Ne rougis pas Saison 2 Tome 5

Lanabellia · Chapitre 4 sur 7

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Ne rougis pas Saison 2 Tome 5

4. Rêve party

Rêve party

 

« Il est plus dangereux de tomber en amour que de tomber du haut d’une falaise.»

Platon

ROSE

Lieu inconnu, samedi 29 juillet, 23 h 27.

Ils nous emmènent où, là ? De loin, en mode furtif, nous empruntons le même chemin que Gabriel et ses amis. Nous nous éloignons de plus en plus de la ville. Une soirée ? Est-ce qu’Aude est bien certaine de ce que lui a raconté Cameron ? Parce que là, à part la zone d’entrepôts désaffectés, je ne distingue rien d’autre. Et les petits bolides qui nous dépassent me rappellent vaguement les courses sauvages des deux compères que l’on file depuis une bonne demi-heure. Je grimace alors que la voiture du type louche de la cave s’enfonce sur un terrain vague et s’engouffre entre des entrepôts.

Je n’ose pas prononcer un mot et je ne suis pas la seule, apparemment, puisque c’est dans un silence religieux que nous nous garons à bonne distance de notre cible.

Je pâlis légèrement devant un groupe de mecs bizarres qui passe devant nous à toute allure. Ma fabuleuse idée ne me paraît plus si brillante que ça. Je me redresse en tentant de me donner du courage. Tant pis, j’y suis, je me lance quoi qu’il en coûte.

– Écoutez. Je pense que je devrais y aller seule…

– Dans tes rêves !

Aude a déjà ouvert la portière et se précipite dehors. Josh l’imite et je suis le mouvement. On ne passera pas inaperçus, c’est certain ! Avec nos looks trop sages, nous dénotons quelque peu dans le décor. Je me maudis d’avoir mis une robe et Aude ne cesse de tirer sur la sienne pour se couvrir.

Je tiens fermement le bras de mon amie et Josh nous talonne de près. Des gens se retournent sur notre passage… Je me sens déshabiller du regard, ce qui me met on ne peut plus mal à l’aise. Nous déambulons devant une voiture où un gars très effrayant s’amuse avec son flingue. Une boule d’angoisse se forme dans ma gorge et le regard pesant de Josh qui se poste à mes côtés est explicite : il m’avait prévenue !

Mon Dieu, où est-ce qu’on a atterri ?

Aude resserre son étreinte sur mon bras, elle n’a pas l’air plus rassurée que moi. Un peu plus loin, un couple est en pleine action sur le capot d’une voiture. Aucune pudeur, c’est affolant ! Nous arrivons devant l’entrée et j’aperçois le mec impressionnant de la cave quelques mètres plus loin, en pleine discussion avec un groupe de tatoués à gros bras. Je ne distingue ni Gabriel ni Cameron.

La file d’attente pour entrer est gigantesque… Il va falloir être patiente. Au bout de cinq minutes à peine, je ne le suis déjà plus et trépigne. Nous ne rentrerons jamais, c’est sûr et certain ! J’observe Josh en pantalon beige et chemise parfaitement repassée, Aude qui s’est mise sur son trente-et-un. Et moi… Avec ma petite robe noire, je ressemble limite à une serveuse. Il ne manque que le tablier blanc. Bon sang, cette fois, je commence à regretter ! Je distingue des tenues plus extravagantes les unes que les autres, des tatouages, des piercings, des tee-shirts aux inscriptions des plus originales… D’ailleurs, la fille juste devant moi porte un short tellement court que je ne peux m’empêcher de loucher sur ses fesses à demi nues qui se secouent au rythme de la musique s’échappant de l’intérieur du bâtiment.

Quelqu’un me touche l’épaule et je sursaute.

– Salut, toi !

Le type de la cave m’offre un sourire assez spécial. Vraiment flippant… Il n’y a pas d’autres mots pour décrire ce truc !

– Euh… Salut.

– Ramène-toi, ma belle, je te fais entrer.

Oh, la bonne nouvelle !

