patente, comptabilité en partie double et caisse avec un grillage et une plaque de cuivre.
Seuls, Pierre Rouge et Jeanne Réveil semblaient garder, dans ce milieu infesté par le business, le feu sacré… Ils venaient d’ailleurs rarement à l’_Humanitaire_, Pierre Rouge étant le plus souvent chargé de missions mystérieuses et Jeanne Réveil paraissant prise par d’autres soucis qui rendaient plus sombre son regard, plus dur son visage pâle que les lèvres barraient d’un trait mince et rouge.
Jeanne Réveil avait suivi, au début, les réunions où l’abbé Pellegrin prenait la parole: assise sur l’estrade, au premier rang, elle observait les frémissements, les réactions de la foule et quand l’agitation des esprits atteignait son comble, elle souriait et un éclair passait dans ses yeux. Mais, brusquement, elle avait cessé de paraître à ces séances tumultueuses où une sorte de fièvre secouait l’immense public entassé dans des salles faubouriennes, enfumées, bariolées d’affiches de cinéma.
—Pourquoi ne venez-vous plus? demanda Pellegrin que cet abandon chagrinait.
—A quoi bon? Pour entendre des phrases? Vous êtes comme les autres, vous parlez… Et après?
—Après?
—Après, l’action s’impose… Il faut agir.
Et, le regard chargé de haine, elle prononça à mi-voix:
—J’y pense.