Ne rougis pas Saison 2 Tome 5

Lanabellia · Chapitre 6 sur 7

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Ne rougis pas Saison 2 Tome 5

6. Code rouge

Code rouge

« C’est un équilibre délicat à trouver, la vérité : entre ce qu’on doit avouer et ce qu’on doit garder pour soi ; la révélation qui sera douloureuse, mais supportable, et celle qui causera des dommages irréparables. »

Ally Condie

GABRIEL

Lieu inconnu, jeudi 3 août, 1 h 06.

Cette soirée n’est pas trop mal. Je claque mon verre de whisky sur le zinc et balaye la salle du regard. Je mate le petit cul de la brune qui passe devant mes yeux. Cameron, assis à côté de moi, est étrangement muet. Vaut mieux pour lui qu’il le reste : s’il me parle encore d’elle, rien à foutre, je me barre. Je commande rapidement une autre tournée. À peine mon nouveau verre est-il arrivé que je l’avale cul sec. L’alcool coule dans ma gorge, distille peu à peu son image dans mon cerveau.

Putain, mais elle est carrément inconsciente ! Quand je pense qu’elle s’est pointée au hangar ! Qu’est-ce qu’elle cherchait ? Se faire trancher la gorge ? Une brebis au milieu de loups affamés… Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez cette fille ? Mes mâchoires se contractent et j’attrape la nouvelle conso que Cameron me tend. Si mon instinct ne m’avait pas poussé à m’assurer qu’elle sorte de là en un seul morceau… Je chasse rapidement les images du connard qui la tripotait et tentait de l’attirer je ne sais où.

Ce n’est plus mon problème.

Je sirote mon whisky, examine avec attention les nanas qui se trémoussent devant nous. Je hausse un sourcil, celle-là a une bouche vraiment… intéressante. Un sourire passe brièvement sur mes lèvres.

– Ne me dis pas que tu t’es branché en mode je-choisisma-proie-du-soir ?

Un bref regard à Cameron qui me dévisage.

– Tu es perspicace.

– Tu fais une grosse connerie, mon pote. Ça t’avantagera en quoi de recommencer ? Demain, tu ne te souviendras même pas du nom de la gonzesse, alors que Rose…

– Ferme-la ! Je t’ai dit que c’était terminé ! Je ne veux plus en entendre parler !

Il lève les yeux au ciel et soupire d’agacement. Il commence à me gonfler. Je tente de me lever, mais Cameron me retient d’une main sur l’épaule.

– Allez, fais pas le con. On en parle plus. Et j’ai besoin d’un coup de pouce pour l’anniversaire d’Aude.

Non, mais il croit vraiment que c’est le moment pour ça !

– Oublie-moi sur ce coup.

– Le mot pote, tu connais ou tu l’as définitivement rayé de ton vocabulaire ?

– Pas ce soir, j’ai autre chose en tête. On en reparle plus tard. Chad arrive.

Eh bien voilà, on va pouvoir s’éclater un peu ! Cameron suit mon regard et grommelle quelque chose. Tant qu’il le garde pour lui, peu importe qu’il n’approuve pas mon retour en arrière. Maintenant, il sait que je ne changerai pas d’avis. De toute façon, je ne vois pas pourquoi il insiste : il sait pourtant ce qu’il en est. Chad nous rejoint, visiblement fier de lui.

– Eh Gab, j’ai quelqu’un à te présenter.

Il tire sur le bras d’une belle blonde qui relève un visage des plus angéliques vers moi. Elle m’offre aussitôt un sourire charmeur. Je laisse courir mon regard sur ses courbes moulées dans une robe noire au décolleté très avantageux. Parfait. Ce sera elle, ce soir.

Je ne prends pas le temps d’attendre les présentations et descends de mon tabouret. Déterminé, je m’approche de la nana et glisse mon bras autour de sa taille.

– Un verre ?

Ses mains se posent sur mon torse et elle approche sa bouche de mon oreille.

– OK, mais chez moi.

Impeccable ! En plus, elle fait tout le boulot.