– Je ne suis pas seule.

Je lui désigne mes amis. Il observe à peine un instant Aude, toujours cramponnée à mon bras, et fixe longuement Josh avant de s’esclaffer.

– Le frangin du Gab ? Tiens donc, étonnante surprise ! J’en connais un qui va bondir au plafond ! Suivez-moi.

Son rire, n’en parlons même pas… Il n’a rien d’un ange, ce type, mais ce n’est pas comme si nous avions le choix… Aude soupire et m’interroge du regard. Elle doit se poser mille et une questions sur le pourquoi du comment je connais ce type…

Nous suivons donc notre guide et quand les portes s’ouvrent devant nous, le son des basses percute violemment mes tympans, envahit chaque partie de mon corps. J’ai l’impression que mon cœur bondit dans tous les sens. La musique est spéciale, une sorte de rave music, hard, trance, ou peut-être un mix de tout ça. Mes yeux balaient l’immense hangar, noir de monde. Je cligne des yeux, hallucinée. Où est-ce qu’on a atterri ? J’ai l’impression d’être dans un autre monde… On me pousse à avancer, j’obéis comme un robot, les yeux écarquillés.

Un bras passe autour de mes épaules. Je sursaute et fixe le mec avec une crête qui me tend un joint. Il me dit quelque chose, mais je n’entends absolument rien, je ne me suis pas encore adaptée à l’environnement. Je hurle un « quoi » sans être certaine qu’on me comprenne. Le type se penche près de mon oreille.

– T’en veux, poupée ?

– Euh… Non, merci.

– Mais elle est toute polie, cette petite mignonne ! Elle est à toi, Chad ?

La grosse voix dudit Chad résonne comme le tonnerre.

– Dégage, Daryl ! Elle est à Gab, celle-là !

Il me lâche immédiatement. Je jette un regard noir sur le grand type de la cave. Je ne suis pas un objet, non mais ! Je n’appartiens à personne ! Bon, bien sûr, j’évite de la ramener et acquiesce simplement. Ce n’est pas le moment de jouer la maligne.

– Et l’autre ?

Daryl se penche vers Aude dont les pupilles s’agitent nerveusement. Je m’empresse de répondre.

– À Cameron !

– Bon, voilà, t’as ta réponse. Casse-toi avant que je perde patience !

Le type hausse les épaules et s’éloigne. Je risque un coup d’œil vers Josh qui tire une tronche pas possible, comme pour me signifier encore une fois qu’il m’avait prévenue.

Respire, Rose ! Trouve Gabriel et tout ira bien ! Ouais… et comment le dénicher dans ce monde de dingue ?

Je lâche Aude et me rapproche de Chad.

– Tu sais où est Gab ?

Autant parler son langage.

– Mouais, sûrement par là. Cam tatoue dans ce coin.

Il me désigne l’opposé du hangar. Forcément, il faut traverser la foule, ça aurait été trop facile autrement… Nous abandonnons Chad sans même le remercier, mais celui-ci est déjà bien occupé avec une petite brune court vêtue qui se dandine de façon provocante devant lui.

Je souffle un bon coup et m’élance dans la fosse aux lions sans attendre mes amis qui bataillent derrière moi pour me suivre. Je sais, on ne devait pas se séparer, mais la perspective que Gabriel soit à l’autre bout ne me laisse pas un brin de patience. Soudainement noyée au milieu de cette foule oppressante, je sens ma tension en chute libre. Des corps s’agitent, des bras se balancent dans tous les sens. On me pousse à droite, un coup de coude et je suis propulsée sur la gauche. Je vais étouffer ! Et cette musique est infernale ! Je ne sais plus dans quelle direction aller ! Je panique ! Encore un coup de coude. Je suis trop petite, je ne distingue rien, juste des visages, des membres, des gens qui dansent, sautent, me percutent. Je deviens livide.

Je veux sortir !

