Ne rougis pas Saison 2 Tome 5

Lanabellia · Chapitre 3 sur 7

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Ne rougis pas Saison 2 Tome 5

3. Le baby-sitter

Le baby-sitter

« Peu importe comment tu te sens, lève-toi. Habille-toi. Montre-toi. Et n’abandonne jamais. »

Christiane Kolly

ROSE

Chez Rose, samedi 29 juillet, 11 h 08.

L’eau coule sur moi, mais je ne ressens rien. Mes gestes sont automatiques. J’ai l’impression que mon corps s’est vidé de son essence vitale. La seule chose qui me pousse à tenir, c’est le fait que Cameron lui ait appris la vérité hier. J’ai guetté désespérément la porte et mon téléphone… Mais rien…

J’ai peur que Gabriel n’ait pas cru un traître mot de ce que son pote lui a raconté. Il serait déjà là autrement, c’est obligé. Il m’aime, après tout… Enfin, je n’en suis plus aussi certaine… Je me sèche et m’habille, enfilant un vieux jeans et un tee-shirt pourri. Plus besoin de toutes ces robes, il ne me regardera plus. Mon ventre se tord douloureusement. Des larmes butent contre mes cils. Je flanche et m’écroule lamentablement sur le sol de la salle de bains.

Pourquoi est-ce si douloureux ?

Peut-être parce que je ne devrais pas être là, sur ce carrelage froid, totalement déchirée de l’intérieur. S’il n’y avait pas eu Lucas… Si j’avais réagi plus tôt… S’il n’était pas entré à cet instant précis… J’inspire difficilement entre deux sanglots, mais ma raison et ma conscience me toisent de travers.

N’abandonne pas ! Bouge-toi !

En un geste, j’empoigne le rebord du lavabo, me redresse, soupire devant mon reflet cadavérique. Tu peux y arriver ! Gabriel m’écoutera peut-être, maintenant qu’il connaît la vérité. D’un pas incertain, je me traîne jusqu’à la cuisine. Je me sens si faible…

– Bonjour, poupée !

Mon meilleur ami se précipite pour me servir une assiette et je m’installe pour la première fois devant l’îlot qui m’avait tant plu lors de notre visite. Je n’aurais jamais imaginé que mon premier petit déjeuner avec Valentin serait aussi triste. Il faut que je mange, me force, mais je m’arrête au bout de trois bouchées.

– Mange, Rose, ou je t’enfourne moi-même le contenu de ton assiette dans ta bouche !

Je lève les yeux vers Valentin, surprise.

– Pas la peine de me regarder avec ton air de chien battu. Ça suffit, les conneries ! Tu ne vas pas te rendre malade pour un mec ! Mange !

Je baisse les yeux sur mon toast et l’attrape pour le croquer. J’ai du mal, j’ai la nausée mais avale quand même. Qu’est-ce qui me prend ? Stop ! Gabriel ne lâcherait pas comme ça, il se battrait pour me récupérer ! Et moi, comme la dernière des idiotes, je me lamente sur mon sort. Terminé ! Je dois réagir, quitte à y passer ma vie. Je n’abandonnerai pas !

Je me lève d’un bond : Valentin en lâche son toast.

– Je reviens !

Je file dans ma chambre en vacillant et retourne tous mes vêtements. J’enlève mon jeans et mon tee-shirt que je jette directement dans ma poubelle. Surexcitée, j’attrape une robe et l’enfile. Comme ça, c’est mieux ! Direction la salle de bains. Je dissimule mes yeux bouffis avec du maquillage et me coiffe. La tête de mon meilleur ami apparaît dans le miroir et affiche une mine réjouie. Il m’enlace avec un grand sourire.

– Eh bah voilà ! Ça, c’est ma Rose.

Je m’appuie contre son torse.

– Je le récupérerai coûte que coûte.

– Vous êtes faits l’un pour l’autre, je l’ai toujours su. Mais je t’interdis d’aimer plus lui que moi !

Il me chatouille et je me tortille. J’arrive à lui filer un coup de brosse à cheveux. Oups… J’y suis allée un peu fort !

– Mais ! Brute épaisse !

Je me sens, d’un coup, plus légère. Même si ce n’est pas encore ça, j’ai trouvé la force d’avancer, de continuer à espérer. Je n’accepterai jamais qu’il m’abandonne.

