OceanofPDF.com halo lamour interdit final French Edition
Les lois de la gravité ............... - 224 -
Les lois de la gravité
La perspective de la fête m’a angoissée tout au long de la semaine. Ce que j’avais prévu de faire me terrifiait mais j’éprouvais aussi une certaine impatience. A présent que j’avais pris ma décision, j’avais un poids en moins sur la conscience. Après toutes ces délibérations avec moi-même, je me sentais étrangement sur de moi. Dans ma tête, je répétais les mots que j’avais choisi d’employer pour dire la vérité à Xavier.
Xavier se comportait désormais comme si nous formions un couple, ce que j’adorais. Nous vivions dans notre monde à nous, auquel personne d’autre n’avait accès. Nous prenions notre histoire au sérieux, nous croyions en notre avenir. Rien à voir avec un flirt de passage : on s’engageait l’un envers
- 224 - l’autre. Chaque fois que j’y pensais, je souriais toute seule. Évidemment, je gardais à l’esprit le sermon de Gabriel et Ivy, pour qui notre histoire n’avait pas la moindre chance, mais ça n’avait plus aucune espèce d’importance. Même si le ciel s’ouvrait brusquement et qu’une pluie de feu s’abatte sur moi, rien ne pourrait jamais effacer ce sourire de mon visage. C’était l’effet de Xavier sur moi : une explosion de bonheur dans la poitrine, une profusion de bulles de joie qui faisaient frissonner tout mon corps.
La perspective d’une vie avec Xavier était pleine de promesses. Mais serait-il toujours partant une fois que je lui aurais révélé mon secret ?
Je cachais mon bonheur tant bien que mal à Ivy et Gabriel. Ils avaient déjà eu du mal à se remettre de ma dernière escapade avec Xavier, une autre serait de trop. En leur présence, j’avais l’impression d’être un agent
- 225 - double et je craignais que mon visage ne me trahisse. Mais leur faculté de lire dans les pensées des humains ne leur permettait pas de percer les miennes, heureusement ! Je comprenais enfin le sens de l’expression « le calme avant la tempête ». Tout semblait se passer en douceur, mais je savais qu’il ne fallait pas se fier aux apparences. La colère et la culpabilité bouillonnaient sous la surface, et notre charmant petit trio en ferait les frais lorsque Gabriel et Ivy découvriraient que je les avais trahis.
Quand Xavier m’a déposée à la maison après l’école ce jour-là, Ivy était dans la cuisine, absorbée par la confection d’adorables cupcakes. C’étaient de véritables petites œuvres d’art. Elle m’en a proposé un dès mon arrivée.
— Ils sont sublimes. Je peux te parler d’un truc ?
— Bien sûr.
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— D’après toi, est-ce que Gabriel me laisserait aller au bal de fin d’année ?
— Xavier t’a invitée, c’est ça ? Je suis sûre qu’il porte très, bien le smoking.
— Alors tu ne t’y opposerais pas ?
— Non. Vous feriez un très beau couple.
— Oui, enfin, si j’ai le droit d’y aller.
— Ne sois pas si pessimiste. On demandera son avis à Gabriel, mais c’est un événement scolaire important, ce serait dommage de le manquer.
J’avais hâte d’entendre le verdict de Gabriel. Il était sorti se promener sur la plage. J’ai traîné Ivy dehors pour le rejoindre. Il était assis sur un rocher, face à la mer. Le reflet du soleil sur son tee-shirt blanc l’entourait d’une aura de lumière. Il était trop loin pour que je puisse distinguer nettement l’expression de son visage, mais il semblait nostalgique. Il avait souvent du mal à cacher une certaine tristesse.
- 227 - Sans doute ce fardeau de connaissances qu’il ne pouvait partager. Il connaissait toutes les horreurs du passé et pouvait certainement entrevoir les tragédies à venir. Pas étonnant qu’il soit sombre.
Il a tourné la tête dans notre direction et nous a fait signe de le rejoindre.