Apparemment, elle habite à deux pas, pratique : je ne me la coltinerai pas en train de jacasser durant un trajet qui me semblerait interminable. Je n’en ai rien à foutre de connaître son prénom ou son métier, je veux la baiser, ça s’arrête là.

J’ai à peine franchi le pas de sa porte qu’elle s’affaire à me débarrasser de ma veste, en profitant pour glisser ses mains un peu partout. Elle m’entraîne dans le couloir en me tirant par le tee-shirt. Putain, il y a une photo d’elle avec son mec accrochée au mur. La salope !

La chambre est très spacieuse. Un lit rond… Sympa ! Mais qu’est-ce que je fous ? Une visite de l’appart ?

Réveille-toi, mec !

La jolie blonde chaloupe des hanches, en laissant glisser sa robe le long de son corps. Rien en dessous. Voilà enfin quelque chose d’intéressant. J’avance d’un pas et m’empare de sa taille, la ramène contre moi, goûte la peau de son cou.

Ses lèvres cherchent désespérément les miennes tandis qu’une de mes paumes glisse sur ses fesses. J’écrase mon index sur sa bouche, l’empêche d’atteindre son but.

– Tu ne m’embrasses pas.

Elle semble déçue, mais c’est comme ça. Je la pousse sur le lit. J’ôte mon tee-shirt devant ses yeux affamés qui se délectent du spectacle.

Comme elle…

Mon regard s’assombrit, je détaille chaque partie de son corps. Elle rougit…

Putain, comme elle…

Mon excitation resserre la pression contre mon jeans. J’aplatis mes paumes sur le matelas, attrape ses chevilles et la tire sous moi. Ses hanches ondulent, ses doigts cherchent à déboutonner mon pantalon. Je survole ses lèvres, déglutis à la sensation de son souffle qui embrouille mes sens, mes pensées… Je divague complètement lorsque les traits de Rose prennent la place des siens. L’envie de l’embrasser, de la dévorer m’obsède. Je plaque une main sur sa gorge, prêt à m’emparer de sa bouche, mais un gémissement me ramène brutalement à l’instant.

Devant cette blonde aux yeux verts, mon corps se crispe l’espace d’une seconde. Ses mains se veulent plus entreprenantes, je perds le fils, débande d’un coup. Plus je la regarde, plus j’ai la gerbe. Il faut que je sorte d’ici !

Je me redresse, attrape mon haut et me barre, la plantant sur le lit, les cuisses écartées. Je traverse rapidement le couloir, ramasse ma veste. Sa voix résonne, m’appelle. Elle lâche même une insulte. Je dévale les escaliers, la tête prise dans un étau et fonce directement à ma voiture.

Je m’enferme à l’intérieur, laisse lourdement tomber mon front sur le volant. Qu’est-ce qui m’arrive ? Je serre les dents, refoule l’évidence.

Elle s’est incrustée dans ton crâne, t’a complètement détraqué le cerveau. Et t’as toujours pas compris ?

Un rire sans joie s’échappe de ma gorge. Mais qu’est-ce qui m’a pris, sérieusement ? Pourquoi j’ai laissé cette fille entrer dans ma vie ? Pourquoi je l’ai autant désirée ? Comme un con, j’ai joué avec le feu, alors que c’était couru d’avance : on en arriverait là. On devait forcément en arriver là. C’était inexorable. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez moi ? Tout ça, c’était purement égoïste… Je n’aurais pas laissé ce putain de truc dans ma poitrine parler à ma place, rien ne serait arrivé !

La sonnerie personnalisée de mon téléphone me pousse à relever le nez.

Douglas

[Monsieur. Code Rouge. Saphir.]