On sonne à l’interphone, je remarque que notre sonnette est complètement débile. Valentin, qui me regarde avec de gros yeux, a dû se faire la même réflexion. C’est une sonnerie digne du marchand de glace, ce sera difficile de s’y habituer.

La porte s’ouvre sur Josh. Un choc électrique me transperce. Je ne souhaite plus qu’une chose : que le jumeau me serre contre lui. Je fonce sur lui et l’enlace. Hébété, ses muscles se tendent avant que ses bras glissent autour de moi. Il dépose un baiser sur ma tête. Je débloque totalement. Je n’aimerais pas que Josh se fasse des idées, mais ce besoin est irrépressible. Valentin grimace à mon geste. Je recule d’un pas, soudainement un peu gênée.

– À ce que je constate, tu te portes mieux. Je venais justement te sortir d’ici.

J’écarquille les yeux, le cœur battant à mille à l’heure. Sortir ? Mais non, c’est impossible ! Et si Gabriel sort ou entre ! Non, c’est strictement impossible !

– Je ne veux pas sortir !

Valentin lui serre la main.

– Vas-y doucement. Je dois partir, alors reste avec elle comme on avait convenu.

Sérieusement ? Ils ont vraiment prévu un relais baby-sitter pour moi ? Je lève les yeux au ciel. On aura tout vu !

– Tu vas où ?

– Poupée, j’ai un rencart avec Haley. Si ça t’intéresse, sache que ça se passe super bien entre nous.

Je rougis, presque honteuse. Je me sens bête.

– Désolée.

– Ne t’inquiète pas.

Il m’adresse un clin d’œil en attrapant sa veste et sort précipitamment. Aude dort chez Cameron, alors il n’y a plus que Josh et moi. Étrangement, cette perspective me convient totalement, même si je suis pleinement consciente que c’est mon côté égoïste qui parle. Une partie de Gabriel près de moi, c’est justement ce dont j’ai besoin. Cette ressemblance est comme une drogue. Qui ne rêverait pas d’avoir le double de celui qui lui manque pour combler un tant soit peu le vide ? Même si je suis consciente que ce ne sera jamais la même chose, cette présence apaise la douleur. Ma douleur.

Je m’assieds devant la porte, mais une main me soulève d’un coup.

– Hors de question, ma belle !

Je résiste, mais me retrouve sur mes pieds en un clin d’œil.

– Rose, un film, rien de tel pour te changer les idées.

– Un film ?

Regarder un film ? Une éternité que cela ne m’est pas arrivé… Mon Compliqué n’est pas trop télé et je me suis très vite habituée à son style de vie.

– Oui, un film.

Il me traîne jusqu’au canapé et me force à m’asseoir.

– OK, mais pas un truc qui fout la trouille.

– Pas de problèmes.

Je l’observe fouiller dans la poche de sa veste et se diriger vers l’écran. C’est plus fort que moi : lorsqu’il s’installe, après avoir branché la clef USB, je me blottis contre lui. J’espère qu’il n’y verra pas de sous-entendus… Mon comportement est horrible. Je l’utilise à cause de sa ressemblance, bien que ça ne semble pas le déranger plus que ça. J’ai même l’envie de glisser ma main dans ses cheveux trop impeccablement coiffés pour les ébouriffer, mais je me retiens.

– Qu’est-ce que tu veux regarder ?

Je lève le nez vers Josh.

– Euh… Évite les trucs angoissants. Disons que j’ai une fâcheuse tendance à n’en regarder que la moitié et à me planquer sous les coussins. Et surtout pas d’histoire d’amour ! Je ne crois pas que ce soit le bon moment, même si j’avoue aimer la romance. Ah, et évite aussi les films avec une fin triste si possible : après, le scénario me perturbe pendant des jours entiers… Pas trop de violence non plus, parce que franchement…

D’un doigt sur ma bouche, il interrompt subitement mon monologue. Je fixe son index sur mes lèvres.

– Arrête-toi, parce que si tu continues, à part un dessin animé ou un reportage sur la vie des castors et la construction de leurs barrages, il ne nous restera plus grand-chose.

Je ne sais plus ce que je dois penser. Ces yeux gris braqués sur moi m’en rappellent d’autres… Le manque est tellement présent… Je bugue un instant sur les lèvres de Josh. Qu’est-ce que je fiche ? Je me reprends, esquissant un sourire crispé.

– Qu’est-ce que tu as à proposer ?

