Nouveaux contes cruels et propos d'au delà
Vers
GOG
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Ce fut donc au logis de cet homme qu’un soir Quelqu’un frappa.
Ce juif ouvrit—et l’on put voir Briller les piques dans le sentier.
—«La milice, «Pensa-t-il, mène encore quelque esclave au supplice.» Le couchant s’allumait dans les cieux meurtriers Et rougissait au loin les maigres oliviers, Baignant le Golgotha de sang et de lumière. Une troupe d’enfants cheminait la première: Ils criaient! Ils voulaient voir prendre les voleurs; Puis venaient des soldats; puis des femmes, en pleurs. Seul, dans l’herbe pierreuse, au versant des ravines, Chargé d’une croix lourde, et le front ceint d’épines, Un homme apparaissait tombé sur les deux mains. Autour de lui riaient les cavaliers romains, Et le centurion qui commandait l’escorte, La lance au poing, cria, debout, devant la porte: «Simon! viens nous aider à relever la croix «Du roi des juifs, tombé pour la troisième fois! «La côte est rude; un coup d’épaule! Il faut qu’il meure «Et soit mis au sépulcre avant la sixième heure!» Un grincement de dents retentit, bref et dur, Dans l’angle que faisait la porte avec le mur. Simon, sans s’émouvoir de ce bruit, dit:
—«Silence, Gog!» Le soldat reprit, appuyé sur sa lance: «—Est-ce que tu n’es pas un portefaix?»
—«Je suis «Cela précisément! dit l’homme: et je te suis.»
1879.
AVE, MATER VICTA
Et ils placèrent des gardes autour du Tombeau.
(Nouveau Testament.)
Comme le juste, en croix sur le mont solitaire, Tomba trois fois sur les genoux Avant de se dresser et de saisir la Terre Entre ses bras puissants et doux, Patrie au flanc blessé, tu bénis dans l’aurore Tes fils tombés sans voir ton jour; De leur dernier baiser ton vieux sol, rouge encore, Fume de lumière et d’amour!…
Gloire à toi, grand Pays où l’Avenir se fonde! Tes destins sont plus hauts que ton adversité: Tu tiens l’ardent flambeau dont s’éclaire le monde, Celui qui meurt pour toi meurt pour l’Humanité!
Toi qui donnas ton sang, ton or et tes merveilles Sans récompense et sans repos, Ils t’ont mise au sépulcre, ô France, et tu sommeilles!… Nul n’a vengé tes saints drapeaux! Mais on épie en vain les sursauts de ta pierre, Tu la rompras de ton essor!… Quand l’ombre veut tenir au tombeau la Lumière, Pâques sonne ses cloches d’or!
Nous reforgeons sans trêve, au mépris des alarmes, Ton vieux glaive aux bons lendemains. Vois tes enfants nouveaux, froids sous leurs jeunes armes, Impatients des clairs chemins!… Le soc, depuis longtemps, chasse l’airain des bombes. Les champs sont prêts pour le soleil: Si d’âpres voix, au loin, disent que tu succombes, Couvrons-les d’un cri de réveil.
Ressuscite!… La foi t’anime, auguste France! Debout! Ton astre est immortel!… Mais déjà tu renais! C’est l’aube d’espérance!… Plus de fleurs de deuil sur l’Autel! Le souci du devoir bannit dans les ténèbres Les noirs souvenirs de la nuit. Adieu, tambours voilés! Adieu, lauriers funèbres. Le clairon sonne, le jour luit!
Gloire à toi! grand Pays où l’Avenir se fonde! Tes destins sont plus hauts que ton adversité: Tu tiens l’ardent flambeau dont s’éclaire le monde. Celui qui meurt pour toi, meurt pour l’Humanité!
1877.