Un bras s’empare soudainement de ma taille, m’attire. Je me retrouve à loucher sur le piercing qui transperce le nez d’une fille qui m’observe avec la plus grande attention. Elle soulève mon menton, colle son buste contre le mien.

– Tu me plais, toi !

Ah bon ? Je bafouille, l’esprit complètement embrouillé.

– Je… Je suis déjà accompagnée.

– On s’en fout ! On n’est pas jalouses !

Comment ça « on » ? Des bras surgissent de derrière moi, prennent brusquement possession de ma taille alors qu’une poitrine s’écrase dans mon dos. Qu’est-ce que… Je tente de me dégager, mais la prise se resserre. L’air se bloque d’un seul coup dans mes poumons.

Non !

Je lutte pour m’extirper de là, mais le visage au sourire carnassier en face de moi se rapproche dangereusement du mien. Les mains de la nana au nez percé s’emparent de moi, palpent mes fesses. Prise en étau, je tressaille. Mon cœur s’affole. L’inquiétude envahit mes prunelles. Une bouche s’approche de la mienne. J’essaie de reculer, en vain : le corps dans mon dos me comprime, m’en empêche. Les yeux noirs en face de moi me dévorent, dévoilent les pensées de leur propriétaire. Des lèvres trop rouges pour que ça soit naturel s’écrasent sur les miennes.

Mon Dieu !

J’abats mes poings sur les épaules de la fille, me tortille. Il faut que je sorte de là avant que ça dérape ! Une paume glisse le long de ma joue, s’empare de ma mâchoire. Je commence à suffoquer lorsqu’une langue étrangère s’engouffre entre mes lèvres pendant qu’une autre lèche mon cou. Ma panique augmente d’un cran lorsqu’un souffle accompagné d’un murmure se fraye un chemin jusqu’à mon oreille :

– J’ai hâte de fourrer ma langue dans ta petite chatte de vierge…

D’abord tétanisée, je hurle, mais mon cri se perd au milieu des basses qui vrillent mes tympans.

C’est un cauchemar !

– Laisse tomber, elle est trop coincée !

Je suis libérée d’un coup et on me pousse sans ménagement. Je percute un dos et mets quelques secondes à retrouver ma stabilité. J’inspire une grande goulée d’air et vacille, complètement paumée. De retour dans la fosse…

Respire, Rose. Calme-toi !

Je me redresse et, de ma manche, essuie le rouge à lèvres gluant étalé sur ma bouche. C’était quoi ça ? Mes yeux affolés cherchent à savoir si le danger est écarté. Les deux furies ont disparu… Tout comme mes amis !

Pourquoi t’es-tu éloignée d’eux, Rose ? Josh t’avait pourtant prévenue ! Gabriel… Focalise-toi sur Gabriel !

Je souffle un bon coup et me dresse sur la pointe des pieds, tente de me situer. Vu mon sens de l’orientation inné, la tâche s’avère délicate. Je ne sais plus du tout quelle direction est la bonne.

On me bouscule encore et encore. J’ai la tête qui tourne et, en plus, j’ai affreusement chaud : l’air devient de plus en plus irrespirable. Un liquide froid envahit subitement le tissu de ma robe.

Super, un type vient de renverser sa bière sur moi ! Je serre vivement les poings. Stop, cette fois, c’en est trop, j’en ai ma claque ! Je sors d’ici ! Je me mets à foncer droit devant, à bousculer tout le monde. Déterminée, je livre bataille pour avancer, pour m’extirper de ce flot incessant de corps en mouvement. J’entends râler. Rien à foutre, je me suis transformée en bulldozer ! Je balance des coups de coude, d’épaules… Je pousse fort, rageusement, autant qu’il le faut pour me permettre d’avancer.

Allez vous faire voir, bande de malades !