Lui, il ne semble pas remarquer mon trouble. Ou alors il s’en rend très bien compte et se maîtrise. Je n’en sais rien, en réalité…

– Une comédie ?

Non, il n’a rien remarqué.

Rose, arrête, tu dérailles !

– Parfait ! Enfin… Si elle n’est pas romantique bien entendu.

Josh lève les yeux au ciel et se retient de se moquer.

– Si tu me trouves chiante, dis-le, ne te gêne pas.

– Juste un peu.

Son rire envahit la pièce et je lui balance un petit coup à l’épaule.

– Ce que tu voudras, dans ce cas.

– OK, c’est parti pour la comédie pas romantique et sans dépeçage de corps !

Je reprends place contre ce corps, encore perturbée par mon amalgame. Hélas, je n’accroche pas à l’histoire… Malgré tout le mal que je me donne pour l’éviter, mes yeux dévient inexorablement vers l’entrée.

– Josh, tu pourrais encore baisser le son, s’il te plaît ?

– C’est déjà au minimum.

Je n’ai pas envie de louper le moindre bruit provenant de l’extérieur, mais la fatigue commence à entrer en conflit avec mon corps. Je me laisse glisser jusqu’à poser ma tête sur les jambes du jumeau. Je lutte pour ne pas fermer les yeux lorsque sa main s’introduit dans mes cheveux pour les caresser, abattant aussitôt toute résistance.

***

– Gabriel, fais-moi danser.

– Ici ?

– Oui, ici.

Je le regarde s’élancer pour mettre la musique en route et revenir avec son petit sourire en coin. Je fonds. Ses yeux s’attardent sur mes courbes, embrasent mon corps. Sa paume glisse le long de mon dos, m’arrachant d’irrésistibles frissons. Je m’accroche à sa nuque. Ses prunelles hypnotiques emprisonnent les miennes tandis qu’il m’entraîne au milieu du salon.

Je souris, me laisse guider, tournoie… J’ai l’impression de m’envoler, d’être libre, d’être capable de tout affronter entre ses bras…

Son corps est contre le mien, sa bouche survole mes lèvres. Son parfum s’infiltre par tous les pores de ma peau, alors qu’il resserre son étreinte. Ma vie est devenue un rêve…

– Bébé, dis-moi, est-ce tu aimerais avoir des enfants ?

Surprise, je décolle le nez de son torse et écarquille les yeux. Gabriel a quand même le chic pour poser des questions surprenantes dans les moments les plus inattendus.

– Euh… Non… Je ne pense pas. Mais pourquoi cette question ?

– Par curiosité.

– Et toi, tu en veux ?

– Non.

Ça, c’est catégorique. C’est même un peu perturbant. Ce n’est pas que je ne souhaite pas en avoir, mais je n’y songe pas pour le moment. Et si je venais à changer d’avis ?

– Et si j’avais répondu oui ?

Un léger sourire se dessine sur ses lèvres.

– Tu n’as pas répondu oui.

Gabriel et sa fâcheuse tendance à éluder mes questions… Je n’ai pas le temps de rétorquer qu’il me pousse à tourner sur moi-même, à virevolter jusqu’à ce que j’éclate de rire…

Je sursaute au bruit sourd qui balaye instantanément l’image de Gabriel. J’écarquille les yeux, le nez à quelques centimètres du sol. Des bras me tirent en arrière. J’entends Josh rigoler au moment où je réalise que c’est lui qui m’a retenue : j’ai failli m’étaler par terre ! Aude nous regarde étrangement en refermant la porte d’entrée. Je me retourne vivement sur l’idiot qui se marre encore dans mon dos.

– Je rêve ou tu te moques de moi !

– Tu verrais le bond que tu as fait, c’était hilarant.

– Ce n’est pas drôle !

Aude affiche une mine réjouie et s’approche de nous.

– Ça a été la journée, vous deux ?

Comment ça, la journée ? Il n’est que midi à tout casser !

– Rose a dormi pendant au moins six heures.

Je regarde Josh en deux fois, complètement hébétée par la nouvelle.

– Et vous avez mangé ?

– Non, je n’ai pas osé bouger, elle dormait paisiblement.

Tu m’étonnes ! J’étais avec Gabriel dans mon rêve ! Si Aude n’était pas rentrée, j’aurais pu dormir encore très longtemps. En y repensant, Josh s’est comporté de la même façon que son frère : mon Compliqué n’aurait sûrement pas bougé non plus. Ils ne sont pas si différents que ça, au final.