— Pourquoi est-ce que j’ai l’impression qu’un piège se referme sur moi ? a-t-il plaisanté.
— S’il te plaît, je peux aller au bal de la promo ?
— Je ne savais pas que tu voulais y aller. Je pensais que ça ne t’intéresserait pas.
— C’est juste que tout le monde y va. Et les filles ne parlent que de ça depuis des mois. Elles seraient déçues que je n’y aille pas. C’est très important pour elles. J’espère que tu n’as pas prévu de manquer l’événement, au moins ?
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— Non, dit Gabriel. J’y serai de gré ou de force, on m’a demandé d’être surveillant. Je me demande où ils vont chercher des idées pareilles. Tout ce temps et cet argent gâchés.
— Ça fait partie de notre mission, en quelque sorte, a dit Ivy. Prends ça comme une étude sur le terrain.
— Exactement, ai-je approuvé. On sera au cœur de l’action. Comment veux-tu qu’on change quoi que ce soit si on reste en marge ?
— Hum, tout ceci ne serait pas plutôt en rapport avec les belles robes et tout le tralala ?
— Pas du tout ! me suis-je écriée. Enfin, peut-être, mais juste un petit peu.
— Bon, si c’est juste l’affaire d’une soirée, a-t-il soupiré.
— Et puis, tu auras un œil sur le déroulement de la fête, ai-je ajouté. Tu pourras veiller sur moi !
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— Ivy, j’espérais que tu m’accompagnerais.
— Avec plaisir, a-t-elle dit en tapant dans ses mains. Ça va être génial !
La douceur de l’air et la clarté du ciel de ce samedi soir étaient idéales pour une fête sur la plage. J’aurais dû me sentir tendue, mais, dans ma tête, tout s’emboîtait à la perfection. Je m’apprêtais à consolider ma relation avec Xavier en lui présentant mon univers.
J’ai choisi mes vêtements avec soin : jupe fluide et tunique brodée. Gabriel et Ivy étaient dans le salon quand je suis descendue.
— Ne rentre pas trop tard, m’a lancé Gabriel.
Pour lui, j’allais faire un tour sur la plage avec Molly et des amis, dont Xavier. Il avait dû se radoucir au sujet de mes sorties car il n’avait émis aucune objection. Le poids de notre
- 230 - mission était tel que nous éprouvions parfois le besoin de nous échapper. Personne ne disait rien quand il partait courir tout seul ou qu’Ivy s’éloignait avec son carnet de croquis. Il n’y avait donc aucune raison pour qu’on m’empêche de sortir quand je voulais souffler un peu.
Gabriel et Ivy me faisaient confiance et ne m’avaient pas accablée de questions. Du coup je m’en voulais encore plus d’être sur le point de les trahir. Mais il était hors de question que je recule : je voulais inviter Xavier dans mon univers, j’avais hâte de partager cette intimité avec lui. Je craignais bien sûr une punition, mais je chassais les angoisses de mon esprit en les remplaçant par le visage de Xavier. Après cette soirée, on affronterait tout à deux.
Je n’avais pas prévu de rester trop longtemps, juste assez pour lui faire part de mon secret et voir sa réaction.
- 231 - Prendrait-il peur ? Accepterait-il la vérité, quand j’aurais trouvé le courage de la lui annoncer, ou croirait-il à un canular ? J’allais bientôt le découvrir.
— Bethany est tout à fait capable de se prendre en charge, a dit Ivy.
— Je fais entièrement confiance à Beth, a répliqué Gabriel, mais pas au reste du monde. On a vu des choses bizarres ces derniers temps. Fais attention à toi.
— Entendu, chef ! ai-je répondu avec un salut militaire.
La fête avait lieu près des falaises car l’endroit était souvent désert En longeant la plage, je me suis dit que le paysage avait l’air encore plus accidenté de nuit. Au loin, j’ai aperçu le phare, juché sur un promontoire ; il n’avait pas l’air plus gros qu’un dé à coudre.