Après un dernier effort, j’émerge de la foule et me fige aussi sec : il est là…

Gabriel est enfin là, devant moi. Je n’ose plus bouger. Je prends encore des coups, mais je m’en fiche. Il est assis sur une grosse caisse, le regard vague. Cameron tatoue une femme aux cheveux violets juste à côté de lui. Mon cœur pulse comme un diable. Gabriel relève la tête d’un coup et ses yeux balaient la foule… Cette connexion entre nous est déroutante… J’ai l’impression de revivre la soirée d’anniversaire de son frère. Je n’attends plus qu’une chose : que ses prunelles accrochent les miennes. L’irrésistible envie de courir vers Gabriel affole mes sens… J’anticipe déjà ce moment, m’imagine déjà me précipiter vers lui, sentir ses bras se refermer sur moi, retrouver ses lèvres… Mais quand ses yeux tombent sur moi, son visage se décompose. Je pâlis. Il saute de la caisse, hésite, avance d’un pas dans ma direction avant de s’arrêter. Qu’est-ce qu’il fait ?

Il exécute un magistral demi-tour devant mes pupilles affolées et disparaît en une fraction de seconde derrière l’amoncellement de ferrailles abandonnées.

Je reste plantée comme une idiote, les bras ballants. J’ai l’impression que je vais m’écrouler sur place. Il me rejette… Je ne comprends pas, je ne comprends plus…

Pourquoi ?

Je ravale l’amertume qui s’est infiltrée dans ma bouche. Quelqu’un me pousse. Je perds l’équilibre et me raccroche à un grand type à proximité.

– Attention !

– Pardon…

Je me redresse, complètement paumée, les mains tremblantes. Mon moral a pris un violent coup, mais je tiens bon. Ce n’est pas terminé. Ma raison me déconseille fortement de suivre Gabriel et de m’engager derrière lui au risque de me perdre. Après avoir inspiré longuement, je nie en bloc ce qui vient de se passer et fonce vers le coin sombre. Il y a tout un tas de déchets aussi divers que variés. J’ai pensé crier, mais la musique est tellement forte que ce serait peine perdue.

Je m’enfonce prudemment dans l’obscurité. Je ne le vois plus, mais je m’obstine. Je continue à avancer, encore et encore. Résultat, je me retrouve dans une autre partie de l’entrepôt… Il fait sombre, très sombre. La musique est moins forte et je suis incapable de dire par où je suis arrivée. Je plisse les yeux. Aucune trace de Gabriel. Je commence à paniquer. Mais qu’est-ce que j’ai fichu ? J’enjambe ce qui me semble être des poutres métalliques. Je pensais sérieusement le retrouver, alors que je n’ai jamais réussi jusqu’à maintenant ? Après un dernier soupir, je m’arrête. Mes épaules s’affaissent lourdement. Je crois que ça ne sert plus à rien, j’ai été stupide… Autant repartir, mon entêtement est tellement ridicule…

Je tente de suivre le mur d’acier pour me guider, il y aura bien un moment où je trouverai la sortie, non ? Je scrute l’obscurité avec méfiance… Cet endroit n’est vraiment pas rassurant. Et si les deux folles de tout à l’heure m’avaient suivie ? Ou pire… Un frisson désagréable parcourt mon échine. Et voilà que je me file la trouille toute seule… Je tente de m’éclairer avec mon téléphone, mais ce truc refuse de m’obéir. Nerveuse, je râle et m’excite après l’appareil récalcitrant.

Je tressaille au bruit à quelques mètres de moi et exécute un saut digne d’une gymnaste. C’était quoi ? Je me pétrifie. Mes mains tremblantes s’acharnent sur mon téléphone.

Bordel, tu vas fonctionner ou je t’éclate contre le mur !

Miracle ! Ce truc fonctionne aux menaces ! Je braque le faisceau lumineux sur la pénombre angoissante. Mon pouls bat à cent à l’heure contre mes tempes et je recule jusqu’à coller mon dos contre le mur. J’épie le moindre mouvement, m’arrête presque de respirer… Je couine et expulse brutalement l’air de mes poumons à la vue du rat qui se sauve à toute patte… Ce n’était qu’un rat ! Je me suis fichu une de ces peurs ! Je passe une paume moite sur mon visage et souffle longuement, en tentant de reprendre un peu de contenance.