– Bon, je prépare quelque chose !

J’observe Aude s’enfuir à toute vitesse dans la cuisine. Quand j’y pense, j’ai perdu six heures… J’espère qu’il n’est pas passé, que je n’ai pas loupé ma chance… Je me décompose sur la banquette.

– À part Aude, il n’y a eu personne d’autre. Je te rassure.

Je me retourne vers Josh, surprise. Comment sait-il à quoi je pensais ? Un bref instant, mes yeux dérivent vers son cou à la recherche d’un tatouage. Je grimace à la vue de sa peau vierge de toute marque d’encre. Non, mais qu’est-ce qui me prend ? Je débloque vraiment ! Ce n’est pas parce que Gabriel a joué à prendre la place de son jumeau une fois que mes rêves peuvent devenir réalité ! Je me conduis comme une pauvre désespérée à loucher sur son frère comme ça.

– Rose, tu agis vraiment bizarrement aujourd’hui.

Oui, effectivement. J’ai un souci avec toi, Josh. Un gros, même.

– Oui, je m’en rends compte… Je suis désolée, c’est juste que… Tu lui ressembles tellement…

Je n’en reviens pas d’avoir osé lui sortir ça.

– Rassure-toi, j’avais compris.

Je soupire, soulagée. Enfin, pas si soulagée que ça… Même si le ridicule ne tue pas, j’excelle dans le domaine de la connerie, ça c’est certain. Le gargouillement de mon ventre qui réclame à manger restaure une bonne ambiance dans la pièce et je me précipite vers l’îlot tandis que mes amis éclatent de rire devant mon air affamé.

***

Il est vingt-trois heures passé et Josh est toujours là. Je ressemble à un morceau de scotch tellement je le colle ! Mais qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez moi ? J’ai beau être pleinement consciente de mes actes, je continue. C’est plus fort que moi ! Et pour couronner le tout, Josh commence à être mal à l’aise avec cette fixette stupide que je fais sur lui.

Du bruit dans la cage d’escalier interrompt le fil de mes pensées. J’abandonne le jumeau pour me précipiter regarder à travers le judas. Cameron et le type de la cave montent chez Gabriel. Qu’est-ce que je fais ? J’aurais bien suivi le petit copain de ma meilleure amie, mais l’autre type me fiche tellement la trouille que je n’oserais jamais sortir de ma cachette. Dilemme…

Réfléchis, Rose !

– Aude, tu es au courant que Cameron allait chez Gabriel ?

– Euh… non. Il m’a juste prévenue qu’il sortait avec des potes ce soir.

– Où ça ?

– Je ne sais pas. Encore une fête où il refuse que je l’accompagne parce qu’il a décrété que ce n’est pas pour moi. Je t’en avais déjà parlé. Mais pourquoi tu me demandes ça ?

– Prépare-toi. Ce soir, on sort !

Josh et Aude me fixent comme deux idiots.

– Dépêche-toi !

Mon amie écarquille encore plus les yeux avant de s’élancer vers la chambre sans chercher plus loin.

– Qu’est-ce que tu as en tête, Rose ?

Un sourire naît aux coins de mes lèvres.

– On va les suivre !

Josh hausse un sourcil et esquisse une grimace.

– Je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée.

– C’est la seule, alors si, ça l’est.

Son air soudainement très sérieux m’annonce déjà la couleur : il n’est pas du tout emballé par ma décision.

– Rose, j’insiste. Ce n’est vraiment pas une bonne idée.

– Et pourquoi ça ?

– Gabriel traînait dans de sales endroits avant de te connaître. S’il y retourne… Crois-moi, c’est tenter le diable de se pointer là-bas.

Non mais, à l’entendre, on croirait que son frère est pote avec la mafia ou quelque chose du même acabit !

– Écoute, j’ai déjà fréquenté de « sales endroits » avec Alexis, alors ce n’est pas ça qui m’arrêtera. Si tu as la trouille, tu restes là !

Josh lève les mains en signe de reddition, agacé.

– C’est pour vous que j’ai peur. Tu ne te rends pas compte…

– Ça ne sert à rien d’en parler : moi, dans tous les cas, j’y vais !

Il semble hésiter un instant et soupire.

– OK, je vous accompagne. Mais je te préviens : on ne se sépare pas !

– Promis !

 

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