J’ai entendu des voix et distingué des silhouettes qui assemblaient des
- 232 - papiers en tas pour le feu de joie. Cette fois, pas de musique à fond ni de foule compressée comme à la fête de Molly. Il y avait juste quelques personnes assises en rond, qui sirotaient leur bière, Molly et sa bande n’étaient pas encore arrivées.
Xavier était assis sur une bûche de bois. Il portail un jean, un pull bleu clair léger et il avait mis sa croix en argent autour de son cou.
— Salut, Beth, m’a lancé quelqu’un, et tout le monde m’a fait un petit signe de la main.
Je leur ai souri et je suis allée me glisser à côté de lui.
— Hum, qu’est-ce que tu sens bon, a-t-il murmuré en déposant un baiser sur mon front.
Quelques-uns de ses amis ont sifflé en levant les yeux au ciel.
— Allez, on y va, a dit Xavier en m’aidant à me lever.
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— On s’en va déjà ? s’est moqué un garçon.
— On va faire un tour à deux en privé, si ça ne vous dérange pas, a répondu Xavier sur le même ton.
— Tu sais, je ne vais pas pouvoir rester trop longtemps, lui ai-je dit après quelques pas.
— Je m’en doutais un peu.
Il a passé son bras autour de mes épaules et nous sommes dirigés en silence vers les falaises, escarpées me sentais en sécurité.
Quand je me suis coupé le pied sur un coquillage, Xavier a insisté pour me porter. J’étais bien contente qu’il fasse sombre : il n’a pas vu la blessure cicatriser en quelques instants. Je n’avais plus mal, mais je continuais à m’accrocher à lui, ravie qu’il soit aux petits soins.
Il m’a posée quand nous avons atteint une petite plage de sable
- 234 - entourée de hautes falaises. Les rochers formaient une arche, telle une porte vers un autre monde, et l’éclat de la lune teintait le paysage de gris perle. Il n’y avait rien ni personne en vue. Le seul bruit perceptible était la rumeur de la mer, comme une langue mystérieuse prononcée par une centaine de voix.
Xavier s’est assis sur un rocher.
Il attendait que je me lance, et moi, j’avais la gorge nouée. Je ne voulais pas retarder davantage l’heure de vérité, mais je ne savais plus du tout comment m’y prendre. C’était censé être un grand moment, celui où je lui révélerais ma véritable identité. Si je savais dans les grandes lignes ce que je devais dire, la manière m’échappait soudain, ainsi que les gestes que j’avais prévus. Je faisais les cent pas dans le sable, me tortillais les doigts, ne sachant par où commencer. Tant d’hésitation
- 235 - commençait à mettre Xavier mal à l’aise.
— Beth, quoi que tu aies à m’annoncer, vas-y. Je peux tout entendre.
— Merci, mais… c’est assez compliqué…
Il s’est levé et a posé deux mains rassurantes sur mes épaules.
— Ce que tu t’apprêtes à me dire ne changera pas mes sentiments pour toi. Impossible.
— Pourquoi tu en es si sûr ?
— Parce que je suis dingue de toi.
— Ah bon ?
— Tu n’avais pas remarqué ? Il va falloir que je fasse mes preuves, à l’avenir.
— Enfin, si tu veux toujours qu’on parle d’avenir après ce soir…
— Quand tu me connaîtras mieux, tu sauras que je ne suis pas du genre à
- 236 - fuir. Je mets du temps à me faire une opinion des gens, mais une fois que mes décisions sont prises, je m’y tiens.
— Même quand tu as tort ?
— Je ne crois pas me tromper sur toi.
— Comment peux-tu dire une chose pareille alors que tu ignores ce que je vais te dire ?
Il a ouvert ses bras en grand, comme pour m’inviter à ne pas l’épargner.
— J’ai peur, ai-je murmuré, la voix brisée. Et si tu ne voulais plus jamais me voir ?
