OceanofPDF.com halo lamour interdit final French Edition
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Coup de semonce
J’ai ouvert la porte de la classe pour trouver Jake Thorn assis nonchalamment sur le coin du bureau de Mlle Castle. Son regard insistant semblait la faire rougir. Ils ne m’ont pas entendue entrer. Une rose rouge était posée sur le bureau, et Jake avait sa main sur celle de Mlle Castle.
— C’est déplacé, voyons, a-t-elle murmuré.
— Y a-t-il un règlement qui l’interdit ?
— Celui de l’école, pour commencer. Vous êtes un élève !
— Oui, mais je suis aussi un grand garçon. Assez grand pour prendre mes propres décisions.
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— Et si on nous voyait ? Je perdrais mon poste, je ne pourrais plus jamais enseigner, et…
Jake a posé un doigt sur sa bouche pour la faire taire.
— On sera discrets.
Au moment où il s’est penché pour l’embrasser et ou Mlle Castle a fermé les yeux, Ben est arrivé en trébuchant. Son sac a atterri contre la porte avec fracas. Jake a bondi du bureau avec une grâce féline et notre prof de lettres, troublée, a mis de l’ordre dans ses papiers avant de se recoiffer.
Je suis allée m’asseoir tandis que les autres arrivaient. J’étais choquée par ce que je venais d’entendu sans trop savoir pourquoi. Après tout, Jake avait dix-huit ans, il pouvait faire des avances à qui il voulait, et puis, ça ne me regardait pas.
Des choses avaient commencé à changer au lycée : il y avait plus de
- 341 - cohésion, de solidarité. Je savais que ces changements étaient principalement dus à l’influence de Gabriel, et aussi à Ivy, qui avait mis sur pied un véritable programme d’entraide local.
Cependant, comme le bal de la promo approchait, tous les projets de solidarité avaient été mis entre parenthèses. L’humeur des filles virait à l’hystérie, et je me surprenais à attendre moi aussi le grand soir avec impatience.
Un vendredi, après les cours, j’ai retrouvé Molly et sa bande pour aller faire du shopping à Port Circe, une grande ville à une demi-heure de train de Venus Cove. Gabriel m’avait donné une carte de crédit en me répétant d’être raisonnable. Il n’avait pourtant pas beaucoup de souci à se faire : il y avait peu de chances pour que je trouve une robe à mon goût. J’avais une idée très précise de ce que je voulais, et
- 342 - j’avais placé la barre très haut. Pour cette soirée-là, j’avais vraiment envie de ressembler à un ange descendu sur terre.
En débarquant sur la grande place de Port Circe, les filles ont décidé qu’on devait se séparer. Certaines sont allées dans les petites boutiques tandis qu’avec Molly et Taylh nous nous sommes dirigées vers un grand magasin de cinq étages.
Au bout de deux heures, Taylah et Molly ont fini par se diriger vers les cabines d’essayage avec quelques robes. Bien qu’elles en aient parlé des centaines de fois le vieux débat a ressurgi : quelle longueur ? Au genou, trop gamine. Sous le genou, trop troisième âge.
Il restait deux options : mini ou robe longue.
Au moment où Taylah arrêtait son choix sur une minirobe dos nu couleur
- 343 - pêche, j’en ai repéré une dont les tons conviendraient parfaitement à Molly. La vendeuse était tout à fait d’accord avec moi.
— C’est vrai qu’elle est belle, a approuvé Molly.
— Vas-y, essaie-la !
Quand elle est ressortie de sa cabine, elle s’était transformée en déesse. La robe ressemblait à une toge grecque avec un drapé sur une épaule et une simple bretelle dorée sur l’autre. De couleur bronze, elle étincelait sous les lumières et répondait aux tons roux des boucles de Molly. Plusieurs personnes dans les rayons se sont retournées pour l’admirer.
Quant à moi, je n’ai pas trouvé mon bonheur et je suis sortie du magasin avec un flacon de vernis à ongle et deux malheureuses boucles d’oreilles.
En arrivant à la maison, j’ai eu du mal à cacher ma déception.
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— Alors, tu rentres bredouille ? m’a demandé Ivy. Tu t’es amusée, au moins ?
— Pas vraiment. J’ai perdu mon temps. Toutes ces robes se ressemblent, au final.
— Ne t’en fais pas, tu finiras par trouver. Tu as encore le temps.
— J’en doute… La robe que je veux n’existe pas, je vais finir par rester à la maison le soir du bal.
— Tu ne peux pas faire ça à Xavier, voyons. J’ai une idée. Explique-moi ce que tu veux, je peux peut-être la réaliser ?