Un brusque cri m’échappe, je panique quand une main s’empare de mon bras et m’oblige à suivre son propriétaire. Ma gorge se noue. Je trébuche, une fois, deux fois et parviens enfin à redresser le visage pour distinguer la carrure imposante qui me traîne derrière elle.

Gabriel !

– Gabriel, doucement !

Il ne répond pas, ne ralentit pas. Mes petites jambes ne suivent pas le rythme de ses longues enjambées et je n’arrête pas de manquer de m’étaler au sol.

– Gabriel, arrête, s’il te plaît. Tu me fais mal !

Il s’arrête net et mes pieds quittent le sol. Je hoquette en atterrissant sur son épaule. Il reprend sa route, toujours sans un mot. Malgré mon angoisse face à son attitude des plus froides, un petit sourire s’installe sur mes lèvres. Il est venu m’aider…

Tente ta chance, Rose !

– Je pense qu’il faut qu’on ait une discussion.

J’inhale son parfum avec délice. Il m’a tellement manqué…

– Je n’ai rien à te dire !

Son ton cinglant me glace le sang.

– Il y a eu un malentendu. Je te jure que je ne voulais pas…

– Tais-toi !

– Je…

Il me pose sans m’octroyer un seul regard.

– Tu passes par cette ouverture et tu dégages d’ici tout de suite. Tu n’as rien à foutre là !

– Mais, Gabriel…

Un seul regard, noir, brutal, me pulvérise de l’intérieur.

– Va-t’en !

– Non !

– N’insiste pas, c’est terminé. Il n’y a rien d’autre à ajouter.

Il tourne les talons et me plante là… Seule…

Figée sur place, je fixe l’ouverture. J’attends de longues minutes, incapable du moindre mouvement, déglutissant péniblement.

C’est terminé…

Je ne parviens plus à réfléchir, tout s’embrouille dans ma tête.

Pourquoi venir m’aider dans cet entrepôt si tu n’en as plus rien à faire, Gabriel ?

Il a pourtant parlé à Cameron… J’ai forcément raté quelque chose… Il ne peut pas être rancunier à ce point, en sachant pertinemment que je n’y suis pour rien…

Un message m’extirpe de ma torpeur.

Josh

[Rose, dis-moi où tu te trouves. On est avec Cameron au fond à

gauche par rapport à l’entrée.]

J’emprunte le chemin indiqué par Gabriel et me retrouve comme par hasard à quelques pas de mes amis. Je reste un long moment à observer Aude et Cameron qui s’embrassent. Je me sens mal. La partie de moi qui essayait encore de croire que quelque chose de bien pouvait m’arriver m’a lâchement abandonnée dans l’entrepôt voisin.

Josh m’a aperçue et paraît vraiment soulagé en s’approchant.

– Ne recommence jamais un truc pareil ! Non, mais tu as regardé autour de toi ?

J’acquiesce. Oh que oui, j’ai regardé autour de moi…

– Rose, ça va ?

– Il me faut un verre !

– On devrait plutôt partir.

– Un verre, avant. Quelque chose de fort, s’il te plaît.

Josh me dévisage.

– Il s’est passé quelque chose ?

– Non.

– Tu restes ici. Tu ne t’éloignes plus, je vais te chercher ça et je te ramène chez toi.

Je le regarde s’éloigner, j’ai vraiment perdu le fil de ma vie. J’ai l’impression que quoi que je fasse, elle sera toujours aussi pourrie…

Cinq verres plus tard, je commence à trouver que la musique n’est finalement pas si mal et l’endroit me paraît plus sympa. Même les gens ont d’un seul coup l’air moins étranges. Je tends mon gobelet en avant.

– Gabriel, un autre, s’il te plaît.

– Rose, tu devrais arrêter de boire parce que moi, c’est Josh.

Je le fixe en plissant des yeux et glousse.

– J’aimerais un autre verre, Josh.

– Le dernier, je te préviens !

– Oui, chef !