— Ça n’arrivera pas, Beth. Il faut que tu me fasses confiance.
— J’ai d’abord une question à te poser. Quelle est la chose la plus effrayante qui te soit arrivée ?
Il a réfléchi un instant.
— Hum, je me souviens d’une descente en rappel vertigineuse, et sinon, pendant un déplacement avec
- 237 - l’équipe de water-polo, j’ai enfreint le règlement, et le coach Benson m’a pris à part. Pas le genre commode. Il m’a démoli et m’a interdit de match le lendemain.
Pour la première fois, la naïveté de Xavier me frappait. Si c’était sa définition d’une expérience difficile, comment allait-il survivre au choc que j’allais provoquer ?
— C’est tout ? Jamais tu n’as eu plus peur que ça ?
— Euh, j’imagine qu’on pourrait inclure la nuit où on m’a appelé pour me dire que ma petite amie était morte dans un incendie, mais je n’ai pas trop envie d’en parler.
— Désolée.
Comme une idiote, j’avais oublié Emily. Xavier avait connu le deuil, une souffrance dont je ne savais rien.
— Il ne faut pas, a-t-il dit en me prenant la main. J’ai rejoint sa famille
- 238 - juste après. Ils étaient sur la route, à un moment j’ai eu l’impression que tout allait bien.
— Je m’attendais à la trouver avec eux. J’étais prêt à la réconforter. Mais quand j’ai vu le visage de sa mère, j’ai compris : ce n’était pas que leur maison qui était partie en fumée, Emily non plus n’avait pas été épargnée.
— C’est horrible.
Mes yeux se sont emplis de larmes, et Xavier les a essuyés du bout des doigts.
— Je ne dis pas ça pour te faire pleurer. Je veux que tu comprennes que tu ne peux pas me faire peur. Tu peux tout me dire.
Alors j’ai soufflé un bon coup et me suis lancée dans le discours qui allait changer nos vies pour toujours.
— D’abord, je veux que tu saches que si tu veux toujours de moi après ce soir, rien ne me rendra plus heureuse.
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Il a souri et tendu une main vers moi mais je ne l’ai pas prise.
— Non, laisse-moi finir. Je vais tenter de t’expliquer du mieux que je peux. Bon, ça va peut-être te paraître bizarre, mais je voudrais que tu me regardes marcher.
— Euh… d’accord.
— Mais ne me regarde pas moi, regarde le sable.
Sans le quitter du regard, j’ai tourné autour de lui, lentement.
— Alors, tu ne remarques rien ?
— Tu ne laisses pas d’empreintes, a-t-il répondu sur le ton de l’évidence. Pas mal, comme tour. Il faudrait sûrement que tu manges un peu plus…
Très bien, il n’était pas du genre à se laisser impressionner. Je me suis assise à côté de lui pour lui montrer mon pied.
— Je me suis coupée tout à l’heure…
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— Et pourtant il n’y a aucune trace de coupure. Comment est-ce que… ?
Avant qu’il ait le temps de finir, je lui ai pris la main et l’ai posée contre mon ventre.
— Tu sens la différence ?
Ses doigts ont parcouru ma peau et se sont arrêtés à l’endroit où aurait dû se trouver mon nombril.
— Ne te fatigue pas à le chercher, je n’en ai pas, ai-je expliqué avant qu’il dise quoi que ce soit.
— Qu’est-ce qui t’est arrivé ?
Il devait penser à un accident dont je ne m’étais pas totalement remise.
— Il ne m’est rien arrivé. Je suis comme ça, c’est tout.
Il m’a regardée quelques instants puis a soufflé tout bas.
— Qui es-tu ?
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— Tu ne vas pas tarder à le savoir. Ferme les yeux, et ne les ouvre que quand je te le dirai.