— Je ne peux pas te demander un truc pareil, tu as des choses plus importantes à faire !
— Beth, j’ai envie de te faire plaisir. Et puis, ça ne me prendra pas beaucoup de temps. En plus, tu sais que je peux la faire exactement comme dans tes rêves, Si tu veux, on peut
- 345 - feuilleter des magazines, et tu me montreras ce qui te plaît.
— Pas besoin. J’ai une image très précise en tête.
— Très bien, alors ferme les yeux et envoie-moi tes pensées.
Je voyais une robe longue en satin ivoire, toute rebrodée de dentelle. Le haut était orné de perles et les manches étaient fermées par une rangée de petits boutons de nacre. Dernier détail, le décolleté, bordé de minuscules bourgeons de rose en fil d’or.
J’ai regardé Ivy timidement, ce n’était pas ce qu’il y avait de plus simple. Mais elle a lancé joyeusement :
— C’est du gâteau. J’aurai fini en un rien de temps !
Le lundi suivant, j’ai décidé de profiter de mon heure de déjeuner pour aller à la bibliothèque. Tandis que je marchais sous les arcades, j’ai entendu une voix derrière moi.
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— Salut, toi.
C’était Jake Thorn, adossé contre un mur, bras croisés, sourire plein de malice. Il a tiré sur sa cigarette et recraché un rond de fumée.
— Tu ne devrais pas fumer ici, tu vas avoir des ennuis.
— Vraiment ? Cet endroit a pourtant été baptisé coin des fumeurs.
— Si un prof passe…
— J’ai remarqué qu’ils ne viennent jamais aussi loin. Ils traînent du côté de la salle des professeurs.
— Je crois vraiment que tu devrais l’éteindre avant que quelqu’un se pointe.
— Si tu le dis…
Il a écrasé son mégot sous sa chaussure et l’a jeté dans un parterre de fleurs au moment même où Mlle Pace, la bibliothécaire, arrivait.
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— Merci, Beth, a-t-il murmuré après son passage. J’ai eu chaud !
— Non, ce n’est rien. Tu prenais autant de libertés dans ton ancienne école ?
— Disons que j’ai pris des risques. Et ça n’a pas toujours marché, d’où ma présence ici. Je suis en quelque sorte en exil… Un exil temporaire.
— Tu restes combien de temps ?
— Le temps qu’il me faudra pour devenir une autre personne.
J’ai ri.
— Tu comptes vraiment changer à ce point ?
— Pourquoi pas, oui, vu les bonnes ondes que je reçois… Mais dis-moi, je crois que c’est la première fois que je te vois seule. Où est passé ton prince charmant ? Pas malade, au moins ?
— Non, Xavier est à l’entraînement.
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— Ah, le sport ! L’invention des pédagogues pour contrôler les flux d’hormones mâles !
— Pardon ?
— Non, rien. Ton petit copain est un bon athlète, mais qu’est-ce qu’il vaut en poésie ?
— Xavier est bon en tout.
— Vraiment ? Quelle chance !
Son attitude me troublait, alors j’ai changé de sujet
— Et sinon, tu habites où ? Près de l’école ?
— Pour l’instant, je crèche dans un studio au-dessus de la boutique de tatouage.
— Ah bon ? Je pensais que tu serais en famille…
— Non, a-t-il répondu, légèrement méprisant, je préfère ma propre compagnie.
— Et tes parents sont d’accord ?
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Sans que je sache pourquoi, l’idée qu’il vive seul me mettait mal à l’aise.
— Je te parlerai de mes parents si tu me parles des tiens, a-t-il dit en plongeant son regard dans le mien. Je crois qu’on a plus en commun qu’on ne l’imagine, tous les deux. Au fait, tu fais quoi, dimanche matin ? Je me disais qu’on pourrait travailler à notre poème.
— Je vais à l’église. Tu es le bienvenu, si ça te dit.
— Merci, mais je suis allergique à l’encens.
— Bon, il faut que je file.
— Attends, a-t-il dit en faisant un pas vers moi. Tiens, j’ai le premier vers de notre poème.
Il a souri un papier tout froissé de sa poche et me l’a tendu.
— Ne soit pas trop dure, hein, ce n’est qu’un début. On peut continuer quand tu veux.
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Il m’a souri s’est éclipsé. J’ai déplié le papier. L’écriture de Jake était élégante. Les lettres dansaient sur le fond blanc, et quand leur sens m’a sauté à la figure, j’ai été prise d’un vertige :
Elle avait le visage d’un ange.
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