Je recommence à glousser. Le sol n’est pas très stable ou c’est moi ? Je m’éloigne en me trémoussant et me laisse volontairement happer par la foule. J’ai envie de danser, alors je danse ! Je me laisse porter, j’ai envie d’oublier… De tout oublier… Au moins pour un soir… Je tourne sur moi-même. Ce n’était pas une très bonne idée, je tangue et manque de tomber. Je suis rattrapée de justesse par un type et je lui offre un joli sourire pour le remercier de son aide. Il me sourit à son tour. Mignon, en plus ! Il se penche vers moi et glisse ses mains sur mes hanches.

– Tu danses avec moi ?

Il est sympa. Je détaille un instant ses jolis yeux verts.

– Oui !

Il me colle un peu beaucoup, non ? Oh, et puis tant pis, de toute façon je n’ai plus de comptes à rendre à personne ! Je ris et lui aussi. Il me tend sa bière et je l’avale d’un trait. Je crois que je suis saoule… Non, je ne le crois pas, j’en suis certaine puisque le type aux beaux yeux verts me maintient fermement contre lui pour éviter que je tombe. Ses lèvres s’attaquent à mon cou. Je frissonne. Ça chatouille ! Je ricane comme une idiote. Quand sa langue frôle mon lobe d’oreille, j’éclate de rire.

– C’est quoi ton prénom ?

– Rose.

– Moi, c’est Gabriel.

Il me plaît de plus en plus, lui !

Je me raccroche un peu plus à ses épaules.

– Mon chéri aussi s’appelle Gabriel… Euh… Non, s’appelait… Je ne sais plus ce que je voulais dire…

Je cherche Josh du regard. Je viens de me rappeler qu’il devait me ramener un verre. On s’est autant éloignés que ça ?

– Tu aimerais que je t’offre un truc à boire ?

La bonne idée !

– Oui.

Il m’entraîne jusqu’à ce qui me paraît être un bar improvisé pour la soirée. Deux verres plus tard, je suis de moins en moins stable et les mains de « Gabriel » commencent à devenir plus entreprenantes. Je fixe mon gobelet, pendue à la nuque du beau gosse. Sa main s’en empare et m’en débarrasse. Je me concentre sur ses magnifiques yeux verts. Ma vue n’est plus très nette, les images tressautent par moment. J’ai la tête qui tourne un peu… La bouche de mon partenaire goûte la peau de mon cou, ses paumes me pressent contre lui. J’ai la tête trop embrouillée pour réfléchir et quand ses lèvres se plaquent sur les miennes, j’y réponds, ferme les paupières. Mes doigts s’infiltrent dans ses cheveux et sa langue force le barrage, rencontre la mienne. Une petite brise me pousse à ouvrir les yeux. Comment est-on arrivés dehors ? Sans comprendre, mon dos entre en contact avec le métal froid de l’entrepôt.

Il fait quoi, là ?

Je repousse maladroitement la main intrusive sous ma robe.

– Rose, ça te tenterait de venir chez moi ?

Je le dévisage, mais ma vision est de plus en plus floue.

– Pourquoi ?

Houla, ça tangue.

– Pour qu’on apprenne à mieux se connaître.

– Je ne crois pas que ce soit…

Ma voix résonne dans ma tête… Est-ce qu’il a entendu ? Il m’emmène où ? Je n’ai pas la force de lutter, j’ai les membres comme du coton. Un vague « non » franchit mes lèvres… J’ai vraiment la tête qui tourne, je me sens mal. Qu’est-ce qu’il y avait dans ce dernier verre ? J’ai du mal à respirer, ma poitrine comprimée par une chaleur étouffante. Mes jambes lâchent et un bras me rattrape. Je distingue le bruit d’une portière.

Quelqu’un me tire brusquement en arrière, du monde autour de moi. Le gentil Gabriel au sol… Je lève les yeux vers Josh… Ou son jumeau, je ne sais pas… Des papillons noirs dansent devant mes yeux, j’ai la nausée…

Je me sens mal… Très mal…

 

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