Paysages Passionnés
XIII les Jardins de Châlons
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XIII
LES JARDINS DE CHÂLONS
J'avais entendu vanter les jardins de Châlons-sur-Marne; je ne les croyais pas aussi beaux. Remplis du frémissement de la radieuse matinée d'octobre, ils sont d'une véritable splendeur. Tout est en or, marronniers et platanes, hauts peupliers le long des canaux, pelouses et chemins uniformément recouverts d'un épais tapis de feuilles mortes dont la senteur pénétrante se mêle à l'odeur de la terre mouillée. D'autres feuilles en tombant se sont accrochées aux branches des arbustes qu'elles parent d'une imprévue floraison jaune. De tant refléter d'or, la petite rivière est toute dorée aussi. Seul, un immense hêtre pourpre troue cette symphonie de sa coulée de feu. Puis la féerie continue. La brume se dissipe peu à peu; le soleil pénètre dans les arbres, inonde le sol. C'est l'embrasement de l'or... Je félicite un vieux jardinier; mais il ne sait que s'excuser et se lamenter d'être seul pour lutter contre cet envahissement des feuilles; quand je lui dis qu'elles sont en ce moment la gloire de son parc, il me regarde d'un mauvais œil et s'éloigne.