Je pâlis, resserre mes doigts sur le téléphone. Je balance l’appareil sur le siège et fonce hors du parking, aussi sec. Mon palpitant pompe comme un malade. Je n’ai pas le temps de récupérer Cameron. Le pied au plancher, je zigzague entre les voitures, prends des sens interdits. Mes phalanges blanchissent sur le volant. Je rage, contracte les mâchoires. Je m’en mords les doigts d’avoir voulu passer la soirée à l’autre bout de la ville. Quel con ! Cet enfoiré a été plus rapide que prévu ; je devais être là ! Je jure que s’il arrive quoi que ce soit à Rose, je dépèce cette enflure à la lame de rasoir !

Après avoir enfreint le code de la route plus d’une dizaine de fois, je me retrouve comme un con à m’énerver devant cette satanée grille qui met un temps interminable à s’ouvrir. Putain ! Je frappe violemment sur le volant. Je perds patience.

Magne-toi le cul, connasse !

J’abandonne la voiture et pique un sprint à travers le parking. La lumière de gyrophares et le bruit de sirènes qui hurlent se rapprochent. Je panique.

Douglas se tient debout près de la Cadillac. Le cœur battant à mille à l’heure, je me rue comme un dingue sur la bagnole. J’imagine déjà le pire… J’ai tellement mal à la poitrine que je risque d’y passer s’il lui est arrivé quelque chose. Je m’arrête devant son petit corps roulé en boule sur la banquette arrière.

– Elle n’a rien, monsieur. Elle s’est endormie.

Je respire enfin, glisse mes mains tremblantes sur mon visage, dans mes cheveux.

– Endormie ?

Comment a-t-elle pu s’endormir ?

– J’ai pensé à un malaise au début, mais non. Elle dort.

Finalement, c’est presque mieux comme ça.

– Où est cet enfoiré ?

Je serre les poings. La rage en moi atteint son paroxysme, boostée par une brusque montée d’adrénaline.

– Au fond du parking, je…

Il n’a pas le temps de terminer sa phrase que je fonce déjà vers cette ordure, prêt à l’achever de mes propres mains. Essoufflé, je m’arrête, observe longuement le corps étendu dans une mare de sang. Je fixe l’arme qui gît à côté de lui, un frisson désagréable s’infiltre sous ma peau. Si je n’avais pas organisé la surveillance de Rose pour ses allers-retours entre ici et son appart, ce serait elle à cette place… Devant l’horreur de cette pensée, je perds l’équilibre, m’appuie un moment contre le mur en tâchant de récupérer un peu d’aplomb.

Ses petites ballerines sont à quelques mètres… Je m’avance pour les ramasser avec un petit sourire. Elle n’a rien… et j’ai encore une fois retrouvé ses chaussures. Je repars à la voiture.

– Douglas, ramène-la chez elle, je m’occupe d’eux. Il y aura sûrement le père de cet abruti et je risque de finir au poste. Est-ce que les caméras fonctionnaient ?

– Oui monsieur, je les ai toutes vérifiées cette après-midi même. Ils voudront l’interroger.

– Pas maintenant ! Elle rentre pour le moment.

– Bien, monsieur.

– Douglas attend… Ne lui dis pas que je suis venu.

– Je pensais…

Je l’interromps.

– Je ne te paye pas pour penser !

– Bien, monsieur.

Pas la peine de te fatiguer avec moi, Douglas, je suis un enfoiré et je compte le rester…

Il grimpe dans la Cadillac. Je retiens au dernier moment la portière de mon garde du corps. Surpris, il lève les yeux vers moi.

– Merci Douglas.

Je comprends facilement, à travers son regard, qu’en cet instant, il pense à sa propre fille qui, elle, n’a pas eu la même chance. Je ne suis pas censé connaître cette histoire, alors je n’ajoute rien. Il me gratifie d’un signe de tête et jette un coup d’œil sur la banquette arrière avec un léger sourire, avant de démarrer.

Alors que Douglas disparaît du parking, une horde de voitures digne d’un blockbuster hollywoodien prend sa place. Voilà la cavalerie ! Je soupire. Je sens que la nuit sera longue… Heureusement pour moi, j’ai sous la main mon petit panel de preuves contre le père de cette ordure. On verra s’il tient plus à sa réputation qu’à celle de son fils…

 

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