J’ai gravi quatre à quatre les marches taillées dans la falaise et me suis approchée tout près du bord. La hauteur ne me faisait pas peur, j’espérais seulement que mon plan marcherait. Mon cœur battait la chamade. Deux voix se disputaient dans ma tête. Mais qu’est-ce que tu fais ? criait l’une. Tu as perdu la tête ? Descend de là et rentre chez toi ! Il n’est pas trop tard pour bien agir ! L’autre ne voyait pas les choses de cet œil la bon, maintenant que tu es là, tu ne peux plus reculer. Tu veux Xavier plus que tout, et tu ne pourras pas être avec, lui à moins de lui dire la vérité. J’ai pris ma décision.
— Tu peux ouvrir les yeux !
Il a regardé partout autour de lui avant de lever la tête. Je lui ai fait un petit signe.
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— Qu’est-ce que tu fabriques là-haut ? Beth, ça ne m’amuse pas. Descends, tu vas te faire mal.
— Ne t’inquiète pas, je vais descendre. A ma façon. Je me suis avancée davantage, les orteils dans le vide, les cheveux au vent.
— Beth, arrête ça tout de suite ! Ne bouge pas, je viens te chercher.
Je ne l’écoutais plus. Le vent a fouetté mes vêtements, j’ai écarté les bras et me suis laissée tomber de la falaise. Xavier a crié et s’est précipité pour me rattraper, mais cette fois je n’avais pas besoin d’aide. À mi-chemin du sol, j’ai baissé les bras pour me transformer. Mon corps a émis une lumière éblouissante et j’ai senti mes ailes se déployer, déchirant le tissu de ma tunique. Prenant toute leur envergure, elles projetaient une ombre gracieuse sur le sable, comme celle d’un oiseau majestueux.
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Xavier était tombé à genoux, aveuglé par la lumière. Je me sentais à la fois vulnérable, comme nue, en suspension dans les airs, et euphorique. Après tout ce temps coincées sous mes vêtements, mes ailes réclamaient de l’exercice, mais j’ai résisté à l’envie de m’envoler à travers les nuages. J’ai atterri en douceur sur le sable, et la forte lumière que mon corps émettait a diminué.
Xavier a cligné des yeux plusieurs fois et s’est relevé. Il a fini par me voir. Il a reculé d’un pas, l’air stupéfait, les bras ballants. Ma tunique pendait en lambeaux et de mon dos s’élevaient deux ailes imposantes. Je me doutais qu’au-dessus de ma tête mon halo devait briller plus que jamais.
— Ben mince alors ! a bredouillé Xavier.
— Je parie que tu ne l’avais pas vu venir, celle-là. Tu peux partir si tu veux, je ne te retiens pas.
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Au début, il est resté planté là, les yeux écarquillés, puis il s’est mis à tourner lentement autour de moi. J’ai senti qu’il effleurait mes ailes du bout des doigts. Bien qu’elles aient l’air lourdes, elles étaient fines comme du parchemin et ne pesaient presque rien. Xavier semblait émerveillé par mes plumes délicates et ma peau diaphane.
— Waouh, c’est…
— Monstrueux ?
— Non, incroyable. Tu es quoi, au juste ? Tu ne peux quand même pas être…
— Un ange ? Et si ! tu as trouvé…
— C’est impossible, voyons. Je… je ne comprends pas.
— Normal. Mon monde est à des années-lumière du tien.
— Ton monde ? a-t-il répété, incrédule. C’est de la folie !
— Quoi donc ?
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— Ce que tu me dis… Tout ça, c’est du domaine du rêve. Ça n’arrive pas dans la vraie vie !
— On est pourtant dans la vraie vie. Et je suis bien réelle.
— Je sais. Le pire, c’est que je te crois. Désolé, il va me falloir une minute pour digérer tout ça…
Il s’est laissé tomber sur le sable, confronté à une énigme qu’il n’arrivait pas à résoudre. Je tentais d’imaginer ce qui se passait dans sa tête. Ce devait être le chaos.
— Tu m’en veux ? ai-je voulu savoir.
— De quoi ?
— De ne pas te l’avoir dit plus tôt ?
— Non, j’essaie seulement de me faire à l’idée.
— Ce ne doit pas être évident. Prends ton temps.
Il s’est tu un long moment. Puis il s’est levé et a approché une main près
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— D’accord, alors les anges existent. Mais qu’est-ce que tu fais sur Terre ?
— En ce moment on est des milliers sous forme humaine éparpillés aux quatre coins de la planète. On est en mission.
— Et cette mission a pour but de… ?
— C’est difficile à expliquer. On est là pour aider les gens à recréer de la solidarité, à s’aimer les uns les autres.
Comme il avait l’air un peu perdu, j’ai essayé de développer.
— Il y a trop de colère dans le monde, trop de haine. Trop de choses ne vont pas. Ça réveille les Forces des Ténèbres, ça les attise. Et une fois qu’elles sont libérées, il est presque impossible de les maîtriser. Notre boulot, c’est de contrer ce côté négatif, d’empêcher de nouveaux désastres de
- 247 - se produire. Cet endroit a déjà été sérieusement touché.
— Tu veux dire que ce qui s’est passé ici, à Venus Cove, c’est à cause des forces du mal ?
— En gros, oui.
— Et par « Forces du Mal », il faut comprendre le diable ?
— Ses représentants, en tout cas.
J’ai cru qu’il allait éclater de rire, mais il s’est ressaisi.
— C’est dingue. Et qui est censé vous avoir envoyés en mission ?
— Ah, ça, je pensais que tu l’aurais deviné.
— Ne me dis pas que…
— SI.
Il a eu l’air tout retourné, comme s’il venait d’affronter une tornade.
— Tu es en train de me dire que Dieu existe vraiment ?
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— Je n’ai pas le droit d’en parler. Certaines choses sont au delà de la compréhension des humains. Et puis, j’aurais des ennuis si j’essayais de t’expliquer. On ne devrait même pas prononcer son nom.
Xavier a acquiescé.
— Mais il y a bien une vie après la mort ? Un paradis ?
— Sans aucun doute.
— Et donc… si le paradis existe, on peut raisonnablement penser qu’il y a aussi un… enfer…
— Oui, en effet, on ne peut rien te cacher. Mais, je t’en prie, ne me pose plus de questions pour l’instant. Désolée. J’imagine que tu es bouleversé.
— Attends un peu, quand même, que je comprenne bien. Vous êtes des anges en mission pour aider l’humanité et on vous a envoyés à Venus Cove ?
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— En fait, Gabriel est un archange, ai-je rectifié. Mais sinon, c’est ça, oui.
— Ah, ça explique pourquoi il est si difficile à impressionner.
— Tu es le seul à être au courant. Tu ne peux en parler à personne.
— A qui veux-tu que je le dise ? Et de toute façon, qui me croirait ?
Il s’est mis à rire.
— Ma petite amie est un ange. Ma petite amie est un ange !
— Xavier, moins fort !
Mais je n’ai pas pu m’empêcher de rire moi aussi.
Nous partagions désormais un secret – un secret énorme et dangereux, qui nous rapprochait plus que jamais. C’était comme si notre histoire était scellée et que plus rien ne pouvait nous séparer.
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— J’avais peur que tu ne veuilles plus de moi une fois que je t’aurais tout dit, ai-je soupiré.
— Tu plaisantes ! Je dois être le mec le plus heureux sur Terre.
— Et qu’est-ce qui fait te dire ça ?
— C’est évident, non ? J’ai mon petit morceau de paradis juste là. Avec moi !
Il m’a enveloppée de ses bras, et je me suis blottie tout contre lui.
— Tu promets de ne pas me poser trop de questions ?
— D’accord, a dit Xavier, mais seulement si tu réponds à celle-ci : j’imagine que ça fait de notre histoire un véritable défi, non ?
— Au moins le plus grand défi qui ait jamais existé.
— Alors, t’inquiète : j’adore la compétition.
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